Écrire lors d'un vol est très laborieux. Voilà ce que je me suis dit alors que l'avion, secoué de nouveau par une vague de turbulences, vibrait de toute part, faisant ainsi trembler ma main. Le petit livre dans lequel j'écrivais était remplis de phrases illisible tant j'étais incapable d'aligner deux lettres sans être ballotée dans tous les sens. Après avoir rempli une page de gribouillis incompréhensible, je préférai arrêter. Mes yeux se tournèrent vers le hublot, où le paysage avait changé. Ce n'était plus du tout la Belgique que je voyais défilé sous l'avion, mais la Syldavie, qui était identifiable par la vue du château Kropow. Celui-ci venait en même temps me prévenir que nous étions arrivés à Klow. Moi qui avais fait tant de recherches à propos de ce pays si riche en histoire, j'en voyais enfin la capitale! Je ne pouvais en croire mes yeux.

Pendent que mon regard était absorbé par la vue de cette ville mythique, je n'avais pas remarqué que Tintin s'était retourné vers moi. Il s'éclaircit la gorge pour que je le remarque; je tournai vivement la tête, faisant ainsi craqué mon cou d'une manière douloureuse mais inaudible. Le reporter ne sembla pas remarqué :

« Mademoiselle Chevalier, nous allons atterrir dans quelques minutes. Puisque j'ai cru comprendre que c'était votre tout premier vol, je vous préviens; vous aurez mal aux oreilles! »

Il avait dit cela avec un léger rire, mais jamais je n'aurais cru qu'il ait aussi raison! Tandis que l'avion perdait volontairement de l'altitude, je dus porter mes mains sur mes oreilles afin de calmer la douleur. Le changement de pression; je n'y avais pas songé. Milou, couché sur le sol, tentait en vain de placer ses pattes avant sur ses petites oreilles blanches, bougeant son museau avec vivacité. Je le plaignais, vraiment : ce n'était pas du tout agréable. Mes yeux se fermèrent presque sans que je le veuille, comme si ne rien voir allait rendre ce moment plus facile à passer. Après un temps, je les ouvris de nouveau pour voir où nous en étions, avant de me rendre compte que le Capitaine et Tintin me regardaient en souriant. Avais-je l'air si ridicule? Pour eux, qui devaient prendre l'avion à plusieurs reprises chaque année, je dus paraître comme une débutante! C'est bien ce que j'étais, de toute façon. Je me contentai de sourire bêtement, voulant démontrer ainsi que je savais de quoi j'avais l'air.

Posant mon pied sur terre après ces quelques heures de vol, j'avais envie d'embrasser le sol. Non pas parce que le vol avait été particulièrement difficile même en considérant l'atterrissage, mais plutôt car je me trouvais à Klow et ce, pour travailler. Trainant mes bagages sur mon dos, je suivis les deux hommes afin de sortir de l'aéroport. J'entendais autour de nous parler plusieurs langues; anglais, français mais, surtout, syldave. Voilà une chose à laquelle je n'avais pas pensé : je n'y comprenais rien! Haddock, voyant la panique que devait faire paraître mon visage, posa sa main sur mon épaule :

« Ne vous inquiétez pas, je ne parle pas syldave non plus. »

C'était la première fois que cet homme à la voix bourru semblait ne pas se méfier de moi. Malgré tout, je pouvais comprendre : ses hommes avaient souvent eu affaire avec des assassins et des criminels de toutes sortes. Sans doute Tintin était-il aussi méfiant que le capitaine, mais, si toutefois il l'était, sa manière de le démontrer était beaucoup plus douce. Haddock m'observait souvent avec un regard accusateur, comme s'il m'accusait déjà d'un crime qui n'avait pas eu lieu. Si, en marchant, j'allais un peu plus lentement, il attendait que je les rattrape; le tout sans cesser de me scruter. Bien que je savais que ça s'avèrerait bien désagréable, je ne pouvais m'empêché d'en être amusé. Toute ma vie, ce n'était jamais de moi dont on se méfiait. Qui donc croirait qu'une écrivaine aussi silencieuse que moi ferait du mal à quiconque? Lorsqu'une araignée se trouvait trop près de mon espace vitale, j'avais plutôt l'habitude de la sortir plutôt que de la tuer. Je savais tout de même qu'Haddock et Tintin ne me connaissait pas. Peut-être finiraient-ils par comprendre que je voulais vraiment écrire et non mettre en marche quelque complot?

