Disclaimer: Pandora Hearts appartient à son auteur, Jun Mochizuki
Genre: Une pincée de Drama, du Angst, de la Romance. C'est aussi un genre d'UA, ou plus précisément de canon divergence: Jack n'a jamais rencontré Lacie à 15 ans et a réussit tant bien que mal à survivre.
Personnages de l'histoire: Jack, Oswald, Glen!Levi, Lacie, le reste des Baskerville, Oz et Leo.
Parings: Glen!Levi/Lacie et Oswald/Jack
Warning : Violences et boys love?
Rating: T pour violences
Chapitre 3: Destins Croisés
Jack allongea le blessé devant la cheminée dans laquelle il jeta quelques bûches pour faire chauffer la pièce un peu plus et alla remplir une petite marmite d'eau qu'il mit à bouillir sur le feu. Il sortit de l'alcool, quelques pots de plantes. Il réfléchissait déjà à tout ce dont il allait avoir besoin pour la suite. Cela allait représenter beaucoup de travail et d'efforts.
Il réfléchit quelques instants et ouvrit une armoire, sortant une longue chemise ayant appartenu à l'ancien propriétaire des lieux, ainsi que deux vieux draps usés. Il n'aurait que cela pour faire des bandages, malheureusement. Mais ça ferait l'affaire, il n'aurait qu'à laver au fur et à mesure. Et cette chemise était le seule vêtement qui semblait à la taille de son invité. Celui-ci semblait d'une belle taille et avait une bonne constitution.
Posant tout sur le sol il s'agenouilla et commença à déshabiller le blessé pour voir l'étendu des dégâts. Il sentait que ça n'allait pas être beau à voir, pas du tout. Vu l'état des vêtements, cela laissait présager que les blessures étaient assez sérieuses.
«Jack, qu'est-ce que tu fais?» fit une petite voix inquiète derrière lui. «C'est qui?»
Il se figea et se retourna, Léo le regardait avec ses grands yeux sombres, un peu affolé, chose bien compréhensible vu la situation. L'enfant pointa le doigt sur l'inconnu et ouvrit la bouche de nouveau. «Il...
- Va dans ta chambre!» Non ce ne serait pas un spectacle pour un si jeune garçon. Il pourrait en faire des cauchemars. Tout ce sang. Et cette odeur étrange, qu'est-ce que c'était? Il prit un ton plus sévère et montra la chambre du doigt «Maintenant!»
Le petit referma la bouche. Et obéit, refermant la porte derrière lui. Comprenant dans la voix de son gardien qu'il n'y avait pas matière à discussion. Mais il regarda une dernière fois derrière lui, vraiment inquiet. Quelque chose faisait un étrange écho dans son esprit. Cependant il obéit à son père adoptif et alla regarder ses livres d'images dans sa chambre.
Jack se concentra à nouveau sur le malade, inquiet. Celui-ci gémit doucement, et ses paupières frémirent. Elles se soulevèrent, laissant voir deux pupilles violettes, floues. Le blond se figea, comme si il ne savait pas quoi dire. «Vous...vous êtes réveillé?» Il posa sa main sur le front brûlant. Et grimaça. Il douta soudainement que l'autre le voyait ou l'entendait réellement. Il ne devait pas être en état de réfléchir en tout cas, et était probablement en plein délire fiévreux. Le brun tenta de s'écarter, de s'éloigner. Comme s'il craignait quelque chose. Sans doute l'attaque était encore trop récente. Et dans son état, il ne voyait pas de différence.
Le blond lui passa alors la main dans les cheveux, dans un geste apaisant, chuchotant d'une voix aussi adoucie que possible, passant au tutoiement «Ne t'en fais pas, tu es en sécurité...» Il savait que l'autre n'était clairement pas sauvé mais il fallait le rassurer, pour qu'il cesse de s'agiter. S'il ne comprenait pas les mots, il pourrait au moins sentir les gestes et le ton de voix. Peut-être. «Tout va bien, du calme..»
Le blessé bougea faiblement. Tentant de lever sa main valide, ses doigts finirent par se refermer sur la manche de la chemise de Jack. «P...Poi...
- Quoi?
- Poi..son.» Ce fut tout ce qu'il put dire avant que sa main ne retombe et que ses yeux ne se ferment.
L'autre cligna des yeux «...Du poison? Il a été empoisonné?» Il hésita puis prit une grande inspiration. Il fallait qu'il se calme. Qu'il se rappelle ce que lui avait apprit le vieil homme. Se levant il se précipita vers un placard et sortit un grand pot en terre. Et le posa sur la table. Cela se buvait chaud, et même brûlant, il fallait donc attendre que l'eau bouillonne.
