Chapitre 4 : Explications :
Merci à tous, vraiment, de suivre et aimer cette histoire.
Ignis : un énorme merci pour ta review qui m'a beaucoup touchée. Je pense que tu m'as fait un des plus beaux compliments qu'on puisse faire à quelqu'un qui écrit une histoire. Et du coup, sachant ce que tu m'as écrit te concernant, j'ai une pression supplémentaire… j'espère que la suite ne te décevra pas.
Désolée d'avoir mis autant de temps pour la suite mais j'ai travaillé sur ce chapitre en même temps que les deux autres et en même temps que mon autre fic donc ça a pris plus de temps. Mais la bonne nouvelle c'est que la suite est presque entièrement prête et donc arrivera nettement plus vite. Espérant que vous aimerez…
Pimpiericky.
-Et tu vas faire quoi ? avec plus d'aplomb qu'il n'en avait réellement. Appuie Dean, fais de toi un meurtrier, je suis sûr que tu ne l'as même jamais utilisée contre quelqu'un.
-Qu'est-ce que tu peux en savoir ? avec défi.
-Je sais que tu ne me feras pas de mal.
-Tu n'en sais rien, braquant toujours son arme vers lui.
-Tu aurais pu laisser Sam me tuer si tu l'avais voulu.
-C'est pour Sam que je l'ai empêché pas pour un fouineur, d'un ton légèrement agressif.
Dean baissa quand même son arme.
Un long silence…
-Qu'est-ce qu'il se passe avec ton frère Dean ?
-Je ne vois pas de quoi tu te mêles Castiel, tu pénètres chez moi par infraction, tu fouilles, ouvres le sous-sol, qu'est-ce qui ne va pas chez toi ?
Dean était hermétique à ses questions, Castiel savait qu'il n'aurait aucune réponse en le harcelant. Il allait devoir être plus fin, il allait le confronter à ce qu'il savait déjà, ce qu'il avait plus ou moins compris avec ce qu'il avait pu voir.
-Bien, tu ne veux pas me répondre, tu te braques et détournes la conversation sur moi, c'est typique.
-Typique ? Typique de quoi ?
-Tu ne veux pas que je me mêle de ça ?
-C'est clair, ça ne te concerne en rien Castiel, tu n'es rien pour moi.
Cela lui faisait mal d'entendre ces propos de la bouche de Dean mais il savait ce qu'il cherchait, il voulait qu'il l'abandonne. Et il ne le laisserait pas faire.
-Ok, mais ça ne m'empêchera pas de chercher à savoir. Je sais que tu as enfermé ton frère pour son bien ou en tous cas pour ce que tu crois être son bien. J'ai bien remarqué qu'il avait un problème.
-Un mec essaie de t'étrangler et tu te dis qu'il a un problème, bravo Columbo ! cherchant à le piquer au vif.
Ignorant la remarque désobligeante de Dean, Castiel continua :
-Je disais que j'ai remarqué des troubles évidents chez lui dès le début bien qu'il était très gentil mais il avait quelque chose d'un peu enfantin, quelque chose qui tranchait avec ses traits d'adulte, des traits particulièrement tirés, comme s'il portait le poids du monde sur ses épaules. Une grande souffrance émane de lui Dean… il n'y a pas besoin de cuisiner du poulet Colombo pour comprendre ça Dean…
Dean leva les yeux au ciel, d'un air exaspéré. Castiel se dit qu'il avait encore dû louper la référence…
-Et puis, il a commencé à être vraiment ailleurs…continua Castiel en réfléchissant à voix haute. Je pense que ça lui est arrivé parce que j'ai sans faire exprès brisé le cadre de votre mère. Donc, c'est l'élément qui l'a perturbé. Ensuite, au plus je parlais, au plus il avait l'air d'être ailleurs et il s'agitait jusqu'à ce qu'il change complètement de visage, il avait l'air d'être un autre Dean, ce n'était plus lui quand il s'est attaqué à moi… Je crois que ton frère a des crises psychotiques ou de schizophrénie…
Dean se crispa, Castiel était intelligent, il ne pourrait pas se débarrasser de lui… et il avait compris bien trop de choses.
