Durant sept jours, je n'ai pas cessée de m'entraîner. Mes points forts se révèlent être dans les plantes, avec elles, je peux guérir, endormir, paralyser et même tuer il suffit de bien les connaître. Je n'ai pas de force, mais je suis légère, et je peux me faufiler entre les arbres ainsi que me camoufler et ne faire aucun bruit. J'ai appris à confectionner des pièges qui me permettront de chasser et de me défendre. Avec des armes, je me débrouille bien, mais pour tuer des gens, je ne sais pas encore comment je vais m'y prendre.

Mon plan pour gagner les jeux ? Je ne sais pas encore. Mais je peux vous assurer que je ne suis plus la petite fille innocente d'il y a six jours. Oui, c'est possible de changer en si peu de temps, car je l'ai fait, et je ferais tout mon possible pour gagner les Hunger Games.

Argon, lui, n'a pas beaucoup progressé. Je crois qu'il est devenu fou, je ne le comprends pas, il n'essaie même pas d'apprendre les choses les plus simples. J'ai presque de la peine pour lui, mais en même temps, je suis heureuse d'avoir un ennemi en moins. Hier, j'ai entendu Victor et Gariam qui pariait sur nos vies, je savais que c'était mal, mais je ne pus m'empêcher de me cacher pour mieux écouter leur conversation.

« J'arrête de boire pendant un mois si Argon vit plus que le bain de sang. » Dit Victor dans un faux sourire.

« Eh bien moi aussi ! Et j'arrête définitivement s'il arrive à vivre plus que cette petite Alia ! » Répond Gariam en éclatant de rire, il est soul, comme toujours. Son commentaire m'a plu, j'esquive un sourire du coin de la bouche, mais je me sens coupable, alors je reprends mon sérieux juste après.

Leur conversation s'est arrêtée là, je suis partie dans ma chambre sans bruit et je me suis couchée. Comme chaque soir depuis une semaine, j'ai pris une pilule pour dormir. Cela m'évite de trop penser à mes peurs et à ma famille. Et il fallait que je sois en forme, car aujourd'hui, les juges vont évaluer nos compétences.

Après beaucoup de temps d'attente. J'aperçois Argon qui revient de son test. Il passe devant moi très vite, et ne me regarde même pas, c'est normal. C'est mon tour maintenant, je me lève et marche jusqu'au gymnase. Je remarque que les tributs du douze me fixent, ils seront les derniers à passer, comme tous les ans.

J'avance jusqu'au milieu du gymnase, des mannequins, des armes, et tous les instruments qui peuvent m'être utiles sont à ma disposition. Jusqu'à aujourd'hui, je ne savais pas trop quoi montrer aux juges, mais maintenant que je suis là, c'est encore pire, l'angoisse m'a fait oublier tout ce que je savais faire. Je regarde en haut, les juges ne sont pas vraiment attentifs à ma présence. Je suppose qu'ils vont me prêter attention seulement quand je ferais quelque chose. Je regarde autour de moi, sans savoir quoi faire. Je ne peux pas leur montrer ce que je peux faire avec les plantes, ce n'est pas assez intéressant pour eux. Je m'avance alors vers les cibles utilisées pour les lancers de couteaux, je pose ma main doucement sur un couteau et je regarde en direction des juges, tremblante. Ils ne me regardent toujours pas, ils ont peut être oubliés qu'il y avait encore des gens qui passaient. Peu probable, ils doivent en avoir marre car les derniers districts n'ont pas souvent des bons scores.

Bon, au moins j'ai le temps de choisir quoi faire. Je m'éloigne des couteaux et marche vers les instruments de survie d'un pas mal assuré. Je vais construire un piège, c'est le mieux que je puisse les montrer, j'espère que ça fonctionnera. Je cherche des yeux une corde et quelque chose de pointu, je vais chercher un couteau de l'autre côté de la salle, puis je retire la lame.

« Respire Alia » Dis-je à moi-même avec la lame du couteau dans ma main tremblante.

