Hello à toutes et tous !

D'abord merci à tout le monde qui suit et commente cette fanfic, ça me fait très plaisir !

(Pour répondre à une question qu'on m'a posé :

Pour l'instant j'en suis à huit chapitres de prévu, mais je préscens bien que ça va déborder un peu...!)

Je vous publie la séance 3 cette semaine ! En espérant que ça vous plaise.

Je vous souhaite une bonne lecture !


Séance 3

Blaise s'était couché sur le canapé, la force de l'habitude à présent, alors que la psy préparait sa plume à papote. La semaine passée, il avait réussi à se faire pardonner aisément, dès que Théo avait vu son sourire de bonne humeur, il avait décidé d'être compréhensif avec un Blaise qui se donnait du mal pour essayer de se sentir mieux vis-à-vis de lui-même. Juste pour lui.

La semaine s'était plus ou moins bien passée – disons que Blaise avait essayé de ne pas trop râler quand Théo avait fait des heures supplémentaires trois jours de suite, et quand il lui avait proposé d'aller dîner chez Draco le jour suivant... Théo l'avait noté, et s'était offert à lui entièrement tout le week-end, Blaise en avait largement profité. Du coup, il s'était demandé si cette thérapie n'avait pas atteint son paroxysme, parce qu'il ne voyait pas comment ça pourrait aller mieux que là...

Jusqu'à ce matin.

Quand Théo lui avait dit qu'il allait sans doute devoir renoncer à leurs vacances en Italie cet été. Il avait, d'un coup, comme explosé. Du coup, ils s'étaient à nouveau disputés, Blaise l'avait vu partir en claquant la porte pour y mettre fin. Et il était d'une passable très mauvaise humeur.

-Et si nous commencions ? Fit la psy.
-Faut vraiment que je parle, aujourd'hui ? Maugréa Blaise. Non parce que j'ai l'impression que ça ne marche pas des masses.
-Peut-être que si vous parliez enfin de–
-Oui bon, j'ai compris ! Grogna Blaise. C'était rhétorique ! Bon, bref, on en était où nous déjà ? … Le bal de la quatrième année, après ça, on m'a fichu une paix royale. Tout le monde pensait que je sortais avec Théo, et que je me tapais des filles avec son consentement tacite. Qu'est-ce qu'il fallait pas entendre comme connerie à cette époque... Bref, ce qui nous amène aux grandes vacances. J'avais fait un chaudron pour qu'on puisse se retrouver à la Villa seuls, sauf qu'on n'avait pas pensé à un léger détail insignifiant...


-Tu quoi ? M'outrais-je avec vigueur.
-Je suis désolé, fit-il avec un air vague, plongé dans ses pensées mornes. Mais ils ont été clairs ; pas question que je joue les gigolos cet été.
-C'bordel, grognais-je.

Ce qu'on n'avait pas prévu, en allant au bal ensemble, c'était que tout le monde allait jaser à ce point-là. C'était parvenu aux oreilles de Lucius Malfoy – Draco avait assuré n'y être pour rien, mais je ne le croyais pas du tout. Qui en avait parlé au père à Théo. Qui avait décrété que Théo passerait l'été chez lui, pour changer. Il avait accepté pour prouver à son père qu'effectivement, nous ne sortions pas ensemble.

-Il ne va quand même pas te faire quoi que ce soit ? Demandais-je, un peu inquiet, repensant à ce que ma mère m'avait décrit de lui – un vieux drogué alcoolique, qui vivait dans un taudis, l'œil lubrique, plus intéressé par le fric que Théo allait lui rapporter que son réel bien être.
-Qu'est-ce que tu veux qu'il me fasse ? Ria Théo franchement. Il tient pas debout les trois-quart du temps...
-Ouais, mais bon, soufflais-je en retournant à mon magazine.
-T'es pas en train de t'inquiéter pour moi, des fois ? Fit-il un peu plus bas, en me donnant un coup d'épaule.
-... Un peu, gromêlais-je. Je n'aime pas des masses la description que ma mère m'a faite de lui. Ni de son appart.
-Ne m'étonne pas, fils de riche que tu es, se moqua-t-il. T'en fait pas va, il passe son temps à traîner dehors, ou à comater sur le canapé. Et moi à réviser...

