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Petit mot de l'auteur : Hey ! Ça faisait longtemps *O*... Bon, soyons clairs, je ne m'attendais pas plus que vous à voir une suite à cette histoire 8D, et puis pour une raison indéterminée... -Je devais être un peu droguée à ce moment là.- Je me suis dit "Je vais continuer !" Bon, etant donné que ça fait... *compte sur ses doigts*... Longtemps 8D, j'ai dû relire entièrement la fanfic, chercher dans mon bordel -déménagement quand tu nous tiens- notes et brouillons... Mais ça ne correspondait plus vraiment à mon état d'esprit 8DD Du coup, j'ai revu la suite de l'histoire, et ça part dans une toute autre direction que ce que j'avais prévu quand j'ai commencé à écrire cette histoire 8DD
Je sais pas trop ce que ça va donner 8D Je trouvais ça rigolo de voir une histoire changer de direction comme ça, mais au final, je sais pas trop ce que ça va donner alors... Accrochez vous bien ! ( Et j'essayerai de pas m'arrêter cette fois-ci, parce que ça m'avait manqué la publication, les reviews toussa toussa en fait. )
Chapitre VII
Le capitaine posa pied-à-terre avant de reprendre sa course d'une petite impulsion, enchaînant à nouveau les Shunpo. Cela faisait maintenant deux jours que Nanao n'avait toujours pas donné signe de vie. Le capitaine au haori rose se mordit la lèvre en repassant les événements en boucle dans sa tête.
Ah, pour sûr il avait bien dormi. Et c'est la bouche en cœur et le nez frétillant qu'il s'était rendu dans la petite cuisine aménagée au petit matin. Passant le pas de la porte, il découvrit Urahara aux prises avec tout un panel d'ustensiles de cuisine. Celui-ci cherchait à transporter la vaisselle propre d'un bout à l'autre de la cuisine. Tâtonnant à l'aveuglette, il semblait batailler pour parvenir au plan de travail sans se prendre les pieds dans le félin qui prenait un malin plaisir à ronronner et se frotter sur ses jambes. Celui-ci pestait désormais à l'égard du félin, exigeant de l'aide ou, dans une moindre mesure, la paix.
Kyoraku s'était éclipsé aussi silencieusement qu'il était arrivé, laissant Yoruichi torturer un peu plus Kisuke qui, soit dit en passant, ne semblait pas aussi opposé à l'idée qu'il voulait bien le faire croire. Il était allé profiter du soleil, s'asseyant sur le parquet chaud du perron donnant sur la cour du magasin. Il n'avait même pas eu le temps de sortir sa bouteille de saké que déjà il avait senti le reiatsu d'Abarai qui se rapprochait tranquillement. Celui-ci parut quelques minutes plus tard et salua le capitaine, exhibant fièrement un sac en plastique bien rempli où figurait le nom de l'enseigne du konbini où il s'était visiblement rendu dans la matinée. Des souvenirs pour Rukia peut-être...? Se hasarda Kyoraku pas plus que ça intéressé. Non, ses pensées étaient pour autre chose depuis quelques temps. Ou plutôt pour quelqu'un d'autre. Et d'ailleurs, où était-elle maintenant ?
- Tiens, vous ne vous êtes pas entraînés ce matin avec Nanao ? Constata-t-il en jetant un regard distrait à l'horloge murale.
- Ah, euh... Non, elle dormait ce matin je n'ai pas voulu la réveiller donc je suis parti faire un tour. Fit-il en agitant vaguement son sac plastique comme pour illustrer ses dires.
Il était évident que Renji n'était pas à l'aise au sujet de son entrainement avec la lieutenante de la huitième, anxieux de se faire lacérer par deux jolies épées s'il touchait d'un peu trop près la jolie brune à lunettes. Kyoraku aurait pu se radoucir pour mettre à l'aise Renji, après tout il n'y avait pas de raison que celui-ci soit l'objet de sa mauvaise humeur concernant l'éloignement soudain de sa vice capitaine depuis quelques jours. Oui, il aurait peut-être pu sourire gaiement au shinigami pour lui signifier qu'il ne voyait absolument pas d'un mauvais œil leur entrainement. Au lieu de ça, il leva un sourcil pour répéter, sceptique :
- Elle dormait ?
