Les huruk-hai s'étaient arrêtés, bien en rang, à une trentaine de mètres du mur. Leurs capitaines restaient devant et poussaient des cris horribles en brandissant leurs armes, visiblement ils les provoquaient.

- S'ils n'attaquent pas, c'est parfait, gagnons du temps, suggéra Momo.

- Attends, je vais pas me laisser insulter par ces bâtards ! tonna Ludo.

Alors que les cris cessaient pour quelques secondes, les monstres furent surpris d'entendre une réponse résonner derrière l'enceinte.

- Je vais tous vous défoncer la gueule, bande de cadavres. Arrêtez d'ouvrir la bouche, ça sent jusqu'ici !

L'huruk cria encore plus fort et Ludo répondit toujours avec la même vigueur :

- C'est ça cause toujours, bouffon ! Va te regarder dans un miroir, t'auras une bonne raison de gueuler !

Franck chopa Ludo et lui fit fermer sa gueule.

- Archers ! Prêts à tirer !

Tous les elfes et les quelques soldats du roi habile dans cet exercice bandèrent leurs arcs.

- Attendez ! Tirez dès qu'ils bougeront mais pas avant.

Les huruk-hai criaient tous à présent, leurs braillements se répercutaient dans tout le gouffre et recouvraient un voile de peur sur les troupes. Certains commençaient même à trembler. Si bien qu'une flèche finit par partir et une des créatures s'effondra. Tout le monde regarda d'un œil mauvais le pauvre vieux soldat qui avait laissé échapper sa flèche.

- Ben quoi… il a bougé, tenta-t-il de se justifier.

En tout cas, c'était visiblement ce que les ennemis attendaient pour commencer. Ils se mirent tous à courir vers le mur, Franck fit signe à tous les elfes d'envoyer une nuée qui en abattit un bon nombre. Alex en avait déjà tué sept. Seul Ludo trouva le temps de râler.

- Laissez les monter, qu'on rigole un peu.

Mais même avec le bon nombre de flèches victorieuses qu'ils tiraient, la progression de leurs adversaires était rapide. De plus, ils avaient eux aussi un groupe d'attaque à distance, muni de puissantes arbalètes qui firent chuter plusieurs soldats. Les premiers arrivés au pied du mur eurent la désagréable surprise de tomber sur les pièges de Momo, certains posèrent le pied sur un piège à loup tandis que d'autres tombaient dans les trous qu'il avait recouverts de branches.

- Ah ah ! Qu'est-ce qu'ils sont cons !

Mais les pièges non plus n'arrêtèrent pas l'avancée des huruk-hai. Ils arrivèrent avec de grandes échelles qu'ils dressèrent contre le mur.

- Repoussez les échelles ! cria Franck.

Il allait faire de même, mais eut une idée plus intelligente. Il attendit qu'une bonne dizaine d'ennemis soit en train d'escalader pour les faire retomber à terre sur les autres.

- Vous ne pourriez pas laisser juste une échelle ? demanda Ludo qui se faisait chier.

- Défendez la porte ! cria le roi depuis le fort.

Ils tournèrent leurs regards et virent qu'en effet un bon nombre d'huruk se précipitait vers la porte avec un bélier pour l'enfoncer. Les archers détournèrent leurs tirs vers là-bas, facilitant l'ascension du mur pour eux, pour le grand plaisir de Ludo. En effet, les premiers huruk montèrent sur le mur et furent accueillis par les quelques soldats qui n'avaient pas d'arc. Cependant, ils étaient largement surpassés physiquement pour la plupart, Ludo sauta la hache en avant dans un groupe de cinq huruk-hai et les taillada sans difficultés.

- Eh ! Connard d'elfe, j'en suis à cinq !

- Et moi à dix-sept !

- Va fa enculo !

Ludo courut vers une autre échelle et se plaça juste en dessous, il défonça tout ce qui eut le malheur de passer par ici. Le bélier n'avançait plus vraiment, étant donné que le chemin vers la porte était très exposé, la plupart des ennemis qui le portait mourrait sous la nuée de flèche avant d'avoir avancé. La bataille était rude sur le mur, d'autant que l'espace était réduit. Mais le bon nombre d'archers en recul et les talents de frappe de Momo, Ludo et Franck rendaient la situation gérable.