La dernière partie avait été sur un ton plus déprimé, et je devais avouer que ça me déprimait aussi. Parce que j'allais être seul comme un con de mon côté, lui du sien, et pas la possibilité de se voir. Ça me rendait fou de rage. Qu'est-ce que ça pouvait bien lui fiche, à cette épave, que Théo soit en vacances avec moi ? Ce n'est pas comme si ça lui avait fait quoique ce soit non plus l'année dernière.

-T'auras intérêt à m'écrire.
Il sembla surpris, puis il sourit :
-T'auras le temps d'écrire ?
-Pour toi toujours.

Il avait haussé les épaules avec un air satisfait, je ne m'étais pas formalisé plus que ça, après tout, c'était bien vrai, il n'y avait qu'à lui que je prenais la peine de répondre. Les autres pouvaient attendre de voir Merlin en slip danser un tango avec Salazar...

Cette année-là, étrangement, ma mère avait décidé de partir en Espagne avec son gigolo – pardon, nouveau mari. Et du coup, moi, j'avais décidé de rester en Angleterre. Plus pratique. Moins loin pour le courrier aussi. Et puis j'avais décidé d'organiser mon anniversaire, histoire de revoir Théo, et de faire la fête aussi.

C'était donc seul que je tournais en rond dans le Manoir, attendant impatiemment les réponses de Théo. On s'écrivait plus ou moins tous les jours, dès que possible en fait. À part ne pas sortir et réviser, il ne faisait pas grand-chose.

"Je suis désolé, mon père ne veut pas que je vienne. D'ailleurs, il veut que j'arrête de t'écrire aussi."

J'avais eut les nerfs. J'étais inquiet. Son père n'inspirait pas confiance. C'était quoi son problème avec le fait que Théo sorte, et vienne chez moi ? Ce n'était pas comme si j'allais ruiner sa vie non plus ! On s'amusait bien ensemble. Et puis il mangeait correctement, et dormait bien, il était heureux. Enfin, il ressemblait pas à un zombie, comme quand il restait chez son père ou chez les Malfoy.

Deux semaines s'écoulèrent lentement, très lentement.

Mon anniversaire était arrivé vite, mais je n'avais pas vraiment profité de la soirée, j'avais la tête prise par le fait que Théo n'avait pas répondu depuis trois jours, après quelques jours passés à ne pas répondre aussi rapidement qu'habituellement. Heureusement, j'avais réussi à prendre Draco à part pour lui soutirer l'adresse de Théo – il était tellement bourré qu'il n'a même pas cherché à comprendre pourquoi je voulais la connaître.

C'était un vieux bâtiment délabré dans un quartier chaud de Londres, je me demandais comment il faisait pour tenir encore debout, il avait l'air de branler avec le léger vent qu'il y avait. Il n'y avait pas de cloche pour sonner, ni de porte d'entrée d'ailleurs. Mais qu'est-ce qu'il pouvait bien foutre ici quand même... D'après ce que la vieille m'avait dit, il habitait au dernier, dans les combles. J'avais croisé des gens bizarres – drogués, alcooliques, travailleuses du sexe, pour ne citer que ça – le temps de monter les cinq étages, et d'arriver devant une porte, qui semblait menacer de tomber au moindre courant d'air trop fort.

J'avais frappé – pas trop fort évidemment, puis une minute plus tard, Théo ouvrait la porte, sous le choc de me voir là :

-B-Blaise ? Mais qu'est-ce que tu fous là ?