Renji sembla décontenancé un instant par le ton presque surpris de l'homme devant lui, était-il si inconcevable que la jeune femme puisse avoir envie d'une grasse matinée ? Le capitaine, par sa paresse, en avait-il à ce point fait un bourreau du travail ? Pire, sous ses airs nonchalants, l'exploitait-il à la tâche ? Bon, n'exagérons rien, tout de même. Il reprit peu sur de lui.
- Et bien, ce matin, elle n'était pas au rendez-vous et lorsque j'ai toqué à sa porte je n'ai pas eu de réponse, donc, j'en ai conclu qu'elle devait probablement se reposer après sa bataille d'hier... Comme elle ne combat pas souvent..
Tout en énonçant son raisonnement, Renji se rendit compte de la stupidité de ses arguments. Lui, mieux que quiconque ces derniers temps, avait pu témoigner de la faculté de récupération et de l'endurance de la jeune femme par le biais de leurs séances quotidiennes de combat. Mais le tatoué n'eut même pas le temps de se rectifier auprès du capitaine que celui-ci le remerciait déjà, un sourire aux lèvres, faisant volte face pour rentrer à l'intérieur de l'échoppe.
Ce sourire disparut dès qu'il eut tourné le dos au lieutenant. Il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond. Ce n'était absolument pas le genre de Nanao de se cloitrer toute une matinée dans sa chambre sans donner d'explications alors qu'elle s'était déjà engagée auprès de quelqu'un. Et l'excuse de son égratignure de la veille restait peu probable, au contraire, c'était le genre de femme à se surmener lorsqu'il ne fallait que du repos et à minimiser la gravité d'une douleur pour n'inquièter ou n'importuner personne.
Alors que les scénarios les plus dramatiques s'enchainaient dans sa tête, le capitaine se raisonna. Il n'y avait pas de raison que Nanao se trouve mal, par contre, il fallait qu'ils arrêtent ce petit jeu puéril. Il y avait décidément quelque chose qui clochait dans l'attitude de Nanao ces derniers temps, et il était plus que l'heure de lui tirer les vers du nez. Même si pour cela il devait l'asticoter et siéger dans sa chambre jusqu'à ce qu'elle craque et lui avoue tout. Bon, c'était peut-être un peu exagéré et sans doute la réaction d'un supérieur plutôt intrusif, mais Kyoraku était résolument décidé. Et c'est dans cette optique que ses pas le menèrent jusqu'à la porte de la jeune femme où il toqua avec toute la fermeté qu'il était en mesure d'employer à ce moment là.
Le silence lui répondit.
Par réflexe, Kyoraku tenta de discerner le reiatsu de la jeune femme. Mais c'était sans compter les installations de Kisuke. Celles-ci avaient pour but de rendre toute trace de reiatsu à l'intérieur de la boutique impossible à détecter de l'extérieur. Évidement, à l'arrivée au magasin d'Urahara, il n'avait pu être qu'admiratif devant ce dispositif ingénieux où l'on pouvait entrevoir toute l'ampleur du genie de l'ex-capitaine de la 12e division. La structure même du petit batiment était imprégnée de matériaux spéciaux qui brouillaient la dispersion du reiatsu. Ainsi, masquer sa présence à l'ennemi à proximité, aussi fin et précis soit-il, n'était pas difficile, et cela permettait à la cachette de passer inaperçue, peu importe le nombre de hauts gradés qui s'y trouvaient. Urahara avait-il incorporé ce stratagème à sa boutique en prévision d'un éventuel avenir dans l'hôtellerie shinigamesque ? Je pense que nous ne voulons pas le savoir.
C'était donc un véritable confort de ne pas avoir à constamment surveiller son reiatsu, cependant, l'effet de la roche ne s'arrétait pas de l'intérieur à l'extérieur, c'etait également le cas au sein même de l'échoppe. Certes, celle-ci n'était pas très grande en soi, mais Kyoraku avait été troublé, les premiers jours, de ne pas pouvoir constamment ressentir la présence des shinigamis autour de lui. Et en particulier celle de sa subordonnée, qu'il avait pris l'habitude de toujours garder dans un coin de sa tête lorsqu'il buvait ou somnolait dans un coin.
