Je suis assise sur une pierre, au milieu d'une énorme forêt, je me rappelle plus de comment je suis arrivée ici. Il faut que je me cache, c'est la seule chose qui me vient à l'esprit. Je monte sur un arbre devant moi pour essayer de voir ou je suis, je cherche quelque chose, je ne sais plus quoi, des énormes feuilles cachent une partie de ma vision. Je ne vois rien à part de la forêt à l'horizon. Je tiens une arme, elle est en sang. J'ai tué quelqu'un, mais qui ? Je suis dans l'arène. Mais depuis combien de temps ?
Sur le sommet de l'arbre, j'aperçois de loin un lac. A côté, les carrières sont groupés, ils mangent et boivent devant un feu et se moquent probablement de ces victimes. L'un deux tourne la tête vers moi, il paraît beaucoup plus près que toute à leur, il m'a vue. Je n'ai pas le temps de descendre, l'arbre est désormais à moins de cinq mètres du lac maintenant. J'essaye de me cacher avec des feuilles, mais elles paraissent soudain très petites. Je suis condamnée, je ne peux plus m'enfuir. L'un des carrières monte sur l'arbre un couteau à la main, je ne vois pas son visage, mais je sais que je vais mourir maintenant. Le couteau s'enfonce sur la chair de ma cuisse, et une douleur irréelle me fait hurler.
Je me réveille dans un sursaut, je suis en sueur, je touche ma jambe pour m'assurer qu'elle n'est pas blessé.
« C'était juste un cauchemar, ce n'est pas encore vrai... » Dis-je à moi-même pour essayer de me calmer, mais ça ne marche pas bien sûr. Il est cinq heures du matin, je ne peux plus dormir. La seule solution est de profiter de la douche chaude et y rester le temps de me calmer.
Cinq heures et demie. Sortir de l'eau est un défi pour moi, je suis si bien ici, tout parait irréel sous la douche, l'eau chaude me fait oublier mes problèmes. Mais il faut que j'aille manger, aujourd'hui, Victor va me donner des conseils pour les jeux. Même si nous le sachions tous que ça ne sert pas à grand-chose.
Quand je me retrouve à la salle à manger, il n'y a personne, à part des muets, quand ils me voient, ils partent chercher le petit déjeuner. Sur la table, apparaissent des dizaines de croissants, pancakes, petits pains et confitures différentes, ainsi comme des gâteaux, des fruits, des crèmes de toutes sortes et des gaufres pleins de chantilly. Je goutte un peu de tout, tout est si nouveau pour moi !
Quand je finie de manger, il est six heures et demi, personne est encore réveillé. Je vais marcher un peu dans le train pour visiter et changer les idées quand je tombe sur Armon. Il est pâle et à des énormes cernes, je crois qu'il n'a pas dormi, je le comprends. Il détourne le regard et part vers la salle à manger, il ne veut probablement pas socialiser avec moi. Moi non plus d'ailleurs, je ne préfère pas parler à quelqu'un qui va vouloir me tuer dans quelques jours.
Quelques temps après, Gariam est enfin debout, il va pouvoir me donner des conseils. Je l'attends manger impatiemment. Quand il se lève de table, j'hésite à aller lui parler, j'attends quelques minutes dans l'angoisse avant d'avoir le courage de l'approcher.
« On peut commencer ? » Dis-je.
Il ne me regarde même pas.
« Je veux dire... Si nous pouvons commencer avec les conseils ? » Je réessaye.
Il fait exprès, il m'ignore.
« S'il vous plait » Dis-je triste « J'ai vraiment besoin d'aide ». Gariam se retourne brusquement vers moi.
« Quelqu'un t'attaque à ta gauche avec un couteau, qu'est-ce que tu fais ? » dit-il avant de se retourner et se servir un verre. Je n'ai même pas le temps d'ouvrir la bouche.
« Trop tard, tu es morte. La prochaine fois il faudra être plus rapide petite. » Il repart avec le verre à la main. J'ai compris qu'il ne va pas beaucoup m'aider. Énervée, je décide de rester dans ma chambre jusqu'à plus tard, je ne veux plus croiser personne.
Trois heures de l'après-midi, je me suis douché sept fois, j'ai besoin de me calmer. J'ai besoin d'aide, je ne peux pas rester ainsi toute seule.
