Disclaimer: Pandora Hearts appartient à son auteur, Jun Mochizuki
Genre: Une pincée de Drama, du Angst, de la Romance. C'est aussi un genre d'UA, ou plus précisément de canon divergence: Jack n'a jamais rencontré Lacie à 15 ans et a réussit tant bien que mal à survivre.
Personnages de l'histoire: Jack, Oswald, Glen!Levi, Lacie, le reste des Baskerville, Oz et Leo.
Parings: Glen!Levi/Lacie (très léger) et Oswald/Jack
Warning : Violences et boys love?
Rating: T pour violences
Chapitre 6: Décisions
Lacie avait fini par faire le mur elle-même. Elle était inquiète, cette angoisse la rongeait, serrait son ventre dans un nœud insupportable. Son frère. Son si gentil grand frère. Son seul défaut était qu'il obéissait sans trop poser de questions. Parfois sans que le serment dans son bras gauche n'agisse pour l'y forcer..
«Tu n'es qu'un mouton. On t'a dit que tu devrais me tuer, me jeter dans l'abysse, et tu le fera sans poser de question! Tu ne sais plus penser par toi-même, tu es devenu le petit chien de Glen ou quoi?»
Elle s'était ensuite sauvée, refusant de le laisser s'expliquer, parler. Elle n'avait que 11 ans à l'époque. Et lui 12. Ils étaient si jeunes. D'un coup son bonheur s'était écroulé. Cet endroit était un piège et son frère était tombé en plein dedans. Il avait été manipulé, dressé à obéir à leur protecteur qui leur avait menti depuis des années, qui ne ferait rien pour les aider, qui les condamner sans remords à ce drame.
Ils étaient en danger.
Même si elle avait fanfaronné devant Glen, elle était terrorisé au fond d'elle-même.
Mais plus que tout, ce fut le renoncement de son frère qui lui fit mal.
Elle lui prit la main, effaré qu'il ne lutte pas, qu'il est un air si résigné, comme s'il était totalement soumit à la volonté du maître des lieux: «Partons Oswald! Retournons dans notre pays ou là où on vivait. Ces montagnes enneigées! On y était bien mieux!
- Inutile, Maître Glen me retrouvera facilement maintenant que j'ai Raven! Il me retrouvera toujours et nous sommes surveillés avec l'approche de la prochaine cérémonie, celle où j'aurais Owl. Je ne peux pas partir. J'ai un devoir, je suis le futur Glen.
- ….Tu t'en fiche? Tu vas faire ce qu'il te dit?» S'indigna-t-elle, les yeux écarquillés, avant de sentir la colère et la douleur qui montait en elle, devant cette réalisation qu'il ne ferait rien. Un amer goût de trahison.
Il avait eu un regard triste, résigné. «Tu veux t'enfuir?Pour aller Lacie?»Des yeux tourmentés. Il avait lâché la main de sa petite sœur et s'était détourné. «Ça ne sert à rien...»
Pétrifiée, elle avait senti ses poings se serrer et avait hurlé «JE TE DÉTESTE SALE PETIT CHIEN DE GLEN» Avant de fuir et d'aller se réfugier dans sa tour, refusant de manger si c'était lui qui apportait la nourriture. Elle avait mit 4 mois avant d'accepter de lui parler à nouveau.
Au fil des années, elle s'amusait à le faire se sentir coupable, à le tourmenter dans des mouvements de colère, se réjouissant de voir son visage décomposé par la culpabilité, mais dans l'ensemble ils avaient une relation harmonieuse et heureuse. Ils parlaient de ce qu'ils aimaient, jouaient aux échecs, jouaient de la musique, il composa une mélodie pour aller avec la chanson qu'elle avait écrite.
Ils étaient heureux.
Ils arrivaient à oublier le pire : ce que serait la fin du bonheur dans lequel ils vivaient.
Elle s'arrêta dans une rue où de nombreuses personnes circulaient sans faire attention à elle. Elle se sentait coupable. Si ils ne s'étaient pas disputés, si ils ne s'étaient pas jetés l'un à l'autre ces mots terribles, si elle ne s'était pas sauvée. Il serait toujours là.
Les chaînes n'étaient pas dans l'abysse. Cependant cela ne voulait pas dire que Oswald était vivant. Puisque Glen ne trouvait pas les trois autres oiseaux, même en utilisant les deux siens. Ils auraient bien pu être tués tous les quatre.