-Dean, parle-moi.
Devant son silence crispé, il continua :
-Dean, j'ai compris que ton frère comptait beaucoup pour toi, ça se sent, alors pourquoi tu lui fais ça ? Pourquoi tu l'enfermes, tu te rends compte Dean ? Je ne te juge pas, je sais que si tu as pris des mesures aussi extrêmes, c'est que tu dois avoir tes raisons mais j'aimerais comprendre Dean, simplement comprendre… Est-ce que tu te rends compte de la vie que tu mènes ? Et des conditions dans lesquelles ton frère vit ?
-Je m'occupe bien de lui, finit-il par dire, passablement agacé par l'attitude de Castiel.
Celui-ci était soulagé, sa tactique commençait à fonctionner, la carapace de Dean se fendillait lentement mais sûrement…
-Dès qu'on peut, je le fais sortir, à l'ancienne casse de Bobby, je fais tout ce que je peux pour lui offrir un minimum de confort, cette pièce qui lui rappelle uniquement les bons souvenirs… les yeux dans le vague. Mais dans son état, il ne peut pas… je ne peux pas lui donner plus…
Castiel se demandait qui était Bobby mais ne posa pas la question, il ne voulait pas braquer Dean davantage.
-Oui, tu t'occupes de lui Dean, je n'en doute pas, je sais que tu tiens vraiment beaucoup à ton frère, ça se sent, mais tu ne peux pas le soigner Dean, tu n'en as pas les compétences… Il lui faut des professionnels, des gens qui pourront l'aider, un instit…
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que Castiel se retrouva prisonnier des mains de Dean. Il lui serra les bras au point que sa peau pâle prit une teinte rouge sang en quelques secondes.
-Nooon ! De quoi tu te mêles ? Sam ne retournera jamais là dedans !
Son courroux était effrayant, Dean possédait une brutalité en lui qui l'aurait terrorisé s'il n'avait pas connu ses autres facettes, sa loyauté, sa générosité, son côté tendre sans en avoir l'air… Il voulait protéger son frère, il avait déjà été placé mais apparemment cela s'était mal passé….
-Qu'est-il arrivé Dean ? À ton frère, que lui est-il arrivé ?
Dean ne le lâchait toujours pas et il commençait à avoir mal, à sentir le sang stagner dans ses veines mais il n'en démordrait pas, il devait savoir la vérité, comprendre pour pouvoir les aider.
-Dean, si tu ne m'expliques rien, je vais être obligé d'agir. Fais-moi confiance… parle-moi, le fixant droit dans les yeux.
-Il y a bien longtemps que je n'ai plus eu confiance en qui que ce soit…
-Je veux juste comprendre Dean, je ne suis pas là pour te juger, je te le répète, quoi que tu me dises, je suis prêt à t'écouter.
Dean semblait réfléchir. Il ne détachait plus son regard du sien, cherchant peut-être s'il pouvait lui accorder sa confiance. Cela dura quelques minutes puis Dean finit par prendre la parole en le relâchant.
-Sam a déjà été placé dans un institut Cas et le moins que l'on puisse dire c'est que ça n'a pas été une réussite.
Castiel pouvait sentir sa lutte intérieure, la difficulté qu'il avait à se confier.
-Qu'est-ce qui s'est passé Dean ? insista Castiel.
-Il y a deux ans, j'ai fini par le faire interner. Ils ne me laissaient pas le voir, Sam avait besoin de moi, on n'a jamais été séparé longtemps lui et moi et là, ça faisait un mois… Il faisait des crises de plus en plus fortes et de plus en plus fréquentes et ils ne faisaient que le bourrer de médicaments. A force que j'insiste, ils ont fini par me laisser le voir, je suis rentré dans cet endroit qui faisait penser à un hôpital, avec un petit jardin, un cadre idéal… Tu parles ! Je me souviens d'une femme… elle avait des barreaux à ses fenêtres et regardait le ciel comme si elle y voyait quelque chose qu'aucun de nous ne pouvait voir, je n'oublierai jamais le visage de cette femme... et j'ai réalisé que mon frère était parmi tous ces gens qui vivaient comme dans un autre monde car lui aussi était dans le même état, voyant des choses imaginaires... et Sam est arrivé et…
Dean éprouvait de la souffrance à parler de cet internement.