Le blond enleva le manteau ensanglanté et déchiré dans un coin. Et murmura, regardant les endroits rougis par le sang«Bon tu a été frappé dans le dos, violemment. Vu la déchirure des habits, ce n'était pas une épée.» Et ça lui fit un peu peur. Quelle arme avait provoqué cela? Secouant la tête il retira le veston et la chemise, le laissant torse nu. Il enleva aussi le col qui n'était même plus blanc. Jetant les vêtements en tas dans un coin (il s'en occuperait plus tard), il se pencha sur le blessé, grimaçant en voyant le sang qui maculait la peau et de plus en plus le sol. Le jeune homme était tellement pâle...et si il lâchait prise?
«C'est un miracle que tu sois toujours vivant. Soit tu as une constitution vraiment robuste, soit tu es le plus grand chanceux que j'ai jamais vu.»
Il passa la main sur la peau moite à cause de la fièvre. Passant au niveau de la poitrine, il entendit un gémissement à peine perceptible. Et quelque chose sous ses doigts lui laissa envisager une possibilité de plus.
«Un coup à la tête, une côté fêlée, une blessure au ventre, une autre dans le dos et une fièvre de cheval, sans compter le poison. Tu as été attaqué par quoi? Par un de ces monstres dont parlent les histoires et les légendes ?»
Toujours inconscient, l'autre gémit, ses doigts se crispant légèrement sur le sol, sa respiration devenant presque sifflante. Comme s'il avait du mal à reprendre son souffle. Jack reprit la chemise déchirée et la plaqua dans le dos pour contenir un peu la plaie, en attendant qu'il se soit occupé du devant. Puis il plongea un morceau de linge déchiré dans l'eau frémissante pour nettoyer la peau et voir à quoi ressemblait les différentes entailles qui la déchiraient. Ça lui prit un peu de temps. Et ce ne fut pas beau à voir.
Il se mordit la lèvre. «C'est pire que je ne pensais.» Une étrange couleur sombre teintait les bords de la blessure «C'est vraiment du poison?». Une immense infection...provoquée par du poison. «Et bien, je vais avoir du travail.» Il retira le pantalon trempé par la neige et presque raidi par le froid (il fallait le garder au chaud) et jeta une couverture sur le bas du corps du blessé. Il reprit le chiffon humide et versa un peu d'alcool dessus pour nettoyer les blessures.
L'autre s'agita dans son inconscience, haletant, gémissant de douleur. Tendant la main, Jack lui caressa le front, écartant des mèches collées à la peau «Tout va bien, du calme! Tu es en sécurité» Il parlait d'une voix calme et douce, sachant que l'autre ne l'entendait probablement plus du tout cette fois. Il revint à la plaie «Bon elle est assez profonde mais étroite et fine. Je ne pense pas avoir besoin de recoudre...» Il attrapa quelques plantes et les écrasa dans un pot en bois. Un emplâtre et un bandage pourraient être utile pour une première approche. Au moins, ça ne saignerait plus. Il étala la pâte verdâtre et la laissa reposer quelques instants le temps de découper quelques bandes de tissus dans ce qui restait de draps. Et il improvisa un bandage.
«Voilà pour le coup au ventre. Tu as vraiment eu de la chance que ça ne frappe pas une zone sensible...»
Il s'essuya le front, n'ayant pas réalisé le temps qui s'était écoulé. Il retira la marmite du feu, et la posa sur le sol de pierre, jetant le chiffon rougis avec les vêtements ensanglantés. «Je vais avoir beaucoup de lessive à faire moi...»
Il retourna le blessé sur le ventre pour s'occuper du dos. «La blessure du dos est vraiment, réellement...moche. Je ne sais pas qui t'as fait ça, mais il devait t'en vouloir.» Il attaque l'autre vieux draps et en arracha un bout pour nettoyer le sang. «Ou tu t'es trouvé au mauvais endroit au mauvais moment.»
Il avait bel et bien été agressé par un ennemi de toute façon.
Mais pour quelles raisons?
Bah ce n'était pas ses affaires.
Il plissa les yeux. «Bon tu as vraiment de la chance, ce n'est pas profond. Je n'aurais donc pas à sortir une aiguille et du fil ici non plus.» Il versa de l'alcool sur les plaies. «Mais c'est étrange, on dirait un coup de griffes...c'est sans doute ça qui t'a empoisonné. Tes plaies sont presque noires.»