Un taxi nous amena au musée dans lequel l'artéfact avait été volé. L'endroit semblait tout à fait insipide : ce n'était pas un musée tel que le Louvres ou la National Gallery comme je m'y attendais : il s'agissait en fait d'une maison datant probablement du 19em siècle ayant été transformé en musée. Chaque pièce avait un thème différent, et Dieu sait que des pièces, il y en avait que trois. Lorsqu'un policier nous accueilli sur place, c'est le capitaine qui formula exactement ce que je pensais :

« Quoi? C'est dans ce ridicule petit musée que le vol a été commis? Mille sabords, cette montre ne devait pas être si importante si vous la gardiez dans un endroit aussi dérisoire! »

Bon. Évidemment, je ne l'aurais pas dit d'une manière aussi crue. Je me serai contenté de demander pourquoi ce vol était si dramatique, sans pour autant insulté l'endroit. Tintin envoya un regard découragé au capitaine, qui sembla honteux d'avoir parlé d'une manière aussi radicale et irrespectueuse. Le policier, un homme d'une quarantaine d'année dont les cheveux gris sortaient de sous sa casquette, garda son calme tout en répondant à la question :

« Cette maison, cher monsieur, appartenait à l'un de nos rois les plus important. Cette montre était le trésor de sa famille depuis des générations et, n'ayant pas eu d'enfant, elle resta dans cette maison. La raison pour laquelle elle était aussi importante nous est pour l'instant inconnue. C'est le roi qui ordonne qu'elle soit retrouvée au plus vite. »

Il était maintenant temps d'enquêter. Je ne savais pas trop comment aider alors je décidai de simplement regarder. Le vieux plancher de bois craquait chaque fois que l'un de nous bougeait, créant une plainte qui se répercutait entre les murs de la maison. Tandis que les hommes recherchaient quelque indice, les murs couverts de tableau attiraient inévitablement mon regard. Une grande peinture représentait un garçon qui, dans ses bras, tenait un jeune chien. L'enfant souriait. Peut-être était-ce le portrait d'un jeune prince? La suivante était beaucoup plus grande : c'était le portrait d'une femme en habit royaux qui, dans une main, tenait un sceptre. Je plissais les yeux et m'approchai, pour me rendre compte que, dans son autre main, la montre était peinte. C'était un sacré belle objet et, sur une toile de si grande envergure, tous les détails étaient perceptibles. Pourtant, quelques mots sur la montre attirèrent mon attention : passant un doigt sur la délicate surface, je me rendis compte qu'ils y avaient été écrits seulement récemment. Tintin, qui était non loin de moi, remarqua que mon attention était portée sur le tableau. Lorsqu'il s'approcha et lu ces mots, il fronça les sourcils :

« Car c'est de la poussière que viendra la lumière. » lut-il à voix haute. « Ça vous dit quelque chose, mademoiselle Félicie? »

Je secouai la tête même si ça me disait indéniablement quelque chose. Mais où est-ce que j'avais entendu cela? Peut-être dans une lecture quelconque. Je décidai de me taire. Le capitaine revint vers nous en haussant les épaules :

« Le voleur a décidément été prudent. » siffla-t-il. « Il n'y a pas de marque signifiant qu'un vol ait eu lieu. »

« Pour l'instant, je crois qu'il est temps que nous rendions une petite visite au roi. »

Je n'écoutais en fait que d'une oreille distraite. Je savais que cette phrase allait avoir un rôle à jouer dans cette enquête, mais lequel?