Coucou tout le monde !
Remerciez Merlin de vous accorder toute sa bonté : j'ai faillis ne pas publier aujourd'hui à cause de mon déménagement xD
Mais tout va bien, en principe... Il est là déjà, c'est pas si mal !
Sur ce bonne lecture !
Séance 6
Blaise entra dans la pièce avec un air décontracté, et s'installa comme à son habitude.
-Vous avez l'air en forme, nota la Psychomage en servant du thé.
-C'est entièrement grâce à vous ça, chantonna-t-il.
La Psychomage sembla ravie, enfin son patient allait un peu mieux – et heureusement, au vu de tout ce qu'il disait ! Elle était toujours très fière quand elle pouvait aider quelqu'un à trouver un équilibre émotionnel... Et enfin, de ce qu'on lui avait raconté, il y avait du travail pour réussir à faire se sentir Blaise en sécurité.
-Ouais, quand il voit dans quel état je rentre le midi après vous avoir vu, il s'en veut tellement de m'imposer ça qu'il est tout gentil avec moi le reste de la semaine, fit-il avec un sourire narquois et moqueur.
Le petit monde de la psy tomba brusquement, ce qui fit rire son patient :
-Allons, allons, fit-il avec un air détaché. Ne vous découragez pas, vous réussissez à merveille pour l'instant... On ne s'est pas pris la tête depuis un moment déjà !
-Oui, mais disons que... Y a des moyens plus professionnels que ça ! Grogna la psy en prenant ses notes nerveusement.
Elle était blessée dans son ego, ce qui fit rire doucement Blaise, alors qu'il se replongeait dans les souvenirs de la semaine passée – le voyant rentré au bord de la crise de larmes, Théo avait prit son après-midi pour prendre soin de lui. Émotionnellement, physiquement, et toutes ses sortes de -ment. Il lui avait tout passé, cette semaine, allant du fait qu'il n'ait pas débarrassé son assiette après mangé, aux petits commentaires désobligeant sur les heures supplémentaires qu'il avait prise pour boucler ses articles avec Draco, en passant par toutes les petites choses d'enfant gâté-pourris qui l'irritait et que Blaise avait du mal à abandonner.
Non, franchement, Blaise avait passé une semaine très agréable ! Il avait songé à faire son petit numéro chaque semaine – quitte à perdre deux heures de temps tous les mardis matin pour être ici.
-Alors, reprenons, claironna-t-il avec un sourire plein de dents, avant que son visage s'assombrisse un peu : assit au fond de mon cachot, attaché comme un chien, sans espoir de jamais le revoir, j'avais entendu le petit message de la trêve, puis un silence de mort. J'avais même cru que j'étais mort tellement c'était calme. Puis d'un coup, ça ne l'était plus du tout. Tout avait repris, au-dehors, et moi, j'étais là, comme un con, à attendre que ça se passe, dans l'angoisse de le savoir en train d'agoniser sous la pluie battante, sans personne pour se soucier de lui...
J'avais réussi à crocheter mon entrave – notez tout de même que j'avais remercié la moldue que je m'était faite un jour, et qui m'avait montré comment crocheter une serrure avec une épingle à cheveux ! Puis j'étais sorti, j'entendais des cris de joie, de soulagement, des pleurs aussi. J'avais une boule dans le ventre. Je montais vers la Grande Salle, où je trouvais des corps inertes au sol, des gens qui pleuraient sur eux, d'autres qui se serraient dans les bras en chialant – je vous passe les détails, ce n'est pas très important. Mais aucune trace de Théo nul part. Je sentais mon estomac se contracter – quelle chance avait-il d'être resté dehors, en vie, à l'abri ? Pas beaucoup, le connaissant.
-Blaise ! Avait fait Finnigan, couvert de sang et dans un sale état, à demi-comateux.
Il manqua de s'effondrer au sol, heureusement que le mur et moi étions là. Je l'assis par terre, il respirait difficilement, gémissait de douleur, bien que je ne le touchait pas. J'avais peur. Vraiment peur. Non pas pour Finnigan, lui, je m'en foutais bien, mais pour Théo. Il se mit à pleurer, de désespoir, et entre ses sanglots, j'avais crû comprendre qu'il n'avait pas vu Dean Thomas depuis longtemps. Depuis le début, où ils s'étaient tous quittés.
-Si ça se trouve, il est mort, avait-il dit avec une voix trop aiguë, semblable à celle de Théo.
J'avais réprimé mes propres larmes, il me manquait atrocement, et j'avais un très mauvais pressentiment...