Alex, de son côté, se régalait, même au corps à corps, il se servait plutôt bien de son arc. Tantôt pour étrangler, tantôt pour assommer, il était une des causes principales du carnage.

- Allez, qui veut que je lui fasse les fesses ?

Un huruk se jeta sur lui mais il vint s'empaler sur la flèche qu'il tenait dans sa main. Il se tourna vers Ludo et lança triomphalement :

- Trente-deux !

- Attends un peu toi ! répondit le nain, c'est facile quand on se bat à distance comme une fiotte.

- En attendant… je t'emmerde.

Ludo continua sa furie infernale, il courait tout le long de la muraille en hachant tout ce qu'il pouvait, il faillit même couper le bras de Momo, s'il n'eut pas le réflexe d'esquiver.

- C'est un niqué lui ! N'empêche t'es bonne quand tu te bats !

- Je pense que c'est toi le niqué, répondit Franck.

Sur le plus haut rempart, le roi observait toujours la bataille, il avait retrouvé un certain espoir devant l'hécatombe causée par ses héros, il avait peut-être une chance avec eux.

- Est-ce tout ? Tout ce que votre magie peut faire Herman ? se dit Couppey.

- Il pourrait pas bouger son cul au lieu de regarder en se touchant ! s'exclama Momo.

- Pas sûr qu'il se touche, répondit Alex.

- Qu'il aille carrément dans les cavernes se faire sucer.

Vous l'aurez compris, Momo n'aimait pas le roi. Cependant, la réaction des ennemis arriva. Ils placèrent de gros engins au pied de la muraille, puis s'écartèrent.

- Qu'est-ce qu'ils branlent encore ? se demanda Franck à qui ce détail n'avait pas échappé.

Et soudain, il le vit. Au milieu des huruk-hai, un espace avait été laissé, cet espace traçait un chemin jusqu'à l'étrange objet. Un berserker surgit des ténèbres portant une torche flamboyante alors que tous ses camarades rugissaient derrière lui.

- Soit ils sont contents parce qu'ils y voyaient rien, soit c'est très mauvais pour nous. Alex, abat le !

- T'es gentil, mais lequel ?

- Le gros qui court avec la torche !

- Oh putain ! Ok !

Alex tendit son arc et la flèche partit à une vitesse folle. Elle se planta en plein dans l'épaule du guerrier qui flancha, mais il resta debout.

- Ah ! Tu le comptes pas celui-là ! s'exclama Ludo.

- Bouge ! cria Franck.

Alex voulut en tirer une deuxième, cependant il plongea sur l'objet qui, au contact des flammes, explosa.

Glandor – Wesleycity – 21h12

Le crépuscule venait de s'achever sur les mornes plaines du Glandor. Cependant, les grandes gerbes de flammes qui s'étendaient sur toute la ville éclairaient encore l'atmosphère. Le groupe de rodeurs qui tenaient toujours les deux hobbits et Duss captifs arriva par le Nord.

- Capitaine Sylvain ! Enfin vous voilà, nous étions perdus ! s'exclama un soldat de la ville.

- Que s'est-il passé ici ?

- Les orques, ces lâches, ils ont attaqué pendant notre sieste.

- Vous faisiez la sieste ?

- Et bien… oui.

Sylvain résista à l'envie de lui planter l'épée dans le ventre et ordonna à ses hommes de se mettre en formation de combat. Il prit son assistant et lui dit de veiller sur les trois prisonniers.

- Je ne comprends pas pourquoi il nous attaque ? Ils occupent déjà la majeure partie du pays, s'ils avaient voulu cette région, ils l'auraient depuis longtemps.

Puis son regard se tourna vers Bocca.

- C'est vous qu'ils cherchent. Evidemment.

- Vous allez me livrer ? demanda-t-il avec inquiétude.

- Non, je ne suis pas un lâche et vous livrer reviendrait à donner la Terre de Gauche à Orson.

- Pitié, laissez nous partir… souffla-t-il.

Sylvain n'eut guère plus de temps pour réfléchir car un groupe d'orques avait atteint leur position, il dégaina son épée et partit à l'assaut.