Petite nouveauté : comme je mets pas mal de temps à écrire, je préfère répondre aux reviews ici tant qu'il y en a peu.

...

miss damdam : Merci :) ! Eh bien la voilà, j'espère qu'elle te plaira.

...


Susan hurla de douleur quand un bloc de pierre heurta son bras. Elle s'effondra sur le sol, haletante, tandis que le château se défaisait sous ses yeux. Des Protego volaient au hasard au-dessus d'elle, des hurlements retentissaient, vite suivis de gémissements, des appels s'ajoutaient aux cris, chacun cherchant une sœur, un frère, un père, une mère, un ami, un camarade. La tête lui tournait, elle avait le goût du sang dans la bouche. Son bras, coincé sous un morceau du plafond assez conséquent, refusait de bouger. Des larmes de douleur parcoururent ses joues sans qu'elle ne cherche à les retenir. Elle grogna, ne pouvant plus parler, espérant qu'un membre de l'Armée Lumineuse, comme on l'appelait, la trouverait. Elle devait se redresser, trouver la force de soulever la pierre et récupérer sa baguette, qui avait glissé à quelques mètres. Elle prit une inspiration sacadée, toussa à cause de la poussière provoquée par les éboulements ici ou là engendrés par l'explosion survenue quelques instants plutôt. De moins en moins de cris lui parvenaient. Mauvais signe. Elle tira nerveusement sous son bras, ce qui n'eut pour effet que de lui arracher un gémissement de douleur. Elle n'osait pas imaginer l'état de son bras. Sans doute ouvert, fracturé ou elle ne savait quoi d'autre. Elle entendit des pas et tenta d'appeler. N'y parvenant pas, elle tapa dans le sol avec force avec ses pieds et sa main libre. Elle n'avait pas pensé que ce serait un ennemi qui surgirait des ténèbres. Un Mangemort, même pas masqué, se tenait devant elle, un sourire sadique sur les lèvres. Il était jeune, elle le reconnaissait pour avoir fait partie de l'équipe de Quidditch de Serpentard il y a deux ou trois ans. Il était à peine plus vieux qu'elle.

« - Qu'avons-nous là ? » murmura-t-il en se baissant vers elle.

Il toucha son cou, et elle ne put que lui cracher dessus. Il la gifla, avant de prendre son visage entre ses doigts, couvrant la bouche de la jeune fille d'une main.

« - J'avais décidé d'être gentil avec toi, mais tu t'exposes maintenant à une mort longue, petite idiote. » lui susurra-t-il à l'oreille.

La peur se lut un instant dans le regard de la jeune Bones. Elle n'avait que dix-sept ans, et elle ne voulait pas mourir. Pas maintenant, alors qu'il y avait encore un tas de Mangemorts à tuer. Et quoi qu'elle ait pu dire auparavant à quiconque, Susan comptait vivre encore des années.

Le Mangemort se releva, un rictus carnassier aux lèvres.

« - J'ai appris quelques sorts amusants, cette année. Tu vas me servir de cobaye, tu veux bien ? Merci infiniment. »

Il ne dit rien, faisant juste un geste du bras. Si Susan n'était pas si mal en point, elle aurait juré. Le sort lui avait ouvert son bras valide. Un informulé. Un putain d'informulé. Elle ne pouvait même pas prévoir les attaques. Un autre mouvement de poignet de son bourreau, et elle ne sentait plus ses jambes. Encore un, et du sang se répandait dans sa bouche, manquant l'étouffer.

« - Hum, non, pas celui-là, tu t'étoufferais trop vite, ce ne serait pas drôle. »

« - C'est toi qui va t'étouffer. » rugit une voix.

En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, un jeune homme aux cheveux clairs de bonne stature avait désarmé manuellement l'agresseur de Susan et le tenait en respect.

Goldstein. Elle n'avait jamais été aussi heureuse de le voir.

« - Agenouilles-toi. Bien. Excuse-toi. » fit celui-ci avec un ton qui se voulait nonchalant mais tremblait un peu.

Le Mangemort s'exécuta avec un regard sombre vers Susan et marmonna des excuses emplies de grief et de morgue.