-Je n'ai même pas reconnu mon frère, Cas, il est sorti et pendant quelques secondes, je ne me suis même pas aperçu que mon propre frère s'approchait de moi.
Dean avait la voix tremblante, se replonger dans ses souvenirs semblait vraiment difficile. Castiel avait de la peine pour lui, il ressentait sa fatigue, il avait dû supporter tant de choses…
-Il était shooté aux médocs, son apparence physique avait changé, il avait l'air tellement plus vieux… et il croyait que je l'avais… abandonné.
Ce mot avait eu du mal à sortir de la bouche de Dean, Castiel voyait la peine qu'il en éprouvait.
-J'ai fini par lui faire comprendre qu'ils faisaient ça pour son bien même si moi je n'en étais pas convaincu. Et il semblait un peu mieux. Mais il a fait une nouvelle crise et encore une fois il a été isolé et… il ne l'a pas supporté Cas, son traitement, mon absence, ça a été trop dur et… il a toujours été intelligent et malin, s'interrompit Dean les yeux plein de fierté, et ce soir-là... Sa voix se brisa.
-Il a tenté de se suicider, termina Castiel qui revoyait les cicatrices de Sam sur ses poignets.
-Oui, il, il a réussi à piquer un couteau dans les cuisines, il était habitué à voler, on y a été obligé quelquefois, et ils ont été tellement négligents.. Ils pensaient que parce que ces gens sont fous, ils sont forcément débiles, cracha-t-il avec haine. Ils ont au moins fait une ronde à temps pour se rendre compte qu'il se vidait de son sang… Quand ils m'ont prévenu, j'étais enragé mais ils ne voulaient pas le laisser sortir, je les ai menacés de porter plainte, de faire fermer leur foutu établissement de merde! Je crois qu'on ne m'avait jamais vu dans une telle colère et ils ont fini par céder et ils ont relâché mon frère… et depuis je m'occupe de lui…. Et ne viens pas me dire que je m'occupe moins bien de lui qu'eux, jamais ! Je ne peux pas le soigner, c'est vrai, mais eux non plus et au moins, il est parfois heureux avec moi, je suis là pour lui…
-Dean… en s'approchant doucement.
Mais celui-ci se recula. Castiel n'insista pas, il connaissait le besoin d'espace personnel de Dean, surtout en se dévoilant de la sorte, ce n'était pas évident pour lui.
-Tu comprends pourquoi je ne peux pas le placer encore une fois ? Comment veux-tu que je leur fasse confiance, comment veux-tu que je le laisse entre leurs mains ? Les institutions, les autorités, elles ne vous aident que quand c'est trop tard… les gens sont des charognes qui ne sont bons qu'à vous enfoncer, quand vous avez un problème, tout le monde vous rejette, personne ne vient vous aider… On s'est tellement moqué de Sam, au mieux on le prend pour un idiot, au pire pour une bête, un monstre… mais c'est pas sa faute Cas, c'est pas sa faute…
Dean semblait sur le point de craquer.
-Écoute Dean, écoute-moi ! Tout le monde n'est pas pareil, les instituts ne sont pas tous comme celui que tu m'as décrit, heureusement. Ce n'était pas le bon endroit, il existe des professionnels qui se soucient vraiment des malades, tu sais. Certains s'investissent corps et âmes dans un travail qu'ils aiment… ils veulent vraiment aider les gens qui ont le type de problèmes de ton frère. Tu sais, je connais quelqu'un…
-Tais-toi ! s'emporta-t-il, tu n'as aucune idée de ce qu'a subit Sam, même moi je ne sais pas tout.
-Explique-moi alors…
Il sentait que Dean était à bout de nerfs, qu'il ne supportait plus toute cette situation. Castiel devint plus doux.
-Je veux t'aider Dean, vous aider ton frère et toi… Tu sais que je suis sincère, tu me dis que tu ne crois pas que les gens puissent être désintéressés et seulement vouloir le bien être d'autres êtres humains mais tu sais que je ne te veux aucun mal, tu sais que je veux seulement t'aider. Regarde-moi Dean, je veux aider ton frère.