Je décide d'aller marcher dans le train, je sais qu'on est presque arrivée, j'ai besoin d'air. Dans la salle principale, Margueritta, Gariam, Victor et Armon sons chacun dans un coin, personne ne parle, l'ambiance est tendue. Mais je me fiche de tout ça, je veux juste arriver et commencer à m'entraîner, cela, au moins, va me servir à quelque chose dans les jeux. Je prends une place dans un des fauteuils et regarde le paysage qui passe, on se croirait dans un film. Un film d'horreur.
Soudain, Margueritta exclame :
« On est presque arrivé ! » Elle applaudie, comme pour fêter une victoire. Elle doit être contente d'être loin des districts, j'en suis sure qu'elle se répugne de chez moi. J'imagine que quand on vit au Capitole, on est si aveuglé par le luxe, que on finit par pas savoir comment vivent les autres. Ou alors ils savent très bien comment on vie, mais ils s'en fichent, c'est plus probable.
Le train entre dans un tunnel, ça veut dire qu'on arrive. Dans le noir, je peux comparer les mentors à des fantômes, tellement ils sont pâles et maigres. Après quelques minutes sous le tunnel, la lumière rentre par les fenêtres à nouveau. Dehors, des milliers de personnes habillés bizarrement crient et applaudissent notre arrivée. Quelques-unes font coucou avec les deux mains, en espérant la même chose de notre part.
« Fait coucou aussi. Tu es petite, tu auras des sponsors s'ils te trouvent mignonne. » Dit Gariam en me regardant.
Je me retourne vers la fenêtre et fait coucou à la foule. Un peu de temps après, Armon me rejoint, la foule est hystérique. Personne ne parait contre le fait de nous envoyer direct vers la mort. Mais je fais semblant d'être heureuse, comme ça ils vont me soutenir. Et j'aurais peut-être des chances.
Quand le train s'arrête, j'ai bien intégrée mon rôle de petite fille mignonne et heureuse. Nous sommes filmés et mitraillés de photos, quand on entre enfin dans un endroit calme, j'en peux plus, ces tonnes de journalistes et cette foule me fatiguent. La salle est grande et nous sommes envoyés chacun d'un côté par des gens inconnus.
« Essaye de pas trop hurler, ils aiment pas ça. » chuchote Gariam avant de partir avec Margueritta vers la direction contraire.
Hurler ? Pourquoi ? On va nous torturer ? Je suis tendue, je ne croyais pas qu'on allait souffrir avant les jeux.
On m'emmène dans une salle ou trois femmes m'attendent. C'est elles qui vont s'en occuper de moi je crois. Une des trois à la peau violette, j'en suis sure que ce n'est pas naturel, et c'est ridicule. Elles sont toutes vêtues de façons exagérées et colorées, c'est la mode du capitole j'en déduis. La femme à la peau violette vient me parler, elle a des talons très hauts et marche avec des petits pas.
« Bonjour petite fille, je m'appelle Aïda Garlyne. Elles sont Raquel Dimmus et Ursilla Parques. Nous allons te rendre belle. »
En plus elle dit que je suis moche, moi au moins, je n'ai pas la peau violette. Ursilla, une des femmes vêtue en rose fuchsia, m'emmène vers une autre salle, ou je dois retirer mes vêtements pour être analysée.
« Il faut utiliser de la cire » Dit le médecin à une autre femme avant qu'elle m'emmène autre part.
Dans une autre salle, ils me mettent de la cire dans les bords de mes sourcils. Et après ils tirent. Je comprends maintenant pourquoi Gariam m'a dit de ne pas hurler. J'ai cru comprendre qu'ils font ça sur les jambes des autres filles, mais pas sur les miennes, car je n'ai pas encore de poils aux jambes, heureusement.
Après un quart d'heures d'arrachage de sourcils et une heure de lavage des cheveux, je suis entraînée vers une autre pièce ou je vais me faire maquillée par Aïda, Raquel et Ursilla. Vêtue seulement d'un peignoir, je m'assois dans un petit fauteuil blanc, et attend pendant que mes maquilleuses remplissent mon visage de poudre. Ils me tirent les cils, les paupières, les sourcils et les joues de partout, mais ne me parlent pas, j'ai l'impression d'être seulement un objet. Après tout cela, ils me tirent les cheveux en arrière avant de les attacher avec des milliers de barrettes.