« - Parfait. » fit le Serdaigle avant de s'occuper de Susan, en déplaçant la pierre écrasant son bras grâce à un sort mineur. Susan regarda et crut qu'elle allait s'évanouir. Goldstein lança un accio pour la baguette de celle-ci puis la lui lança. Elle ne bougea presque pas, elle n'en avait pas la force, l'état de son bras était vraiment mauvais. Mais elle fit l'effort de s'assoir, attirant son bras ensanglantant contre elle, geignant de douleur. Elle avait encore une chose à faire, que l'honneur ou je ne sais quoi d'autre n'autorisait pas Goldstein à seulement effleurer l'idée. Elle regarda le Mangemort à genoux, eut un sinistre ricanement, et, étant parvenue à saisir sa baguette, lui jeta un sort mortel. Il s'écroula sur le sol, un air surpris sur le visage, même si sa tête ne valait pas celle de Goldstein.

« - Mais tu es cinglée ! C'est contre-nature, il était à terre ! » s'écria-t-il, la regardant avec horreur, tout en observant ses blessures, parvenant à guérir toutes celles infligées par le Mangemorts au bout d'une dizaine de sorts lancés.

Voilà pourquoi Goldstein l'agaçait, elle s'en souvenait maintenant. Ses foutus principes. Est-ce qu'ils en avaient, eux, les Mangemorts, des principes, hein ? Aux dernières nouvelles, ce n'était pas le cas. Si son bras n'avait pas été blessé, elle l'aurait volontiers envoyé balader.

« - Arrête de chouiner, Goldstein, ce n'était pas une petite gamine innocente, tu peux me croire, et aide-moi. Je ne peux pas me soigner mon bras seule, et aussi détestable que je suis, tu ne me planteras pas là. Dans ce cas, autant ne pas traîner. Sauf si tu comptes crever ici pour tes foutus principes ? »

Elle savait qu'elle est venimeuse sans raison, mais son bras la faisait souffrir, et elle avait terriblement envie de blesser quelqu'un pour ça, et pour l'instant, le seul quelqu'un qu'elle avait sous la main, c'est Anthony Goldstein. Pauvre de lui.

« - Bones. » dit-il en la retenant par son bras en bon état alors qu'elle s'avançait dans un couloir à première vue désert, mais où de récents éboulements pouvaient cacher des assaillants.

« - Quoi ? » lui lança-t-elle avec animosité.

Il n'allait pas lui reprocher d'avoir tué un Mangemort toute sa vie. Si ?

« - Il n'y a qu'une manière de guérir ton bras. » dit-il, et il y avait de la pitié dans sa voix.

« - Accouche, Goldstein. Je sens que ça ne va pas me plaire, mais je n'ai pas vraiment le choix. Magie noire ? » interrogea-t-elle.

La magie noire pouvait avoir des conséquences irréversibles, même si elle permettait parfois de guérir.

« - Accroche-toi bien, alors. » dit-il sans répondre à sa question, n'osant même pas la regarder.

« - Je suis une grande fille, ça ira. » rétorqua-t-elle, vexée qu'il lui parle comme à une gamine fragile.

« - Si tu ne veux pas risquer la grévamine, la septicémie, le paralocoite ou je ne sais quelle autre maladie sorcière ou moldue mortelle, il va falloir t'amputer au plus vite. » dit-il.

Susan se sentit glisser. Et Anthony eut à peine le temps de la rattraper.

« - Goldstein ? » appela une voix à quelques mètres du jeune homme et de la fille évanouie qu'il tenait maladroitement, et celui-ci sursauta, sortant immédiatement sa baguette devant lui.

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« - Vos noms. » demanda un Mangemort aux cheveux blancs d'un ton monotone, qui rappelait étrangement celui du professeur Binns aux jeunes filles enfermées, juste en face de lui.

« - Et puis quoi encore ? Tu ne veux pas notre adresse aussi ? » fit la première, une brune très pâle avec des yeux très écartés, en faisant les gros yeux à une autre brune à la peau hâlée.

« - Vous êtes prisonnières, jeunes filles. »

« - Non, jure ? Et moi qui croyais qu'on était en colonie de vacances, Sally, c'est trop con ! » répondit la fille bronzée en posant ses poings sur ses hanches.

Elle était peut-être enfermée dans ce qui équivalait à une cage, mais ils avaient vérifié son sang et celui de Sally, et comme elles étaient Sang-Pures , ils s'étaient contentés de les emprisonner.

« - Vous serez punies pour votre insolence. » dit le Mangemort d'un air mécanique exaspérant.