-Personne ne le peut, il est trop tard.
-Non, Dean. Ton frère a-t-il déjà commis un acte de violence ?
-Une fois, le regard vitreux.
-As-t-il tué quelqu'un ? avec anxiété.
-Non, il a agressé quelqu'un, c'est pour ça qu'il était dans la clinique. J'ai hésité mais j'étais choqué par son geste et on m'a convaincu pour son bien… Il ricana… si j'avais su…
-Que s'est-il passé ?
-Mon ex, Cassie… la femme qui partageait ma vie à cette époque…
Castiel commençait à comprendre. Sam avait agressé la femme avec qui était Dean… Après ça, elle avait dû le convaincre de faire quelque chose mais malheureusement, les choses avaient une nouvelle fois viré au drame. Et qu'était-il arrivé à Cassie après ça ? Dean avait certainement dû s'éloigner d'elle, il avait dû la quitter... Dean l'avait protégée ou n'avait pas supporté qu'elle se mêle de son lien avec Sam, ou peut-être un peu des deux… Et depuis, Dean avait vécu en ermite avec son frère, s'éloignant de toute trace de vie, plus de contact avec les autres... Il comprenait mieux l'attitude qu'avait eue Dean avec lui depuis le début, il avait lutté contre ce qu'il lui faisait ressentir. Depuis deux ans, il n'avait plus eu de vie et Sam était resté là, mais cela ne pouvait pas continuer comme cela, ni pour Dean ni pour Sam. Pas avec ce qu'il ressentait pour lui. Castiel venait de comprendre. Cela faisait un moment qu'il avait perçu ses sentiments pour Dean mais à cet instant, il en saisit la nature exacte. Il était amoureux de lui. C'était dingue mais dans la confiance qu'il avait eu en lui alors que tout lui montrait qu'il valait mieux prendre ses jambes à son cou, dans son envie de le connaitre, dans l'admiration qu'il avait pour lui avec ce qu'il avait appris ce soir, il aimait cet homme. Il devait le sauver. Et pour ça, il devait en savoir plus.
-Qu'est-il arrivé exactement Dean ?
-J'étais avec Cassie depuis quelques mois, évoquant un passé qui semblait vraiment lointain pour Dean, une autre vie. Sam devait s'en aller pour Stanford un mois plus tard et il est parti pour visiter l'université. Je ne pouvais pas l'accompagner et je crois que ça l'arrangeait bien, j'avais toujours tendance à le protéger et il voulait plus d'indépendance, enfin, c'est ce que je pensais mais je crois qu'il me cachait un truc. Puis il s'est passé quelque chose, quelque chose de grave, je n'ai jamais su quoi ou qui. Il avait une blessure au niveau des côtes qui avait été soignée à l'arrache, un tatouage étrange tout frais, fait n'importe comment, qu'il a fallu que je désinfecte et une énorme brûlure à vif. Et Sam n'est pas revenu le même dans sa tête non plus. J'ai refusé de le voir, au début, c'étaient de tous petits signes, je me disais qu'il était choqué mais petit à petit ça s'est empiré et je continuais à vouloir être aveugle, je ne voulais pas y croire mais il a tapé Cassie dans un de ses délires et aujourd'hui je sais, je sais qu'il a vraiment de graves problèmes psychologiques. Mon petit frère… On m'a parlé de schizophrénie dans ce putain de centre, s'ils ont été capables de faire le bon diagnostic.
-Si tu sais, tu dois agir Dean.
-C'est ce que je fais tous les jours.
-Non, tu fuis, tu essaies de sauver ce qui reste mais il faut agir Dean, faire davantage ou plutôt autrement.
-Sam ne supporterait pas d'être loin de moi.
-Sam ou toi ?
Dean ne répondit pas.
-Personne ne te le demande Dean, de vous séparer …..Vous êtes si proches, que vous est-il arrivé ?
-Je ne sais pas ce qui est arrivé à Sam, je te l'ai dit.