Il me fusilla du regard, avant de me tirer à l'intérieur en maugréant contre mon manque de tact de venir ici, et le fait que j'aurais dû le prévenir, et toute cette sorte de chose. Chez lui, c'était bel et bien un vrai taudis. Vieille déco qui tombait en lambeaux, des infiltrations d'eau dans les murs, une vieille moquette terne et pleine de tâches, une odeur de renfermé et de poussière qui prenait à la gorge, et puis les fenêtres étaient obstruées par des volets branlants, l'ambiance n'était pas du tout lumineuse. On arriva dans une sorte de salon, remplit de pile de bric-à-brac, ce qui me surprit pas mal, compte tenu de sa sale manie à toujours tout ranger, au millimètre près.

-T'es inconscient ou quoi ? Explosa-t-il en me poussant sur le canapé.
-Toi t'es inconscient ! Fis-je sur le même ton. Ça fait trois jours que j'ai pas de nouvelles, j'ai crû qu'il t'était arrivé quelque chose !

Il me regarda avec un air coupable, et désolé, avant de me prendre le bras sans ménagement, et de me tirer vers une petite pièce, et de fermer la porte brusquement derrière nous.

-Merde c'est pas le moment, murmura-t-il avec un air angoissé, adossé à la porte, avant qu'on entende des éclats de voix de loin.

Il me fusilla du regard en me faisant asseoir sur une espèce de banquette inconfortable, l'air très sérieux :

-Tu ne bouges pas d'ici, tu touches à rien, et tu fermes ta bouche, chuchota-t-il gravement. Quoiqu'il se passe.

J'avais hoché la tête, soudainement inquiet, pas tranquille.

-Théo ! Appela une voix sur un ton autoritaire.
-J'arrive ! Fit-il précipitamment, me lançant un dernier regard avant de refermer la porte sur lui.

L'endroit était exigu. J'étais assis sur une espèce de banquette en bois, avec un petit coussinet pas bien épais, orange délavé dessus. Une sorte de vieux coussin et un drap tâché me laissaient présumer que ça devait servir de lit. En face, une petite table et une chaise, avec des étagères couvertes de livres, menaçant de tomber à tous moment.
J'entendais une voix grave, des pas, puis cette même voix s'adresser à Théo un peu plus bas :

-Fais la bouffe et casse toi chez ton italien, dit-elle durement.
-T'es sérieux ? Dit Théo avec un ton nerveux. Je peux pas, il veut plus me voir !

J'entendis Théo pousser un petit gémissement douloureux, je pris ma baguette, près à ouvrir la porte et m'occuper de son cas. Mais je devais me maîtriser, parce qu'il avait l'air d'avoir peur qu'on sache que je sois là.

-Demmerde toi comme tu veux, repris la voix, énervée, soit tu te casses, soit tu t'occupes de Yaxley... Tu sais à quel point il attend que ça non ? Combien tu crois qu'il me donne ?
-Lâche-moi, c'est bon, siffla Théo, sans doute en se débattant. Je me casse !
-Avant tu fais à bouffer, t'es gentil. Et occupe toi de te faire pardonner auprès de ton sale italien, ça serait dommage que tu laisses passer l'occase !
-T'es con, cracha Théo. Je te l'ai dit, il veut pas me voir ! Sa mère a découvert ton trafic, elle lui a tout dit, il veut plus même plus me parler !
-Si j'étais à ta place, je ferais en sorte qu'il fasse bien plus que de me parler, fit la voix grave avec un ton menaçant, à moins que tu préfères quitter Poudlard pour tapiner ?
-Bouge-toi Théo ! Fit une plus grosse voix encore, à travers l'appartement. Sinon je te fais payer le double !

Mon sang se glaça, comment ça Théo ? Quoi Théo ? Qu'est-ce qu'il voulait, ce connard, à mon Théo ? Il n'allait quand même pas...
-J'arrive Flint ! Gueula la voix grave, avant de se baisser pour s'adresser à nouveau à Théo : soit tu es gentil avec ton italien, soit tu es gentil avec Markus, à toi de voir quel genre de mec tu préfères pour t'entretenir!