« - Vous, fermez votre gueule, vous nous faites chier, et Sally me parlait de son copain. »

« - Je... »

« - Quoi ? Vous allez appeler votre maître et lui dire que deux gamines vous mènent la vie dure ? Oh, pauvre petit Mangemort qui a perdu sa maman! »

« - Allison. » avertit son amie en lui prenant le bras.

Elle allait trop loin. Elles étaient peut-être des Sang-Purs, mais il y avait des limites à la patience des Mangemorts et celle de leur Maître, qu'il valait sans doute mieux de ne pas franchir.

Elles étaient en sixième année, à peine. Allison était la meilleure amie de Colin. Depuis qu'elle avait appris sa mort, par Jemina, une autre camarade de classe, elle était dévastée et survoletée. Elle s'était promis de fatiguer les Mangemorts, jusqu'à sa propre fin s'il le fallait. Emprisonnée, elle avait retrouvé Sally, une Gryffondor de son année avec qui elle était en binôme en Potions, et Edward Dickson, un ami qui restait silencieux. Ils étaient au fond d'un des cachots des Serpentards, une chambre désormais vidée qui avait pris des allures de prisons. Le vieux Mangemort finit par partir après que Sally ait précipitamment donné leurs noms, pour leur éviter plus d'ennuis qu'ils n'en avaient déjà. Dès qu'il eut refermé la porte :

« - Allison, tu es dingue ! Un peu de provoc', c'est ok, mais faut pas abuser quand même ! Tu vas finir par nous faire tuer. » lui reprocha Sally Roberts.

La jeune fille haussa les épaules, désabusée, avant de s'assoir sur le sol froid.

« - Hé, tu m'écoutes ? Peut-être que tu ne tiens pas à ta vie mais Edward et moi tenons à la nôtre ! Je sais que ce n'est pas facile, que Crivey est mort... »

« - Tu ne sais pas. C'était mon meilleur ami. C'est pour lui que je suis restée, parce que je voulais être sûre qu'il ne lui arrive rien, moi je n'ai pas votre courage de Gryffondor, juste la loyauté des Poufsouffles. Vous pouvez me mépriser si ça vous arrange, mais je ne me bats pas pour des valeurs. Je me battais avec un ami, maintenant je me bats en souvenir d'un ami. »

Sur ces mots, elle se mit à pleurer. Sally tâcha de la consoler, la serrant dans ses bras. De loin Edward les observait sans mot dire. Bientôt, ils furent rejoints par de nombreux autres élèves, Sang-Purs et Sang-Mêlés, attrapés. Les nés-moldus étaient tués dès vérification de leur Sang. Dans la pièce aux murs tapissés de vert, la peur suintait. La peur, mais aussi la révolte. Certains se réfugiaient dans l'ombre, dans les coins, pour pleurer sur leur sort et leurs morts tandis que d'autres manigançaient des plans d'évasion sous le lustre au centre de la pièce. Des Gryffondors, pour la plupart, mais aussi des Serdaigles. Les Poufsouffles ne pensent pas être utiles à l'élaboration de plans. Il faut l'audace des Gryffondors et la stratégie des Serdaigles pour ça, selon eux. Eux, ce ne sont que des Poufsouffles après tout. Des gentils désireux d'un monde sans guerre où tout le monde seraient heureux, des utopistes. Mais les autres connaissent la valeur des Poufsouffles, ils sont essentiels pour l'humeur des troupes, généralement bons en médecine magique, et savent se montrer utiles sans protester quand on leur assigne des tâches peu gratifiantes, ils veillent au bien-être du groupe. Ils font l'unité, calmant les Gryffondors s'échauffant contre les Serdaigles qui les nomment « va-t-en-guerre » à cause de leur manque de bravoure. « Un Poufsouffle, on se rend compte à quel point il était important quand on le perd » avait un jour dit Almeya Lovegood, une écrivain sorcière reconnue. Force était aux Serdaigles et aux Gryffondors d'admettre désormais qu'elle avait raison.

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Zara Clifford, une ancienne Poufsouffle qui s'occupait des problèmes éventuels au niveau de l'auberge se précipita sur Charlie Weasley.