Donc il n'y avait plus beaucoup de solution, malheureusement.
Et si Oswald n'était plus de ce monde? Il reviendrait dans 100 ans, normalement. Il n'aura pas le destin de Glen (c'est-à-dire celui de la tuer, puis d'attendre un successeur, l'élever pour connaître le même destin que lui, avant de pourrir puis de mourir pour finalement passer l'éternité dans l'âme de chaque nouveau Glen, bref un avenir merveilleux) mais pourrait se réincarner pour avoir une vie normale, loin des contrainte de Glen, du clan des Baskervilles. Loin d'elle. Loin de ce destin.
Mais ils ne seraient plus ensemble et ça elle ne pouvait l'accepter. C'était son frère. Bien sûr, ils avaient des disputes, bien sûr il lui arrivait d'être jalouse de son aîné et de vouloir attirer l'attention de Levi et la garder rien que pour elle (chose qui était totalement égale à Oswald depuis ses 11 ans, elle savait pourquoi maintenant). Elle s'amusait à faire ce qu'elle voulait, multipliant les bêtises quand lui restait sagement dans son coin à obéir ou à lire. Parce qu'on lui permettait des choses à elle et pas à lui, elle avait des libertés et des insolences qui lui étaient permises quand lui était puni si il faisait un trop gros écart. Il était élevé pour diriger et on la laissait pousser comme elle voulait car son destin était scellé.
Tout avait pourtant si bien commencé.
Au début, cela ressemblait à un paradis.
Oswald était resté méfiant pendant 4 mois avant de commencer à réellement faire confiance à leur nouveau tuteur et à le suivre, lui obéir en l'appelant maître. Il y avait eu de l'affection entre eux à une époque, une époque révolue, une époque que Oswald avait du oublier.
Tout s'était brisé quand il avait 11 ans.
Et pour elle, tout s'était écroulé quand elle en avait 12 ans.
Cependant elle était resté proche de Glen, contrairement à Oswald qui avait cessé toute approche de confiance, se limitant au rôle de valet obéissant. Alors qu'il avait l'air d'avoir désespérément besoin de tendresse et d'affection.
«Pourquoi es-tu si froid avec Glen, Oswald?
- Je pense que je ne m'entendrais jamais bien avec mon maître!»
Fin de l'histoire. Oswald pouvait se montrer têtu aussi. Mais il n'avait jamais lutté contre ce destin. Il aurait pu fuir, refuser, lutter, ou planifier de jeter l'ancien Glen (leur tuteur, celui qui les avait élevé) dans l'abysse à sa place à elle. Mais non. Il était tellement persuadé d'être le seul fautif et d'avoir le devoir d'effacer ses erreurs.
Il ne me proposera pas de fuir.
Il ne refusera pas.
Il sera effondré, pleurera, se fermera sur lui-même, n'ouvrira plus jamais son cœur...mais il le fera et élèvera son successeur à faire la même chose que lui. Ce point avait d'ailleurs engendré une dispute ou il lui avait jeté ce fait dans la figure: Chaque Glen avait fait la même chose juste après sa nomination. A l'époque elle n'avait pas vraiment réalisé (elle n'était qu'une petite fille), elle avait peur et n'arrivait pas à croire que son frère ne lutte pas pour la protéger, elle s'était donc rapproché de Glen, autant par besoin d'affection que par besoin de protection. Et son aîné n'avait guère aimé, s'estimant trahi par l'homme et ne comprenant pas pourquoi sa sœur restait près de celui qui les avait trompé.
Oswald la fixait avec désapprobation «Pourquoi es-tu si proche de maître Glen?
- Il nous élève grand frère, et sans lui nous ne serions plus de ce monde!
- Il nous a sauvé tu dis? Nous avons suivi les flocons d'or pendant un mois jusqu'ici! Il n'a joué aucun rôle! C'est l'abysse qui nous a sauvé! Nous avons échappé tout seuls aux marchands d'esclaves et à tous les dangers!
- Ce n'est pas lui qui me condamne au moins!» Elle regretta aussitôt ses paroles, sachant à quel point il avait mal, à quel point il s'était senti blessé quand Glen lui avait annoncé ça, un an et demi plus tôt.
