La plaque métallique me pousse au-dehors, à l'air libre. Le soleil m'éblouie, mais je sens une légère brise et une bonne odeur de sapin. Puis, j'entends tonner tout autour de moi une voix :

« Mesdames et messieurs, que les trente-quatrièmes Hunger Games commencent ! »

On doit attendre soixante secondes avant que le gong nous libère. En parcourant l'arène des yeux, je me rappelle alors d'Argon,je ne voie pas son cercle d'ici, mais j'attends d'entendre une bombe à tout instant. En attendant, j'essaie de penser à autre chose, puis à analyser les lieux.

Les tributs sont placés dans un cercle à équidistance de la corne d'abondance. Un espace vert d'environs quinze mètres nous sépare de cette conque dorée contenant tout ce qu'on aurait besoin. Puis, derrière, on trouve une immense forêt dont je n'arrive pas à voir au-delà des premières arbres, pas rassurant. Je ne vois aucun lac, mais il y en a surement dans la forêt. A quelques pas de moi seulement, est posé un sac gris dont je distingue une corde et d'une bouteille, je ne vois pas plus que cela, mais je suis tentée de le prendre. Cette idée est brusquement éloignée de mon esprit quand je tourne la tête et vois Annia, un tribut carrière du Un qui jette un coup d'œil vers le sac, puis vers moi, et me fais un petit sourire menaçant.

Plus que cinq secondes. J'essaie de prévoir un chemin jusqu'à la forêt dans ma tête.

Quatre secondes. Il faudra peut-être que j'esquive aux couteaux volants, je suis parcourue d'un frisson.

Trois secondes. J'espère que personne ne m'attaquera.

Deux secondes. J'espère que je vais vivre.

Une seconde. Je n'ai entendu aucune bombe. Argon.

Le gong retentit. Je pique un sprint, dans la direction contraire de la corne d'abondance, contraire au bain de sang. Je cours sans regarder en arrière, comme si ma vie en dépendait, et elle en dépend. Soudain, je passe à côté de quelque chose d'intéressant, une corde, disposée à quelques mètres à gauche de moi. J'ignorais qu'il y avait des choses derrière les cylindres, j'hésite à la prendre, puis je fais demi-tour tout en regardant que personne ne me prend pour cible. C'est alors que je vois. Argon, il court, puis disparaît entre les arbres à une centaine de mètres de moi. J'attrape la corde, puis je file en essayant de ne pas penser à ce que je viens de voir. Je rentre à toute vitesse dans la forêt, en faisant attention à ne pas trébucher sur les branches cassées et les pierres.

Je courre pendant environs dix minutes, puis je commence à marcher, tout en en roulant la corde autour de moi pour éviter de la perdre. Je ramasse quelques champignons, qui me serviront plus tard et je les fourre dans mes poches. Mon cœur bat à toute vitesse, je n'ose pas m'arrêter. J'ai soif, Il faut que je trouve de l'eau. A quelques mètres de moi, j'aperçois un arbre différent des autres, il est plus haut et plus sombre. Après quelques minutes à l'observer, je décide de l'éviter, c'est peut être un piège. Je grimpe à un arbre à quelques mètres plus loin pour essayer de trouver quelque chose au loin.

Ma vue est assez limitée, mais je perçois un lac à environs deux ou trois kilomètres, trop près de la corne d'abondance, vaut mieux que je ne me risque pas dans ces terrains pour éviter le pire. Je vois aussi un pré, puis une petite montagne, qu'est-ce que cette montagne peut bien cacher ? Derrière, il y a des arbres, tellement d'arbres qu'on à l'impression que c'est une forêt infinie. Je décide de descendre et de continuer à m'engouffrer dans la forêt, c'est là où je pourrais le mieux me cacher. Le seul problème c'est l'eau, mais si je trouve des animaux, je trouverais surement de l'eau.

Dès que je descends de l'arbre, j'entends un bruit. Un bruit de pas, au loin, quelqu'un cours vers cette direction. Je remonte à mon arbre en vitesse, sans faire de bruit, puis je m'y installe dans une branche. Les pas cessent au bout de quelques minutes. Dans le silence, tous les bruits sont suspects, même le bruit des oiseaux me donnent des frissons, alors je n'ose pas bouger de mon arbre. Je ferme les yeux pour mieux entendre ce qui se passe autour de moi, mais, emporté par la fatigue, je m'endors malgré la lumière du jour.

