Disclaimers : Les personnages du roman Dracula de Bram Stoker ne m'appartiennent pas.
Ma quatrième loi : Ne jamais laisser l'attirance se transformer en romance naissante
Après notre baiser, nous rentrâmes. Je ne cessais de la regarder et, elle, elle ne cessait pas de me parler de tout et de rien, de sa vie, de ses amis, de ses rêves, de ses ambitions, de ses peurs... Me prenait-elle pour son psy ? Cependant je ne fis pas de commentaire car je savais qu'elle avait besoin de parler. Puis elle s'endormit et, cette fois encore, elle le fit dans mes bras. Mes yeux restaient fixés sur son visage si apaisé. Je voyais la veine de son cou palpiter. Sans m'en rendre compte, mes canines sortirent, j'étais prêt à la mordre, là, maintenant.
Non.
Non.
Je ne devais pas me laisser aller à mes pulsions. Je ne devais pas la mordre, la damner ou la tuer. Je posais Yseult là où elle était et la laissais dormir. Je devais prendre l'air, m'éloigner un peu. Il ne restait que quelques heures avant d'arriver à Rosslare.
Avant que le ferry n'accoste la belle terre d'Irlande, j'avais étendu la jolie rousse à l'arrière de la voiture. Puis quand nous fûmes arrivés, je sortis aussi vite que je le pu. Je voulais rentrer chez moi, tout simplement. Cette fois-ci, je n'étais pas seul. Je ne savais pas ce que cela donnerait mais j'étais heureux. Je traversai Rosslare. J'avais toujours aimé traverser les villes la nuit. Il y avait quelque chose de magique dans la nuit et les ténèbres. Je rejoins vite ma maison qui se situait dans un trou perdu, sur une falaise, à une quinzaine de kilomètres de toute vie humaine. Cette petite maison en pierre était mon havre de paix, un petit paradis connu de moi seulement. Je posai les valises dans l'entrée pour aller faire quelque chose de plus important : allumer un feu dans l'âtre. La dernière fois que j'étais venu, j'avais fait un petit stock de bois près de la cheminée. Avec mes années d'expérience, j'étais passé maître dans l'art de faire du feu si bien qu'il ne me fallu que quelques minutes pour que le tout prenne. Pendant ce temps, Yseult somnolait dans le canapé. Je sentais son regard sur moi pendant que j'étais penché vers l'âtre. Je me relevais, la pris dans mes bras et la portait jusque dans la chambre. Je la couchai sur le lit double, la couvris, retournai dans le séjour et vérifiai que la porte était fermée à clé. Assis sur le canapé, je commençais à me maudire. Jamais je n'avais enfreint autant de loi. Qu'est-ce qu'Yseult avait de plus ou de moins pour je me laisse autant violer mon code de conduite ? Je me levais, prenais une bière dans le réfrigérateur, retournais au canapé et glissais une cigarette entre mes lèvres. Je passais le reste de la nuit à lire en fumant mais ma lecture était un peu trop souvent interrompue par le flux inégal de mes pensées.
Au petit matin, je sortis pour couper du bois. J'avais commencé mon travail depuis une quinzaine de minutes lorsque ma jeune élève vint me déranger. J'entendis d'abord sa voix et je cru que c'était un songe puis elle me parvint avec plus de force. Je lâchais ma hache et m'élançais vers la maison, craignant qu'il n'y ai un problème. Dès qu'elle me vit, elle vint se blottir dans mes bras. Pourquoi faisait-elle ça ? On s'était juste embrassé la veille et elle devenait carrément tactile. Je lui caressais doucement les cheveux. Ce début de journée ne me disait rien qui vaille.
Il s'avéra que je me trompais. Notre journée fut incroyablement calme et Yseult ne tenta rien. Nous étions allés faire les courses ensemble puis elle était restée assise dehors à profiter du plein-air en lisant l'un des livres qui trônaient dans les nombreuses étagères de la maison. Puis le soir tomba et nous rentrâmes tout deux dans la maison. Je préparais le repas et nous finîmes notre soirée avec un verre de vin, le feu dans la cheminée et la télévision. Au bout d'un certain temps, Yseult pris l'initiative d'éteindre la télévision. Le regard qu'elle me lança en disait beaucoup trop sur ses
intentions. Je me levais en criant presque :
-Non !
Son regard se fit triste et c'était encore pire que son regard enfiévré parce que je n'arrivais pas à résister à ce regard.