Piqué d'avoir aussi peu de réponse que le pauvre Renji, le capitaine réitéra l'expérience tout en essayant de cacher l'impatience dans sa voix "Nanaaaooo-chaan ?"... Le résultat fut le même que la première fois.
Kyoraku, n'étant ordinairement pas homme à rester sur le pas de la porte d'une femme, décida de prendre des initiatives, quitte à se faire jeter dehors par tous les projectiles qui se trouveraient à la portée des mains de la brune.
- Nanao...
Silence.
- J'entre.
Le capitaine attendit quelques secondes à l'affut d'une éventuelle protestation, celle-ci ne venant pas, il s'exécuta.
C'est à partir de là que tout avait basculé. Devant lui, la chambre vide de Nanao, au fond de la pièce, les rideaux se soulevant lentement, portés par la brise s'engouffrant de la fenêtre ouverte.
Et puis tout était allé très vite, il avait commencé à demander à tout le monde s'ils avaient vus Nanao dans la matinée. Très vite, ils avaient dû se rendre à l'évidence ; personne n'avait aperçu la vice capitaine, et celle-ci n'était plus à l'intérieur du magasin. Étant à l'extérieur, il aurait du être aisé de la repérer dans Karakura. Pourtant, rien. Aucun signe d'Ise-fukutaicho.
Les heures qui suivirent, on se répartit les zones de recherches. Ainsi, il fut décrété que Renji et Juushiro retourneraient à Soul Society pour chercher des traces de la vice capitaine ainsi que pour informer le capitaine commandant de la disparition d'un des membres de l'escouade envoyée sur terre. Quant à Shunsui, il resterait sur terre à proximité de l'échoppe pour contrer une éventuelle nouvelle offensive et continuer les recherches concernant l'enlèvement de Nanao.
Car pour le capitaine, il n'y avait désormais plus aucun doute.
Nanao ne serait jamais partie de son plein gré sans rien dire de la sorte. Et il avait à parier que cela avait rapport avec ce dont elle avait refusé de lui parler.
"J'aurais du m'en rendre compte." se répéta-t-il dans un énième shunpo rageur au-dessus de Karakura.
OooOoOoOoOoOoOoOooOoO
Un gazouillis s'extirpa de l'estomac de la lieutenante. Seul murmure raisonnant dans l'obscurité dévorante de la pièce où Nanao gisait, étendue sur le sol, ses yeux grands ouverts fixant le vide de la pénombre environnante. Le silence comme unique compagnon, la jeune femme ne pouvait se laisser aller qu'à laisser tourner en boucle les bribes de souvenirs qui ne cessaient de revenir s'imposer à elle comme de perfides evidences.
Une main. Une main tendue.
" Comment tu t'appelles ?..." Pause . "Allez, lèves-toi, c'est sale par terre." Un sourire amer glisse sur ses lèvres en entendant ça. Elle est déjà sale, tout en elle empeste, de la crasse incrustée sous ses ongles à ses cheveux collants. Mais le pire, c'est ce gout âcre dans sa bouche, lorsqu'elle se voit, le nez dans la poussière, qu'elle ne peut que constater sa minable situation. Ce n'est pas seulement son corps, c'est tout son être qui respire la misère, la faiblesse l'a prise, elle n'est rien et elle le sait. "J'ai pas envie."
Ça faisait longtemps qu'elle ne s'était pas rappellée de cette période de sa vie. Parce que c'était sa vie, n'est-ce pas ? Lorsque l'on vit dans une jolie maison de fonction, lorsque son capitaine lui apporte un repas vers midi quand elle finit la paperasse, lorsque quand elle se blesse, la 4e est là pour la soigner. Dans ces conditions, il est facile de regarder en avant. D'oublier. Juste oublier.
"T'as faim ?" Le petit garçon agita devant le visage morne de la fillette étendue au sol, un crouton de pain où l'on pouvait discerner les marques de dents laissées par des nuisibles. Les yeux indigo de la fillette semblèrent quitter le vide dans lequel ils étaient plongés pour finalement se poser sur la nourriture dans la main du garçon. Sans vraiment y croire, la petite fille tendit la main pour attraper le précieux butin. Amusé, le petit garçon se recula légèrement en ramenant à lui le pain.
Je le déteste. Fut la première pensée qui traversa Nanao le concernant.