J'entendis un bruit sourd contre la porte de la chambre, qui tint bon heureusement, puis des pas rejoindre l'autre bout de l'appartement. Dix secondes plus tard, Théo réapparaissait, blanc et tremblant. Il mit deux-trois trucs dans son sac de cours, sans me regarder. Je crois qu'il avait vraiment honte que j'ai été là pour entendre ça.

-On peut dire que t'as choisi ton jour pour venir ici toi, grommela-t-il en me faisant signe de le suivre.

On entendit des bruits sourds résonner dans l'appartement, Théo était devenu rouge et nerveux, hésitant, avant de se tourner vers moi, soudainement sérieux :

-Passe-moi tout ce que tu as de valeur, bouge toi et fermes là !

Vu son ton autoritaire et sérieux, j'avais obtempéré sans rien dire – ce n'était pas quelques gallions et une montre qui allaient me manquer. Il m'avait donné son sac, sans me regarder dans les yeux, avant de me mettre dehors, avec ordre de l'attendre dans le hall, et de pas me faire remarquer, quoiqu'il se passe.
J'étais un peu nerveux, pas pour moi, mais qu'il lui arrive quelque chose avec lui, sans que je puisse rien faire pour le protéger – qui savait de quoi étaient capables les deux hommes avec les voix graves. J'étais descendu, non sans croiser deux cougars vulgaires qui m'avaient proposé des trucs sexuels en échange de mon fric – c'était pour ça que Théo l'avait pris ?

Bon bref, dix minutes s'écoulèrent, une dizaine des personnes étaient entrées et sorties sans faire gaffe à moi, puis j'avais vu Théo descendre, l'air contrarié, il avait fusillé une des cougars du regard, avant de me rejoindre, sans me regarder, et sans rien dire. C'était un peu tendu.

On allait arriver hors du hall, lorsque je vis un grand type plus âgé de quelques années, hyper moche et mal fringué, à l'air franchement pas commode entré de dehors. Il vit Théo, et son expression se fit plus dure :

-Il est en haut ? Et qu'est-ce que tu fous là toi déjà ?

Théo tenta de l'ignorer, mais le plus grand lui attrapa le bras violemment :

-Un jour, c'est plus ton père qui sucera le mien, fit-il avec un air menaçant. Faudra bien que tu paies de ta personne ce jour-là.

J'avais la main sur ma baguette, et la rage dans les veines, j'allais lui montrer, à ce connard, qui c'était le patron ici, et que question personne, j'allais lui en donner pour son arrogance, moi. Mais Théo avait tordu son bras avec une force insoupçonnée, et l'avait plaqué contre le mur violemment, avant de susurrer dangereusement à son oreille :

-Le jour où je donnerais de ma personne, c'est toi qui seras à genoux, t'as compris ?

Il se dégagea violemment, Théo lui mit un puissant coup de genou dans les parties intimes, il hurla de douleur en se les tenant, coucher au sol.

-Pauv' con va, souffla Théo en reprenant sa route sans se soucier de ses hurlements douloureux.
-Rappelle-moi de plus te contrarier, avais-je dit pour détendre l'atmosphère.
-Le jour où je te frapperais comme ça, on avisera pour tes futurs gosses, murmura-t-il avec une voix grave.

On avait marché pendant un quart d'heure, jusqu'à une aire de transplanage, cachée dans un terrain vague abandonné. Il n'avait rien dit, ne m'avait pas parlé. Il y avait une vieille botte au sol, il avait tendu sa main vers elle et je l'avait imité. C'était un Portoloin.

On arriva dans une espèce de parc, dans un quartier chic, où je dois bien l'avouer, je sentis mon estomac se détendre doucement. On s'était réfugié dans un café, il avait commandé de quoi petit-déjeuner pour trois, puis avait engloutit une bonne partie de ce qu'il y avait sur la table.