Son visage se tordit avec colère «Parce que tu penses qu'il n'avait pas son propre ''enfant maudit'' lui aussi?Et qu'il ne l'a pas jeté sans l'abysse?! Quand il m'en a parlé, il avait un sourire presque satisfait. Il n'a eu aucun remords à avoir jeter quelqu'un qu'il ''aimait'' dans le néant! Tout comme il n'en aura aucun à te laisser subir ton destin! Il regardera et écrira sans doute un joli histoire dessus avec ce qui lui restera de forces.»
Elle se souvenait de cette dispute. Furieuse, elle ne lui avait pas adressé la parole pendant des jours, jusqu'à ce qu'il s'excuse. Et présente aussi des excuses à son maître pour avoir parler de lui en mal dans son chaque dispute à ce sujet, entre eux, laissait une plaie douloureuse qui peinait à cicatriser totalement.
«Excusez moi.» Elle s'approcha d'une jeune femme qui ouvrait sa boutique «Je cherche un jeune homme d'une vingtaine d'années, très beau, avec des cheveux bruns et des yeux violets. Il porte également des habits sombres et des gants blancs. Elle garda la tête baissée, inutile de paniquer les gens avec ses yeux rouges.
«Attendez voir, ça me dit quelque chose...
- Vraiment?
- Oui il y a deux...ou peut-être trois jours. Il cherchait quelqu'un. Sa sœur si j'ai bien compris. Ça ne serait pas vous d'ailleurs? Vous ressemblez à sa description.
- Oui, c'est moi. Savez-vous où il s'est rendu?
- Il s'est dirigé vers les quartiers pauvres. Je ne sais pas ce qu'un joli jeune homme ait allé faire dans ces coupe-gorges où seuls les pauvres peuvent réellement survivre tant ces endroits sont dangereux.»
Lacie hocha la tête «Je vous remercie.» Elle s'éloigna, direction les bas-quartiers. Plus elle s'en approchait, plus elle sentait que sa chaîne s'agitait. Un profond malaise l'envahissait. Et elle réalisa quelque chose. Il y a une chaîne dangereuse dans le secteur. Oswald avait-il été attaqué par celle-ci? Probable vu la tension dans la sienne. Elle luttait pour sortir afin de mieux la protéger mais sa maîtresse refusa catégoriquement.
Son lapin blanc était réellement méfiant.
La zone était donc dangereuse.
Elle s'arrêta à un endroit, puis dans un autre jusqu'à se retrouver dans une ruelle étroite et pleine de neige, un tapis si épais (et il en tombait toujours). Sa chaîne était encore plus agité par ici. Son regard fut alors attiré par le mur à sa gauche. Qui était éclaboussé de sang séché.
Quelqu'un avait été attaqué ici.
Du pied, elle remua la neige: Sous la couche fraîche et immaculée, il y avait une épaisse de "boue" rougeâtre. Une attaque apparemment violente. Et la victime avait perdu beaucoup de sang.
«Non.»
C'était probablement une simple agression, comme il y en avait beaucoup dans ce genre de rues, une attaque crapuleuse, d'ailleurs il n'y avait pas de corps, soit il n'était pas mort, soit il avait déjà été retirer, soit...
Elle recula, hésitante et grimaça quand sa chaîne s'agita encore plus.
«Il y aurait des contractants illégaux dans le coin?»
Oswald se redressa, grimaçant de douleur. Ses blessures le faisaient toujours souffrir. Quoi de plus normal si même ses chaînes ne répondaient plus (ou n'étaient-elle plus là, tout simplement?), sa nature lui permettait certes des guérisons rapides, même rapide ne voulait pas dire miraculeux. Il se sentait cependant terriblement faible. Et encore un peu étourdi.
Saleté de poison.
Il regarda du coin de l'œil son sauveur qui venait d'entrer dans la pièce, avec des choses dans les mains. «Que...
- Je vais changer tes bandages.» L'arrivant posa une petite bassine d'eau chaude sur un tabouret et raviva le feu de la cheminée de la chambre. Il se retourna, retirant son long châle pour le poser sur le sol. «Et voir comment tes blessures ont évolué. Je ne veux pas qu'elles s'infectent.»
Le brun hocha la tête, repoussa mollement la couverture pour se mettre en position assise, les jambes hors du lit. Il ne portait qu'une longue chemise blanche, un peu usée et un pantalon de même genre. De sa main libre, il tenta de déboutonner l'habit pour faciliter la tâche de son hôte. Malgré des difficultés, il finit par y arriver en partit. Il grimaça cependant quand son bras gauche bougea, des élancements le faisant gémir malgré lui.