Il hésita quelques instants. Les remèdes contre le poison, qu'il avait apprit, se buvaient. Mais il pouvait peut-être essayer d'en mélanger un peu à l'alcool et laver les plaies avec?
«Il devrait guérir plus vite que ça.» fit une petite voix derrière lui.
Il sursauta et se retourna vers Léo qui regardait le blessé d'un œil étrange. «Qu'est-ce que tu dis?
- Il devrait guérir tout seul. Mais il ne guérit pas.»
L'enfant avait l'air profondément sérieux. Jack hésita puis répondit, doucement «C'est... normal Léo» Il déglutit, terminant le mélange auquel il avait pensé et se mettant à laver les entailles avec le résultat. «Il est empoisonné.
- C'est le poison qui lui fait mal alors?»
Pendant un instant, l'adulte eut l'impression que Léo voulait lui dire quelque chose de précis, de différent de ce que lui disait. Mais l'enfant ne semblait pas comprendre lui-même ses propres paroles.
Jack posa la bouteille d'alcool sur le sol. Prenant les bandes de tissu.«Je vais faire partir le poison, comme ça il pourra guérir.
- Ça va quand même être long. Pas aussi long que pour les autres, mais long!»
Parfois son fils de cœur disait de ses choses étranges. «Retournes jouer dans ta chambre Léo, ce n'est pas beau à voir.»
L'enfant obéit, jetant un dernier coup d'œil inquiet au malade. «Il ne va pas mourir...hein?» il semblait être soudainement redevenu un garçon craintif, tandis que ses mèches sombres lui tombaient devant les yeux. Ses paroles contredisaient étrangement ce qu'il venait de dire.
«Je vais tout faire pour que ça n'arrive pas!
- …
- C'est toi qui a dit qu'il allait guérir non?
- C'est bizarre. Quelque chose est bizarre.» Sans rajouter une seule parole, l'enfant se dirigea vers sa chambre pour continuer à s'occuper.
Jack termina le pansement. Le blessé avait désormais le ventre ,le torse et le dos bandés. «Voilà une bonne chose de faite.» Il plongea le chiffon dans l'eau et nettoya, avec patience, le sang dans les cheveux pour faire un dernier bandage à la tête. «Bon plus qu'une attelle à faire pour le bras et ensuite au lit!»
La chambre était silencieuse, un feu ronflait dans la seconde cheminée de la maison, celle de cette pièce. Jack put regarder plus attentivement le malade une fois celui-ci allongé dans son lit, sous deux couvertures bien chaudes. «Il est à peine plus vieux que moi...» Sa peau était toujours très pâle et il respirait lentement. Ses cheveux bruns formaient un éventail sur l'oreiller. Ils étaient restés incroyablement doux malgré les événements. Il était beau...et venait sans doute d'une famille aisée.
«Je me demande vraiment ce qui est arrivé à ce type.»
Qui était-il?
D'où venait-il?
Comment avait-il fini dans cette ruelle, à moitié mort?
Il secoua la tête, il n'avait pas le temps. Il avait deux tisanes aux plantes à faire boire à ce jeune homme. Il prit le premier verre, posé sur le guéridon. «Il ne se réveille pas malgré mes efforts. La fièvre est sans doute trop élevée.» Il soupira «Je suppose qu'il n'y a qu'une solution.»
Prenant une gorgée il embrassa les lèvres séchées et écorchées, forçant le liquide dans la bouche et la gorge du malade, le faisant avaler le liquide. Il lui fit ainsi boire la boisson chaude contre la fièvre et la potion censée éliminer le poison. Il s'écarta, gêné, passant sans y penser la langue sur ses lèvres un peu gonflées. L'autre n'avait même pas bronché, gémissant juste légèrement à un moment.
«Il faudra en faire d'autres. Ce poison semble un peu trop violent pour partir avec une seule dose..»
Soupirant, il se redressa, et sortit de la chambre, refermant la porte derrière lui. S'appuyant sur le panneau de bois, il se demanda comment il allait faire. Demain il pourrait rester, après tout il avait de l'argent pour tenir un ou deux jours. Mais après il devrait retourner ''travailler''.
Laisser le malade? L'idée lui déplaisait.
Et le laisser seul chez lui aussi...après tout c'était un inconnu.