Je monte sur un arbre synthétique, et avec une pierre, je fixe la lame du couteau contre un tronc d'arbre assez haut, comme avec un marteau et un clou. J'envoie un regard aux jurés, leur majorité ne me prête pas attention, mais quelques-uns se sont retournés. Avec la corde, je tisse un filet et accroche chaque extrémité à une nouvelle corde accroché au tronc. Je termine les derniers petits détails, puis en descendant de l'arbre, je cache le tout avec des feuilles et de la boue, le piège est complètement invisible. Il ne reste plus qu'à voir s'il marche.

Les jurés me regardent. Enfin.

A droite des instruments de survie et des arbres, les mannequins en tissus sont placés pour les tirs à l'arc. J'en prends un et je le pose sur mon piège, en reculant juste après. En moins d'une seconde, le filet se referme autour du mannequin et le tout part vers le haut. En vitesse, ce corps en tissu qui pourrait être n'importe qui est poignardé au dos par la lame accroché à l'arbre. J'ai un petit sursaut et juste après, le silence prend place dans le gymnase. Je reste immobile.

« Alia. District Onze. » Dis-je le plus fermement possible avant de me retourner pour reprendre la sortie. Je respire un grand coup en sortant, les tributs du douze me regardent.

La vérité, c'est que le piège que j'ai fait n'était pas censé être violent. Mais devant le jury, je voulais montrer que je suis capable d'être dangereuse alors j'ai ajouté la lame de couteau à l'arbre, et ça a marché. Un simple filet est devenu une arme mortelle. Il y a une semaine, je n'étais pas capable de penser à une chose pareille, mais aujourd'hui, j'en suis fière de l'avoir fait.

Assise à droite de la télé, le ventre plein d'un délicieux diner, j'observe toux ceux qui m'entourent. Margueritta porte une robe rouge avec des dentelles noires au niveau de la ceinture, et pour ne pas être trop simple, des énormes bijoux de toutes les couleurs. Elle fixe la télé de ses yeux maquillés en regardant de temps en temps Gariam, qui dort recroquevillé sur sa chaise, comme s'il ne s'intéressait pas à la situation. Victor et Argon sont assis sur le canapé, ils attendent les notes de nos performances. Enfin, Argon fixe la télé, mais son regard est plongé dans le vide, et puis, je ne crois pas vraiment qu'il s'intéresse à sa note.

Mais moi oui, je lance des regards stressés vers la télé chaque seconde. J'aimerais savoir si ce que j'ai fait est digne d'une bonne note, j'aimerais savoir si les juges me voient encore comme une petite fille innocente. Quand l'annonce des scores commence, je regarde attentivement les photos des tributs, puis leurs notes. Les tributs carrières ont toujours entre neuf et onze, et les autres, entre deux et cinq. Quand la photo d'Argon apparaît, je me raidis, j'ai même peur pour lui. Mais, pour la surprise de tous, le nombre onze s'affiche. Il a eu onze. Mais comment est-ce possible ? Je n'ai pas le temps de tourner la tête pour le demander, que ma photo est déjà affichée aussi. J'ai eu huit.

Les applaudissements de Margueritta font Gariam se réveiller d'u bond. Victor nous félicite, tous veulent savoir qu'est-ce qu'on a fait pour des scores pareils. Mais bien sûr, l'attention est tournée vers Argon, qui a eu onze, le plus haut score du district depuis très il ne bouge pas, il baisse la tête silencieusement. Victor se lève et s'incline près d'Argon.

« Mais qu'est-ce que tu as fait dans ce gymnase ? Tu leurs à tués tous ? Comment t'as fait pour avoir onze si tu n'a rien fait pendant cette semaine d'entraînements ? Tu vas tout nous expliquer petit, parce que ça, c'est un miracle. » Il dit ça d'une façon méfiante, comme si ce pauvre garçon nous cachait quelque chose. Mais peut être que tout ça est qu'une mise en scène, peut-être qu'il va tous nous massacrer pendant les jeux, c'est vraiment très curieux. Argon lève la tête doucement, il à un regard noir qui se pose sur Victor, celui-ci ne recule pas.