Dans un sursaut, je me réveille. Merde, je ne devais pas m'endormir. Il fait plus sombre, mais le soleil est encore là, je regarde autour de moi, aucune nouvelle trace. Si, un énorme oiseau, qui me fixe à quelques mètres de distance, un mélange de Hibou et d'aigle d'environ un mètre de hauteur avec un regard intense et les yeux rouge vif, pas bon signe. Est-ce seulement un simple oiseau géant, ou un animal mortel prêt à m'attaquer ? J'y crois plus à la deuxième option. J'hésite à lui jeter une pierre dessus pour qu'il s'envole, mais je préfère ne pas prendre de risque. Si j'avais une arme, je pourrais peut être le tuer, peut-être même le manger, mais ce n'est pas le cas. J'attends un peut, puis je descends de l'arbre très doucement, sans aucun mouvement brusque, j'enroule la corde autour de moi, prête à courir. J'essaye de garder mon sang froid. Je frissonne, l'oiseau ne bouge pas, il me regarde toujours, j'aimerais que tout cela ne soit qu'un horrible cauchemar. Je sursaute quand le premier coup de canon retentit, l'oiseau détourne le regard aussi vite pour chercher d'ou vient le bruit, et moi je profite pour courir. Je cours à toute vitesse tout en contant les coups de canons, sept morts, je serais la prochaine. Je ne regarde pas derrière moi, par peur de trébucher, mais je sens des coups de becs qui me piquent la tête et le dos avec une horrible douleur, il faut que je trouve une cachette au plus vite. J'aperçois un arbre semblable à celui d'hier, grand et noir, ces racines, plantées au sol forment une espèce de grotte fermée. Entre deux racines je perçois un espace, pas très grand, mais une idée me surgit. Je pourrais peut être m'y engouffrer pour fuir cet oiseau, pourvu que je parvienne à passer à travers ces racines. Je fonce dans l'arbre, sachant que c'est mon dernier espoir, puis je parviens à mes fins. L'aigle-hibou enfonce ça tête entre les racines également, puis essaie à toute force de rentrer, sans succès, il est beaucoup plus gros que moi. Il donne des coups de becs violents dans le vide tandis que je me fais toute petite au plus profond possible de la grotte, mais ce n'est pas très grand comme cachette, sa tête est seulement à quelques centimètres de moi. Je passe surement dans toutes les télés à l'instant. L'oiseau pousse un énorme cri de mécontentement, puis un deuxième, puis un troisième. Je me bouche les oreilles avec les mains, désespérée, je vais me faire repérer si ça continue, il faut que je fasse quelque chose.

Les mains tremblantes, je déroule la corde autour de mon cou, puis je fais un nœud au bout. J'essaie d'enlacer la tête de l'oiseau sans m'en approcher d'avantage. Je tremble trop pour y parvenir, et l'aigle-hibou continue à pousser des cris stridents. Je cherche dans mes poches quelque chose qui pourrait m'aider, j'attrape quelques champignons, et je lui en jette trois, je sais qu'ils sont venimeux, et je crois que l'aigle en est conscient aussi, car il ne les touche pas. Cependant, il arrête de hurler, puis me regarde de la même manière que toute à l'heure avec ces yeux rouge sang. Je me tiens immobile, et au bout de quelques minutes, je reprends mon sang froid et j'arrête de trembler. C'est l'occasion ou jamais, j'attrape la corde tout en fixant l'oiseau, puis dans un seul mouvement, je parviens à enlacer sa tête. Il recommence à crier, puis je tire de toutes mes forces dans la corde, celle-ci arrache la tête de l'oiseau géant, qui me tombe dessus dans un dernier cri. Le corps de l'aigle continue à bouger dans tous les sens pendant quelques secondes, puis tombe par terre lentement, je vois cette scène à travers les racines ensanglantées. Des larmes coulent sur mon visage, et je suis recouverte de terre et de sang encore chaud, je tremble comme jamais. C'est trop pour moi, mais je suis consciente qu'il faut que je sorte de là tout de suite, les tributs carrière viennent surement par ici, attirés par les bruits de l'oiseau.

Je sors de ma cachette, le corps immense du hibou est par terre, immobile, et du sang dégouline de son cou. Il y a du sang partout, dans les arbres, dans les feuilles, par terre, sur moi. Je me tords en deux dans une immense douleur, puis je vomis.