Peut-être y avait-il des traces de son identité dans ses habits? Il n'avait pas regardé quand il l'avait déshabillé un peu plus tôt. S'agenouillant devant le tas de vêtements il examina ce qu'il avait sous la main. Les tissus étaient de qualité. Les bottes étaient en cuir, celui que les plus riche utilisaient. Et c'était bien une des seules choses encore en état. Il y avait aussi une ceinture reliée à un fourreau contenant une épée.
«C'est un noble?»
Il n'y avait malheureusement aucune marque reconnaissable sur la garde. Rien qui pourrait le mettre sur la trace d'un nom ou d'une famille. Aucun écusson, aucun nom. Aucune gravure.
«Ou c'est moi qui ne sait rien...il y a bien un symbole ici mais je ne connais rien à ce sujet.»
Il plia les habits et finit par trouver une bourse, d'un certain poids. La somme ne devait pas être mirobolante mais était certainement intéressante. Se figeant, il la manipula puis secoua la tête. A quoi pensait-il? Ce n'était pas bien de faire ça. Il rangea alors les trois trouvailles dans un coffre, en sécurité. Il les lui rendrait quand il irait mieux. Autant les laisser à l'abri en attendant.
«Jack?»
Il se retourna «Léo ?
- Tu as fini?» L'enfant serrait une peluche en forme d'ours contre lui. «Tu crois que les méchants qui lui ont fait du mal sont toujours là?»
L'adulte grimaça. C'était probable vu que le blessé étant apparu dans un intervalle de temps relativement court. «Ils n'étaient plus là quand je l'ai trouvé. Ils ne sauront pas qu'il est là!» Et même s'ils étaient toujours là, Jack n'avait vu personne et il était certain que personne ne l'avait vu non plus. Même si ils étaient toujours dans les environs, ils n'auraient aucun moyen de savoir que leur victime était là.
L'enfant sembla rassuré. Il ouvrit la bouche pour parler quand un gargouillement se fit entendre. Le petit rougit, serrant son jouet contre lui, ses mèches noires tombant devant ses yeux «C'est le vent!»
Jack pouffa «oui oui je vais préparer le repas!»
Qu'est-ce que c'était?
Un souvenir?
Oui, cela en était un, datant de plusieurs années. Quand il était encore un enfant, et qu'il venait juste d'être adopté par Glen, par son maître. Il était encore jeune et ignorant, innocent et il ne comprenait rien. Voulant juste se montrer digne de la bonté de cet homme qui les avait recueilli, sa sœur et lui.
«Glen, Glen qui est cette personne?
- Lacie, tu dois l'appeler Maître Glen!»
C'était sa propre voix, encore aiguë mais avec un accent sévère, comme pour rappeler à l'ordre sa petite sœur. Le sérieux enfantin d'un petit garçon voulant se rendre utile, voulant être accepter, voulant rendre fier celui qui les avait adopté. La gratitude en lui était si forte qu'il était prêt à tout pour faire plaisir à son maître. Il était déjà fier d'être son valet. Il était impatient de faire ses preuves.
Et il devait convaincre Lacie d'être aussi respectueuse que lui. Il fallait faire preuve de gratitude, montrer à quel point ils étaient reconnaissants. Il fallait faire bonne impression à maître Glen. La crainte de décevoir était forte en lui. Plus que tout, il ne voulait pas contrarier l'homme. Et il voulait être utile à quelqu'un. Il ne voulait pas être renvoyé dans la rue. A cette époque, il n'avait jamais vraiment comprit à quel moment l'homme était devenu de plus en plus important. Les félicitations le remplissaient de joie et de fierté. Il faisait tout pour satisfaire l'homme même si il se trompait.
«Ne vous en faites pas maître, je vais ranger le désordre de ma sœur, veuillez l'excusez s'il vous plaît!
- Écoutes Oswald, je ne veux pas te couper dans tes efforts (c'est très gentil de ta part) mais tout empiler dans un coin, ce n'est pas faire du rangement!...Non ne fais pas cette tête, ce n'est pas grave!»
Quelque chose en lui l'empêchait de désobéir, et si il osait contester un ordre... Il ressentait une douleur dans le bras gauche. Il se sentait déçu et triste si il échouait. Comme une dépendance à l'approbation de l'homme. Il ne comprenait pas pourquoi cette obéissance était autant ancrée en lui. Il ne se souvenait pas depuis quand elle était là. Cela ne le dérangeait pas tant que ça.
Après tout, c'était son maître et lui n'était qu'un valet, qui avait été tiré du caniveau, il devait se montrer reconnaissant!