-Si ça se trouve, il veut juste pas voir ta sale tronche tant qu'il le peut, avais-je dit en le débarrassant de sa chemise maculée de sang.
Il avait rit. C'était devenu comme ça, entre nous. Je t'aime moi non plus, un truc dans ce goût-là, et ça l'est toujours autant.
-O-Où est Théo ? Demanda-t-il avec appréhension de la réponse.
-J'en sais rien du tout, avais-je grogné, parce qu'il m'énervait à poser cette question.
Il stoppa net tout geste et me lança un regard désolé. J'avais ignoré son geste, continuant comme si de rien n'était. Je n'avais pas envie de voir la pitié et la compassion bien lourde à la sauce Gryffondor dans ses yeux. Au bout de quelques minutes, durant lesquelles je sentais mon espoir se transformer en lourdeur, m'occupant l'esprit pour soigner les blessures de Finnigan, il avait fini par se mettre à rire. Je n'avais pas compris pourquoi – la folie sans doute, ça m'avait traversé l'esprit une seconde, avant que je ne tourne la tête vers lui. Il regardait l'entrée de la Grande Salle avec un air d'enfant devant ses cadeaux de noël, j'avais suivi son regard par défaut – la curiosité fait aussi partie de mes nombreux défauts. Puis j'avais, en moins d'une demi-seconde, bondit vers ce qui avait relancé mon cœur ; Dean avançait péniblement, avec ce qui ressemblait fortement à Théo sur son dos.
Il était dans un sale état – du sang (encore), de la boue, des blessures et écorchures un peu partout, il boitait méchamment, et je m'étais toujours demandé comment il avait fait pour porter Théo aussi longtemps sans tomber. J'avais couru vers eux, comme si ma vie dépendait de la seconde que je mettrais à le rejoindre. Théo était quasi inconscient, il avait à peine ouvert les yeux quand je l'avais pris dans mes bras, et avais l'air de lutter pour ne pas tomber dans les mandragores. Ce que je vis me glaça le sang. Il avait un trou béant sur le côté gauche, qui avait imbibé tous ses vêtements et ceux de Dean, d'un sang que je répugnais à voir.
Dès que je l'avais allongé, j'avais pris ma baguette dans l'espoir de limiter les dégâts au maximum – il avait perdu tellement de sang... Il avait les yeux à demi ouverts, comme voilés, qui semblait regarder quelque chose d'agréable, parce qu'il souriait doucement.
-Oh merde, souffla-t-il très doucement, son sourire s'agrandissant un peu – il m'avait confié avoir vu le visage de sa mère, à ce moment, doux et détendu, qui d'une voix claire lui avait dit à quel point elle l'aimait.
Je sentais les larmes envahirent mes yeux, le désespoir animant mon cœur. J'avais supplié Merlin de ne pas me l'enlever, j'avais supplié Godric d'empêcher Salazar de faire ça, j'avais supplié Théo de ne pas arrêter le combat maintenant.
Il avait regardé mon visage avec un air serein, je m'étais approché de lui quand j'avais vu son bras tenté de se lever péniblement, et il chuchota ses quelques mots à mon oreille, qui avaient été gravés à jamais en moi :
-J'aurais dû te dire que je t'aimais avant, souffla-t-il presque inaudible ment, ses lèvres effleurant presque mon oreille. J'aurais dû te le dire dès que je t'ai vu... Je regrette tellement... (Il eut un sanglot incontrôlable :), Je t'aime Blaise... Je t'aime tellement...
Ses derniers mots se perdirent dans la tempête qui agitait mon être tout entier. Je n'entendais plus rien, ne voyait plus rien, ne sentait plus l'odeur de la mort et du sang, ne sentait plus la douleur physique ou émotionnelle, j'étais juste là, comme mort, alors que je voyais ses paupières tomber lentement sur ses yeux. J'avais posé mes lèvres sur les siennes, doucement, son visage se couvrit de mes larmes, alors que je pensais que son dernier souffle était venu.
-Vous n'allez pas vous mettre à chialer ! Reprocha Blaise en tendant un mouchoir à sa psy, qui avait fondu en larmes. Non mais est-ce que je pleure moi ? Oh aller quoi ! Il va beaucoup mieux depuis !
-Oui mais tout de même, geignit-elle. C'est si triste ! Et dramatique !
Blaise eut une ombre de sourire, revoyant à travers ses larmes, le doux sourire que Théo avait figé pendant leur baiser. Il avait réellement crû à sa mort, à cet instant.