-Je ne parle pas de ça ou de ses cicatrices. Je te parle de ce qui vous est arrivé à tous les deux. Le lien qu'il y a entre vous, cette manière que tu as de l'aimer et de le protéger Dean, c'est magnifique et je suis sûr que vous avez une histoire forte…
Il se radoucit.
-Comment tu peux lire en moi comme ça ? levant son regard vers lui.
Castiel s'enfonça alors dans la brèche, il savait que Dean craquait.
-Parle-moi Dean, dis-moi ce que je ne peux pas voir.
Leurs regards se jaugeaient, se mêlant l'un à l'autre, sachant qu'ils partageaient un moment déterminant. Et Dean dut se sentir en confiance car il lui raconta son enfance :
-Je dirais que tout a commencé avec la mort de notre mère. Un incendie. Sam avait cinq ans et moi sept. Mon…père, avec du dégoût dans la voix, il a commencé à boire, nous laissant seuls Sam et moi alors qu'on était tous petits et je m'occupais de lui. Sam a toujours fait des crises d'anxiété que moi seul arrivais à calmer depuis la mort de notre mère.
Déjà, Dean avait pris son petit frère sous son aile malgré son jeune âge. Castiel n'en ressentait qu'une plus grande fierté. Cette homme était formidable.
-Puis son alcoolisme est devenu vraiment sérieux, il pensait que notre mère s'était faite assassiner. Alors que c'était juste un simple et malheureux accident domestique. Notre père avait laissé une cigarette allumée et malheureusement, un feu s'est déclenché dans la chambre où elle dormait. Mais je crois que mon père n'a jamais supporté la culpabilité et c'est pour ça qu'il s'est réfugié dans ses putains de bouteilles ! Mais cette théorie d'assassinat germait de plus en plus dans son esprit. Et j'ai insisté souvent pour lui dire qu'il racontait n'importe quoi et un jour je suis allé un peu trop loin, je n'en pouvais tellement plus, je lui ai dit que c'était de sa faute, qu'il devait arrêter de croire à un assassinat par quelqu'un car le seul assassin c'était lui et là est venu le premier coup.
Castiel comprit alors que Dean avait été un enfant battu. Cela expliquait bien des choses, la brutalité sous-jacente de Dean, son manque de communication… Comment pouvait-on faire cela à un enfant ? D'accord, son père avait souffert mais rien n'excusait ce type de gestes.
-J'ai pensé que c'était de ma faute, j'ai cru que c'était moi qui avais provoqué ça chez lui mais… il a recommencé après ça, souvent… et au plus je grandissais et au plus je me rebellais lui disant que personne n'avait tué maman mais l'alcool coulait toujours à flot pour lui et il s'est mis à me dire que Sam et moi étions complices, que c'est nous qui avions fait rentrer les assassins de notre mère, qu'on l'avait privé de sa femme. Je ne pouvais pas le laisser dire ça mais il était bien plus fort que moi…
Castiel avait les larmes aux yeux, ce qu'avait vécu Dean était horrible, la vie s'était acharnée sur lui.
-Dean…
-Tu voulais savoir Cas, alors, laisse-moi finir sans m'interrompre sinon je ne serai plus jamais capable d'en parler…
Castiel écouta alors avec attention.
-Un soir, où il avait dû boire encore plus, il est rentré complétement déchiré et prêt à en découdre. J'avais malheureusement pris l'habitude et j'ai caché Sammy dans sa chambre comme je le faisais à chaque fois, je ne voulais pas qu'il s'en prenne à lui, il était si petit… dix ans à peine.
Castiel avait envie de lui dire que lui aussi était un enfant mais il ne devait pas l'interrompre et il savait qu'à ce moment-là, Dean avait perdu son innocence depuis longtemps, à cause de ce père…
-Je lui disais qu'il y serait toujours en sécurité, je lui disais que notre mère veillait sur lui de là-haut, il gardait son portrait auprès de lui.
Castiel comprit alors pourquoi Sam avait eu cette réaction quand il l'avait brisé. Sans le faire exprès, il avait détruit son filet de sécurité.