Je n'ai plus aucune force, haletante, j'essaye de me relever sans succès. Je regarde la scène, je pousse un grand soupir encore tremblant, puis je m'accorde cinq secondes pour reprendre les esprits.

Les cinq secondes passées, je me relève d'un bond, en ignorant toute douleur ou peur, puis je commence à tour ranger. Je reprends les trois champignons, ils pourront m'être utiles plus tard. Dans la grotte, je prends aussi la tête sanglante de l'oiseau, son bec est si coupant que je pourrais l'utiliser comme couteau. Puis je regarde à côté, le corps de l'oiseau. Il est beaucoup trop gros pour que je l'emmène avec moi, mais je ne peux pas le laisser ici. Avec la corde, je fais un nœud autour du cou de la bête pour qu'elle arrête de saigner, puis un autre autour de ces pattes pour bien l'attacher, et je monte à l'arbre, la corde attachée à ma ceinture. Quand je suis assez haute, j'attache la corde à une branche et je redescends, mon poids soulève l'oiseau. Une fois le corps de l'aigle sur la branche, l'attache la corde à une racine an bas, puis je remonte pour détacher le cadavre de la corde. Je coince de corps encore chaud entre deux branches, de manière qu'il ne puisse pas tomber, puis je le cache avec des feuilles. Je reprends ma corde, je redescends et en regardant d'en bas, je suis assez fière du résultat, on ne peut même pas imaginer que le cadavre d'un oiseau sans tête est coincé là-haut, pourvu qu'il n'y ait pas du sang qui dégouline.

Il reste que le sang à camoufler. Je vais chercher des feuilles sèches, et je frotte les troncs d'arbres et les racines. J'engouffre toutes des feuilles tachées de sang dans la grotte, puis j'efface les traces de mes pas avec une branche et des feuilles.

« Viens vite ! C'était par ici ! » Je lève la tête brusquement, c'est la voix de Nestor, un tribut carrière du Cinq. Je n'ai pas le temps de m'enfuir, les pas sont trop près, il faut que je grimpe à l'arbre. Une fois là-haut, mon corps me lâche, je suis déshydratée et trop fatiguée, si je ne meurs pas tout de suite, il faut que je trouve de l'eau au plus vite.

J'essaie de toutes mes forces de garder les yeux ouverts, et d'entendre les bruits que font les tributs. Je mange une racine que j'avais récoltée tout à l'heure, pour essayer de garder ma tête. Si je me fais voir, je serais sans aucun doute morte, je suis trop vulnérable.

« Mais de toute façon, la personne qui s'est fait attaquer par cette bête est surement sur le point de mourir » Je reconnais la voix de Giullie, tribut carrière du Deux.

« On n'a pas entendu de coup de canon, vaut mieux qu'on s'en occupe nous-mêmes, et si on tombe sur cette bête, ça nous fera encore de la bonne viande » Cette fois-ci je ne reconnais pas la voix, mais tous se mettent à rire. Puis les pas sont tout près, ils sont sous mon arbre. Mais ils ne s'arrentent pas. Les pas continuent en s'éloignant, ils n'ont rien vu. Je décide de passer la nuit ici, au cas où ils reviennent, et de toute façon, je n'ai plus de forces pour me lever.

Le soleil de couche. Des larmes tombent de mon visage sans que je m'en aperçoive. Je pleure ainsi en silence pendant quelques minutes. Soudain, j'entends l'hymne annonciateur de la récapitulation des morts. A travers les branches, j'aperçois le sceau du capitole, qui semble flotter dans les airs. Quand l'hymne s'achève, le ciel redevient noir, puis les visages des sept victimes commencent à défiler. Le premier qui s'affiche est celui de la fille du district six. Quoi ? Aucun mort des districts Un, Deux, Trois, Quatre, et Cinq, c'est surement une des choses les plus étranges qui se sont jamais passées lors des Hunger Games. Puis c'est le tout de la fille du district sept, son visage ne me rappelle presque rien. Les deux tributs du Neuf, et les deux tributs du dix s'affichent l'un après l'autre. Et pour finir, le garçon du Douze. Le sceau du capitole disparaît dans un dernier arpège, puis les bruits de la forêt reprennent. Je m'endors, en fait j'ai peur du noir.