« J'e n'ai absolument rien fait. » Dit-il en serrant les dents.

Il ment, ce n'est pas possible. Il ne peut pas avoir onze sans rien faire ! Gariam éclate de rire, et Margueritta s'assoit incrédule. Victor, lui, change son regard méfiant par un regard amusé.

« Tu sais, on est tes mentors, on a pour mission de t'aider. Tu ne peux pas nous mentir comme ça. On est heureux pour toi, tu es le premier depuis très longtemps à avoir un aussi bon score ! Merde ! Dis-nous ce que tu as fait ! On n'est pas tes ennemis. » Il me lance un regard discret sur cette dernière phrase. Non, je ne suis pas son ennemi. Argon se lève, il a l'air pensif.

« Je suis contre ces jeux. » Dit-il, avec un regard rempli de rage et de chagrin.

« Quand je suis entré dans cette salle, je ne savais pas quoi faire. Ma haine pour le capitole m'empêche de devenir un tueur pour leur plaisir. Cette société est si inhumaine ! Je suis contre tout cela ! Je veux que le capitole s'effondre ! Et puis, non, je n'ai pas peur de mourir. C'est pour cela que je n'ai rien fait, n'y pendant les entraînements, n'y pendant ce maudit test ! Je me suis assis sur le sol, les bras croisés, et j'ai fixé les juges jusqu'à ce qu'ils m'ordonnent de partir. Et je ne comprends pas pourquoi j'ai eu un si haut score ! Ce n'est pas normal ! » Il baisse la tête.

Margueritta reste en silence. Victor et Gariam chuchotent et moi, je regarde Argon. Je le comprends, et je suis d'accord avec lui. Moi aussi je suis contre cette barbarie, contre le capitole et tout ce luxe, mais je ne me permettrais jamais de démontrer ça. Ils sont bien trop dangereux, ils peuvent nous torturer s'ils veulent, ou pire, ils peuvent torturer les gens qu'on aime, pour nous faire souffrir.

« C'est vraiment très courageux » Dit Victor en posant la main sur l'épaule d'Argon. Ce dernier lève la tête, puis se lève et sort de la pièce. Le silence s'installe dans la pièce pendant quelques minutes, puis Margueritta se tourne vers moi.

« Et toi Alia ? Raconte-nous comment as-tu fait pour avoir un huit, j'espère que tu n'as pas jouée la révoltée comme ton compagnon. » Mon esprit redevient normal, j'avais complètement oubliée que moi aussi j'avais été notée, cette histoire avec Argon m'a vraiment bouleversée. Je me lève pour décrire la scène, comme si tout allais bien. Et tout le monde m'écoute attentivement, pour une fois. Quand je finis de parler, le silence s'installe à nouveau dans la salle.

« Quand tu seras dans l'arène » Commence Gariam. « Ta priorité sera de chercher de l'eau, rappelle toit de ça, c'est le plus important. Beaucoup de gens meurent de soif dans les jeux, il ne faut pas que tu meures de cette façon. Je commence à croire en toi petite, essaye de ne pas faire des idioties quand tu seras affolée et au bout de la mort, il y a toujours une issue. Et puis, au tout début des jeux, devant la corne d'abondance, plusieurs armes et matériaux seront installés, il ne faut surtout pas essayer de les prendre, sinon tu meurs. Il faut que tu coures vers le sens contraire, comme ça tu évites le bain de sang. »

Encore une fois, le silence. Je ne crois même pas que Gariam vient de me donner des conseils, je croyais que je serais seule jusqu'à la fin.

« Merci » Dis-je.

« C'est ça, va dormir maintenant petite. » Réplique-t-il avec un petit sourire au soin des lèvres.