Malgré la haine apparente qu'il sembla surprendre dans son regard, l'enfant ne se départit pas de son sourire, il soutint un petit moment son regard avant de clarifier "Je te parle de la vraie faim, pas juste l'envie de sentir le gout des aliments." Voyant que la petite fille s'était braquée, il s'approcha doucement et déposa le quignon au creux de sa paume inerte. Les yeux de celle-ci voyagèrent rapidement entre le garçon et le bout de pain avant de finalement mordre avidement dans la nourriture.
Une fois qu'elle eut fini, ses yeux se plantèrent dans ceux du garçon. C'était la première fois qu'elle le regardait vraiment. Ses cheveux blonds désordonnés tombaient de part et d'autre de son visage creusé. Malgré les larges cernes qui soulignaient ses yeux couleur ambre et la maigreur extrême de son corps, il semblait émaner quelque chose de... Different. Elle ne savait pas si son sourire constant lui donnait envie de l'étriper ou s'il la rechauffait comme une étreinte rassurante. Repoussant boudeusement une mèche de cheveux en travers de son visage, la fillette se mordit les lèvres avant de finalement se presenter, elle, Nanao Ise. Réprimant un petit rire de satisfaction, celui-ci répondit :
"Moi c'est Kanon."
Kanon... À ce moment là, elle ne se doutait pas un instant que ce petit garçon changerait sa vie irrémédiablement. Malgré toutes les difficultés qui s'en étaient suivies, malgré le fait qu'aujourd'hui elle soit là, allongée sur un sol qui ne pouvait que lui rappeler amèrement son impuissance... Malgré tout ça, lorsque son visage encore venait se présenter dans ses souvenirs elle ne pouvait se résoudre à regretter cet instant. Celui où elle avait pris sa main pour se relever, et quitter le sol poussiéreux du Rukongai. Elle ne pouvait tout simplement pas. Elle ne pouvait pas le hair. Car à chaque fois qu'elle en était tentée, elle voyait son sourire se dessiner sur son visage enfantin, et cette pensée lui faisait perdre toute volonté de se battre.
Nanao ouvrit un oeil, discernant dans le dortoir de fortune, une ombre quitter son lit sans un bruit. Ça lui ressemblait bien, ce petit côté furtif. Elle repoussa précautionnement le chiffon qui lui servait de couverture et entreprit de se glisser hors de l'abri tout en évitant de réveiller les autres enfants assoupis. Dehors, la brise fraiche d'un soir d'été soufflait. Nanao se dirigea vers le champ derrière l'abri, c'est sans surprise qu'elle découvrit une silhouette assise se déssiner au milieu des hautes herbes. "Nana-chan ?"
"C'est moi" répondit-elle simplement avant de venir s'asseoir à ses côtés.
Leurs yeux se perdaient dans le ciel étoilé au-dessus de leurs têtes, le silence de la nuit répondant à toutes leurs questions muettes. Peu importe que demain soit difficile, qu'ils aient encore à risquer leurs misérables vies rien que pour de minuscules miettes; la nuit, le ciel, les faisaient tout oublier.
Délicatement, Kanon fit glisser le bout d'élastique qui maintenait la chevelure noire de la petite fille, celle-ci se déroulant de manière désordonnée contre son dos. C'était un peu un rituel. Il aimait jouer avec ses cheveux, elle aimait la façon dont il les démêlaient en passant ses doigts à la façon d'un grossier peigne. Elle n'aurait pas su expliquer pourquoi, lorsqu'il le faisait, elle se sentait belle.
"Tes cheveux ont poussé." Constata-t-il en dessinant avec sa main, la longueur de ceux-ci au creux de son dos.
"C'est normal." La petite fille pensive, marqua un temps d'arrêt avant d'ajouter "ça va bientôt faire un an qu'on se connaît tu sais."
Un silence plus lourd s'installa. Aucun ne voulait se décider à énoncer ce que tous deux pourtant pensaient, cela faisait un an, et rien n'avait changé. L'espoir était un bien précieux au Rukongai, et chaque jour il était mis un peu plus à rude épreuve.
"Nana-chan, je veux pas mourir ici. Je veux pas crever comme un rat, au milieu des poubelles."
"Comme si moi j'en avais envie" Répondit Nanao sèchement.