-Mais qu'est-ce qu'il y a ? Vous me fuyez ?, demanda-t-elle de ce ton candide qui faisait craquer tout le monde.
-Yseult, je ne suis pas aveugle. Je vois bien les regards que tu me lances. Je ne peux pas te laisser partir sur ce chemin. Je ne suis pas un homme recommandable. Je ne peux pas t'offrir ce que tu veux.
-Arrêtez ! Ne dites pas ça ! Je sais que vous êtes quelqu'un de bien... Sans ça, vous ne m'auriez pas hébergée chez vous. Laissez-moi une chance...
-Ce n'est pas toi le problème... C'est moi !
-Arrêtez de dire ces bêtises. Laissez-vous une chance.
Elle se leva et, d'autorité, s'empara de mes lèvres.
-Vous voyez que vous pouvez m'offrir ce que je demande, murmura-t-elle avant de s'asseoir sur le tapis et de reprendre son verre.
Je vis ces gestes comme une invitation. Je m'installai à côté d'elle et repris moi aussi mon verre. Moins d'une demie-heure plus tard, j'avais le nez fourré dans son cou, l'embrassant sans hésitation. Je l'entendais haleter de plaisir. Comme je vous l'ai déjà dit, je reste un homme. Nous renversâmes les verres qui roulèrent derrière le canapé pendant que nous nous allongions sur le tapis. Elle ôta mon t-shirt, embrassa mon torse, griffa mon dos et bientôt, sans que je puisse le contrôler, nous fûmes en train de faire l'amour.
Je sombrais dans les ténèbres. Je marchais dans un couloir sombre. Subitement, une lumière l'éclaira. J'étais nu. Entièrement nu. Le sol sous mes pieds était froid et même glacial. Tout à coup, tomba une trombe d'eau du plafond. Non. Ce n'était pas de l'eau. C'était du sang. Je baignais dans du sang. Le couloir devint un fleuve et à sa surface je vis passer une barque avec, à son bord, un squelette aveugle vêtu d'une grande cape gris cendré puis passa un cadavre dont je reconnu les boucles brunes (Celles d'Ileana), encore un autre (Celui de Svetlana), puis un autre dont je n'avais aucun souvenir et ainsi de suite passèrent toutes mes victimes... Toutes mes victimes plus une : Yseult. Mais... Mais... Je ne l'avais pas tuée ! Enfin... Pas que je me souvienne. L'avais-je tué en lui faisant l'amour ? Je fus tiré vers le bas comme si un trou s'était ouvert sous mes pieds. Je coulai. Je me noyai dans le sang. Mes poumons se remplirent de sang. Je voulais mourir, la douleur psychique était insupportable mais je ne pouvais pas mourir. C'était ma punition pour avoir pactisé avec des forces surnaturelles. Je fus ramené à la surface, je pu prendre une brève respiration avant d'être à nouveau tiré au fond. Là tout redevint sombre.
Je me réveillai en sueur. Si mon cœur avait continué à battre, il aurait battu à cent à l'heure. Yseult était dans mes bras, elle dormait. Elle n'était pas morte. Le feu crépitait encore dans l'âtre et illuminait le visage de la jolie rousse, lui donnant un petit air mystérieux. Je tirais la couverture qui cachait le bas du corps de ma jeune compagne. J'avais du mal à réaliser : j'avais couché avec elle. J'avais couché avec une de mes étudiantes et visiblement je ne l'avais pas mordue. J'embrassai le sommet de son crâne et elle ouvrit les yeux, sensuellement, me sourit et murmura le prénom qu'elle me connaissait : « Gabriel », puis elle reposa sa tête contre mon torse et referma les yeux, elle s'était rendormi. Les choses pouvaient-elles être aussi simple ? Ca me semblait étrange. Cette impression ne me quitta pas, je restai éveillé et fixai le plafond. La main de la jeune femme caressait lentement mon torse. Merde ! Elle ne dormait pas. En fait, je crois même qu'elle avait perçu mes interrogations. Elle se redressa sur ses coudes et me dévisagea. Elle tendit son bras vers moi et
repoussa l'une des mèches noires qui me tombaient dans le visage.
-Gabriel, qu'est-ce que tu as ?