-Détends-toi, c'est moi qui paye, avait-il fait, un visage un peu sombre.
-Hors de question, j'avais fait catégoriquement. Garde tes sous pour des trucs utiles.

Il m'avait lancé un regard noir, j'avais tenu le coup. D'après ce que j'avais vu de l'endroit où il vivait, valait mieux qu'il garde son argent non ?

-J'ai le droit à des explications, ou je dois faire le même cirque qu'aux autres ? J'avais murmuré doucement.

Il avait fait une grimace, un blanc se fit, avant qu'il ne se mette à me raconter ce qu'il s'était réellement passé pour qu'il coupe les ponts aussi brutalement avec moi, que son père refuse de le voir chez moi – ça, j'avais compris que c'était faux tout seul, et tous les autres petits mensonges honteux qu'il avait utilisés pour faire en sorte que je ne me doute de rien.

-En fait, l'année dernière, quand ta mère est venue, elle lui a laissé un paquet de fric, dit-il gravement, ses mains jouant nerveusement avec sa serviette. C'est pour ça qu'il m'a laissé partir avec toi... Quand Lucius à su ça, en même temps que Draco lui ait dit pour les rumeurs sur nous, il a refusé de me reprendre chez lui, paraît que je vaut pas mieux que mon vieux, un truc dans ce goût-là. (Après quelques secondes de blanc : ) Du coup, j'ai atterris chez mon père... J'avais pensé que ça allait être comme avant, qu'il boirait et découcherait toutes les vacances, sauf que cet idiot à réduit pendant l'année. Il était assez clair pour voir que tu m'écrivais.
-C'est quoi le problème avec ça ? Encourageais-je doucement.
-Depuis l'année dernière, il veut que je te pousse à lâcher du fric. Quand il a vu les trucs que tu m'avais achetés en Italie, les vêtements et le reste. Il s'est dit qu'il y avait des chances pour que je profite de ton inattention pour piquer deux-trois trucs de valeur. J'ai refusé de le faire, pour qu'il me lâche, je lui aie dit que tu voulais plus me voir, que c'était mort, grillé, plus rien à tirer. La suite, tu la connais...
-A-Attends, c'est de ma faute tout ça ? Demandais-je, sous le choc, alors que ses yeux croisèrent les miens soudainement.
-Nan, nan ne va pas penser ça, dit-il gravement. C'est lui qui s'est mis en tête que tu lâcherais de la thune si j'étais gentil avec toi.
-Mais pourquoi t'as rien dit, merde ? Explosais-je, en imaginant les pires scénarii possibles, dans lesquels son père le forçait à faire des trucs avec d'autres mecs.
-Tu crois quoi toi ? Que je suis fier que mon père tapine pour se payer ses drogues ? T'aurais réagi comment si je t'en avais parlé ?
-J'aurais payé pour qu'il te fiche la paix !
-Justement ! Renchérit-il avec une voix aiguë. Tu ne percutes pas ou quoi ? Tu lâches ton fric pour m'avoir, même si je ne couche pas avec toi, lui, il voit qu'il peut tirer du fric sur mon dos bien avant que je sois majeur.
-Q-Quoi ? Comment ça majeur ?

Il émit un soupire contrarié, visiblement il en avait trop dit sans le vouloir.

-Il attend mes dix-sept ans pour que je devienne la chienne de Markus, le gars dont j'ai broyé les bijoux de famille. Comme ça, il aura plus besoin de payer son loyer au père de Markus, ce gros dégueulasse. C'est de sa faute s'il tapine... Tant que je suis mineur, ils peuvent rien faire sans que le Ministère ne leur tombe dessus, c'est pour ça que je risque rien.

-Ouais enfin, question sécurité, on repassera, grognais-je. Et pourquoi il t'a foutu dehors aujourd'hui ?