-... Après ça, on l'a évacué en urgence, ne me demandez pas comment il a réussi à revivre, parce que même Merlin ne saurais vous répondre. C'était un vrai miracle. On avait aussi évacué Finnigan, Thomas m'avait confié qu'ils avaient perdus leurs baguettes dans le feu de l'action, que c'était pour ça qu'il n'avait pas pu le soigner lui-même. Il est resté dans une sorte de coma pendant trois jours entiers, que j'avais passé à camper dans sa chambre. J'avais à peine remarqué que j'étais blessé, moi aussi, mais rien de bien grave, quelques côtes cassées, une foulure au poignet, des bleus et des petites coupures. Je ne sais pas si c'était le hasard ou non, mais il partageait sa chambre avec Finnigan, Thomas n'était pas bien loin de lui non-plus, malgré son genou dans le plâtre et les opérations qu'il avait subi. Au bout de trois jours, il avait ouvert les yeux. À quelques minutes près, c'était bon, il y serait passé. J'avais mis bien deux heures à le convaincre qu'il était bien en vie, qu'il n'était pas au paradis ou en enfer, que je n'étais pas mort moi non plus... Il est buté quand il veut. On n'avait pas reparlé de sa déclaration, il ne semblait pas s'en souvenir, et moi, j'avais tellement peur qu'il se rétracte ou qu'il démente, que je n'avais pas osé y penser, et encore moins en parlé. Il avait pu sortir au bout d'un mois, j'avais pris un petit appartement juste à côté de l'hôpital, histoire d'être juste à côté, si jamais. Il allait avoir deux mois de convalescence, ça tombait bien d'être aussi proche... Tout allait plus ou moins bien, je m'occupais de lui du mieux que je pouvais, en même temps, j'essayais de gérer les Aurors qui tenaient absolument à savoir ce qu'il s'était passé pour qu'il finisse dans cet état – psychologiquement, il était vraiment ailleurs, parfois, il me regardait sans parler, l'air du mec qui ne sait absolument pas qui il a en face de lui, et me sortait des phrases qui ne voulaient rien dire. Je n'avais pas envie qu'il dise n'importe quoi, pour qu'on l'enferme à Azkaban sur un faux avoeu, c'était trop facile ! Jusqu'au jour où il redevint lui-même, parfaitement normal, quoiqu'un peu perdu dans tous les changements qui s'étaient opérés dans sa vie – plus de Poudlard, plus de foyer, plus de pas mal de chose...
J'avais ma main dans celle de Théo, alors qu'il regardait par la fenêtre. Le vent battait légèrement les feuilles des arbres, le soleil brillait, les oiseaux chantaient, et lui, il avait un petit sourire sur les lèvres.
-Tu veux que je te fasse quelque chose ? Demandais-je doucement, alors que sa main avait lâché la mienne pour se recoiffer.
-Non, ça va aller, souffla-t-il doucement, sans quitter la fenêtre des yeux.
Ça me faisait mal de l'avouer, mais il ne me regardait plus. Dans les yeux du moins. Je ne savais pas comment l'interpréter, très exactement. Est-ce qu'il me fuyait ? Ou alors est-ce qu'il se sentait mal avec lui-même ? J'avais beau tout retourné dans ma tête, je ne savais pas comment faire. Lui demander tout de go ne servirait à rien, il ignorerait, ou mentirait.
On entendit la cloche de l'entrée sonner. Il se leva péniblement, attrapa les béquilles qui l'aidaient à marcher d'un geste lent, puis il prit la direction de la porte. On n'attendait pas vraiment de gens, mais ce n'était pas rare que Finnigan envoie Thomas voir comment Théo allait. Il m'avait expressément demandé d'arrêter de le prendre pour un infirme incapable de se déplacer le matin même, aussi avais-je simplement suivi ses pas après quelques secondes raisonnables, qu'il évite de penser que je le suivait pour lui éviter de chuter au sol. Il ouvrit la porte difficilement. Elle était lourde, le couloir étroit, et avec ses béquilles, ce n'était pas si simple que ça. On vit avec surprise un grand homme d'une quarantaine d'années, imposant, à l'air fermé se tenir devant la porte. Derrière lui, un homme plus jeune, environ trente ans, les cheveux bruns en bataille, l'air un peu plus ouvert, mais la même carrure, nous demanda s'il était bien en face de Théodore Nott.
Théo me regarda avec surprise – mon cœur fit un bond, parce que son regard m'avait atrocement manqué.