Je ne pouvais décidément pas lui dire, je ne pouvais pas être totalement honnête. Je ne pouvais pas lui expliquer que je n'avais aucun souvenir de ce que nous venions de faire. Je ne pouvais pas lui parler de mon cauchemar, elle m'aurait demandé ce dont j'avais rêvé et j'aurais dû lui dire qui j'étais. Et qui aurait accepté de coucher avec le célèbre Dracula, Vlad « Tepes » III ? Soit elle aurait fui -Et cela aurait été pour le mieux-, soit elle aurait insisté pour que je l'a transforme.
-Rien... Je réfléchis. Je suis préoccupé par ce qu'il nous arrive. Rendors-toi.
Je ne sais pas si elle m'écouta mais au moins elle ne parla plus.
Le reste de notre séjour en Irlande fut paisible. Nous restions la plupart du temps à la maison ou dans ses environs. Ca nous suffisait. Nous étions en paix. Yseult s'ouvrait de plus en plus et me posait en plus en plus de questions. Parfois c'était des questions sur mes goûts ou sur ce que j'aimais faire. Elle m'avait même demandé pourquoi je leur avais fait lire Dracula. Selon elle, elle avait vu que j'aimais vraiment ce roman, que j'avais les yeux qui brillaient quand je parlais de l'histoire de Dracula, de Bram Stoker ou de Vlad Tepes. Je n'avais eu qu'une seule réponse à lui fournir :
-C'est un chef-d'oeuvre de la littérature Irlandaise. Je ne pouvais pas ne pas vous le faire lire !
Je ne pouvais pas lui dire que Bram Stoker avait été mon ami ou que j'étais Dracula. Je m'étais refermé sur moi et une autre question avait brûlé les lèvres de ma jeune amante. Comme j'étais allongé à demi-nu sur le lit, elle caressa mon dos et me questionna :
-La première fois qu'on a couché ensemble, je t'ai griffé, non ?
-Oui et ça ne faisait pas de bien !
-C'est curieux, tu n'as aucune trace. Pas de sillons rougeâtres, pas même de cicatrices ! Je n'avais jamais vu quelqu'un guérir aussi vite et aussi « bien ».
A ce constat, je me mordis la lèvre jusqu'au sang. Elle savait que quelque chose n'était pas normal. Elle n'était ni aveugle ni idiote. Peut-être qu'avec un peu de chance elle aurait peur en apprenant qui j'étais mais, vu comme les choses s'annonçaient, Yseult était une Mina Harker en puissance. Elle n'aurait pas peur de moi, elle me donnerait son cœur au nom de l'Amour. D'un certain côté, Yseult était folle : l'Amour pouvait lui faire faire n'importe quelle folie. Une autre question tomba et cette
question-là était peut-être la plus pertinente de toutes celles qu'elle m'avait posé.
-Comment ferons-nous quand nous serons de nouveau en France ?
-Si je ne me trompe pas, il n'est pas interdit qu'un homme et une femme sortent ensemble... Mais je crois qu'il faudra juste qu'on soit discret : ne pas s'embrasser en public, ne pas être trop proche... Ne t'inquiète pas, tu pourras toujours vivre chez moi. Je ne vais pas te laisser tomber, lui avais-je répondu en me redressant et en lui faisant face.
Je pris son visage entre mes mains, ses yeux étaient habités par la panique, elle était terrifiée de ce qu'il pourrait nous arriver ou ce qu'il pourrait arriver à notre amour. J'embrassai très délicatement son front avant de baiser ses lèvres.
Notre séjour en Irlande fut bien assez court. J'étais épuisé de faire attention à ne pas me trahir. J'étais heureux de rentrer. Mais rentrer en France signifiait d'autres ennuis. Etre amoureux, ça pouvait être beau, ça pouvait nous donnait des ailes mais cela apportait son lot d'ennui.
Et puis... C'était connu : il n'y a pas d'amour heureux.
EDIT : Suite à un review de Amuto67100, je tiens à dire que l'étrange comportement d'Yseult est, en partie, dû à mon problème avec les personnages féminins (Elles sont toutes (ou presque) des manipulatrices et des garces en puissance) mais qu'il trouvera une explication dans les derniers chapitre de la fiction (qui devrait en compter plus ou moins dix). Et je prends aussi un malin plaisir à détruire le mythe de Dracula : je n'aime pas les vampires classes et bien propres sur eux ;)
Voilà le nouveau chapitre. Il est un peu plus court que d'habitude, je le conçois. J'espère qu'il vous a plu. J'espère pouvoir poster une nouveau chapitre entre Noël et le nouvel an mais rien n'est sûr. En tout cas, je vous souhaite de bonne fêtes de fin d'années.
-Neolysia-
