Disclaimer : Les personnages du roman Dracula de Bram Stoker ne m'appartiennent pas.


Ma quatrième loi : Ne jamais laisser l'attirance se transformer en romance naissante.

Je prenais la fuite. Enfin... D'une certaine manière. Je devais prendre l'air, me changer les idées mais je comptai bien revenir et affronter mon élève.

Dehors, le Soleil n'était pas encore levé. Un coup d'oeil jeté à téléphone portable suffit à m'indiquer qu'il était à peine six heures du matin. Je sortis par la porte fenêtre, allumai une cigarette sur la terrasse et fumai tranquillement en me dirigeant vers la côte. Je devais m'éloigner des gens. Prendre le temps de réfléchir. Je vivais déjà en retrait de la ville mais ce n'était pas suffisant. Dès que j'eus fini ma cigarette, je me mis à courir. Quelques minutes plus tard, j'étais arrivé au bord de la mer. Il y avait personne sur la falaise. Je courus encore un peu pour me vider la tête puis je m'assis et, à contrario, me mis à penser, à réfléchir à mes erreurs récentes. Pourquoi avais-je introduis Yseult dans l'antre du Diable ? J'étais fou. J'avais envie d'arrêter tout ça. De me tuer. Sauf que ce n'était pas aussi simple. J'aurais pu me jeter dans le vide mais ça ne m'aurait rien fait. J'aurais pu me pendre mais je ne respirais plus. J'aurais tenter de me trancher les veines mais cela m'aurait seulement « engourdi » ou mis en sommeil. Les seules techniques vraiment efficaces pour tuer un vampire n'étaient pas vraiment adéquates pour un suicide. Je voyais mal comment me décapiter moi-même... Le pieu pouvait être pas mal mais encore fallait-il que j'ai le courage d'enfoncer le morceau de bois dans ma poitrine.

Mon esprit dériva vers Yseult. Elle m'avait dit que son père l'avait mise à la porte mais je doutais que ce fut toute la vérité. En fait, je doutais de beaucoup de chose concernant la vie d'Yseult. Elle me cachait beaucoup de chose. Je tentai de m'imaginer sa vie avant que je ne m'y mêle. Elle était une élève sérieuse, j'en étais sûr, le genre qui étudie jusqu'à minuit voire au-delà pour être sûre de tout savoir sur le bout des doigts. Je l'imaginais bien, assise à son bureau, son chat couché sur le lit. Je la voyais passer son temps dans les bibliothèques. J'étais certain qu'elle passait plus de temps à lire qu'à regarder la télévision. Je ne pensais pas qu'elle courrait les bars et les boites de nuit. Je ne l'imaginais pas dans une foule. Pour moi, Yseult était le genre de jeune femme qu'il fallait protéger. Elle était comme Svetlana ou Ileana, mes deux premiers amours. Elles ne connaissaient pas encore grand chose à la psychologie des hommes et à leurs actes et cette innocence les menait, invariablement, à leur perte. J'étais celui qui l'avait pervertie, en quelque sorte. Si je ne l'avais pas raccompagnée chez elle, si je ne lui avais pas laissé mon sweat-shirt, rien ne serait arrivé. Elle serait resté chez elle.

Je soupirais : je lui avais bien bousillé sa vie, à cette gamine ! Plus que jamais, j'attendais mes vacances avec beaucoup d'impatience. Heureusement pour moi, les vacances, c'étaient à la fin de la semaine.

A l'horizon, le Soleil perçait peu à peu le rideau de nuage et de ténèbres ambiants. J'allais devoir repartir et voir comment allait mon étudiante. Je me relevai et m'étirai. J'avais l'impression d'être resté là quelques secondes pourtant cela faisait presque une heure. Le temps ne semblait plus avoir d'emprise sur moi. Ma vie était comme un roman et j'en étais à ce fameux chapitre où tout allait lentement, un chapitre de contemplation. Peut-être que ma vie arrivait à sa fin ? Peut-être que ma malédiction me quittait ? Peut-être que mon âme s'était enfin apaisé et n'était plus consumée par ce terrible besoin de vengeance et de violence ?

Quand je rentrais chez moi, une dizaine de minutes avant 8h, Yseult dormait toujours. J'étais bon pour ne pas aller bosser. Je souris en voyant mes trois chats roulés en boule contre la rouquine. Curieusement cela me toucha de les voir ainsi. J'avais l'impression que la jeune femme était apaisée. Toute l'agitation de la veille semblait l'avoir quitté. Je m'accroupis à côté du lit, écartai une mèche du visage de la belle endormie. Ses lèvres légèrement écartées lâchèrent un grognement. Doucement, elle ouvrit les yeux et recula en sursautant. Elle tomba de l'autre côté du lit et se cacha derrière la couette qu'elle tira si violemment que les chats s'enfuirent en feulant. La petite scène m'amusait et je ris franchement avant d'essayer de la rassurer :

-Hé ! Calme-toi ! Tu n'as rien à craindre...