Malgré tout, il ne put s'empêcher de voir que il existait une différence fondamentale entre lui et Lacie. Maître Glen ne les traitait pas de la même façon. Et ça le troublait.
C'était parce qu'elle était une fille? Mais pourtant il y avait des femmes importantes chez les Baskervilles, non?
A peine deux ans après leur arrivée, Lacie, le lendemain de ses 11 ans, fut envoyée dans la tour au fond du domaine quand lui resta dans une des meilleure chambre du château. Quand il voulut protester, son maître lui expliqua que c'était la tradition, le frère ou la sœur du futur Glen devait aller dans la tour! Il n'osa pas protester. Lacie semblait ravie d'avoir autant d'espace pour elle toute seule. Et il y avait eu aussi cette phrase, dite quelques heures après leur arrivée.
«Ce jour-là, tu mourras...»
Cette fois-là il avait cru à une blague de son maître, pour faire obéir Lacie, comme dans les histoires effrayantes que l'on racontait aux enfants afin qu'ils soient sages. Maître Glen les avait sauvé, leurs avait donné une maison, des habits, une famille...et c'était son maître. L'enfant était certain que l'homme ne ferait pas de mal à sa sœur non. C'était juste pour faire peur...pour plaisanter peut-être, même si ce n'était pas drôle du tout. Il en était tellement persuadé. Il avait cependant fait la tête et avait boudé, n'aimant pas cet humour qui avait terrifié sa cadette. Celle-ci s'était d'ailleurs enfuit en courant. Il l'avait suivi sans un regard pour son maître qui ne s'était jamais excusé d'avoir bouleversé Lacie de la sorte.
Bien entendu, sa sœur était plus importante pour lui. Il l'avait cru. Il l'avait espéré. Il avait espéré que elle resterait plus important que tout. Il avait voulu la faire passer en premier dans tout les domaines. Mais le sens du devoir, l'envie de satisfaire son maître devenait de plus en plus forte, alors qu'elle faisait ce qu'elle voulait. Mais...même si il l'aimait plus que tout...il voulait rendre son maître fier de lui. Et la nouvelle tomba un jour comme un couperet.
«Tu devras tuer Lacie en l'envoyant dans l'Abysse quand tu deviendras Glen. Ce sera ta première tâche à accomplir.»
C'était deux années après avoir eu Raven, il avait 11 ans (Lacie en avait toujours 10 et jouait dans le jardin à ce moment-là). Ils étaient seuls dans le bureau du maître. Oswald avait regardé l'homme, figé, le cœur battant, espérant qu'il allait éclater de rire dans les secondes à venir. N'osant pas croire, n'osant pas comprendre ces mots.
C'était une blague?
Maître Glen plaisantait?
Ce n'était pas vrai hein?
Il avait instinctivement attrapé son bras gauche, un goût amer dans la bouche. «Pourquoi?
- Parce qu'elle est une enfant maudite.»
Il se souvenait de l'horreur, de la colère qui l'avait submergé à cet instant, même des années après, même après s'être douloureusement soumis, même avec la presque acceptation de cette fatalité.
Comment l'homme pouvait-il dire ça?
Il avait revu en un éclair les moments où les gens jetaient des pierres à sa sœur à cause de ses yeux, les insultes cruelles et douloureuses, le mépris glacial. Les larmes qu'elle versait en s'excusant, la colère qui le consumait si souvent face à ces agressions.
Il se souvenait des yeux froids de leurs parents, quand ils avaient voulu la vendre et qu'ils s'étaient sauvés, des gifles qu'il recevaient d'eux avant quand il voulait la protéger. Ces gens qui voulaient les capturer, les vendre comme des bêtes de foire. Ces semaines et ces mois à mendier dans les rues, à pleurer devant la méchanceté des hommes.
Cette cruelle et triste vie dans la rue, jusqu'au jour où Oswald avait vu les flocons d'or, ces lumières merveilleuses qui l'avaient guidé jusqu'ici...et il avait cru. Il avait réellement cru que les Baskerville seraient différents.
Une cruelle déception lui serra le cœur. Une fureur brûlante enfla en lui, il sauta de son fauteuil et s'apprêta à partir.
«Oswald...Assieds-toi sur cette chaise, je n'ai pas fini de parler!» Quelques secondes de silence passèrent «Assis! Maintenant!»