Son bras n'était pas guéri du tout.
Rien d'étonnant.
Jack posa la main sur son bras droit «Attends, ne fais pas de mouvements brusques. Laisses-moi faire.» La voix du blond était incroyablement douce et chaude. Le jeune homme l'aida à retirer les deux vêtements marqués de tâches rouges ici et là. «Je vais en profiter pour les laver. Je te donne ceux de rechange dès que j'aurais refait les bandages.»
Oswald hocha la tête, encore trop faible pour protester. Il baissa les yeux, soudain gêné d'être entièrement nu et recouvrit ses jambes du drap, mal à l'aise (encore plus en remarquant que l'autre ne semblait pas plus troublé que ça). Son torse entier, ainsi que son ventre, étaient couverts de bandages. Il cessa tout mouvement quand les mains fines retirèrent les bandes, également tâchées de sang, qui entouraient sa tête, et les laissa tomber sur le sol. Jack plongea une éponge dans l'eau et nettoya autour de la plaie, passant un coup dessus, retirant le sang coagulé ici et là, entre deux mèches.
Puis il déroula une bande, qui semblait venir d'un tissu déchiré, et entoura à nouveau le crâne du malade. «Voilà pour la tête. Je pense que demain, les bandages ne seront plus nécessaires, tu cicatrises incroyablement vite et bien.»
Oswald grimaça. « Oui... je cicatrises assez... vite...» Il se souvenait parfaitement du brutal coup sur le crâne, probablement donné par l'autre humain ou par la chaîne du complice. Il devait s'estimer heureux que ça ne soit pas la ''dangereuse'' (pour lui) en question qui l'ait frappé à cet endroit. Il ne s'en serait sûrement pas relevé.
Jack se nettoya les mains avant de dire, l'air un peu plus sérieux «Passons aux pires maintenant.
- C'était si terrible que ça?» demanda Oswald, baissant les yeux sur ses bandages. Il s'en doutait mais entre deviner et voir...il y avait tout une différence.
L'autre eut un hochement de tête. Et se remit à l'ouvrage. S'aidant d'un petit couteau, il commença à défaire les bandages entourant le ventre. Il enleva le baume à l'aide de l'éponge et du plat du couteau chauffée à vif. Puis appuya ici et là des doigts pour vérifier qu'une infection n'avait attaqué la plaie ou ses abords immédiats.
Oswald se sentit rougit malgré lui sous ces contacts physiques. Ce n'était que de légères caresses mais c'était quand même nouveau pour lui. Il n'avait jamais été touché comme ça. En même temps il n'avait jamais été blessé. Donc jamais soigné.
Jack sourit «La plaie est propre. Elle commençait à cicatriser.» Il jeta l'éponge dans la bassine, avec un soupir satisfait «Bien, plus besoin de mettre du baume. Juste un je te redonnerais de l'anti-poison tout à l'heure.
- Où as-tu appris l'art de soigner? Tu es aussi doué que l'herboriste qui travaille...que je connaissais avant!» Il se rattrapa à temps. Comment pouvait-il parler de Celia? De ses compétences médicales apprises au fil des années? Bien sûr, Jack n'était pas aussi doué qu'elle...mais il savait des choses qu'elle ignorait!
Le jeune homme eut un triste sourire, sembla hésiter, puis répondit avec honnêteté à la question de son invité. «Quand j'avais 15 ans, ma mère est morte d'une pneumonie.» il essuya doucement autour de la plaie «Je ne savais pas où aller. Je n'avais personne. Je commençait à mourir de froid et de faim, quand un vieil homme m'a trouvé. Il m'a dit ''jeune homme, ton regard dit que tu es la personne la plus triste au monde...et je déteste ce genre de regard.''. Il m'a prit par le poignet et m'a tiré jusqu'à cette maison. Pendant des mois, il m'a fait travaillé comme domestique, m'a apprit tout ce qu'il savait. Trois mois avant mes 17 ans, il est mort, me léguant cette maison. Il avait travaillé toute sa vie à trouver les meilleurs antidotes aux poisons, qu'ils viennent de plantes, d'animaux ou de produits crées par l'homme. Il m'a tout légué, ce lieu comme son savoir.»