-Qu'est-ce que je fais chez vous ? Et dans votre lit ?

-Tu ne te souviens de rien ?

-Oh que si... Mais j'aurais tellement préféré que ce soit un cauchemar ! Et puis, ça ne peut qu'être un cauchemar... Comment me retrouverais-je chez vous, M. Mason ? Non, sérieusement, comment ? Je vous le demande...

-Juste parce que je suis extrêmement gentil, que tu es totalement paumée et que tu as besoin d'une pause, de vacances... Comme moi, d'ailleurs.

Elle sembla s'apaiser un peu en voyant mon sourire de grand gamin. Elle lâcha la couette mais éclata en sanglots. Je contournai le lit pour venir m'asseoir à côté de la jeune femme et la prendre dans mes bras. Je caressai frénétiquement son bras comme si ça pouvait la calmer. Elle continua à pleurer pendant de très, très longues minutes. Elle cala sa tête sous mon menton. Peu à peu, l'embarras s'empara de moi. Je n'aurai pas dû pas venir la prendre dans mes bras. C'était une nouvelle erreur de ma part. Les sanglots cessèrent subitement tandis qu'Yseult releva brusquement la tête, me donnant par la même occasion un violent coup dans la mâchoire (qui me fit cracher un petit « ouch » dont la rouquine se fichait bien).

-Mais... On est Mercredi ! Quelle heure est-il ? Je dois avoir cours ! Je...

-Tais-toi... Tu ne vas pas aller en cours. Tu as vu ton état ? Sérieusement, tu tiens à peine sur tes jambes, tu es en pleurs et... Allons, tes cours ont déjà commencés et je sais que tu n'as pas envie d'y aller.

-Non... Non... Je veux y aller ! Je dois y aller !

-Oui, tu dois mais tu ne veux pas. Arrête de mentir.

Je plongeai mon regard dans le sien et insinuai, dans son esprit, l'envie de sécher les cours.

-Sois honnête, lui dis-je à nouveau.

-Non, je n'ai pas envie d'aller en cours. Je veux juste dormir et arrêter de penser.

-De penser à quoi ?

-A ce que mon père m'a fait... Enfin, il n'est pas mon père, ce n'est que mon beau-père...

-Au fait qu'il t'as mise à la porte, c'est ça ?

-Oui mais pas que... Je repense à tout ce qu'il m'a fait subir depuis qu'il vit avec ma mère et moi. Je sens encore son odeur pestilentielle quand il se glissait dans mon lit et qu'il avait trop bu. Je me souviens encore de ce qu'il m'a dit le jour de mes quinze ans : « C'est chouette d'avoir quinze ans, hein ? C'est la majorité sexuelle... Ce qui veut dire que l'abus sexuel sur mineur ne te concerne plus, hein, ma jolie. ». Il m'a bâillonnée, comme d'habitude, et il... il s'est servi de moi toute la nuit...

Ses yeux verts étaient vides, totalement vides. C'en était terrifiant. Même après des siècles de vie, je restai stupéfait et sans voix quand on me parlait d'abus sexuel. Comment pouvait-on violer une enfant ? Comment pouvait-on être aussi pourri sans que quiconque ne s'en aperçoive ? Je serrai la pauvre enfant dans mes bras comme pour la rassurer de ma présence. Que pouvais-je faire de plus ?

-J'ai si peur qu'il me retrouve et qu'il ne me refasse subir ce qu'il m'a fait le jour où il a découvert votre sweat-shirt... Il était persuadé que j'avais couché avec vous, que je « m'offrais » à autre homme que lui...

Je posai un doigt sur ses lèvres et murmurai :

-Chut... Tu n'as plus rien à craindre. Je te protégerai, je ne te laisserai pas tomber. On va partir quelques temps, tu vas essayer de te ressourcer et de te renforcer pour « oublier » ce qu'il t'a fait. Je m'assurerai qu'il soit puni comme il mérite de l'être.

-Vous êtes prof... Vous n'avez aucun pouvoirs sur la justice dans ce pays. Mon beau-père a réussi à me faire diagnostiquer mythomane quand j'avais 16 ans parce que j'avais essayé de m'en sortir. Il a beaucoup de connaissances et tout le monde ne jure que par sa bonne foi et le fait qu'il est un « type bien ».