-Mais ce soir-là… je prenais le dessus sur lui et il a attrapé sa vieille batte de baseball et il m'a démoli les jambes… et il est rentré dans la chambre et… Dean commençait à pleurer... Il a tabassé mon frère, j'ai entendu des coups, des cris et heureusement qu'il avait tellement bu qu'il avait lâché sa batte car sinon, mon frère serait mort. J'ai rampé jusqu'à atteindre le téléphone et j'ai appelé la police. Tous les voisins l'avaient entendu ce soir-là, tous les voisins l'entendaient à chaque fois qu'il me tabassait, mais personne n'a levé le petit doigt, personne… ils entendaient les pleurs et les cris de Sam, un enfant, et ont continué leur train-train comme si rien n'était…
Castiel comprenait la haine de Dean, ils n'avaient vraiment pas été aidés…
-Je n'ai pas pu protéger mon frère ce soir-là.
-Dean, tu n'étais qu'un enfant, tu as déjà fait tant.. Tu ne peux pas t'en vouloir pour ça.
-Je lui avais promis qu'il serait en sécurité dans cette petite chambre, j'ai toujours pris tous les coups mais ça n'a pas suffi…
-Ce n'est pas ta faute Dean…
-La police a pu l'arrêter à temps et il y a eu un procès parce que j'ai porté plainte. Il avait été pris en flagrant délit et j'ai témoigné au procès alors ils ont pu le mettre en prison mais Sam n'a pas témoigné, il était trop fragile… mon père n'a même pas pris le maximum… je pense qu'il a peut-être même dû sortir à présent, il n'a jamais essayé de nous contacter… et moi non plus, j'ai rayé cette ordure de ma vie.
Même la justice avait abandonné Dean…
-Tu m'as demandé un jour comment j'avais eu cette maison, je t'ai dit que c'était grâce à un héritage mais je t'ai menti, je l'ai eue grâce aux dommages et intérêts… dommages et intérêts… comme si du fric pouvait dédommager les souffrances causées, les stigmates laissés dans l'esprit de Sam… je ne voulais pas de cet argent mais on me l'avait bloqué sur un compte puis Sam voulait faire des études pour être avocat, défendre ceux qui s'étaient retrouvés un jour sans défense…
Castiel ressentait la douleur de Dean comme si elle était sienne. Les larmes roulaient sur ses joues, sans pouvoir les en empêcher. Sam n'avait jamais eu ce brillant et généreux avenir dont il rêvait et cela brisait le cœur de Dean.
-Et la suite, tu la connais, alors que Sam aurait pu avoir un avenir à la fac, il a basculé…. Finalement, j'ai dû partir quand j'ai fait sortir Sam de l'institut et j'ai utilisé cet argent pour nous offrir cette maison, dans un endroit reculé où on pourrait vivre, seuls… enfin, jusqu' ce que tu arrives.
Castiel ne savait pas si c'était un reproche ou un gout d'espoir qu'il entendait dans sa voix. Sûrement un peu des deux.
-Comment vous vous en êtes sortis toi et Sam ? Je veux dire, votre mère morte, votre père en prison…
-On a été dans un foyer tout le temps du procès. Une famille voulait adopter Sam et pour une fois je crois qu'on peut dire qu'on a eu de la chance… Sam a fait une crise au couple, voulant que je sois avec lui et Bobby, notre père adoptif, notre père tout court j'aime à penser, a voulu me rencontrer. J'étais sur la défensive et je crois qu'il… qu'il s'est reconnu en moi et quand je lui ai dit « jamais sans mon frère », il a décidé de m'adopter aussi. Quelques années avec Bobby ont été belles, autant qu'elles pouvaient l'être dans la situation bien sûr… mais le destin a de nouveau basculé. Karen est morte d'une crise cardiaque et sa femme était la prunelle de ses yeux. À partir de là il n'a plus été le même mais il a tenu pour nous. Je sentais l'envie en lui de boire pour oublier mais ne l'a jamais fait, pour qu'on n'ait jamais à revivre ça Sam et moi. Il a fait émanciper Sam quand je suis devenu majeur et je l'ai retrouvé pendu quelques jours après dans la cuisine.