Le petit garçon réprima un rire devant la réponse spontanée de sa camarade puis lança en levant les bras "Je vais devenir un shinigami !" dans son emportement, il accrocha une des mèches de cheveux noires ce qui entraina un petit feulement de douleur de la petite qui récupéra d'un geste vif le reste de cheveux dans les mains du garçon.
" Ça va pas la tête ?! Et puis c'est quoi cette histoire ? Tu te moques encore de moi Kano-kun !"
S'emportant à son tour, celui-ci se leva avant de s'emparer d'une brindille et d'enchainer les parades contre un adversaire imaginaire.
" Je suis peut-être pas très doué pour utiliser la magie comme toi, mais je peux manier l'épée ! Je deviendrai un bretteur hors pair !" fit-il tout en pointant son arme improvisée en direction de son interlocutrice.
"Les shinigamis ne sont pas de bonnes personnes. Elles n'aident pas les gens dans le besoin et se contentent de rester dans le Seireitei lorsque nous sommes en danger ou que nous mourrons de faim. Je ne veux pas devenir comme ça !"
"Et moi je veux devenir fort."
"Tu es déjà fort."
Se remémorant le geste qu'il avait eu pour elle la veille, Nanao fut prise d'un frisson. Ce sentiment qu'elle s'était évertuée à briser, celui qu'elle n'avait eu de cesse de piétiner. Celui-là même revenait la frapper de toute sa puissance tel un élastique tendu plus que de raison. La jeune femme étraignit son corps tremblant, se recroquevillant un peu plus sur elle même. Une mèche de cheveux ébène s'échappa de sa chevelure lâchée pour glisser le long de son visage. Une larme amère vint la rencontrer sur sa joue lorsque les mots s'écrasèrent avec peine contre ses lèvres.
Elle l'avait aimé.
"Cours ! Nana !"
Nanao essaya désespérement pour la énième fois de dégager son pied du piège qui la retenait à terre. Les dents d'acier mordant avec force dans la chair à vif de sa cheville. Mais Nanao ne le sentait pas. Elle ne pouvait qu'ignorer la douleur lancinante qui la traversait à chaque fois qu'elle tirait sur sa jambe, poussée par la panique qui l'envahissait toute entière.
Tout ce qu'elle voyait, c'était l'homme répugnant et imposant qui avançait vers elle en vociférant insultes et menaces. Non... Tout ce qu'elle voyait c'était le couteau à viande qu'il brandissait dans sa direction. Tout ce qu'elle voyait était le regard empli de haine et de mépris dont elle etait la cible. Elle ne voulait pas mourir. Pas ici. Pas maintenant. Pas comme ça.
Elle avait rapporté ses bras au-dessus de sa tête comme maigre protection, lorsqu'un bruit sourd raisonna dans la cave du magasin qu'ils avaient essayé de voler quelques minutes plus tôt. Elle mit un temps à comprendre ce qui s'était passé lorsqu'elle vit l'homme qui s'était lourdement écroulé sur le sol, frappé de plein fouet par un violent choc à la tête. Derrière la masse de l'homme inerte, Kanon se tenait là, agrippant entre ses mains les restes d'un plat en porcelaine brisé.
Il était là. Il était resté, il l'avait sauvé. Kanon se précipita à ses côtés. "Ça va Nana-chan ?"
De grosses larmes coulaient le long de ses joues alors qu'elle hochait la tête béatement. Le soulagement était tel qu'elle ne parvenait à articuler aucun mot. Il y avait juste ces larmes qui ne s'arrêtaient pas de couler. L'enfant la regarda sans comprendre, affolé, pensant que c'était la douleur qui provoquait les tremblements incontrôlés de la fillette. "Nana ! Regarde-moi ! Regarde-moi ! Je vais désserer les dents de ce truc, ok ? À trois il faut que tu enlèves ton pied, tu peux le faire ?"
Nanao approuva d'un signe de tête, la douleur fut brève et fulgurante. Néanmoins, elle ne le fut pas autant que pour le petit garçon, celui-ci eut à peine le temps de permettre à la brunette de s'echapper qu'un bras musclé le tira en arrière. C'était le marchand qui avait repris connaissance. Son visage déformé par la rage se tordit en un rictus inhumain. Il allait le tuer. La petite fille se jeta sur lui, oubliant les protestations de sa jambe ensanglantée. Mais que pouvaient faire deux enfants contre un homme de cette taille ? Elle fut violemment éjectée, sa tête heurtant le mur avec violence, alors que les cris de douleur de Kanon raisonnaient avec horreur au fond de la cave.