« - Vous-savez-qui empêche le transplannage dans Pré-au-lard, et les boutiques doivent rester fermer jusqu'à nouvel ordre, le couvre-feu est imposé tout le jour et toute la nuit depuis dix minutes. Adam Finn et Sam Hutson gèrent chacun une équipe de quatre membres qui dissimulent notre présence constamment : la Tête de Sanglier est entièrement insonorisée et de l'extérieur aucune lumière ne filtre à par celles allumées par Alberforth lui-même, pour que cela paraisse habituel, ils s'occupent de ce genre de choses, entre autres. Les cheminées étant surveillées, tous ceux qui ne sont pas encore sortis restent ici ou dans l'auberge le temps qu'on trouve une solution. »

« - Merci Clifford. L'initiative de Finn et de Hutson est grandement appréciée. Les enfants devront être amenés ici ou occuper les chambres situés au plus haut de l'auberge. Personne n'est autorisé à ouvrir les fenêtres, passe le mot à Hutson et Finn pour qu'ils contrôlent ça, qu'ils les bloquent pour une durée indéterminée, quitte à les condamner. Sinon, il faudra y mettre des rideaux que l'on ne peut tirer, il faut absolument limiter les risques : personne ne doit être vu à une fenêtre. Les chambres abritant des enfants devront être surprotégées : quatre sorts sur chaque porte répétés par au minimum trois sorciers confirmés. Un sorcier expérimenté au minimum par chambre, plusieurs enfants par chambre sera sans doute préférable. Occupe-toi de ça, s'il-te-plaît, les jumeaux Hawthorne et Melissa Crowley vont t'aider. L'équipe de Jerry s'occupe déjà de la surveillance de l'entrée. » réfléchit Charlie en hochant la tête.

« - Hé, pour les messages, si tu connais la méthode employée au ministère, ce sera sans doute plus pratique pour communiquer.» lança Yuki, qui connaissait bien la jeune femme.

Celle-ci lui jeta un regard reconnaissant avant de s'en aller, suivis de Stevie et Ada Hawthorne et de Melissa Crowley. Les allers-retours étaient fatigants, et ce ne serait sans doute pas la dernière fois qu'elle devrait transmettre des informations.

« - Il faut quelqu'un pour essayer une sortie vers la fenêtre, c'est notre seule ouverture possible sur le monde extérieur maintenant, on doit vérifier si elle est praticable. Je vais y aller. » fit Charlie en contemplant le petit groupe qui l'entourait : Holly Zach, Yuki, et Dubois.

Yuki Chang prit une grande inspiration.

« - Non. » dit-elle en rejetant la tête en arrière.

« - Quoi, non ? Il faut bien le faire. » fit Charlie en haussant un sourcil perplexe.

« - J'y vais. » dit-elle simplement en affrontant son regard clair.

« - Tu restes ici, on aura besoin de ta cervelle dans le coin. Je m'en occupe. » rétorqua Olivier Dubois.

« - Je suis la plus agile et mon balai est le plus rapide, par conséquent je risque moins d'être touchée que vous tous si je suis repérée. Je veux le faire. J'en suis capable. » dit-elle, la détermination faisant briller ses yeux, ou peut-être était-ce la peur.

« - Promets-m... Promets-nous d'être prudente. » demanda Olivier en posant ses yeux sur la silhouette fine de l'ex-Capitaine de Serdaigle.

« - Je monte depuis que j'ai quatre ans, et mon père était entraineur des Tornades de Tutshill. Je ne crains rien. Tout se passera bien, ils ne me découvriront pas. » dit-elle en le fixant dans les yeux, mais sa voix tremblait un peu.

« - Yuki... » soupira Charlie Weasley, mais un peu d'inquiétude perçait dans sa voix.

« - Je promets. » dit-elle, et elle le serra dans ses bras, puis elle fit de même avec Holly. Elle s'avança ensuite vers Olivier, hésitante, mais il ne lui laissa pas le choix : il manqua l'étouffer dans son étreinte.

« - Bon. Je vais y aller. Ah, vous être trop forts, vous m'avez fait pleurer. Si jamais le pire devait arriver, je veux que vous sachiez que vous comptiez pour moi. Enfin, bref, si ça se trouve, je serais de retour dans cinq minutes, alors ne m'enterrez pas trop vite, d'accord ? »