-Pouvons-nous entrer pour discuter ? Demanda l'homme aux cheveux bruns avec un visage confiant.
Je m'étais écarté pour laisser Théo passé, puis les deux hommes, pour finir par fermer la porte. On s'était installé dans le salon – il n'était pas très grand, mais suffisant pour quatre personnes. J'avais entrepris de faire du café, à défaut de savoir s'il voulait ou non de ma présence à ses côtés. Je ne savais pas sur quelle baguette compter avec lui, ses derniers temps, et franchement, j'étais meurtri à l'intérieur de le constater chaque joue un peu plus.
Après deux-trois minutes, je m'étais assis avec eux, à côté de Théo, qui ne sembla pas réagir plus que ça.
-Nous sommes ici au sujet de votre père, Mr Théodore Nott Senior, dit l'homme aux cheveux bruns – ils étaient Aurors, d'après ce que Théo m'avait dit après coup.
Je m'étais rendu compte que je ne savais pas le nom de son père. La fois où j'avais débarqué chez lui, le gars dans la chambre à côté l'avait appelé Théo, j'avais pensé qu'il parlait du mien, pas de son père. Ça m'était sorti de la tête depuis tout ce temps.
-Qu'est-ce qu'il a encore fait ? Souffla-t-il douloureusement, allongeant sa jambe pour trouver une potion où il avait moins mal.
Les deux Aurors échangèrent un regard étrange, avant que le brun ne continue :
-Quels liens entretenez-vous avec votre père ?
Théo était un peu surpris par la question, mais il expliqua néanmoins qu'il n'avait plus de contact avec lui en face avec lui depuis des années – j'avais confirmé quand on m'avait lancé un regard –, mais qu'il lui arrivait de recevoir du courrier, et d'en pas depuis la Grande Bataille de Poudlard. Il avait ajouté qu'il supposait qu'il se cachait dans un endroit, et que lui, il l'avait toujours tenu bien à l'écart de ce qu'il fabriquait en dehors de l'appartement. Les deux Aurors semblèrent à la fois le croire, et émettre des réserves, sur ce qu'il disait. J'avais très envie d'interrompre ça en leur exposant le genre de pauvre type qu'il était, et le genre de mec bien qu'était Théo, mais je m'étais retenu. Plus ou moins bien, parfois l'Auror blond me lançait un regard furtif.
-Faîte pas attention, la dernière fois qu'il a vu mon père, ça c'est plutôt mal terminé, avait ajouté Théo en prenant ma main dans la sienne.
J'avais senti une décharge se propager en moi. Quelque chose de doux et fort à la fois, quelque chose qui me rendit soudainement un peu apathique. Alors que je reprenais le court de la conversation, l'Auror aux cheveux bruns avait eut un autre visage. Plus triste.
-Nous avons retrouvé votre père, dit-il doucement en regardant Théo. Il semblerait qu'il ait été grièvement blessé, et soit décédé il y a quelques jours. Je vous présent mes sincères condoléances, et celles du Ministère.
Je sentis quelque chose se briser, en lui, à travers sa main. Ses yeux étaient écarquillés, des larmes coulaient sur ses joues. Il semblait se souvenir de choses, sans doute des moments passés avec lui. Peut-être heureux.
-O-Où est-ce qu'il était ? Demanda-t-il, l'air grave.
-Sur la tombe de votre mère, souffla l'Auror blond, avec une douceur qui me surprit. Nous avons mis du temps à trouver son identité, Mr Draco Malfoy est venu constater son décès hier.
-D-Draco ? Mais il n'est pas... Ses mots se perdirent, sa main se serra.
-Je suis désolé, mais nous ne pouvons parler des instructions en cours, fit le brun pus durement. Si vous souhaitez le voir, il est à la morgue de Sainte Mangouste. Mr Malfoy tient à vous faire savoir qu'il se charge des obsèques en attendant que vous le contactiez.
Les yeux de Théo tombèrent dans une expression douloureuse, alors que des larmes s'échappaient à nouveau de ses yeux. Les Aurors étaient partis rapidement, s'assurant que j'allais rester avec lui tout de même. Mort. Voilà ce qui devait se répéter dans sa tête. Mort.
Il avait passé l'après-midi dans ses souvenirs, puis il se mettait à pleurer pendant de longues minutes, pour replonger dans ses souvenirs. Il n'avait rien avalé, eau ou nourriture, et avait même finit par me mettre dehors. A défaut, j'avais choisis d'aller voir Draco. Qu'on m'explique comment un crétin avec la Marque Noire pouvait se balader dehors sans impunité – et le fait qu'il s'en soit prit à Théo ajoutait une couche supplémentaire de rage à celle qui m'animait déjà.