Le soleil n'est pas encore levé, mais je peux entendre les oiseaux qui chantent, les souvenirs d'hier me remontent dans un frisson. Je cherche des yeux des traces d'un quelconque tribut qui ai passé par ici, mais seulement les pas des carrières d'hier sont visibles. J'essaye de me lever pour continuer à marcher, mais mon manque d'eau est devenu plus grave, je suis plus fatiguée que jamais. Mes lèvres sont sèches et j'ai mal au ventre, j'ai besoin de faire quelque chose.

J'attrape la tête de l'oiseau mort dans ma poche, puis j'examine les dents de la bête. Ces dernières sont placées à l'extérieur et à l'intérieur du bec de l'animal, surement pour faire plus peur. Ce sont des dents pointues et très fines, parfaites pour déchiqueter de la chair, il y en a une douzaine de chaque côté du bec et les plus grosses atteignent les cinq centimètres. Je décide d'utiliser ces plus grosses dents comme des couteaux, il faut juste que je trouve un moyen de les arracher du bec afin de m'en servir. J'ouvre le bec de l'animal mort, et je tire dessus pour essayer de séparer les mâchoires, mais je n'ai pas assez de force. Tant pis, j'essayerais de refaire ça avec une pierre quand je serais au sol. Je descends de quelques branches pour atteindre le cadavre sans tête de l'oiseau géant, je serais heureuse s'il n'était pas aussi gros. Je fais une entaille dans le corps sans vie de l'animal puis je me recouvre les lèvres de sang, pour éviter qu'elles soient trop sèches, mais je n'ose pas en boire, car je ne sais pas si je supporterais ça sans vomir. Il faut que je trouve de l'eau tout de suite, ou je ne vais pas tenir plus longtemps.

Je découpe un bout de la chaire de l'oiseau afin de le manger, puis je recouvre le cadavre avec des feuilles et je descends de mon arbre. C'est bon, le cadavre n'est pas visible, mais quand il commencera à puer, ou quand l'hovercraft viendra prendre le corps, il vaudra mieux que je ne sois plus ici. Je fourre les morceaux de viande crue dans mes poches, ainsi que dans le sac que j'ai confectionné avec les restes de corde et des feuilles. J'envisage d'essayer de confectionner un couteau avec les dents de l'oiseau maintenant, mais je n'ai pas la force, il me faut de l'eau au plus vite. Autour de moi, aucun signe de vie, aucun animal, rien qui puisse m'indiquer une présence d'eau. Je décide de continuer à marcher dans la forêt, il doit bien y avoir une rivière ou un lac quelque part.

Ça fait des heures que je cherche. Pas d'eau dans une forêt tropicale, ce n'est simplement pas possible. J'essaie de me souvenir de ce que j'ai appris à propos de l'eau dans les entraînements, mais je n'arrive pas à réfléchir correctement, tout s'embrouille dans ma tête. Je mange la viande de l'oiseau tout en continuant à marcher. J'aimerais bien que des sponsors m'envoient de l'eau, mais j'imagine que personne ne veut me sponsoriser, deuxième jour de jeux et je crève déjà…

Je ferme les yeux, j'ai sommeil. Non, il ne faut pas que je dorme, sinon je ne vais plus me réveiller, il faut que je continue à chercher. Mes yeux se referment tous seuls, je tombe à genoux par terre, non. C'est la fin, je repense à ma sœur, elle doit me voir maintenant, elle doit souffrir à cause de moi. Je me couche par terre. Puis il se passe une éternité sans que je puisse bouger. Je repense à mon père, pourvu qu'il aille bien, je me souviens que j'avais eu l'impression qu'il avait été buté après ma visite, j'espère vraiment qu'il va bien. Les heures passent, et je ne retrouve pas mes forces, j'attends seulement un miracle. Soudain, je sens une présence derrière moi, c'est lui, il est venu me sauver, mon papa, mon miracle. Des pas m'entourent, ils sont deux, c'est surement parce que ma mère est avec lui, j'aimerais ouvrir les yeux et les embrasser. Ma maman dit quelque chose, je crois que c'est sa voix ce que j'entends, mais plus jeune, maman a rajeuni ?

« Elle est morte ? »

« Non, mais elle en a pas pour longtemps » Mais de qui est cette voix ? Je n'arrive pas à réfléchir, c'est mon père ?

« Qu'est-ce qu'on fait ? On la laisse ? » Non, papa, maman, ne m'abandonnez pas.