Maintenant, c'est l'heure de voir mon styliste, il va m'habiller, enfin. Dans l'autre pièce, un homme d'environs quarante ans et d'un regard bien veillant m'attend. Il me regarde pendant quelques minutes et après, vient me parler.
« Bonjour petite tribut du onze, comment t'appelles-tu ? » Il me parle comme si j'étais un bébé. Il doit avoir pitié de moi, c'est pour ça.
« Alia » Dis-je sèchement « Et pas besoin de me parler comme ça, je ne suis pas un bébé »
« OK, comme tu veux. Je m'appelle Yanis Makadan, je t'assure que tu seras très bien habillée pour la parade. » Il répond calmement.
Un quart d'heures après, me voilà vêtue d'une petite robe verte avec des motifs de fleurs qui me rappellent les fleurs de mon district. Quand je me regarde dans le miroir, je ne reconnais pas la fille devant moi.
Juste devant moi, est placée une fille extraordinairement belle. Ces cheveux aux nuances chocolat sont attachés avec des dizaines de barrettes colorées, et quelques mèches retombent sur le côté. Sur son visage couleur caramel, aucune trace, aucun bouton, juste une fleur mauve dessinée sur sa joue droite. Sur son petit corps, une adorable robe verte qui s'arrête au niveau des genoux, quelques couleurs décorant la jupe font penser à des petites fleurs naissant de partout. Des espeunkias, qui sont des fleurs très belles et en même temps mortelles, décorent entièrement la partie gauche de la robe. Le tout ressemble à une petite poupée en même temps mignonne et dangereuse. Mais comment cette fille peut-t-elle être moi ?
Je reste là à me regarder, éblouie. Non pour raison de beauté, mais par le fait de ne trouver aucun défaut sur cette tenue, qui efface toute la douleur de mon regard et impose une image heureuse et menaçante de moi. Mon visage à l'air innocent, mais les fleurs indiquent le danger. Pourvu que le public apprécie cette tenue autant que moi.
« Alors, la petite princesse des fleurs a fini de s'admirer ? » Dit Yanis d'un ton sarcastique, mais pas méchant.
« Merci » Dis-je « C'est vraiment très beau, si j'ai une chance de gagner, c'est bien à cause de cette tenue... »
« J'ai fait une robe en fleurs pour toi parce que ton districts fait de l'agriculture, et les espeunkias sont si belles, que même le capitole en utilise pour la décoration, après avoir extrait son venin bien sûr. Je suis sure que tu vas être la plus belle, car tu es une petite fleur toi aussi.
Je souris. Il me fait un signe de bonne chance avant de partir. Gariam vient pour m'emmener au lieu de la parade.
Dans une autre pièce, les chars sont près à partir. Les premiers tributs arrivent avec leurs mentors et se préparent pour sortir. Moi, je me contente d'essayer de sourire à tout le monde qui me croise. Argon arrive avec Victor, il est vêtue avec des fleurs aussi, mais seulement avec des espeunkias, ce sont les mêmes fleurs que moi, mais après avoir perdu son venin. Sans venin, les espeunkias sont mauves, elles continuent très belles, mais paraissent encore plus dangereuses. Son costume est spectaculaire et lui aussi à une fleur peinte sur la joue, on pourrait même croire qu'il est beau au naturel. Nos costumes se complètent, le public va nous adorer.
Je monte dans le chariot avec Argon et me prépare pour la parade, Gariam me conseille de sourire et lever la main au public.
Les premiers chars partent. Mon angoisse augmente de plus en plus.
C'est à nous, les chevaux commencent à marcher et les lumières de dehors m'aveuglent pendant quelques secondes. L'allée est grande avec des écrans à chaque cinq mètres, nos visages s'affichent dès qu'on s'approche. Je souris le plus possible et tend la main vers la foule, Argon à mon côté envoie des bisous et des clins d'œil. La foule nous envoie des objets et des fleurs, c'est un signe qu'ils nous aiment.
Arrivée à la place principale, l'hymne de Panem et les hurlements s'arrêtent pour que le président Kerr prenne la parole. Je continue à sourire comme si j'étais ravi d'être ici.
« Bienvenue à tous et à toutes, tributs, je vous souhaite la bienvenue ! » Dans cette phrase, la foule est à nouveau hystérique.
« Je suis heureux de votre présence, et de votre sacrifice ! Joyeux Hunger Games, et puisse le sort vous être favorable ! » Après ce petit discours, les chars repartent.