Oswald plissa les yeux. Il se demandait qui avait été cet homme. Cet antidote bloquait les effets dévastateurs du poison de la chaîne et mieux, les diminuait. C'était réellement impressionnant. Il ressentit une certaine admiration, même si il avait toujours du mal à voir son sauveur, comme si celui-ci était un peu flou.
Jack se redressa, jeta un dernier coup d'œil à son travail puis hocha la tête «Ton dos, as-tu encore mal?
- Oui. Des sensations de brûlures. Et des élancements.
- Oui ça ressemblait à un terrible coup de griffes. Les plaies n'étaient pas belles à voir du tout.
- C'étaient elles qui étaient empoisonnées?
- Oui. Bien que le ventre était aussi atteint, c'était bien le dos le pire.»
Oswald rougit malgré lui quand le blond passa la main sur son torse, appuyant à un endroit. «Que..
- Tu avais une côte fêlée. Je préfères vérifier que tout va bien ici aussi, si elle se cassait tu pourrais cracher du sang ou pire...
- Ha.
- Tu as mal?
- Non.
- Et bien, elle s'est réparée. Tu as des capacités de récupérations vraiment incroyables»
Oswald soupira. Ça limitait ses plaies. Presque toutes guéries sauf celles du dos. Une fièvre en baisse et un poison qui ne lui faisait plus aussi mal. Et un bras qui se remettait doucement. Il inspira profondément. «Et bien, cela fait un soucis en moins.»
Jack l'aide à s'allonger sur le ventre pour voir un peu mieux. Il retira les bandages puis le baume, le jetant dans un récipient vide prévu à cet effet. Et grimaça «Bon elles sont dans un meilleur état qu'il y a deux jours. Mais je vais remettre du baume ici. On ne sait jamais.
- Jusqu'à quel point étaient-elles empoisonnées?
- Au point que les bords étaient noirs et qu'il y avait même du pus. Un poison produisant une infection éclair (avec fièvre et tout) doublé d'un sacré engourdissement...un mélange fatal.»
Oswald frissonna malgré lui à cet énoncé. Il sentait bien que le poison n'était pas partit, il se sentait toujours terriblement faible.
Il enfouit son visage dans ses bras, essayant de ne pas penser au contact des mains chaudes sur sa peau. Quand il était blessé, au manoir Baskerville (et c'était rare vu que Fang, quand il avait commencé à lui apprendre l'escrime, n'avait jamais frappé fort, augmentant le rythme tandis que son élève devenait lui aussi meilleur.) c'était Fang ou Celia qui s'occupait de lui.
Venu d'un lieu où il faisait froid, il n'était jamais tombé réellement malade. Et côté blessures, Glen ne l'avait jamais réellement laissé combattre. Après tout, il n'était pas censé le faire, avec tout un clan pour le protéger.
Étrangement, il sentait une douce chaleur en lui, ça lui faisait bizarrement plaisir qu'un s'occupe de lui comme ça.
Sans rien demander en retour.
Jack releva un instant les yeux de son ouvrage, rajustant le draps sur le bas du corps «Je vais continuer à te donner du thé avec l'antidote pendant quelques jours.
- Très bien. Merci.»
Tuer la chaîne annihilerait probablement le poison dans son corps.
Mais cet antidote semblait limiter les effets du poison sur lui sans en passer par là. Peut-être serait-il même supprimé d'ici peu.
D'ailleurs sans ce poison, ses capacités de guérison allaient revenir et il serait remit très rapidement.
Sans ce poison, il serait déjà presque complètement remit d'ailleurs.
« Quelles herbes utilises-tu pour l'antidote?
- Je le fait avec des plantes faciles à trouver. J'en ai donc une grande réserve bien à l'abri. Je n'en manquerais pas.
- D'accord.
- On peut dire que tu es né sous un bonne étoile, il s'en est fallu de peu pour que je ne te vois pas.
- Je m'en doute. La rue n'était pas la plus fréquentée de la ville. Surtout qu'il devait faire presque nuit.» Sans compter le froid, la nuit qui tombait quand il avait perdu conscience. «Un vrai coupe-gorge.»
Jack eut un petit rire nerveux, commençant à étaler le baumes sur les plaies encore rouges et ouvertes «Oui. C'est un endroit propice aux agressions (il y en a souvent). Si je t'ai trouvé, c'est parce que j'ai...» Il se rattrapa avant de finir sa phrase et de dire qu'il avait cru entendre quelqu'un l'appeler, avant de continuer «J'ai vu une plume sur la neige. Elle était d'un noir comme je n'en avait jamais vu. Et bien plus grande que celles de tous les oiseaux que l'on voit ici.»