Je me tiens en face de Yanis, mon styliste, pour qu'il me prépare pour les entrevues d'aujourd'hui. Aïda, Raquel et Ursilla sont là aussi, elles vont me maquiller et me coiffer encore une fois. Le travail dure une demi-heure, cette fois ci, je n'ai pas de dessin sur la joue, et mon maquillage n'est presque pas visible. Mes cheveux sont détachés et des boucles marrons tombent sur les côtés de mon visage, je porte une tiare avec une petite fleur rouge décorant l'accessoire. Ma robe, qui tombe aux genoux, est d'un blanc brillant, avec des dizaines de fleurs colorées décorant les bords de la jupe. Cette fois-ci, pas de espeunkias. Le tout est très simple, mais très joli.

« Tu es très mignonne, et cette fois-ci, tu es presque au naturel. » Dit Aïda en levant mon visage de sa main violette.

« Oui, merci » Dis-je sans trop savoir quoi dire d'autre. Je me retourne pour qu'elle me lâche, sa main est froide. Et puis, c'est l'heure des entrevues.

Les gens forment une queue, dans l'ordre des districts, et nous, on est derrière, juste avant les tributs du douze. Annia, un tribut carrière du Un, sort en premier. Chaque entrevue avec Caesar Flickerman dure trois minutes. Je regarde Argon, il est juste derrière moi et est vêtu d'un smoking bleu clair, il regarde ses pieds.

« Que vas-tu dire quand ce sera ton tour ? » Demande-je doucement, car j'ai peur de ce qu'il va dire. J'ai peur pour lui, s'il se révolte devant tout le monde, je ne veux même pas imaginer ce que le capitole va faire de lui.

« J'en sais rien... » Me répond-t-il sans soulever les yeux. Je comprends qu'il ne veuille pas me parler, alors je me retourne et continue à attendre mon tour. Hier soir, j'ai beaucoup pensée à comment me comporter devant tout le monde, car je sais que c'est ma chance de conquérir le maximum de sponsors, et qu'il ne faut pas la laisser passer. Mais je n'ai rien trouvée, je vais devoir penser vite durant l'interview.

Plongée dans mes pensées, j'oublie que mon tour est proche, je reviens dans le monde réel seulement quand Argon me tapote l'épaule pour me faire signe d'avancer. C'est à moi. Je grimpe sur le plateau en m'efforçant de sourire, et je m'assois sur le fauteuil à coté de Caesar Flickerman.

Caesar Flickerman m'adresse un énorme sourire qui expose ces dents extrêmement blanches et brillantes. Je pense immédiatement à ma famille, qui doit me regarder en ce moment, et adresse un sourire à mon tour.

« Bien venue petite Alia ! Comme tu es éblouissante ! Et toutes mes félicitions pour ton très bon score aux entraînements ! Peux-tu nous révéler le secret de cette si bonne note ? » J'hésite, je ne veux pas avouer devant tout le monde ce que j'ai fait, c'est mon principal atout !

« Vous allez devoir attendre les jeux Caesar, je vous assure que vous ne serait pas déçu. » Dis-je en essayant de changer de sujet. Le présentateur parait ravi de ma réponse, comme tout le temps d'ailleurs.

« Tu es vraiment une petite maligne, j'ai hâte de te voir jouer ! J'espère que tu nous surprendras ! » Il prend alors un air sérieux.

« Mais dit nous ma grande... Comment te sent-tu en sachant que tu es la plus petite de ces jeux ? »

« Vous savais, être petite peut aussi être un atout ! Je me fiche pas mal d'être la plus jeune, j'ai plusieurs secrets et idées pour les jeux, ne m'enterrez pas tout de suite » Mais comment j'ai appris à mentir aussi bien ?