« Vous étaient merveilleux ! Les plus beaux, tout le monde vous aiment, c'était parfait ! » Yanis est hystérique lui aussi, il est fière de nous ? Non, plutôt de ses tenues.
Je descends du char et regarde autour de moi, plusieurs tributs des carrières nous lancent des regards énervés, mais je n'ai que douze ans, ils se fichent de moi. Leurs principale cible est Argon, ils le fixent avec une tel rage qu'on peut être presque sûr qu'il ne s'en sortira pas vivant de ces jeux. Pour une fois, je suis heureuse d'être si petite.
Victor chuchote quelque chose à l'oreille d'Argon, celui-ci lève la tête et regarde autour de lui, en remarquant les regards menaçants posés sur lui, il baisse la tête. Une note pour les Hunger Games de cette année : rester le plus loin possible de mon compagnon de district, afin de rester en vie plus longtemps.
« Il a intérêt à avoir une excellente note plus tard, ou il va se faire dévorer tout cru, pauvre garçon. » Gariam était juste à côté de moi, je ne savais pas, je sursaute à l'entendre parler.
« Et toi Alia, vaut mieux que tu perdes cette peur de tout, si les autres remarquent, tu vas finir comme lui. » Il rit et part se resservir un verre. Il a raison, je suis apeurée.
Après cette petite conversation, nous allons chacun dans nos chambres pour nous préparer pour le diner.
En arrivant dans la chambre, je suis épuisée, je ne perds pas de temps avant d'aller sous la douche pour me débarrasser de tout ce maquillage. Encore une fois, je perds la notion du temps et reste trop longtemps sous l'eau coulante, une des muettes vient me chercher pour le diner. J'enfile un pantalon noir et un débardeur violet tout simple.
Comme toujours, la table est remplie de différents plats sophistiqués l'un meilleur que l'autre. Je goutte un peu de tout en essayant de manger le plus proprement possible, car je ne veux pas que Margueritta me fasse des remarques. Argon, lui, connait les bonnes manières, sa famille n'est pas vraiment pauvre, ils n'ont pas manqué de nourriture depuis longtemps.
« Demain les entraînements commencent. » Dis Victor encore avec la bouche pleine.
« Il ne faut surtout pas montrer ce que vous faites de mieux aux autres » Il reprend une cuillère et avant de la mettre dans sa bouche dit froidement :
« Enfin, si vous saviez faire quelque chose bien sûr. » Il regarde Argon et ensuite détourne le regard vers moi. Il pense que nous sommes incapables de gagner.
« Je croyais que le travail des mentors était de nous soutenir. » Dit Argon en sortant de table. Gariam se lève brusquement et fait tomber accidentellement son verre, des milliers de petits morceaux brillants sont éparpillés dans la salle. Énervé, il commence à crier :
« Mais ouvrez les yeux bon sang ! Une petite fille de douze ans et un gamin de quinze maigrichon et en pleine puberté ! Même avec tous les conseils et entraînements du monde, vous ne pouvais pas gagner ces jeux ! Vos adversaires sont beaucoup trop puissants, vous êtes condamnés ! » Il s'assoit et boit une énorme gorgé d'alcool direct de la bouteille, on croirait que crier contre nous l'avait trop fatigué et qu'il avait besoin de boire. Après quelques secondes interminables dans une ambiance tendue, il ajoute d'un ton ironique :
« Mais si l'un de vous survie pendant trois jours, je vous promets que je ferais mon possible pour vous apporter le maximum de sponsors possible. » Il détourne le regard et continu à manger comme si rien ne s'était passé.
Margueritta fait semblant de pas comprendre et ignore la situation, Victor boit son verre tranquillement et Argon sort de la pièce. Moi, qui m'étais fait toute petite pendant les hurlements de Gariam, je me lève pour rejoindre ma chambre, j'ai besoin d'une douche pour me calmer.
Je n'ai pas de mentors à moins que je survive trois jours dans l'enfer. Mes adversaires sont tous plus grands et forts que moi. J'ai peur. Je ne sais pas me battre et ne m'y défendre. Mais je suis petite, personne se méfie de moi. Personne va vouloir m'attaquer en premier, je sais déjà ça, j'ai vu les autres jeux, ils se fichent des plus faibles. J'ai peut-être une chance de survivre, je ne vais pas perdre l'espoir pour cause de ces idiots de mentors.