Oswald sentit une poigne glacée se refermer sur son ventre. Une plume de Raven, de Owl, de Dodo? Il se força à se calmer et poussa plus loin «Et alors?
- Je ne sais pas, c'est étrange. J'ai ramassé cette plume qui était incroyablement douce, et étrangement chaude. Et alors je vous ai vu.» Sa voix était devenue lointaine tandis qu'il bandait le torse (et donc le dos) du plus vieux.
Étrangement il semblait mentir. Ou tout du moins, cacher quelque chose. Oswald décida de ne pas poser plus de questions. Autant ne pas le braquer. Et il changea de sujet «Penses-tu que je pourrais marcher bientôt?
- Si ton ventre et ton dos ne te font plus trop souffrir. Peut-être...pourrait-on tenter le coup? Sans forcer bien entendu.» Il eut un sourire «Mais d'abord, je vais te donner des vêtements hein?»
Le jeune brun sentit ses joues devenir rouges, en se rendant compte qu'il était effectivement complètement nu. «Ha oui.
- Au fait, tu es certain que tu n'as pas de famille que tu voudrais prévenir?
- Je...ne veux plus rien avoir à faire avec eux.
- Hum.
- J'ai été trahi. Je veux refaire ma vie, loin d'eux.»
Loin de son maître qui avait fait de lui un mouton, un fidèle servant, qui l'avait recueilli et élevé pour devenir son successeur
Loin de Lacie, et de son devoir.
Sans lui, elle serait bien plus heureuse.
Et ne serait pas jetée dans l'abysse.
Puisque chaque Glen devait régler les problèmes qu'il avait engendré, Levi ne réglerait pas ceux de son valet disparu.
Elle vivrait donc et resterait dans ce monde qu'elle aimait tant.
Loin de celui qui l'avait trahi et de celle qu'il devait trahir.
Il s'enroula dans la couverture, évitant le regard de son sauveur «Plus rien ne me retient auprès d'eux, je pense qu'une fois complètement remis, je m'en irais loin d'ici pour refaire ma vie.» Il ne savait pas encore comment il allait faire, ni où il allait aller. Dès qu'il irait mieux, il rejetterait ses chaînes (par précaution car elles ne semblaient plus être là, son sceau n'était même pas là lui-même) et partirait, il vendrait son épée ou utiliserait son argent (si il n'avait pas été volé par ses deux agresseurs) pour aller dans le port le plus proche et quitter le pays, aller le plus loin possible. Pour le moment, il allait juste se reposer.
Jack hocha la tête, pensif «Je vois..Je comprends.» Il ramassa ce qu'il avait apporté, bassine, bandes tâchées et linges sales, avant de murmurer, d'une voix douce «Je n'ai plus rien à faire avec la mienne non plus.» Il se détourna, cachant son trouble.
Au fond, rien ne le retenait ici non plus.
C'était troublant à quel point ils semblaient ressentir la même chose.
Lui aussi rêvait parfois de partir avec Léo, recommencer à zéro dans une autre ville, loin de Sablier qui ne lui avait apporté presque que des malheurs.
Il sourit et jeta un oeil par dessus son épaule «Bien je reviens tout de suite avec des vêtements légers et propres.»
Le jeune Baskerville hocha la tête, puis demanda, après un instant d'hésitation «Et...je pourrais aussi voir la plume? Si tu l'as gardé bien entendu.
- Oui, sans problème.» Il sortit de la chambre, laissant le brun seul.
Jack regarda les quelques pièces sur la table. Il allait devoir y retourner. Un regard à la fenêtre lui apprit que la neige tombait. Comment trouver des clients avec un temps pareil? Il faudrait aller dans un bordel et partager la paye avec le propriétaire. Il ne lui resterait plus grand chose, les prix montaient avec le froid. Ces vautours profitaient abusivement de la situation. Mais avec un tel froid, il n'y avait pas tant de solution que ça.
«Non. Ça n'est pas possible.»
Il détestait ça. On avait déjà tenté de le garder prisonnier. De le retenir contre son gré. Il avait pu s'échapper à temps. Il ne voulait pas risquer d'être retenu captif dans une chambre. Avec son physique, certains avaient déjà tenté de le ''recruter''. Et il préférait donc rester loin.