-Blaise ? Fit Draco en ouvrant la porte de son petit appartement – il avait de bonnes raisons d'être surpris, puisque nous n'avions plus de contacts depuis la mort de Dumbledore, et il ne m'avait donc jamais donné l'adresse de son nouveau chez lui.
-Bonsoir à toi aussi, avais-je maugréé avec un air accusateur – moi qui pensais pouvoir contrôler ma rage, j'avais raté ça aussi.
J'étais entré chez lui sans même qu'il ne m'y invite. C'était petit, mais confortable et chaleureux. Le bois craquait sous mes pas, ça me manquait ce bruit-là, dans notre appartement à nous. J'avais suivi le couloir, lui derrière moi, jusqu'à arriver à ce qui semblait être un salon. J'avais alors poussé un cri de surprise, en voyant la personne assise dans son canapé confortable, et qui me regardait avec surprise, lui aussi. Draco était passé à côté de moi, l'air du gars qui tente d'assurer malgré l'appréhension qui lui tord le ventre. Il s'était posté entre moi et Potter – comme si j'allais lui sauter dessus, ou que savais-je encore.
-Je suis venu pour le père de Théo, avais-je dit, non sans lancer un regard curieux à Potter, puis mon regard se fit plus dur quand je le braqua sur lui : tu t'es bien gardé de venir me prévenir toi-même !
-... J'avais peur que vous le preniez mal si c'était moi, dit-il après un temps de réflexion. Surtout vu ce qu'il s'est passé la dernière fois qu'on s'est quittés.
J'avais haussé les épaules avec un rictus dégoûté :
-J'espère que t'as encore mal, avais-je soupiré en m'installant dans un canapé en repensant à cette soirée, encore vive dans mon esprit.
-S'il m'avait laissé le temps d'en placer une, peut être que j'aurais pu lui expliquer, grogna le blond avec un air douloureux.
-Tu n'as pas l'air si malheureux que ça, dis-je en jetant un regard à Potter, que je trouvais bien silencieux.
-C'est une longue histoire, souffla-t-il en se levant. Firewhiskey, deux glaçons, c'est toujours bon ?
J'avais juste hoché la tête avec un air vague, tentant de retracer la probable histoire entre eux – en vain, j'étais suffisamment loin de la vérité, mais ça, ce n'est pas vraiment très important. L'important, c'était que Draco avait servi de pion – un vulgaire pion, ça m'avait fait rire – dans le plan de Dumbledore, il s'était retrouvé face à Théo sans savoir comment lui expliquer ce qu'il ne savait pas, ça avait dégénéré, il ne lui avait plus donné de nouvelle. Mis à part qu'il l'avait oublié, je ne lui dis pas grand chose. Il avait dit quelque chose qui me surpris un peu, en réponse à cela :
-C'est pas comme s'il m'avait eut dans la peau comme il t'avait toi.
Je n'avais pas trop compris. Puis ses paroles, juste avant de quasi mourir, me revinrent. J'aurais dû te le dire dès que je t'ai vu... Je regrette tellement... Je t'aime Blaise... Je t'aime tellement... Était-ce donc la vérité ? La simple vérité ? Mais, dans ce cas, pourquoi refuser d'en faire part à nouveau ? Même s'il ne voulait pas en parler, pourquoi une telle distance entre nous ?
J'étais resté presque deux heures, à parler de tout et de rien avec Draco. Il n'avait pas eut l'air plus blessé que ça, même s'il avait confié à demi-mot souffrir d'insomnies sévères – ce que Potter avait eut l'air de confirmer. J'avais vite fait l'état des lieux de ce qu'avait Théo – entre sa jambe gauche cassée en deux endroits, son genou gauche qui étaient en mille morceaux, ses côtes cassées, son ventre côté gauche sévèrement touché aussi – on avait eut la joie d'apprendre que ses organes étaient remis un peu après. Sans compter qu'il n'était plus vraiment le même depuis lors. Draco m'avait forcé à accepter de le faire venir ici un jour prochain, avant l'enterrement. Théo ne m'avait rien dit à propos de l'enterrement, alors j'avais accepté, au moins pour lui laisser le choix en rentrant. Puis j'étais parti.