-Ne me sous-estime pas. J'ai beaucoup de ressources.

Elle paraissait beaucoup moins agitée qu'avant. J'avais eu mon petit effet. Quand je me disais que j'allais me relever et l'encourager à se préparer, elle ouvrit une nouvelle fois la bouche.

-Mais... Et vos chats ? Et... Où vous voulez m'emmener ?

-J'ai quelques contacts avec une association du coin, je vais les appeler et ils vont envoyer un bénévole pour les nourrir...

Je ne répondis pas à sa seconde question. Je la laissais volontairement en suspend. Sauf qu'Yseult ne l'entendait pas du tout de cette oreille.

-D'accord pour vos chat mais où est-ce que vous voulez m'emmener ?

-Chez moi, en Irlande. Et arrête de poser des questions à tout bout de champ, c'est fatiguant ! Tu ne connais pas les surprises ?!, m'emportai-je tandis que je me levai sans prévenir.

Elle baissa la tête, penaude.

-Excusez-moi, me dit-elle en essayant de se faire toute petite.

-Eh... Eh... C'est rien. C'est pas grave. J'ai été un peu vif... Allez, lèves-toi et viens prendre le petit-déjeuner. Je suis passé à la boulangerie avant que tu ne te réveilles.

La jeune fille se leva, pas très stable sur ses jambes. Néanmoins, elle parvint à traverser la chambre et venir s'installer dans le canapé. Pendant ce temps, depuis la cuisine, je lui avais proposé du thé ou du café. Elle préféra un café. Certainement, avait-elle besoin de se réveiller. Quelques minutes plus tard, je m'assis à côté d'elle, dans le canapé, avec deux tasses de café fumant et ouvris le paquet de la boulangerie.

-Prends ce que tu veux. Je n'ai pas très faim, lui dis-je d'une voix douce.

Malgré un petit regard interrogateur, la jolie rousse se servit. Quand elle attaqua un troisième croissant, je me dis qu'en fait elle mourrait de faim. Pendant ce temps, j'avais eu le temps de finir mon café et de décréter que je prenais la salle de bain. Ce matin, je ne prendrai qu'une douche -pour me remettre les idées en place- et dénouer les muscles de mon dos que l'étrange songe, que j'avais fait, avait mis à rude épreuve. Je ne fermai pas la porte à clé, me déshabillai et me glissai sous l'eau tiède. J'appréciai la sensation de l'eau sur ma peau. Peu à peu, la tension quittait mes muscles. Ce n'était pas parce que j'étais un vampire que j'étais immunisé à tout... Il me semblait qu'être immunisé à toutes les maladies, à la vieillesse, aux limites humaines, etc. c'était déjà pas mal ! Puis je m'appuyai contre la paroi de la cabine de douche en pestant contre moi-même de m'être jeté dans toute cette merde et de l'avoir fait les yeux fermés.

La porte s'ouvrit tout doucement, trop doucement pour que j'y prête attention. Ce fut quelque chose de beaucoup moins discret qui me fit tourner la tête. Un petit cri de surprise, très aiguë. Je me demandais encore comment l'homme pouvait produire un son aussi aiguë. Ca y était, une de mes étudiants m'avait vu nu... Je savais bien que ça arriverait bien un jour (surtout depuis qu'Yseult avait échoué chez moi la veille) mais j'étais vraiment gêné et même une préparation mentale d'une longueur indéfinie n'y aurait rien changé. Je n'avais plus qu'à donner l'impression que la situation ne me dérangeait pas. Fermer l'eau, prendre la serviette à côté de la cabine de douche et sortir de là en enroulant négligemment la serviette de ma taille. Ce n'était pas bien dur. Et je parvins à donner cette impression de nonchalance. Dieu merci ! Sans mot dire, mais en souriant, je passai à côté de ma squatteuse et passai la porte. Je me dirigeais vers ma chambre et étais presque à la porte lorsqu'elle me dit :

-Je suis désolée... Je m'étais trompée de porte. Je ne voulais pas vous voir nu... C'est pas parce que vous n'êtes pas b...

-Il n'y a rien dire. Je pense que tu es suffisamment gênée comme ça. Prépares-toi, comme ça on pourra partir plus vite.

Je ne songeai même pas à parler de ma propre gêne. Au moins, c'était passé inaperçu. Je continuais sur ma lancée et me rendis dans ma chambre pour m'habiller.