Castiel était profondément choqué. Quelle vie avaient eu Dean et Sam. Mais ce qui les avait toujours maintenus, c'était cet amour fraternel exceptionnel qui les liait…
-Il m'avait tout laissé et j'ai pu finir d'élever Sam… Mais à quoi ça a servi tout ça ?à quoi ça sert si mon frère vit tout le temps comme ça, à quoi ça sert Cas ?
Dean était totalement désemparé, le masque était tombé mais les conséquences étaient lourdes, il n'en pouvait plus…
-Dean, écoute-moi, il faut que Sam voit quelqu'un Dean, il ne peut pas rester comme ça…
-Je ne peux pas Cas, tu as bien vu, on n'a jamais pu se fier à qui que ce soit.
-C'est faux Dean. Oui, des tas de gens vous ont laissé tomber, vous ont snobé, mais pense à votre mère, à Bobby, à Karen, ils ont été là pour toi et ils voudraient que tu vives Dean, que toi et Sam essayez d'avoir un avenir… et tu sais très bien que ce ne sera pas le cas tant que vous resterez dans cette situation, tu ne pourras plus tenir très longtemps comme ça et s'il t'arrivait quelque chose, tu y penses à ça ? Sam sera seul et ce sera terminé pour lui… Il reste peut être encore un espoir Dean, il faut le tenter, tu n'as pas d'autres choix. Tu crois vraiment que tu pourras continuer comme ça longtemps ?
-Je suis si fatigué Cas, si fatigué…. Je n'en peux plus…
-Je sais Dean, je sais… se rapprochant de lui. Tu me fais confiance ?
-Je crois que oui, droit dans les yeux.
-Je vais appeler le Dr Mosley demain matin Dean, tu es d'accord ? Je t'assure que c'est une femme bien qui fera tout ce qu'elle peut pour aider Sam… Et elle ne t'empêchera pas de le voir je te le promets.
Dean hocha la tête, à bout de force et résigné.
Castiel resta avec Dean toute la nuit, ils ne dirent plus un mot, restant seulement côte à côte, pensant que dans quelques heures une nouvelle épreuve les attendrait.
Castiel avait appelé le Dr Mosley pendant que Dean préparait des affaires pour lui et Sam. Il ne le laisserait pas seul dans cette épreuve. Le cœur lourd, Dean posa les sacs dans l'impala et alla chercher son frère. Il lui avait injecté un sédatif et installé confortablement à l'arrière. Castiel avait souhaité les accompagner. Dean avait accepté pour qu'il lui présente la psychiatre du centre mais Castiel savait qu'il ne le laisserait pas le soutenir dans cette épreuve.
Des heures de route sans aucun mot échangé et enfin ils arrivèrent au nord de Philadelphie. Dean s'arrêta dans le parking du centre et prononça ses premiers mots depuis longtemps.
-Cas…
-Oui ? anxieux.
-On va entrer ensemble parler à ton Dr et après ça, j'irai amener Sam seul. Je te ramènerai à ta vie et je reviendrai ici pour un bon moment.
-Je pourrais rester avec toi…
-Non ! Son ton était sans appel. Je ne veux pas que tu restes avec moi et crois-moi, ça vaut mieux maintenant car je sais que s'il y a quoi que ce soit qui arrive à Sam je ne te le pardonnerai jamais, quoi qu'il y ait entre nous… en baissant les yeux.
Castiel comprit qu'il voulait surtout le protéger de cette vie, il voulait qu'il vive autre chose, loin de lui… sans lui. Il laisserait du temps à Dean, mais serait toujours là, Dean n'en était peut-être pas conscient mais il l'aimait et il ne pourrait jamais l'abandonner… jamais… ni lui, ni son frère.
Ce chapitre, je le voyais vraiment comme une sorte de « duel » entre Dean et Castiel où celui-ci finirait par l'emporter grâce à son amour et son obstination, je voulais que Dean passe par toutes les phases de colère, de déni… avant de craquer et enfin partager son lourd fardeau, cette histoire personnelle qui le bouffe puis je voulais le voir capituler, épuisé. Puis, le rejet de Castiel à la fin, pour le protéger de cette vie qui l'attend… voilà, j'espère que cela vous aura plu. N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé…. Merci, à très vite…