Elle allait se réveiller. C'était insupportable. Pas lui, pas Kanon, que ferait-elle sans lui ? Chacun de ses cris lui arrachait le coeur, il fallait qu'elle fasse quelque chose. N'importe quoi.
Elle sentait ses mains la bruler au fur et à mesure que l'énergie rougeoyait entre ses paumes, elle avait appris quelques tours de "magie" avec les autres enfants, mais c'était la première fois qu'elle matérialisait une aussi grosse quantité en une seule fois. La sphère brulante s'échappa alors pour venir frapper l'homme en pleine figure. Celui-ci se mit à hurler de douleur à la terrible brulure qu'il venait de se voir infligé, lâchant par la même occasion Kanon, qui s'écroula au sol. Corps immobile baignant dans le liquide pourpre.
Ce soir-là, Nanao courru sur une très longue distance, Kanon sur son dos. Et à chaque fois que son souffle faiblissait, que ses muscles lui hurlaient de s'arrêter, elle se forçait à poser les yeux sur le bras droit de Kanon, complètement lacéré et mutilé, et elle savait. Elle savait que tout était de sa faute, et que pour cette raison, elle n'avait plus le droit de s'arrêter.
Combien de fois s'était-elle blâmée par la suite ? Combien de fois intentionnellement ou même inconsciemment s'était elle blessée pour réparer les torts, pour équilibrer la balance ? À son arrivée à l'académie, il lui était arrivé de ne pas esquiver les offensives de ses camarades lors des entrainements, parfois, une lassitude la prenait et lui donnait l'envie de mourir sous les coups. Mais aucune punition n'avait jamais semblé égaler ce dont elle l'avait privée cette nuit-là. Son rêve. Son avenir. Ce n'est que plus tard, à son entrée à la huitième qu'elle s'était départie de cette habitude. Elle avait rencontré des personnes formidables. Liza-fukutaichô, Ukitake -taicho, Matsumoto-san, et bientot Kyoraku-taicho. Petit à petit, se confortant dans une nouvelle vie bercée d'amis et d'une aisance nouvelle, elle avait enfoui son ancienne vie sous une couche de barrière pour aller de l'avant, et elle avait... Oublié.
La fillette se glissa dans l'assemblage de cartons maladroit qui leur servait actuellement d'abri. "Kanon ? Je t'ai rapporté à manger !" Nanao déroula le morceau de son vêtement duquel elle sortit deux brochettes, pour eux, il s'agissait d'un véritable festin. Le genre de nourriture qu'il était extrèment difficile et donc dangereux de se procurer. Cela faisait quelques mois que la petite fille s'éfforçait de ramener le plus possible à manger pour accélérer la guérison du bras de Kanon. Mais peu importe les efforts qu'elle y mettait, le regard de celui-ci restait résolument vide. Le sourire qu'il arborait autrefois en toutes circonstances avait disparu pour laisser place à une moue indifférente et hargneuse.
"Kanon..." murmura Nanao en se rapprochant timidement du blondinet. " Je sais que c'est difficile mais... Il faut que tu manges."
À ces mots, celui-ci se releva bouillonnant de colère " Tu sais ? Tu sais Nana-chan ? Non je ne pense pas ! Regarde mon bras ! Je ne le sens plus à partir du coude, tu sais ce que ça veut dire ? Je ne deviendrai jamais shinigami sans le bras qui manie le sabre, je vais rester dans le rukongai toute ma vie, handicapée, dépendant de toi pour survivre !" À ces mots il se dirigea vers la viande et commença à la piétiner avec hargne " Et j'ai pas besoin de manger, je guérirai pas de toute façon, c'est fini pour moi, c'est toi qui en a besoin, toi et tes pouvoirs de sorcière. Tout est de ta faute !"