Théo devint blanc, d'un coup, il eut l'air apeuré :

-A-A cause de Yaxley, murmura-t-il avec une note beaucoup trop aigue. L-Lui il n'a pas besoin d'attendre... Q-Que je sois majeur pour... Enfin ça quoi.

Je sentis mon estomac tomber dans mon ventre lourdement, comprenant ce qu'il voulait dire.

-C'est un des réguliers, il est violent, il a déjà proposé pas mal de fric pour passer la nuit avec moi... Mon père est pas idéal, mais il m'a fait aller chez les Malfoy pour éviter que je tombe sur lui, on sait jamais.

J'essayais de chasser mes idées noires et les images pleines de sang et de larmes que je voyais déjà venir de loin, ses mains tremblaient violemment, je ne sais pas pourquoi, mais je les avais prises dans les miennes pour le rassurer. Il était un peu surpris, puis il avait fondu en larmes brusquement. Je m'étais posé à côté de lui pour le prendre dans mes bras doucement :

-T-T'es c-con, gémit-il en essuyant ses larmes, qui furent remplacer par d'autre aussitôt. T-tu ne te méfie même pas...

Je caressai doucement son dos, en lui assurant que tout le fric du monde ne vaudrait pas un de ses sourires – et pour une fois, je le pensais réellement. Il m'avait engueulé, parce qu'un fils de riche, ça ne devait pas se préoccuper du fils du gigolo du coin, je ne sais pas pourquoi, j'avais démenti la chose, parce que le fils de riche, il avait trèsenvie que le fils du gigolo du coin reste avec lui jusqu'à la fin des temps...


La psy regarda son patient par-dessus ses lunettes, la bouche grande ouverte, sous le choc, ce qui fit doucement rire Blaise. J'avais dit que c'était la partie facile, ricana-t-il intérieurement.

-D-Donc, votre addiction au sexe, c'est lier à ça ?
-Hein ? Oh non, pas vraiment. En fait, c'est le contraire, comme je savais tout ça, j'avais du mal à envisager qu'il ait envie de coucher avec moi. Ou quelqu'un d'autre. Il parlait jamais de ça de toute façon...
-... Et si on finissait ? S'impatienta la femme, soudainement prise dans le tourbillon de l'histoire.
-Vous déconnez ? Ria Blaise. Bon de toute façon, au point où on en est, plus rien ne m'étonne... Donc je disais, Théo et moi, on a passé le reste de l'été ensemble, je ne lui avais rien dit, mais je comptais bien sur le fait qu'il retourne plus jamais là-bas de toute sa vie – du moins pas sans garde du corps... Et donc, forcément, quand on est rentré à Poudlard, on était pire que proche, maintenant qu'il y avait plus de honteux secrets entre nous. Et que tout le monde pensait que je l'entretenais – d'ailleurs, c'était le cas à y repenser...


J'arrivais dans la Grande Salle, où Théo m'attendait sagement, lisant son livre. Il avait fini ses cours bien avant moi, et préparait sans doute son devoir du soir, comme à son habitude. Je m'installais en face de lui, il leva les yeux vers moi après avoir fini sa ligne. Il avait l'air un peu embêté, et hésitant, généralement, il avait ce genre de tête quand il avait quelque chose à me demander. Il était toujours mal à l'aise dès qu'il s'agissait de fric, il avait un peu honte de quémander. Mais moi, je m'en fichais pas mal, du moment qu'il était en sécurité, tout allait bien.

-T'as besoin de quoi ? Demandais-je dans un soupir, j'étais mort de fatigue, je commençais à sentir le mal de crâne arriver de loin, et par-dessus tout, je détestais le cinéma qu'il me sortait à la place de me demander.

J'aurais mieux fait de ne rien dire, ça l'avait brusqué, il s'était contenté d'une grimace rageuse et haineuse, avant de replonger dans son bouquin en silence.

-Bouge-toi, j'ai pas la patience, maugréais-je en prenant son livre violemment.