Le soleil se couche, je suis allongée sur mon lit. Je ne perçois pas le sommeil venir, mais dans un instant, je dors profondément.
Ceci est un cauchemar, je le sais. Tout est noir, je me sens seule, j'ai peur. Je sais que dans un instant, quelque chose va se passer, je veux dire, c'est normalement ce qui ce passe dans les cauchemars. Je veux me réveiller avant que quelque chose se passe, mais je n'arrive pas, je ne peux plus bouger. Soudain, une personne apparaît devant moi. C'est Gariam, il parle calmement, mais ces mots me font très mal.
« Tu n'es pas capable de survivre pendant trois jours, t'es trop idiote, trop petite, trop lâche, trop tout ! Tu n'es capable de rien faire ! Tu vas être la première à mourir ! Et je m'en fou, tout le monde s'en fou ! Personne ne va regretter ton existence. » Quand il finit, il boit un coup de son verre d'alcool et disparaît.
Soudain, je cours. Mais vers ou ? Je veux me réfugier, il faut que je me trouve une cachette, j'ai trop peur. Une fille aux cheveux noirs est de dos devant moi, elle me rappelle quelqu'un que j'ai vu à la parade. Je m'approche d'elle inconsciemment, et quand elle se retourne, je ne vois pas son visage, juste du sang qui coule de ses mains.
« Ce n'est pas parce que tu es petite que tu vas échapper, cours petite fille, cours. Comme ça ce sera plus rigolo »
Je cours, et maintenant je sais pourquoi. Il faut que je cours pour m'enfuir de cette fille, elle veut me tuer, tout le monde veut me tuer, il faut que je cours. Je ne veux pas mourir.
Premier jour d'entraînements, mon corps tremble tellement que je préfère m'éloigner des autres. La fille de mon cauchemar d'hier est bien quelqu'un des jeux, elle s'appelle Giullie, et fait partie des carrières. Je ne peux pas m'en approcher sans que mon corps soit envahi de frissons. Alors que j'essaye de faire un feu avec des pierres sèches, je repense à hier soir.
La nuit dernière, je n'ai pas beaucoup dormi, après mon cauchemar, je suis allée marcher un peu pour changer les idées. Argon était réveillé lui aussi, il était assis sur le canapé, tout seul, le regard plongé dans le vide. On aurait dit un fantôme, avec seulement la lumière de la lune qui n'entrait pas les fenêtres. Quand je l'ai aperçu, je me suis dépêchée de faire demi-tour avant qu'il me voit, mais c'était trop tard.
« Tu sais, t'as pas besoin de me fuir. » Il dit sans détourner le regard. Mais je ne l'écoute pas, car il va vouloir me tuer dans quelques jours et je préfère ne pas socialiser avec qui me veut de mal. Soudain il paraît lire dans mes pensées :
« Je ne te veut pas du mal, et je ne vais pas essayer de te tuer pendant les jeux. »
« Ah bon ? Mais pourquoi ? » Dis-je sans penser. C'est idiot comme question, car pendant les jeux, on n'a pas tellement de chances de se rencontrer.
« Parce que » Dit-il en se levant « Je vais probablement mourir avant même de te rencontrer dans l'arène. T'as vu les regards qu'ils mont lancés après la parade ? Ils veulent ma mort ! Et en plus, je ne peux pas tuer une gamine de douze ans.»
« Les carrières veulent la mort de tout le monde de toute façon, ils ne vont pas perdre leurs temps à te chasser. Bien sûr que s'ils te croisent, tu vas mourir, mais si ce n'est pas le cas, tu peux t'en sortir, il suffit de rester loin d'eux. T'es même pas une menace pour eux, ils ne vont pas te poursuivre. » Argon me regarde, ces yeux sont fixes, il n'a pas l'air bien. Il s'approche de moi. Dans le noir, il fait presque peur avec ses yeux fous.
« Ma pauvre, tu es trop positive. Ils vont te bouffer toute crue. » Dans cette phrase, il repart dans sa chambre. Mes yeux se remplissent d'eau, il a peut-être raison. Je prends sa place dans le canapé, car j'ai peur de le revoir dans le couloir et je m'endors noyée dans une mer de larmes.
Le matin, Margueritta me réveille avec des petites claques sur l'épaule.