Elle prit son balai, ouvrit la fenêtre. Le silence se fit plus ou moins dans la pièce, ou du moins le bruit fut quelque peu réduit. Elle monta sur le rebord. Elle savoura la sensation du vent sur sa peau, eut même un léger sourire. Et puis elle se concentra, monta sur son balai et prit son envol. Ses amis –mais pouvait-elle appeler Olivier un ami ?- surveillaient anxieusement sa course depuis la fenêtre, elle le savait. Elle rasait les murs, silencieuse et rapide, prenant garde de ne pas se trouver à hauteur des ouvertures, que ce soit des portes ou des fenêtres. Elle ne se sentait pas très bien, sans doute était-elle trop effrayée pour être à l'aise. Elle pensa un instant à se poser, puis rejeta cette idée. Le château n'était pas gardé et il faisait nuit noire, mais elle faisait attention à bien rester dans l'ombre, protégée des regards. Et elle décida d'approfondir son exploration, malgré son malaise grandissant. Elle se sentait mal, et ça empirait à chaque seconde, mais elle se demandait si elle pouvait atteindre d'une manière ou d'une autre les cuisines. Cela pourrait s'avérer pratique. Elle descendit de plus en plus, jusqu'à frôler le sol. Elle se posa en douceur, et vomit son repas. C'était la première fois qu'elle était malade en balai, et il avait fallu que ce soit cette fois-ci précisément. Son balai sous le bras, à portée de main en cas de danger, elle longea le plus discrètement possible le mur nord-est de Poudlard. Si elle était aussi bonne en localisation qu'une Serdaigle moyenne pouvait s'en targuer, c'était bien là que se trouvaient les cuisines. Elle baissa la tête quand elle dût passer sous une fenêtre d'où s'échappait des échos de bagarre, et poursuivit son chemin quelques temps encore, jusqu'à une porte intelligemment camouflée qu'elle avait repérée un jour, avec Charlie, quand ils jouaient à cache-cache. Un Alohomora basique, quoique relativement puissant, suffit à l'ouvrir. Elle se faufila à l'intérieur. Elle ne se sentait déjà pas au meilleur de sa forme, mais les odeurs de cuisine qui parvinrent à ses narines l'incitèrent à se précipiter sur le premier évier vide qu'elle ouvrit. C'est ainsi que les quelques rares elfes de maison qui ne se battaient pas courageusement pour Poudlard eurent la stupeur de voir débouler une femme humaine sur leur lieu de travail. Tandis que l'un d'eux fermait la porte dérobée et y apposait un sort beaucoup plus puissant de composition elfique –le dernier elfe de maison qui était passé par la petite porte avait sans doute oublié de le renouveler-, les autres se mirent à chuchoter furieusement, chacun exposant son avis personnel. Qui était-elle ? Que devaient-ils faire ? De quel camp faisait-elle partie ? Etait-elle armée ? Pourquoi avait-elle son balai avec elle ?

Ils se mirent cependant d'accord sur la question primordiale à poser. L'un deux, le plus téméraire, s'approcha d'elle.

« - Miss a besoin d'aide ? » demanda-t-il poliment.

Elle se tourna vers lui, et il remarqua qu'elle était jeune, assez pour avoir été à Poudlard d'ici la dernière décennie, bien qu'il ne soit pas un spécialiste de l'apparence selon l'âge chez les humains.

Elle ouvrit le robinet, se rinça la bouche, se débarbouilla, et laissa l'eau nettoyer le lavabo sans mot dire devant les elfes indécis qui avaient formés un demi-cercle qui s'avançait peu à peu en sa direction. Puis elle se tourna vers eux lentement pour ne pas les brusquer. Elle leva ensuite ses mains, paumes en avant.

« - Je ne vous veux aucun mal. » commença-t-elle en les regardant uns à uns, en essayant de sourire.

Mais elle dût se retourner et rejeta une nouvelle fois tripes et boyaux. Elle était vraiment en piteux état. Elle renouvela l'opération, sous les yeux des elfes, semblant plus compréhensif.

« - Leavy connait un très bon remède pour la gueule de bois » fit un elfe en hochant fermement la tête avant de s'installer derrière une marmite.

Si la situation n'était pas si grave, Yuki aurait souri. Mais la guerre n'avait rien d'amusant, et le temps pressait.

« - Je n'ai pas bu d'alcool, je suis juste malade, ne vous affairez pas pour rien. Je dois vous demander un service. »

Les elfes s'agitèrent, mal à l'aise en marmonnant. Ils allaient enfin savoir à quel camp elle appartenait, très certainement, et elle leur demanderait de se battre, leur promettant liberté ou grandeur, ou quoi que ce soit d'autre.

« - Est-ce que l'un de vous pourrez me ramener quelque part ? »

« - Où donc ? » demanda la dénommée Leavy.

C'était la plus attentionnée à son égard. Yuki lui adressa un sourire reconnaissant, mais un peu faible.