Il me lança un regard noir, sans doute était-il lui aussi contrarié par sa journée.

Je devais avouer que comme on n'avait pas du tout les même cours, et que donc je le voyais rarement en classe, j'avais tendance à oublié que tout le monde était plutôt froid avec lui. Les petits secrets honteux sur son père s'étaient rependus comme une traînée de poudre de racine de Mandragore – on savait tous les deux que c'était à cause de Draco, qui n'avait utilisé comme prétexte que l'animosité de son père envers Théo pour se lâcher. Théo m'avait dit qu'il n'avait jamais mis les pieds chez lui, qu'il ne lui avait jamais raconté quoique ce soit (encore moins la façon dont son père payait le loyer au père Flint), il ne faisait que répéter ce que Lucius disait sans se poser de question, et ça, ça m'avait franchement énervé. Mais Théo disait qu'il avait l'habitude. Alors forcément, le blond avait sauté sur l'occasion pour faire en sorte que tout le monde déteste Théo. Ou au moins sache qu'il était le fils d'un gigolo, et que lui faisait sans doute pareil avec moi. Ça lui pesait, à force, de devoir supporter les remarques désobligeantes, les bruitages louches, les ricanements sur son passage – alors qu'on savait tous les deux qu'il n'était pas ce genre de mec-là.

-Si t'as pas la patience casse-toi, gronda-t-il en me fusillant d'un regard mauvais.

Parfois, j'oubliais qu'il avait aussi son poids à porter, et qu'il était au moins aussi lourd que le mien. Quoique lui, il n'avait pas d'argent pour compenser. Il ne parlait jamais vraiment de ce qu'il ressentait, mais je pouvais, à force, vous dire que les soirs où il avait ce genre de regard, il valait mieux que je fasse des efforts si je ne voulais pas qu'on se prenne la tête violemment.

-Pardon, dis-je solennellement, ce qui sembla le surprendre – parce que jusqu'à présent, j'allais au clash sans me soucier de rien, ça nous soulageait tous les deux. Flitwick m'a pris la tête pour mon dernier devoir...

Ses yeux se radoucirent légèrement, bien qu'il n'avait pas l'air plus soulagé que quand on se prenait le nez. J'encourageais à continuer avec un regard, et un léger sourire, il prit une grande inspiration avant de me lancer un de ses regards dont il avait le secret – du genre à la fois agacé, implorant, mais surtout dégoûté de lui-même. Il détestait devoir me demander des choses, j'avais beau lui assurer que je m'en fichais, lui, ça le dérangeait.

-Mac Go m'a demandé si je pouvais investir dans un animal, dit-il à mi-voix, honteux.

D'un coup, je me rendis compte qu'il n'avait pas d'animal. En fait, le hibou qui m'avait mordu des années plus tôt, c'était celui de son père, qui ne lui avait pas renvoyé en deuxième année. Draco avait deux rats – dont un que Théo lui empruntait quand il en avait besoin.

-Tu veux quoi ? Demandais-je en songeant que je n'avais pas croisé mon propre rat depuis quelque temps déjà, alors que d'habitude, il ne bougeait pas de la chambre.
-T'emprunter ton rat.

J'avais haussé les épaules avec un sourire mitigé – cette sale teigne ne faisait que mordre et griffer de toute façon.

-T'en veut pas un à toi ? Il est pas sociable le mien.
-N-Non, souffla-t-il avec un air farouche – il n'aimait vraiment pas dépendre de moi, notais-je mentalement. De toute façon, je déteste ses trucs-là.
-... Tu veux quoi alors ? Un chat ? Ça t'irait du tonnerre de Merlin, un foutu chat...
-Je veux rien, d'accord ? C'est juste que c'est la honte de devoir emprunté le rat de Mac Go devant tout le monde.
-T'as qu'à prendre ça comme mon cadeau pour ton anniversaire, narguais-je (je savais qu'il mourrait d'envie d'en avoir un, de chat).