-... Excusez mon intrusion, mais, commença la psy avec un regard suspicieux. Qu'est-ce qu'il lui ait arrivé, à votre ami ?
-... Ça, si je le savais, avait fait Blaise sombrement. Il dit qu'il ne se souvient de rien, mais il ment très mal. Du moins, moi, je sais qu'il ment. … J'ai pensé que ça avait un lien avec son père, qu'il soit aussi dévasté de sa perte. Mais il avait réfute. Et là, il ne mentait pas. Alors je ne sais pas.
Un silence se fit, alors que Blaise replongeait dans ses souvenirs :
-Les jours qui suivirent avaient été durs. Premièrement, Théo m'en avait voulu d'être allé voir Draco. Deuxièmement, il n'avait pas envie de le revoir du tout. Troisièmement, il avait essuyé d'affreuses douleurs. Ce qui nous amène le jour de l'enterrement... Sans qu'il n'ait vu Draco entre-temps.
J'avançais au rythme lent de Théo, qui avait un peu de mal avec ses béquilles les derniers jours. Il avait refusé que je lui cherche un fauteuil – j'ai ma fierté merci, avait-il dit. Je voyais sur son visage que quelque chose avait changé aujourd'hui. Je ne savais pas si c'était qu'il avait enfin accepté la mort de son père, ou qu'il ait accepté de recroiser Draco. Je lui avais dit qu'il vivait avec Potter, sur le coup, il avait eut la même réaction que moi. Puis après il avait plongé dans ses pensées pendant une bonne heure. J'étais allé préparer le repas, le laissant prendre la nouvelle, avant d'éventuellement en parler.
À un moment, il se stoppa, dans une expression douloureuse, les larmes aux yeux. J'avais sorti une fiole, que les Médicomages avaient recommandé de lui donner dès qu'il sentait son corps être trop douloureux. J'hésitais à lui donner, parfois, c'était le genre de potion dont on devenait dépendant assez facilement.
-Ça va aller, avait-il dit en continuant sa route – il refusait une fois sur deux, si l'addiction en était la raison, je le soupçonnais fortement. Son père avait commencé comme ça, d'après ce qu'il m'avait confié il y a quelques années.
Quand on était arrivé, il y avait peu de monde – ce que Draco m'avait déjà dit. Déjà, il y avait Théo et moi, qui venions d'arriver, Finnigan et Thomas (qui avaient tenu à venir, bien qu'il n'ait jamais croisé la route de son père) d'un côté, Draco, sa mère, et Potter de l'autre, Tracey, Daphnée et sa sœur Astoria, avec qui nous entretenions une amitié sans faille depuis le début, bien que j'avais été un vrai con avec Tracey – et Salazar, qu'elle était devenue belle ! Tout le monde s'était plus ou moins rendu compte qu'il n'était pas en état de suivre une conversation.
Durant la cérémonie – plutôt courte, je dois l'avouer – il avait pris ma main, juste quelques secondes, à cause des béquilles. J'avais tourné mon regard vers lui, ses yeux étaient perdus et inondés de larmes.
J'avais eut du mal à comprendre ce qui le mettait dans un tel état. Il m'avait un jour raconté que même si son père n'était pas parfait, avant qu'il ne plonge totalement dans la drogue aux médocs, et que tout s'envenime en quelque temps, il avait toujours fait en sorte de le protéger. De l'éloigner de tout ça. Il lui avait toujours défendu de sortir traîner dehors avec des gens pas très recommandables, il ne le laissait jamais seul la nuit quand il était petit, il l'avait toujours préservé du mieux qu'il avait pu. Et même s'il lui en voulait terriblement de ne jamais avoir cherché à se battre contre ses démons, il ne pouvait pas nier qu'il était son père, et qu'il l'aimait du plus profond de son âme. Il m'avait confié regretter de ne pas lui avoir écrit plus souvent, de ne pas avoir fait en sorte de l'aider à quitter tout ça. J'avais essayé de le consoler. Ça avait plus ou moins marché.
On était resté peu de temps à la fin, il se sentait particulièrement épuisé, j'avais compris qu'il était en proie à des douleurs terribles plus que de la fatigue – et je m'étais gardé de lui proposer de la potion.
-Vous ne voulez pas passer à la maison ? Proposa Harry – j'avais soupçonné Draco de l'avoir envoyé lui pour éviter que Théo ne se braque complètement. Juste quelques minutes, Draco est inquiet.
J'avais regardé Théo en coin, il avait simplement hoché la tête, avant d'attendre que Potter s'éloigne pour me demander la potion.