Son corps se paralysa et revint à sa place, soudain effrayé par ce geste qu'il n'avait pas contrôlé. Il agrippa son bras gauche, semblant réaliser quelque chose. La peur l'envahit, mêlé à l'incompréhension, la colère et à la trahison. Et il lança un regard noir à son maître, soudain furieux contre cet homme qui l'avait, à ses yeux, trahi. Qui avait trahit Lacie et la confiance que sa sœur et lui-même lui portaient.
«Je vous...
- Tais...
- Non je ne me tairais pas! Je ne ferais rien à Lacie! Vous n'avez pas le droit de la condamner parce qu'elle est soit-disant une enfant maudite! Ce n'est pas sa faute!»
Il aurait aimé être plus insolant, plus virulent, cracher sa rancœur, soulager cet amer sentiment de trahison. Mais l'étrange sourire de maître Glen le fit stopper net. L'homme se passa la main dans les cheveux et eut un petit rire. Il le fixa quelques secondes, cet horrible sourire tordu sur les lèvres, ses yeux brillants d'une lueur étrange.
«Tu as raison Oswald, ce n'est pas de sa faute. Les enfants maudits sont des perturbations de l'Abyss. Ceux qui ne sont pas des Baskerville sont moins dangereux pour l'équilibre, mais dans le cas de Lacie, elle provoque des perturbations. Néfaste à l'ordre de l'autre monde.»
Maître Glen se pencha, souriant gentiment, posant une main affectueuse sur la joue de son petit valet. Celui-ci le fixait, soudain inquiet de ce revirement de situation. Les mots s'ancraient en lui et lui faisaient craindre le pire. Qu'est-ce que l'homme lui préparait au juste? Il resta sur la défensive à la fois terrifié, curieux et toujours en colère contre son maître.
«Et tu sais pourquoi elle est maudite?
- Pour...quoi?
- Parce que tu es né. Parce que tu es un Baskerville. Parce que tu es né en étant destiné à être le futur Glen. Donc les perturbations autour de toi étaient si fortes que ta sœur, née après toi, a été maudite.» Un petit rire lui échappa, et il tapota la tête du garçon dans un geste paternaliste. Se vengeant d'une certaine façon de sa propre douleur quand cela avait été lui. Aucune pitié. Après tout il avait vécu ça, et il refusait de voir son valet s'y soustraire quand lui n'avait pas eu le choix «Et oui, c'est de ta faute si elle est maudite et tu dois corriger ton erreur en l'envoyant dans l'abysse! La faire disparaître à jamais de la surface du monde.» Il se détourna, rajustant son châle sur ses épaules, satisfait de la leçon qu'il venait de donner [1] . Il commença à se diriger vers la porte «Ha oui et je t'interdis de lui dire quoique ce soit avant que je ne lui annonce moi-même, compris?» et il sortit de la pièce, laissant le petit garçon immobile. [2]
Oswald resta pétrifié d'horreur, les mots parvenant à son esprit et prenant sens petit à petit. Son cœur battait la chamade. Il se recroquevilla sur lui-même. Du haut de ses 11 ans, cette cruelle vérité jeté à la figure le terrifiait. Son coeur battait si fort qu'il l'entendait. Un goût amer emplissait sa bouche? Une boule lui serrait la gorge. Puis les larmes montèrent à ses yeux. «Ma faute...» Une goutte translucide coula sur sa joue gauche encore arrondie par l'enfance. «C'est ma faute.» un petit sanglot le secoua «Parce que je suis né!»
A cause de lui, Lacie était maudite.
A cause de lui, elle était une erreur.
A cause de lui, elle devait disparaître.
Et c'était à lui de corriger cette erreur, de ses propres mains.
Sans lui, elle serait une enfant normale et heureuse, et leurs parents ne l'auraient jamais abandonné ou vendu, et elle n'aurait pas eu un tel destin. Ils seraient une famille heureuse. Il se représenta douloureusement le visage aimant de ses parents (encore présents dans son esprit, bien que commençant à devenir flous) heureux avec Lacie. Sans lui. Lacie avec des yeux violets. Normale. Pas maudite. Heureuse. Sans lui.
L'héritier de Glen Baskerville fondit en larmes dans le silence de la pièce, le poids des responsabilités tombant lourdement sur ses petites et frêles épaules. Jamais il ne s'était senti aussi seul et aussi désemparé par son futur. Le choc avait détruit son bonheur et sa confiance. Avait détruit un sentiment qui le faisait se sentir si fort. Il protégeait sa sœur parce qu'il l'aimait, parce qu'il était un bon grand frère. Mais c'était sa faute si elle était si douloureusement marqué par le destin, si elle avait ce futur tragique. Comment prétendre être un bon frère si...si...un sanglot le secoua et il se recroquevilla sur lui-même.