« Tes parents doivent être très fiers de toi ! Une si petit fille avec un si grand courage ! Tu sais, ils doivent te regarder à l'instant, veut-tu leur dire quelque chose ? » Il tend la main, puis la pose sur mon fauteuil, près de moi, mais sans me toucher. Ses ongles sont bleues et scintillent, et ses doigts sont remplis de motifs de la même couleur

« Je... J'aimerais dire à toute ma famille que je les aime, et que je vais essayer de les rejoindre... Et que même si je m'en sors pas, gardez seulement les bons souvenirs, pas de pitié ou de peur, seulement les bons souvenirs, je vous en prie. »

« Mais quelle fillette extraordinaire ! Es-tu sûre d'avoir seulement douze ans ?! Voici Alia Legora mes amis ! » À la fin de sa phrase, il tend son bras vers moi et je lui serre la main. Je comprends que le temps est fini, je me lève, j'adresse un grand sourire aux caméras, puis je pars en trottinant. Le public applaudit.

Derrière moi, Argon monte sur scène. Flickerman lui accueille avec un grand sourire et une pluie de questions, comme pour tous les autres, mais Argon ne lui souris pas, il ne lui adresse pas un mot. Son regard est tourné vers les caméras, un regard noir, intimidant, il s'assoit sur les fauteuils et reste en silence pendant les trois minutes. A la fin, il se lève et quitte la scène sous le regard incrédule de Caesar, qui essaye encore de sauver la situation.

« Mais quelle audace ! Voici Argon, le mystérieux du district Onze ! » Le public, emballé par toutes les phrases du présentateur, se met à applaudir à son tour, ce qui ne suffit pas pour éteindre la tension, qui est presque palpable dans la salle.

Mais il ne peut pas faire ça ! C'est stupide, stupide comme forme de rébellion ! Il essaye de paraître fort, mais il a seulement l'air d'un pauvre garçon désemparé. J'ai de la peine pour lui, comment peut-il être aussi idiot ! Il avait beaucoup plus de chances que moi, pourtant, il a tout laissé tomber après ça, comment il peut faire une chose pareille ? J'ai autant de haine pour le Capitole que lui, mais je suis bien décidée de me battre dans ces jeux pour revoir ma famille.

Il passe devant moi les points fermés, mais je détourne la tête pour lui faire comprendre que je ne suis pas d'accord avec ces actes. Mais pourquoi ça me gêne autant ? Je me mets à pleurer à grosses larmes, c'était la goutte d'eau, j'essayais d'être forte jusqu'ici, mais ça ne marche pas, je ne survivrai jamais ! Ce qu'il a fait me rappelle à quel point je suis faible, je n'y arriverais jamais à gagner ces jeux, mais comment ai-je pu me créer le moindre espoir ?! J'espère seulement que ma famille surmontera ma perte et que tout redeviendra normal.

« Ça va ? » Dit Gariam, qui apparaît juste devant moi quelques secondes après. Il ne porte aucun verre d'alcool à la main et a une expression bienveillante qui me rappelle mon père. Cette pensée fut aussitôt rejetée, un homme bon comme mon père ne pouvait surtout pas être comparé à ce pauvre ivrogne.

« Je vais bien, c'est juste le stress avant les jeux... Ce n'est pas normal de stresser avant de mourir ?! » Dis-je en essuyant mes larmes. Sur cette phrase, je me retourne pour rejoindre ma chambre et pleurer d'avantage pendant que je peux encore le faire.

J'ouvre les yeux affolée, encore un mauvais rêve. Mais le pire de tout, c'est de se réveiller et savoir que c'est aujourd'hui, le jour que le vrai cauchemar va commencer. En tournant la tête, je prie pour que ce ne soit pas encore l'heure.

Trois heures du matin.

Plus possible de me rendormir, je décide de marcher un peu.

Dans le couloir sombre, je perçois une silhouette. Argon. Comme moi, il ne doit pas trouver le sommeil, je m'en doute qu'il y a trouvé un jour d'ailleurs.

« Tu n'arrives pas à dormir ? » je demande en m'approchant doucement. Son visage est couvert de larmes, il parait que je ne suis pas la seule à souffrir avant les jeux. Il veut tellement paraître fort devant tout le monde, mais en vrai, il est comme moi, sa révolte ne l'empêche pas d'avoir peur.