« - Tu connais la salle spéciale du 7ème étage ? Je ne peux pas transplanner à l'intérieur de Poudlard, mais votre magie vous le permet. Tu le pourrais, pour moi ? »

« - Bien sûr, miss, Leavy est à votre service. »

Elle lui tendit sa petite main et Yuki l'attrapa, non sans avoir dû vider une nouvelle fois le contenu de son estomac dans un évier.

Le transplannage était de loin le moyen de transport que Yuki exécrait le plus. Le fait que son estomac soit particulièrement fragile aujourd'hui ne l'aida pas à l'apprécier davantage. A peine après avoir transplanné, elle ne prit pas même le temps de remercier Leavy et se précipita dans la salle de bains aménagée à la va-vite dans la Salle sur Demande quelques heures auparavant à peine.

Olivier Dubois et Charlie Weasley fondirent sur l'elfe de maison et la bombardèrent de questions.

Holly Zach, qui les rejoignit, les fit taire pour que l'elfe puisse enfin s'exprimer.

« - Qu'est-ce que notre amie a ? »

« - Miss est malade. »

« - Elle a été blessée ? »

« - Je ne pense pas. »

« - Veux-tu rester ? »

« - Je suis une elfe neutre. Je ne veux pas combattre. »

« - Bien. Merci. Nous, et Yuki également, je pense, te remercions. Tu peux t'en aller, si c'est ce que tu souhaites. »

Leavy hocha la tête et disparut rapidement.

« - Je vais voir comment va Yuki, restez ici tous les deux. » dit Holly autoritairement.

Quinze minutes plus tard, Holly revient.

« - Tu en as mis du temps ! Qu'est-ce qu'il se passe ? »

« - Jordana l'a examinée. »

« - Elle va bien ? »

« - Elle veut vous voir, tous les deux. »

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« - Bienvenue au Manoir, Miss Lovegood. » fit Narcissa Malefoy de sa voix la plus aimable.

Donc la voix 'seau d'eau glaciale' accompagnée du regard 'qui fait rétrécir sur place', le plus gentil qu'elle ait.

Elle avait contraint tout le monde à sortir du château et à transplanner d'urgence au manoir familial, que ce soit Drago, Luna, ou son mari.

« - Merci. » répondit Luna avec un sourire rêveur, regardant tout autour d'elle.

Elle ne lâcha cependant pas la main de Drago. Les temps changeaient, et Luna aussi. Elle restait comme avant, mais elle devenait plus prudente, et l'homme à qui appartenait le manoir venait de tuer une femme de sang-froid juste sous ses yeux. Elle frissonna et sentit ses jambes faiblir, malgré le contact rassurant de Drago contre elle.

« - Miss Lovegood serait bien dans la chambre de l'aile est, non ? »

La chambre la plus isolée du reste des habitants de la maison.

Il me prend vraiment pour un imbécile, pensa Drago. Comme s'il y avait une chance qu'il prenne le risque de laisser seule Luna dans le coin le plus obscur du manoir et quasiment celui le plus éloigné de sa chambre...

« - Ma chambre me parait plus indiquée. » rétorqua-t-il en serrant un peu ses doigts.

Hors de question de la laisser loin de lui, à la merci de son père et des autres Mangemorts.

Narcissa haussa un sourcil. Ce n'était pas très conventionnel. Cependant, elle ne dit rien.

« - Miss, vous devriez allez voir si quelque chose vous va dans l'ancienne garde-robe des Black, que nous avons entièrement ramenée ici, si vous ne possédez pas de quoi vous changer. J'ai conservé d'anciennes robes à moi ou à mes sœurs, certaines vous iront peut-être. Jizy va vous les montrer. Vous pouvez choisir celles que vous voulez. Oh, j'oubliais. Tant que vous demeurerez ici, vous serez sous ma protection. N'est-ce pas, Lucius ? »

« - Bien évidemment, très chère. » répondit celui-ci en grinçant des dents.

Quand il passa près de sa mère, Drago laissa échapper un merci presque inaudible. Presque à regret, il autorisa Jizy à mener Luna vers la garde-robe géante des Black. Pas sûr que Luna y trouve quelque chose qui lui convienne, mais sous la protection de Narcissa Malefoy et accompagnée par leur elfe de maison, il la savait en sécurité et c'était le principal. Jizy ne risquerait jamais la santé d'une protégée de Mrs Malefoy, quitte à en périr sur l'instant.