«Comment faire?»
Attendre que quelqu'un soit intéressé et aller dans une auberge. Il faudrait un lieu confortable, une vieille auberge miteuse n'irait pas. Et si le client ne voulait pas payer? Parfois il en trouvait pour faire du chantage «Je peux facilement trouver quelqu'un qui pourrait payer la chambre et le vin en plus.» disaient certains avec un rien de culot, souvent avec un sourire narquois.
Peu crédible. Généralement ces clients essayaient juste de le faire céder.
Il répondait, avec un sourire et un salut moqueur «Mais je vous en pris, trouvez donc quelqu'un près à payer une chambre bien chauffée avec un bon repas et du vin contre du sexe payé moins cher que le dit-lieux, la nourriture et l'alcool.»
Il avait souvent le dernier mot. Il était habile pour manipuler les gens. Et n'avait aucun remord à les utiliser pour gagner de l'argent. Il ne se souciait pas des personnes le voyant comme un simple objet de luxe. Si il était une chose, un objet, pour eux...qu'est-ce qui l'empêchait de les voir comme un moyen d'arriver à ses vains et de les utiliser?
«Jack?»
Il se tourna vers la porte de la chambre de son fils adoptif. L'enfant le fixait, sa peluche serrée contre lui. Ses yeux noirs étaient rivés sur lui. Souriant pour ne pas l'inquiéter, malgré les questionnements qui le taraudaient, il répondit avec douceur «Oui Léo?
- Tu es triste?» chuchota le petit, s'approchant avec un regard inquiet.
Il secoua la tête, voulant le tranquilliser «Non. Je suis juste...je compte l'argent qui nous reste.» Il se sentait mal, il n'avait aucune envie de sortir, de laisser Léo seul à la maison sans compter son malade. Il n'avait certes pas besoin de soins d'urgence mais quand même...Et il ne pouvait pas encore marcher, donc difficilement poser des problèmes. Pouvait-il faire confiance? Pouvait-il laisser Léo avec lui? L'homme avait des manières et ne semblait pas lui vouloir du mal, était reconnaissant...peut-être Jack avait-il juste envie de croire au moins en une personne. Le premier homme a ne pas le voir comme un objet. Le blond ne voulait pas qu'il sache ce qu'il était, la honte lui serrant le cœur.
L'enfant eut un petit sourire, l'air soudain enthousiaste «Il est réveillé?
- Heu oui. Il est très faible, très fatigué, donc il ne faut pas l'ennuyer. Il va manger un peu et vais aussi lui laisser un ou deux livres pour passer le temps.» Et des livres, issus de la bibliothèques du vieil homme, ce n'est pas ça qui manquait. Jack avait juste vendu les plus beaux, ceux avec des enluminures, à un moine contre une somme raisonnable.
Hochant la tête, Léo répliqua «D'accord je serais très sage!» Il resta silencieux un court instant puis continua, à voix basse «On manges quoi ce soir?»
Jack recompta les pièces. Il avait assez pour quelques légumes de bases (pour compléter leurs réserves quasiment vide), des pommes peut-être, un peu de beurre et une miche de pain. Il devait rester, s'il avait de la chance, un peu de viande salée dans un tonneau et un ou deux œufs des achats de ce matin. Il se massa les tempes. Il n'irait loin avec ça. Ils étaient trois pour quelques temps après tout. Et son malade avait besoin de reprendre des forces. Et Léo devait bien grandir.
«Tu vas aller acheter à manger?» Le petit brun était grimpé sur sa chaise, regardant les ronds de métal sur la table. «Tu vas acheter quoi?» Il bondit sur ses pieds, toujours sur la chaise «Je peux y aller tout seul, je suis grand maintenant.»
Jack eut un faible sourire «Pas aujourd'hui, c'est trop tard. Tout sera fermé.» Pendant quelques infimes secondes, il pensa à la bourse qu'il avait trouvé accroché à la ceinture d'Oswald et que lui avait rangé dans le coffre, avec l'épée.
Il pourrait prétendre qu'il n'y avait pas de bourse quand il l'avait trouvé et...
Il secoua la tête. Non. Il ne l'avait pas sauvé pour l'argent ou quoique ce soit. Il n'allait pas détrousser quelqu'un qu'il aidait, quand il pouvait enfin être utile à quelqu'un. Cette idée de trahir la confiance du jeune homme lui serra douloureusement le cœur.