Tout alla très vite. En ce qui me paru quelques minutes, je me retrouvai avec mon sac de voyage prêt, à la porte, Yseult habillée qui n'avait plus qu'à prendre le bagage avec lequel elle était arrivée hier. Je caressai une dernière fois mes chats puis sortis avec Yseult et nos sacs, fermai la porte et posai la clé sous le paillasson (pour le bénévole qui viendrait s'occuper de mes chats). Bien sûr, j'avais nettoyé toutes les traces de ma nature. Les poches de sang étaient en réussite, dans le congélateur à la cave. Je chargeai nos affaires dans la voiture et nous voilà partis.

Yseult était curieusement silencieuse. Elle ne devait pas oser parler. Tant pis. Elle parlerait bien à un moment ou à un autre : la route était longue avant qu'on arrive. J'avais choisi de prendre le ferry jusqu'en Angleterre puis de reprendre ferry à Pembroke et d'arriver à Rosslare. Comme j'avais beaucoup de chance (et surtout la capacité de faire faire à peu près tout ce que je voulais à tout le monde), Yseult et moi pûmes prendre le premier ferry pour l'Angleterre et nous arrivâmes le lendemain en Irlande.

Mais la traversée ne se fit pas sans embûches -embûches était un bien grand mot pour ce qui arriva- car rien ne pouvait aller simplement car... Eh bien... Je crois que c'était parce que c'était elle, parce que c'était moi, parce que c'était nous. Durant la traversée Pembroke-Rosslare, je perdis la jeune femme de vue. Je la retrouvai plusieurs minutes plus tard sur le pont supérieur, à l'air libre, seule. Appuyée contre le bastingage, elle regardait l'Irlande se rapprocher de nous. Je me rapprochai d'elle tout en allumant une cigarette. Je me glissai dans son dos et la prit gentiment par la taille. A ma grande surprise, elle ne dit rien, ne réagit pas. Venant d'une jeune femme qui avait été violée, je me serais attendu à ce qu'elle sursaute mais non. Au bout d'un moment, un faible « M. Mason... » se faufila entre ses lèvres. Elle bascula sa tête contre mon épaule, m'offrant son cou dénudé. Je ne pu résister à l'envie d'y poser mes lèvres encore une fois. Dès que mes lèvres eurent caressé la peau nue de la jeune femme, cette dernière pivota entre mes mains pour me faire face. Elle passa ses bras autour de mon cou et ce qui n'aurait jamais dû se passer arriva. Totalement paumée, faible, inconsciente, insouciante, Yseult posa ses lèvres si douces, si tentantes, si enivrantes, si pleines de vie, sur les miennes. Je lui rendis son baiser avec une passion contenue, je tentai d'effacer ma soif et mon envie de sang pour ne laisser que la passion et la tendresse. Je la laissai libre de briser le baiser dès qu'elle le voulait mais dès qu'elle le fit, je me mis à caresser doucement sa joue. Je ne voulais pas la brusquer. Visiblement, elle était troublée.

-Yseult... Ne t'inquiète pas. Je ne te ferai rien, je ne te dirai même pas que c'est une erreur... En fait, je ne sais même pas moi-même si c'est une erreur. Mais sache que je t'aime beaucoup, peut-être plus que ça mais je ne veux pas m'avancer.

-Ce... Ce n'était pas ce que je pensais... Je me disais juste que je ne me serais jamais vue embrasser l'un de mes profs et pourtant... je viens de le faire... C'était un peu... bizarre... mais pas déplaisant ! Vous êtes un bel homme mais c'est un peu flirter avec l'autorité et... je ne sais pas... c'est un peu particulier.

Cependant la jeune femme souriait, comme sincèrement heureuse. Comment pouvait-elle être heureuse avec ce qu'il venait de se passer ? Ce baiser qu'elle venait de me donner avait réveillé en moi une vieille pulsion. J'avais envie d'elle, tout simplement. A ce moment, ce n'était qu'une très faible envie de regoûter à ses lèvres mais comme toute envie réprimée, elle grandirait et deviendrait obsession. Je n'avais pas idée de la vitesse à laquelle ça irait. Seulement, serai-je capable de résister à l'obsession qui me rongera bientôt l'âme, le cœur et l'esprit ?


Voilà la fin de ce nouveau chapitre. J'ai pris beaucoup de temps pour l'écrire, j'en suis désolée. J'essayerai de poster le prochain chapitre pour Noël (Ce sera éventuellement un petit cadeau de Noël aux lecteurs qui me suivent). N'hésitez pas poster un review. Savoir que mon modeste travail est lu et apprécié me motive beaucoup.

-Neolysia-