Son existence avait engendré une faute...
….qu'il devait effacer lui-même.
Parce qu'il était le futur Glen Baskerville, et que tel était son destin.
Comme pour tous ses prédécesseurs.
Et comme pour tous ses futurs successeurs.
«Ma...responsabilité.»
La responsabilité de Glen.
Dans la chambre, l'adulte que le petit valet était devenu gémit dans son inconscience, une larme unique roulant sur sa joue tandis que ces souvenirs douloureux le hantaient, le tourmentant alors qu'il était au plus mal. Dans la pièce voisine, Jack, toujours troublé par la présence du malade, tendait de se changer les idées en jouant avec Léo avant de l'envoyer se coucher.
Dans un château à une courte distance, un homme tapotait son bureau de ses doigts, cherchant une idée pour la suite du roman qu'il écrivait, sans penser pour le moment à son valet qui était partit quelques heures plus tôt. C'était un grand garçon après tout. Il était parfaitement capable de se débrouiller tout seul. Et il n'était pas son père après tout.
Dehors la neige s'était remise à tomber, dissimulant les traces de la lutte et de l'agression. Demain plus rien ne serait visible et personne ne pourrait trouver le lieu de l'attaque.
Même ceux qui chercherait Oswald ne trouveraient rien.
Tout était recouvert par un nouveau manteau blanc.
Dans un petit village voisin de Sablier, une jeune fille souffla dans ses mains, ses yeux rouges regardant le ciel et les flocons avec ennui. Elle soupira, un peu vexée que personne ne soit venu la chercher cette fois, même si elle ne s'était pas faite remarquée et qu'elle n'avait pas utilisée sa chaîne. A croire que son aîné jouait l'indifférent pour la frustrer et la faire revenir d'elle même chez eux. Mais ça la surprenait un peu que Glen le suive dans ce petit jeu. Ainsi ils n'avaient envoyé personne cette fois? Très bien. Ça allait se payer le coup de "je t'ignore pour te faire revenir!". Grand frère indigne va! Il allait voir quand elle rentrerait, voir qu'elle ne plaisantait pas le moins du monde. Pas d'excuse = tu vas vivre un enfer frangin. C'était comme ça qu'elle marchait. Ou alors tu n'es pas venu me chercher = et si j'attrape froid? = savourer la culpabilité du frangin. Échec là aussi, elle se sentait parfaitement bien!
Peut-être était venu le moment de rentrer à la maison?
Peut-être qu'elle devrait revenir d'elle-même, son frère s'était probablement assez inquiété comme ça.
Il lui ferait surement des excuses une fois qu'elle serait rentrée.
La punition devait avoir été suffisante. Et elle avait froid en plus!
Soupirant, elle tourna les talons, rajustant la grande écharpe sur ses épaules. Oswald avait eu tord de dire ces paroles, c'est vrai. Mais il était juste nerveux lui-aussi. C'était cruelle de sa part de lui reprocher cela. Ce n'était pas de sa faute si il était né comme futur Glen. Et donc il ne pouvait pas être vraiment responsable de sa propre condition d'enfant maudite. Elle était certaine qu'il aurait préféré naître "normal". Qu'il aurait voulu ne jamais suivre ces flocons d'or. Qu'il aurait aimé fuir avant la première cérémonie...
Quand même, elle se demandait pourquoi personne n'était venu. Ça ne ressemblait pas à son frère ou à Glen de la laisser se balader dans la nature comme ça, sans chaperon. Sa dernière escapade, il y a presque 4 ans, quand elle avait 15 ans, s'était soldé par un massacre d'individus louches par sa chaîne. Ce qui avait alerté les membres du clan Baskerville envoyé à sa recherche. Oswald ne s'était même pas déplacé de lui-même cette fois-là.
Soudain elle s'immobilisa en sentant un malaise en elle. Sa chaîne, au fond de son âme, se révélait anormalement agitée. Comme si un danger planait. Depuis trois ou quatre jours, son lapin blanc avait des moments d'inquiétude, et était sur la défensive dès qu'elle quittait le château. Mais cette fois, couplé avec son propre malaise et une impression de danger, elle décida de tourner les talons. Et de retourner dans la sécurité (provisoire pour elle) de sa maison. Dans un soupir, elle tourna les talons, se dirigeant vers Sablier, et le château de sa "famille".
Sans savoir qu'elle aurait une très mauvaise surprise en rentrant chez elle.