Il me regarda avec des yeux comme des culs de chaudron, ce qui me fis alors penser que bien qu'on passe notre temps ensemble, je ne connaissais pas sa date de naissance. En fait, il n'avait jamais effleuré le sujet, jamais fêter son anniversaire – du moins depuis que je le connaissais –, jamais personne n'avait lancé, un jour dans une discussion, la moindre allusion à ce sujet le concernant.

-Je déteste ça, dit-il avec un regard blasé. C'est pas la peine de me faire de cadeau, je t'en ai jamais fait non plus.
-Je m'en fous, dis-je avec un sourire narquois. Donne-moi au moins le jour.
-Non, trancha-t-il fermement. Si je te le dis, tu vas organiser quelque chose dans mon dos, et je déteste les susprises.
-Je te promets que je ferais rien que tu ne sache pas, avais-je dit très sérieusement, ce qui sembla le faire douter. Tu sais quoi ? On va faire un truc, je te donne cinq jokers. Quand tu voudras un truc, t'auras qu'à dire que c'est pour ton anniversaire, et je t'en trouverais un.
-P-Pourquoi cinq ? Fit-il, perturbé, après une seconde de blanc.
-Pour les cinq années que j'ai loupées, murmurais-je. Je viens de me rendre compte que je ne savais même pas quel jour tu es né. Alors balance-moi la date, que je l'oublie aussitôt.

Il hésita pendant cinq bonnes secondes, le regard baissé, semblant lutter intérieurement, avant de lâcher l'information à mi-voix, un peu angoissé que de me confier ça :

-Je suis né le 8 août, et garde toi de tenter de fêter ça.

J'avais haussé les épaules avec un air dégagé, comme si ça ne me touchait pas plus que ça, mais je me demandais bien ce qui pouvait le dégoûter à ce point dans le fait de fêter son anniversaire. De recevoir un cadeau. Ce genre de chose. Je mourrais d'envie de savoir, mais je me retins de le faire. Je le sentais déjà suffisamment mal comme ça.

-B-Bon, alors un chat, comme premier Joker, avait-il murmuré. Un chat noir, ou gris, enfin prend ce que tu veux.

J'avais hoché la tête, en réalité, j'avais déjà prévu d'aller avec lui à Près-au-lard pour le choisir, à la prochaine sortie, la semaine prochaine. Je me demandais ce qu'il allait prendre, pour le reste... Peut-être qu'il n'oserait pas, à moins d'avoir besoin de quelque chose.

La semaine d'après, il avait un petit chat noir avec un collier bleu ciel – sa couleur préférée. Il avait été plus détendu, il avait souri, et la boule de poil ne le quittait qu'en dehors de la chambre ou de la Salle Commune. J'étais content de le voir comme ça. J'avais l'impression que ça avait comblé quelque chose en lui, comme si le fait qu'il ait quelqu'un qui lui témoigne de l'affection le rendait soudainement bien plus stable émotionnellement. Et moi ça me rendait heureux.


-Je sais ce que vous allez me dire, dit Blaise en admirant le plafond. J'ai encore trop parlé. Mais vous verrez, à la fin, vous allez comprendre.

La psy se contenta d'un air neutre, après tout, elle, elle était payée quoiqu'il dise. Et si ça lui faisait du bien de raconter ça, elle n'était pas là pour lui faire faire le contraire.

-Je vais y aller, on a prévu de déjeuner ensemble, et comme je suis déjà en retard par principe, dit Blaise en repassant sa cape. Vous verrez, vous allez comprendre bientôt.

La psy entendit la porte se refermer sur son patient, avant qu'elle ne soupire lassement en se laissant tomber sur son fauteuil. Heureusement que les autres sont moins bavards.


Et c'est ainsi que s'achève la séance 3 !

Le bureau des réclamations est ouvert aussi xD
Je vous donne RDV à mardi prochain pour la suite !