-Va au moins falloir que je me shoote la gueule pour pas lui casser la sienne, avait-il grommelé, avant d'avaler la fiole.
On s'était souri, j'imaginais bien Théo, malgré ses douleurs, lui sauter à la gorge pour l'étrangler plus facilement qu'avec n'importe qui, sous le coup de la fureur qu'il lui inspirait.
Arrivés en bas, Draco avait à peine osé proposer à Théo de le faire transplaner en haut, d'ailleurs, il lui avait répondu avec un air farouche. On était monté au deuxième à pied – j'avais tenté de garder mes distances, mais je n'avais pas pu m'empêcher de me tenir près de lui au cas où il tomberait.
Ce ne fut qu'une fois installé dans un fauteuil qu'il osa pousser un soupir de soulagement, les yeux vers le plafond. Draco et Potter étaient passé dans leur cuisine, nous laissant seul. J'avais pris sa main doucement dans la mienne, il m'avait regardé sans aucune expression :
-J'ai un truc à te dire, souffla-t-il avec un air las.
J'avais hoché la tête doucement, tentant de paraître encourageant. Je m'attendais à entendre quelque chose comme "je t'aime", ou "je déconnais, je ne t'aime pas vraiment", quelque chose dans ce goût-là, mais certainement pas ce qu'il me sortit :
-Je vais m'installer en France demain, dit-il gravement. Je prends un Portoloin à dix heures.
-Pardon ?
Je crois que j'avais crié. Draco était venu voir ce qu'il se passait, Théo avait enlevé sa main, et son regard déviait sur le plafond. Je ne croyais pas un traître mot de ce qu'il disait. Comment pouvait-il faire ça ? Partir là-bas, si loin – on est d'accord, ce n'est pas l'autre bout du monde, mais pour moi la pièce d'à côté c'est déjà loin – sans argent, sans personne. Sans moi, surtout.
-Je pars pour la France demain, répéta-t-il en relevant la tête légèrement. On m'a proposé quelque chose que je ne peux pas refuser.
-Et quoi ? Avais-je fait, accusateur.
-Suivre un cursus de journalisme dans la fac sorcière de Paris, dit-il doucement. Avec rémunération, logement, tout ce qu'il faut.
Draco hésita à rester ou à repartir pour nous laisser seul. Théo ne fit pas attention à lui, il regardait à travers la fenêtre.
-Tu ne peux pas faire ça, avais-je soufflé. Tu veux y faire quoi, là-bas ? Seul en plus !
-Apprendre à devenir quelqu'un, avait-il cinglé avec le regard noir habituel, qui me fit me sentir tout petit. J'en ai marre d'être le profiteur de service, j'en ai marre de faire des trucs qui servent à rien... J'ai besoin de changer d'air. Partir de Londres. Voir une autre ville. Et d'autres gens.
Un Aveda Kedavra ne m'aurait pas fait aussi mal. D'autre gens. Sous-entendus quelqu'un capable de devenir son amant, son petit-ami, voir plus encore. Draco était reparti dans la cuisine.
-Pardon ? Avais-je fait, sous le choc, ressentant à la fois de la rage et de la peur.
-Pitié Zab, ne me sort pas ton cinéma, je n'ai pas la force.
-Cinéma de quoi ? Avais-je hurlé. Tu crois peut-être que je vais te laisser te casser dans un autre pays, seul, et dans cet état ? T'as craqué ?
-Et quoi alors ? Explosa-t-il à son tour, me fusillant du regard. J'ai à te demander ton avis pour faire quoique ce soit ?
J'avais gardé un silence, furieux, puis j'avais fini par soupirer un vague non. Non. Il n'avait pas besoin de moi. Mais alors pourquoi dire qu'il m'aimait ? Qu'il regrettait de ne pas me l'avoir dit avant ?
-Je te trouve gonflé, avais-je grommelé, non sans lui lancer un regard noir, qu'il soutint avec dureté. Tu me dis que tu m'aimes, j'ai failli te voir mourir, j'ai passé tout mon temps à veiller sur toi ! Et au final, tu es froid, distant, pendant des mois, avant de te casser à l'étranger sans même m'en parler.
Il avait été surpris, puis blessé, avant de passer sa main dans ses cheveux nerveusement.
-Tu l'as dit, j'ai faillis mourir, avait-il soufflé. Si je n'avais pas été certain de mourir, jamais je ne l'aurais dit.