« Pourquoi dors-tu dans le canapé ? Je suis sure que ton lit est plus confortable que ce meuble. » Elle se penche sur moi et ajoute gentiment (Pour une fois).
« Vas te changer. Un bon petit déjeuner t'attend, il te faut des forces pour les entraînements aujourd'hui. » Je me lève est vais me changer, ce ton gentil est tout ce dont j'avais besoin pour me calmer d'hier.
Pendant le repas, nos mentors se mettent enfin à nous donner des conseils. Sans rien changer du ton ignorant de toujours.
«Il ne faut pas montrer aux autres ce que vous faites de mieux » Dit Gariam la bouche pleine de pain et confiture.
« Ne parlez pas aux tributs carrières, et essayez de bien maîtriser tout ce que vous apprenez, ça vous servira beaucoup plus tard. » Ajoute Victor sans même nous regarder.
Le repas se finit dans le silence.
Je claque les pierres que je tiens fermement entre les mains, en espérant que des étincelles ce forment et atteignent le petit tas de bois et de feuilles mortes que j'ai fait juste devant. Je ne dois pas faire le bon mouvement, car aucune trace de feu sort de mes deux pierres. Soudain, une fille blonde at assez petite s'approche, j'espère qu'elle ne vient pas me parler. La fille s'arrête à quelques mètres de moi et fait un petit tas de feuilles mortes et de petit bois. Comme moi, elle prend deux pierres sèches et essaie de faire du feu. Au bout de trois fois qu'elle claque ses pierres, son feu s'allume et elle repart fière, non sans avant me lancer un regard défiant et un petit rire. Je claque mes pierres encore et encore, et aucune étincelle ne sort. Je sens des larmes qui me montent aux yeux, non, il ne faut pas que je pleure.
Alors que je m'apprêtais à abandonner, je vois une de mes feuilles qui prend feu. Mon regard est flou à cause des larmes, mais je vois un petit feu se former avec mon tas de bois, un petit feu qui me redonne de l'espoir. Je me rappelle alors de ce qu'a dit Victor ce matin, et je reprends deux nouvelles pierres pour refaire un feu. Car il faut que je maîtrise bien tout ce que je fais. Cet autre s'allume très rapidement, j'ai compris comment il fallait faire.
Pendant quelques heures, tout se passe bien, je m'entraîne à chasser et à fabriquer des hameçons. Au bout d'un moment, je décide d'aller apprendre à utiliser une arme, car je ne sais pas encore en manier.
Je m'approche assez méfiante de l'endroit où est placé un arc et un mannequin, je vais essayer de m'en servir de cette arme, ce sera utile pour chasser aussi. Je suis les instructions écrites sur un papier à côté de l'arc et je lance la flèche vers le mannequin. Elle continue tout droit et se plante dans le mur, à environs deux mètres, à droite du bonhomme, j'ai encore du travail. Je reprends une flèche, je cherche l'angle partait de la cible, et je me prépare à lancer. Cette fois-ci, la partie touchée est la main du mannequin, c'est déjà mieux. Je m'apprête à réessayer quand une blonde du district Un m'aborde.
« Eh, la petite, dégage pour que j'utilise cet arc. » Elle s'approche et prend l'arme de mes mains. Je ne crois pas qu'elle puisse faire ça alors qu'il y a encore des arcs à mon côté, mais je pars en regardant le sol. Elle fait partie des carrières, elle peut avoir tout ce qu'elle veut. Des gens derrière elles me regardent en rigolant, l'un deux est son compagnon de district, Thomas.
Je prends un arc un peu plus loin et continue à m'entraîner. Après avoir réussi quelques fois à atteindre le mannequin, je vais apprendre à manier un couteau. Ensuite je retourne faire un feu pour être sure que j'y arrive. La journée se déroule comme ça, les carrières au-dessus de tout le monde, et le reste qui essaie de progresser sans trop d'espoir.
Ces jours sont passés très vite, les activités constantes me font oublier mon état d'esprit. Après les entraînements, je mange et j'essaie de m'endormir le plus rapidement possible, pour éviter de trop penser à ma mort imminente. Pendant la durée de cette semaine, je n'ai pas beaucoup pensée à ma famille, ni aux problèmes qui m'entourent on peut dire que j'ai éteint la partie de mon cerveau responsable de mes émotions pour me concentrer sur les jeux.