Affolée de le voir gacher la nourriture et s'énerver de la sorte, Nanao se précipita, l'attrapant par l'épaule " Arrête, tu es fou ou quoi ? Tu dis n'importe quoi !" Kanon fit volte-face et poussa violemment Nanao au sol. Tout était de sa faute. Tout l'espoir d'un après s'était envolé. Il fallait qu'elle paye. Que quelqu'un paye. Pour son avenir réduit à néant, pour ses rêves volés en éclats, pour la vie que tout deux allaient mener désormais. Alors, il frappa. Jusqu'à ce qu'il se sente assez fort, jusqu'à ce qu'elle le supplie d'arrêter, à moins qu'elle se résigne déjà, après tout, il avait peut-être raison, tout était de sa faute.
Après ça, il s'était montré de plus en plus violent avec elle. Malgré le handicape de son bras droit il était plus grand qu'elle et savait mieux se battre, il n'avait aucun mal à prendre le dessus sur la petite fille qui, tel un fantôme accusait chacun des coups comme une bien maigre revanche sur ce qu'elle lui devait. Ce fut le jour où il la menaca avec un couteau que tout bascula. La réalité lui la frappa au visage comme un seau d'eau glacé. Ce n'était plus le Kanon qu'elle avait connu, si ça continuait comme ça, il allait la tuer.
Par une nuit dégagée, Nanao se dégagea en silence de l'abri qu'ils avaient battis ensembles une année plus tôt. Ce soir-là, elle se juera qu'elle n'y reviendrai jamais.
Pourtant, aujourd'hui, elle était là, dans cette cave froide, le corps douloureux des coups de la veille.
L'avait-elle mérité ? Était-ce sa punition pour avoir laissé celui qui l'avait sauvé ? Pour avoir fui lamentablement, abandonnant celui qui avait sacrifié une partie de sa vie pour elle ? Comment l'avait-elle remercié ? En le laissant dans la misère, contraint à voler pour se nourrir alors que son bras droit était paralysé, le promettant à cette mort certaine de ces enfants qui survivent un temps dans la rue, avant de s'éteindre en silence dans le froid d'une nuit d'hiver, dans l'obscurité d'une sombre ruelle, sous les coups de plus forts ou plus riches.
Elle avait toujours su qu'un jour elle devrait payer pour ça. Pour l'avoir laissé. Non, pire, pour avoir tenté d'oublier. De reconstruire sa vie sur un mensonge.
Alors, quelle était sa punition aujourd'hui ? Devait-elle se résigner ? Était-ce le moment de rembourser sa dette ? Se relèverait-elle un jour de ce sol sale et humide qu'il lui semblait aujourd'hui n'avoir au final jamais quitté...?
Nanao agrippa son uniforme, s'étreignant, tentant de s'accrocher à ce petit bout de lumière, celui-la même qui l'avait sauvé des dizaines de fois. Lorsque tout semblait perdu, lorsque les cauchemars innommables revenaient la chercher dans les nuits d'orage.
Elle ne savait que dire de cette lumière, ce que celle-ci parvenait à lui dire lorsque plus rien ne semblait pouvoir la pousser à se relever. Mais elle s'était toujours relevée. Pourquoi ? Comment ?
Où avait-elle trouvé la force ?
Seule cette lumière le savait, seule celle-ci parvenait à lui montrer les images, lui faire entendre les paroles qui feraient qu'elle se relèverait.
Aujourd'hui plus que jamais elle avait besoin de cette lumière, celle que tous les enfants du Rukongai chérissaient pour savoir que leur vie en dépandait.
L'espoir.
Ce ne fut d'abord qu'un faible son incomprehensible qui s'échappa de ses lèvres. Petit à petit, ce murmure se transformait en un véritable appel. Bientôt, les mots s'assemblèrent pour finalement prendre tout leur sens, car ils symbolisaient toute la volonté que la jeune femme pouvait concevoir en cet instant. Celle de ne pas mourir, de ne pas abandonner, ne pas perdre. Pas cette fois.
"S'il-te plaît aide moi... Mitsumichi."
... Voilaaaa ! J'espère que c'était bien 8D
Alors les anciens ( ils y en a encore ? ) ou même les nouveaux lecteurs, y'a t-il de gros changements dans le style d'écriture, les personnages ? C'etait mieux ? Pire ? Pareil ? 8D
Et surtout n'hésitez pas à reviewer, je le répéterai jamais assez, c'est vraiment ce qui me motive à avancer et continuer de publier ! *^*