« - Jizy. Quand vous aurez fini, montre-lui le chemin de ma chambre. » commanda-t-il avant de prendre le chemin de la volière.

Luna lui sourit avant qu'il ne parte. Jizy lui demanda ensuite la permission de prendre son bras pour transplanner, et elles se retrouvèrent dans une pièce pleine de vêtements. Elle n'avait pas vraiment le cœur à ça : ses amis étaient en train de se battre, certains mourraient même, pendant qu'elle allait faire des essayages. La salle dans laquelle elles étaient entrées étaient immenses et envahie d'affaires diverses et variées. Des robes principalement. Longues, très longues, à traîne : aucune ne lui arrivait au-dessus du genou. Sombres, toujours : quelques robes rouges (lie-de-vin, bordeaux, rouge sang pour les plus vives), d'autres verts (Serpentard, vert sapin, émeraude), des noires à foison, des violettes (prune, pourpre), bleu sombre (bleu nuit, bleu roi). Elles étaient différentes de celles que Luna portaient d'habitude : plus pesantes, plus habillées, plus décolletées, plus adultes. Les tissus étaient plus riches : velours, soie, taffetas, satin, mousseline et beaucoup de dentelle fine. Après l'avoir sérieusement examinée, l'elfe de maison lui trouva des sous-vêtements à sa taille et sélectionna des robes qui pourraient lui aller.

Elle devait avoir une certaine expérience sur le sujet, car effectivement, les robes qu'elles lui proposaient tombaient remarquablement bien sur Luna. Elles semblaient avoir été taillées pour elle. Luna accepta presque tous les modèles que l'elfe lui présenta, sauf ceux qu'elle trouvait trop décolletés, trop sombres, trop moulants ou trop dépassés.

« - Ce sont toutes des robes de Mrs Lestrange. Vous faites presque la même taille. Ma maîtresse est plus grande que vous, et Miss Black –le nom de Tonks était banni chez les Malefoy, et Luna se demanda quelques instants pourquoi Narcissa avait-elle gardé les affaires de sa sœur reniée- était d'un plus petit gabarit dans sa jeunesse. »

Luna pâlit un peu à ce constat, puis ne dit plus rien pendant le reste des essayages, qui s'avérèrent concluants : sa garde-robe était désormais refaite à neuf, et Jizy envoya le linge au sous-sol pour qu'il soit lavé par d'autres elfes de maison, avant d'entraîner Luna dans les couloirs du Manoir Malefoy.

« - Vous travaillez pour la famille Malefoy depuis longtemps ? » demanda Luna pour faire la conversation le temps d'arriver devant la chambre de Drago.

« - J'étais de service chez les Black avant la naissance-même de Miss Cissy. Oh, stupide, stupide Jizy. » dit-elle en se dirigeant la tête la première vers le mur, totalement imprévisible.

Elle la cogna avec un mouvement répétitif en gémissant, et la camarade de Drago ne parvint pas à l'en éloigner.

« - Stop ! Arrêtez, je vous en prie ! » s'écria-t-elle, épouvantée.

Le vacarme dans le couloir attira Drago hors de sa chambre. Il apparut, baguette en main.

« - Suffit Jizy. » dit-il en l'abaissant.

« - Oui, Mr Malefoy. Pardon, pardon pour avoir manqué de respect à votre mère en oubliant son titre. » dit l'elfe aussitôt, s'étant immédiatement éloignée du mur à l'ordre du jeune Malefoy.

« - Ce n'est rien, Jizy. Allez faire ce que vous avez à faire. Luna, viens. »

« - Bien, Mr Malefoy, tout de suite. Mes respects, Mr Malefoy. » dit la vieille elfe en se courbant un peu.

« - Merci. » dit Luna en se tournant vers l'elfe qui l'avait accompagnée, lui adressant un léger signe de main.

Les yeux de l'elfe de maison manquèrent de lui sortirent de la tête, et elle partit rejoindre la cuisine, sous le choc. La protégée de Mrs Malefoy l'avait remerciée ? Mais qui était donc cette humaine ?


Bon bah voilà... J'ai mis un peu plus de temps que prévu, mais je commence à ancrer mon histoire, et si comme vous je n'en connais pas encore tous les débouchés, ça avance tout de même. De nouveaux personnages, encore, mais il faut bien qu'il y ait un peu de monde dans ce château, après tout. Des remarques ?