Il revit ces deux yeux violets et ce faible sourire.
Il grimaça. Non il ne serait pas malhonnête avec lui. Pas avec cet homme qu'il avait sauvé sans arrière-pensée, presque sous le coup d'une impulsion, d'une certitude qu'il ne pouvait pas, qu'il ne voulait pas, le laisser mourir comme ça.
Il n'avait habituellement aucun problème et à utiliser les gens mais là, il s'en sentait incapable, totalement incapable.
Alors, si il n'allait pas chercher un client et qu'il n'utiliserait pas l'argent de son invité, que lui restait-il comme choix? Une idée lui vint et il se sentit hésitant, puis se mordit la lèvre. Il savait pourtant qu'il n'avait pas le choix. C'était la seule solution. Pour sa santé, pour Léo, pour son invité, c'était nécessaire de faire cela. C'était une situation d'urgence. N'était-ce pas pour ce genre de problèmes qu'il avait gardé ces objets?
Repoussant cela à plus tard, il se tourna vers l'enfant qu'il souleva dans ses bras avec un grand sourire «Très bien Léo. Allons voir ce qu'on peut faire à manger pour ce soir. Notre malade a besoin d'un bon repas. Pour reprendre toutes ses forces.
- Oui!»
Jack le posa sur l'établi, et alla ouvrir la porte du cellier. Bien isolé, il n'avait jamais eu de bestioles là-dedans et les aliments n'y restaient jamais longtemps de toute façons. Ouvrant le tonneau de droite, il s'exclama «Ha! Il reste un peu de viande.
- Youpi!» Léo eut un grand sourire, ses yeux brillants soudainement de joie. Ils n'en mangeaient pas souvent, la gardant pour les grandes occasion ou une fois par semaine dans le meilleur des cas. L'enfant était donc ravi que ce jour soit une exception.
Le blond gardait ce morceau pour une occasion mais là il n'y avait pas trop de choix, malheureusement. Il pouvait utiliser ce qui restait de légumes pour une soupe et la viande et les œufs pour autre chose. En plus... rien que du facile à mâcher serait idéal pour son invité, qui devait être encore fatigué et fiévreux.
«Et bien on va faire un petit festin ce soir et on ferra des courses demain. En attendant, tu veux m'aider?
- Ho oui!»
Jack s'assit à la table, uniquement éclairée par la bougie. Et ouvrit une petite tabatière. A l'intérieur il y avait deux choses: une boucle d'oreille, un petit rubis serti d'argent, qu'il avait trouvé dans la neige des années plus tôt mais...en fait...ce serait dur à échanger. Il pouvait essayer cependant.
Il avait aussi...le médaillon d'argent portant le blason des Vessalius. Son géniteur l'avait donné à sa mère et il l'avait récupéré quand elle était morte, espérant se faire reconnaître. Espérant il ne savait pas vraiment quoi.
Inutile de garder ces deux choses plus longtemps.
Il les gardait pour une occasion. Une urgence. Un coup dur.
C'était le cas. Il devait racheter des couvertures, des vêtements et des vivres pour l'hiver, pour cet hiver qui semblait plus rigoureux que ceux des années précédentes.
Enroulant la chaînette autour de son poignet, il décida de le porter une dernière fois, juste cette nuit. Quand il était plus jeune, il le portait sans cesse, comme une amulette, espérant sans cesse qu'on ne sauve, que son père vienne le chercher et cela n'était jamais arrivé.
Il n'avait aucun regret à avoir. De toute façon, même s'il n'avait jamais frappé à la porte de la maison du vicomte qu'était son père, il savait que celui-ci ne voudrait pas de lui.
Après tout, il avait une femme et des enfants.
Que ferait-il d'un bâtard comme lui?
Il leva une main tremblante pour essuyer ses yeux qui le piquaient. Allons, il n'allait pas pleurer. C'était loin tout ça. Il avait accepté. Il vivait de son mieux et était relativement heureux avec son fils adoptif. Il allait porter ce symbole une dernière nuit, être «le bâtard du vicomte Vessalius» une dernière nuit avant de redevenir un inconnu. Qui ne serait jamais reconnu. Pas comme si ça le dérangeait après tout.
Après tout mieux valait être "juste Jack".
A Suivre