« Je ne dors plus depuis que je suis ici... Trop de cauchemars. » Ça explique son teint pâle et ses énormes cernes. Il cache son visage entre ces mains.

« Les cauchemars m'empêchent de dormir aussi...» Dis-je sans trop savoir quoi dire d'autre.

« Je suis désolée pour toi Alia, mais j'admire que tu réussisses à garder le sang-froid, moi je n'ai pas cette qualité. » Il retire ses mains de son visage, puis me regarde dans les yeux, c'est assez angoissant.

« Plus tard, dans les jeux, je vais faire une chose horrible... » Dit-il toujours en me regardant, il pleure. Mais de quoi il parle ? Tout le monde va faire des choses horribles dans les jeux de toute façon. Je garde le silence en attendant la suite de sa phrase.

« Tu sais, nous allons devoir rester sur des plaques métalliques durant une minute avant le début des jeux. Si on descend avant, des mines explosent. » Il détourne le regard. Je comprends alors ce qu'il va dire.

« Oui, je savais ça, mais qu'est-ce que t'as intention de faire ? Tu ne vas pas te jeter sur les mines ?! » Pas de réponse de sa part.

« Mais... Si tu fais une chose pareille, tu n'es même pas sûre de mourir ! Et si tu ne meurs pas sur le coup, tu vas perdre toutes tes chances de gagner ! » Je ne sais vraiment pas pourquoi je ne l'encourage pas, après tout, ce serait toujours un adversaire en moins. Mais il me fait de la peine, c'est désespérant pour lui, il faut au moins qu'il essaie. Il se lève.

« Alia, j'ai jamais eu aucune chance de gagner ! Si je meurs tout de suite ce sera mieux, mes souffrances vont finir plus vite, et en plus, ça leur montrera bien que je m'oppose à leur horrible jeu ! » Mais quel idiot, quel idiot ! Il croit vraiment que ce sera un acte mémorable de rébellion ?!

« Non ! Ils vont juste te traiter de lâche ! Ne fait pas ça je t'en prie, si tu t'en moques de ta vie, pense au moins à ta famille ! Essaie pour ta famille, trouve toi une motivation, il y a bien quelqu'un que tu aimes non ? C'est comme ça que je fais pour tenir, je pense à mon père... Il me manque tellement, je vais vraiment essayer de le rejoindre, même si c'est presque sure que ce sera en vain. » Je me remets à pleurer, mais quel idiot !

« Je suis désolé Alia, ma décision est prise, personne ne m'attend, je ne veux plus souffrir, mais toi, ne perd pas les espoirs. » Il repart dans sa chambre. Désespérée, je me rendors sur le canapé, une dernière question en tête. Pourquoi je me suis autant attachée à lui ?

Encore à l'aube, Yanis vient me chercher pour partir. Mon stress augmente à chaque minute, tout ce passe trop vite, les heures passent comme des minutes.

Je mange un truc, on m'injecte un mouchard dans le bras, on est emmenés par un hovercraft jusqu'aux chambres de lancement, Yanis me coiffe, je m'habille avec une combinaison assez chaude, Yanis me souhaite bonne chance, je rentre dans le cylindre, puis j'attends dans le noir pendant que celui-ci se lève doucement.

Une attente qui parait interminable, pour contrarier. Je me ronge les ongles jusqu'au sang, dans une heure je serais peut-être morte. Chercher de l'eau, il faut que je cherche de l'eau. Et si c'est désertique ? Et s'il fait trop froid ? Et s'il n'y a pas d'arbres, qu'est-ce que je vais faire ? Serai-je capable de tuer quelqu'un ? Pourrai-je faire une alliance avec quelqu'un ? Vais-je revoir Argon ? Alors que toutes ces questions me rapprochent de la folie, une lumière surgit du ciel.