J'avais simplement inspiré fortement, me retenant de chialer devant lui. Je n'avais pas envie de passer pour un faible. Pas maintenant. Pas maintenant qu'il me jetait. Pas maintenant qu'il était mal.
-J'en ai rien à foutre de tes excuses, avais-je dit, soit tu restes avec moi ici, soit tu te casses, et tu me retrouveras sur ta route avant même de penser que tu es loin de moi. Je ne vais pas te lâcher, Nott. Pas maintenant.
Il m'avait regardé avec un air étrange, comme s'il se retenait de réagir, en bien ou mal là était la question.
-Et quoi ? Tu ne penses pas que j'ai le droit d'avoir ma vie ? Dit-il sombrement. Tu ne penses pas que j'ai assez donné ? J'ai envie de me poser loin de toi, de tes filles, loin de Malfoy, loin de tout ça...
Sa voix était brisée par l'émotion, des larmes coulaient sur ses joues, il était faible. D'un coup, ça m'apparut. Il avait beau crier, il avait beau frapper, il avait beau savoir se battre, il avait beau être Théodore Nott, il était faible. Faible à cause de moi. D'un coup, j'avais compris ce qu'il me reprochait. C'était si con. Si con que je m'en étais à peine aperçu.
-Tu ne peux pas faire comme les autres hein, avais-je soufflé en me massant les tempes. Tu ne peux pas taper une crise de jalousie mal placée, casser deux-trois assiettes et finir sous la couette...
-Tu te fous de m–
J'avais interrompu sa phrase en posant ma main sur ses lèvres sans ménagement. J'étais contrarié, il le vit de suite. Ses yeux tempêtaient.
-Si c'était aussi simple, hein ? J'avais fait doucement. Prends tes aises. J'en ai rien à foutre. Je vois plus personne en dehors de toi depuis que l'histoire de la Salle sur Demande.
Un lourd silence se fit. Je soutins son regard surpris et perdu, néanmoins toujours méfiant. Je retirai ma main de sa bouche, il continua de me regarder avec incompréhension. Je le comprenais. Même moi, je n'y croirais pas si on me le disait. La vérité, c'était que n'importe quelle fille, plus plantureuse soit-elle, me ramenait sans cesse à lui. La couleur de ses yeux différente, la douceur de ses cheveux qui n'était pas la bonne, le toucher de sa peau pas assez doux, l'odeur de son savon qui ne me plaisait, le goût de sa langue sans saveur. Tout ça n'était pas lui. J'avais tenté d'oublier sa non-présence avec trois filles, sans succès, rien que de les regarder me donnait la nausée. Alors je m'étais résigné. Résigné à attendre patiemment le jour où je l'aurais à nouveau avec moi. Jour bénit par Merlin, pensais-je.
Blaise regarda sa montre avec un air satisfait :
-Eh bien, il me semble que nous en avons fini ! Chantonna-t-il en voyant la psy absorbée par son récit.
-Quoi ! Ah non ! Vous devez finir ! Vous êtes obligé ! Je tiens à savoir la suite !
-Allons, allons, ria Blaise, la semaine prochaine ! C'est déjà notre dernière séance qui plus est... Il va enfin me foutre la paix !
La psy chercha dans son carnet voletant au-dessus de son épaule,, l'attrapant sans ménagement, ce qui eut l'air de contrarier sa plume à papote.
-Oh oui, effectivement, souffla-t-elle. Déjà notre dernière séance... Godric que le temps passe vite quand vous parler.
Blaise lui fit un sourire plein de dents :
-Sur ce, je vais pleurer dans les pantalons de mon mec, si je joue bien les victimes, je n'aurais pas besoin de faire la vaisselle de la semaine !
La psy lui lança un regard agacé, elle n'aimait pas bien qu'il utilise leurs séances comme excuse pour fuir ses responsabilités, mais avant qu'elle ne puisse ouvrir la bouche, son patient était déjà parti, ragaillardi par la perspective de ne rien avoir à faire de sa semaine, à nouveau.
-Et je suis censée faire comment moi ? Gémit-elle. Je veux connaître la fin !
Elle vit Blaise haussé les épaules de dos, avant qu'il ne disparaisse derrière la porte en sifflotant de manière guillerette. Elle maudit Salazar, puis se décida à prendre son prochain patient.
Et voilààà ! Déjà le dernier chapitre la semaine prochaine... Le temps passe :o
Bonne semaine à toutes et tous, en espérant que ça va vous plaire la fin xD
Partira, partira pas, telle est la question ! Votre réponse ? :b