« Oui, vite, il faut qu'on parte d'ici. » De quoi parlent-ils ? Ne m'abandonnez pas ! Je vous aime tellement, vous me manquez ! Revenez, aidez-moi !

« S'il vous plait, ne m'abandonnez pas… » S'il vous plait…

« Attends, Philippe, elle a dit quelque chose. » Philippe ?

« C'est juste des hallucinations, ce n'est pas à nous qu'elle parle, allez, on y va maintenant. » Des hallucinations ? Mais de quoi parle-t-il ?

« Mais Phil ! On ne peut pas la laisser ici ! » C'est la voix d'une petite fille, ce n'est pas ma mère, mais où je suis ?

« Si, on peut, et on doit le faire. Je te rappelle qu'on est ici pour s'entre-tuer, et pas pour sauver des vies. Allez, Clerie, on y va maintenant. » Cette voix n'est pas celle de mon père non plus, Clerie, ça me dit quelque chose, mais je n'arrive pas à réfléchir.

« Elle est encore plus jeune que moi… » Plus jeune que qui ? C'est la dernière chose que j'entends.

J'ouvre les yeux, j'ai la tête qui tourne, le soleil se couche. Une petite fille blonde aux yeux bleus est penchée sur moi. Clerie, tribut du Trois, je la reconnais maintenant, c'est sa voix que j'entendais, et non pas celle de ma mère…

« Philipe, elle s'est réveillée ! » Dit-elle en se levant d'un coup. Philipe, c'est son frère de seize ans qui s'est porté volontaire pour l'aider, il me regarde vite fait sans trop de réaction. Ils m'ont sauvée la vie ?! Mais pourquoi ? Je regarde autour de moi pour me repérer, mais j'ai toujours un petit tournis assez désagréable.

Clerie me tend une feuille remplie d'eau, que je bois avec envie.

« Merci » dis-je timidement après m'être essuyée la bouche de la main. Philipe lève les yeux au ciel, et Clerie me souris gentiment.

« Maintenant on va se séparer » Crache le garçon en se levant. « On n'est pas ici pour se faire des amis » Je me lève également et remarque que mon poignet est accroché à l'arbre, mon sang se gèle, ils ont l'intention de me laisser accrochée ici ? Je leur regarde apeurée.

« Pour m'assurer que tu ne nous suivras pas » Dit Philipe en faisant demi-tour et en tenant la sœur par le bras.

« Il a juste fait quelques nœuds, tu vas seulement prendre quelques minutes à les retirer » chuchote Clerie avant de se retourner pour suivre son frère.

« Ok » Dis-je pâle et presque sans voix. Et je les regarde disparaître entre les arbres tout en essayant de défaire les nœuds.

Au bout de quinze minutes, je réussie enfin à défaire tous les nœuds, il fait noir, je rassemble mes affaires et monte à un arbre à quelques mètres de là. Je me trouve proximité d'une rivière, ont-ils fait exprès ? Probablement. Mais pourquoi ? Par peine ? Probablement aussi, mais je décide de ne plus penser à ça pour l'instant.

Je descends de l'arbre puis je me mets à marcher. L'eau n'est plus un problème, mais il faut tout de même que je me méfie des autres tributs, ils doivent être plus nombreux par ici. Je me trouve un autre arbre, avec des racines hautes qui pourront me servir de cachette, puis je m'y engouffre afin de fabriquer un couteau à partir du bec de l'oiseau. Avec une pierre, je frappe le bec de l'animal, celui-ci se casse en deux morceaux. Je range la mâchoire du bas, et je m'attaque à celle du haut, car les dents sont plus gros et serons plus faciles à détacher du bec.

Mes pensées dérivent tout le temps vers la même personne, Clerie, pourquoi m'a-t-elle sauvée ? Plus logique, pourquoi a-t-elle forcé son frère à me maintenir en vie ? Ce n'est pas logique.

Une fois quelques dents arrachées, je fabrique enfin un couteau, puis je range les restes coupants dans mes poches, ça pourras toujours servir.

Le soleil est couché, il fait sombre, l'hymne du capitole commence et le sceau apparait dans le ciel. A la fin de l'hymne, il fait noir à nouveau, et plus aucun bruit retentit, aucun mort aujourd'hui… Je le sens mal… Je m'endors inquiète, entre les racines de mon arbre, en me demandant si je survivrais encore un jour.