Quelques heures plus tard, dans une des zones les plus misérables de la cité, à l'intérieur d'un vieux bar miteux, deux contractants illégaux se retrouvèrent. Ils s'étaient séparés après leur forfait (l'attaque du jeune contractant, avaient commis quelques méfaits, et s'étaient donnés rendez-vous dans ce lieu où personne ne penserait à les trouver.
«Alors?» Demanda un homme, enroulé dans une cape sombre, dans un coin, au milieu de soûlards. Il comptait machinalement ses pièces d'argents, ses yeux brillants de contentement. Il regrettait aussi de ne pas avoir penser à détrousser le Baskerville un peu plus tôt mais il n'avait pas voulu prendre le risque d'être surpris. C'était trop tôt. Dommage, il avait visiblement une belle épée ce garçon.
Son compagnon haussa les épaules, s'asseyant sur la chaise en face, faisant un signe à une serveuse un peu plus loin «Plus rien. Il a du y passer C'était prévisible vu son état. La neige a déjà presque tout caché. On ne voit même plus le sang. Et personne n'est passé dans une rue aussi sordide et sale, et de toute façon les miséreux ne viendraient pas en aide à un noble ou se préoccupent d'abord de leur pomme.
- Il ne devrait pas y avoir un...
- Pas avec eux. Jamais. Ils ne sont pas comme nous. Il disparaissent en poussière quand leur moment est venu» Le plus vieux sortit une vielle pipe usée, la bourra, l'alluma et, après quelques instant, tira un peu de fumée. Il ajouta, ricanant: «De toute façon, même si il a réussi à se sauver et a rentrer chez lui. Il est si empoisonné qu'il lui faudrait tuer ma chaîne pour qu'il puisse guérir totalement. Il peut se remettre de ses blessures, retrouver ses capacités physiques, mais il lui restera une faiblesse, due à ce poison, qui l'empêchera d'utiliser ses chaînes puisqu'il en a plusieurs en plus, d'après la mienne.» Il rangea son argent dans la bourse qu'il mit à sa ceinture «..et si il tentait de la tuer, nous n'aurions aucun mal à l'achever cette fois.»
L'autre eut un rire nerveux «De toute façon, à moins d'un miracle, il était fichu...il faudrait avoir une chance hors du commun et une constitution réellement robuste pour s'en remettre, même seulement en partie.» Il reposa son verre, pensif «Tu es vraiment sûr qu'ils disparaissent quand...
- Oui.»
Son associé plissa les yeux «Faudrait pas traîner en ville dans ce cas. Son clan va comprendre que c'est l'oeuvre d'un contractant illégal et va nous chercher. Le duc de Baskerville peut surement...nous retrouver.
- Tu veux rire. Je veux finir ce que j'ai commencé. On en aura bientôt l'occasion.»
Après tout, il avait la chaîne parfaite pour lutter contre les Baskerville.
Pourquoi les craindre dans ce cas?
A Suivre
[1] Pour ceux qui trouvent que Levi est dur et un peu cruel, je rappelle qu'il a proposé à Lacie de faire un gosse avec lui quand elle était toujours une petite fille, juste après lui avoir dit qu'elle allait mourir de la main de son frère.
[2] Dans le guide book numéro 2, Oswald dit qu'il n'a jamais réussi à s'entendre avec son maître. Au début ça a peut-être été doux, il semble être très fidèle quand on le voit petit avec son ''Lacie, appelle-le maître Glen!''. Ce n'était sans doute pas aussi tendre qu'entre Oswald et Gilbert mais il devait y avoir un peu d'affection quand même : on voit les enfants jouer avec Levi sur une image de couverture; mais ça a du être détruit quand Levi lui a dit qu'il devrait tuer Lacie. Ça se serait peut-être aussi fini de la même façon entre Gilbert et Oswald si la tragédie n'était pas arrivée.
Note: J'ai décidé que dans ma fic, Oswald et Lacie ne sont séparés que de dix mois Dans le Guide Book, il est dit que Lacie avait 25 ans la dernière fois qu'on l'a vue vivante, et que Oswald avait 27 ans à sa mort. Sachant qu'il s'est écoulé deux ans entre la disparition de Lacie et la tragédie de Sablier, ça veut dire que Oswald avait 25 ans quand il est devenu Glen. Donc ils avaient le même âge au moment de cette cérémonie et il y a deux possibilités: 1) ils sont jumeaux 2) ils ont 10/11 mois d'écart et sont donc de la même année.
