Wesleycity – 05h41

Plusieurs bataillons d'orques semaient la pagaille au cœur de la ville et la garnison de soldats qui était de garde peinait à les repousser. Le groupe de Sylvain arriva et le capitaine de la garnison se dirigea immédiatement vers lui.

- Dieu soit loué vous voilà, capitaine Sylvain, nos forces commencent à vaciller.

- Nous allons les tenir en respect. Archers, en formation !

Dans un beau mouvement militaire, la troupe se mit en rang.

- En avant !

Le groupe partit au cœur de la bataille.

- Qu'est-ce qu'on fait d'eux capitaine ? dit un soldat en désignant Bocca, Junior et Duss qu'il gardait attachés.

- Attache-les à un poteau comme des clebs, on reviendra les chercher en partant.

Sylvain s'approcha de Junior qui allait manifester son mécontentement.

- Et c'est pas une raison pour pisser par terre.

- Je te pisserais dessus si j'avais envie maintenant, t'as de la chance que je sois réglé comme une horloge.

Sylvain dégaina son épée et partit à la suite de ses hommes, il avait de l'expérience et était par conséquent très bon combattant, si bien à l'épée qu'à l'arc. Il était depuis plusieurs années une des rares terreurs pour les orques qui parcourait les régions désertes du nord.

- Ca va Mr Bocca ? demanda Junior.

Bocca ne disait plus rien depuis quelques temps, il ne semblait plus avoir beaucoup de forces. Les lunettes pesaient de plus en plus lourd sur son âme et il savait que le temps lui était compté. Duss non plus n'était plus très bavard, il maugréait des choses incompréhensibles pour lui seul et son regard était plus froid qu'à l'accoutumée.

Au bout de quelques minutes, les orques commencèrent à reculer devant les forces de la nouvelle troupe, Sylvain était fier de ses hommes et soulagé, il pourrait ramener les lunettes à Timmytown plus vite que prévu. Il allait ranger son épée quand un cri strident déchira la nuit.

Forêt de Illouporn – Lisière Nord – 05h56

Rocco marchait toujours sur son rythme très lent qui exaspérait tant les trois hobbits. Cependant, les arbres commençaient à s'espacer un peu plus, ils sortaient de l'épaisse forêt.

- Nous n'allons pas tarder à apercevoir Merdenbard, avant je venais souvent ici, j'avais deux trois plans cul dans un bosquet pas très loin, avec un peu de chance, je pourrais me tringler un saule pleureur avant de rentrer chez moi, au moins il pleurera pour quelque chose.

- Ferme vraiment ta gueule, répondit Xav.

Soudain, Rocco s'arrêta. Gui releva la tête, ils étaient hors de la forêt mais ils n'étaient pas encore à Merdenbard.

- Putain il s'est gouré ce con, je t'avais dit qu'il fallait prendre une boussole.

Cependant ils regardèrent plus attentivement, il y avait des souches d'arbres partout et la terre était recouverte de cendres, visiblement cette partie de la forêt avait brûlé.

- Nombre de ces arbres étaient mes amis, dit Rocco avec un trémolo.

- Que s'est-il passé ? demanda Damien.

Ils avancèrent davantage. Ils étaient en réalité au sommet d'une colline et aperçurent la tour noire en contrebas. Autour de celle-ci, un grand trou avait été creusé et de nombreuses machines infernales l'entouraient. C'était un puits d'Huruk.

- Herman ! tonna l'arbre. Ce n'est pas digne d'un magicien !

- Quel enculé, souffla Gui, moi ça m'aurait pas plus qu'il tue mes potes.

- Si encore t'en avais, rétorqua Xav.

- Toi ferme ta gueule, je vais t'en coller une.

- Shut up please ! intervint Damien.

Les trois hobbits regardèrent l'Ent et remarquèrent qu'il tremblait de fureur. Il poussa soudain un puissant cri rauque vers le ciel qui résonna sur toute la forêt durant des secondes interminables, même la nature semblait s'être arrêtée pour l'écouter.

- Rappelez-vous de ce jour, petits hobbits, aujourd'hui les Ents vont entrer en guerre.

- Hein ?! cria Gui en tentant de se déboucher les oreilles.

Ils virent du mouvement dans les arbres de la forêt et au bout de quelques minutes, plusieurs Ents sortirent à découvert pour les rejoindre. Tous étaient horrifiés de voir la forêt brûlée.

- La dernière marche des Ents !

Merdenbard – 06h08

- Vous avez pas entendu comme un cri ? demanda Gatti à Herman.

- Ta gueule, je regarde les Tortues Ninja tm, c'est sûrement un de ces connards de Ouargues.

Une fois l'épisode fini, il zappa sur WarTV où il avait une vue d'ensemble du Gouffre de Brèle.

- Parfait, ces idiots se sont enfermés dans leur fort, il n'y a plus qu'à enfoncer la porte et c'est gagné.

Gouffre de Brèle – 06h10

Dans la petite salle de Fort le Porc, tous les soldats restants étaient regroupés devant la porte assiégée, dernier rempart face à leurs adversaires. Le roi Couppey déprimait dans son coin. Franck faisait les cent pas devant ses trois camarades, il était agacé.

- N'y-a-t-il pas un moyen de s'échapper de ce trou à rat ?!

- Non, répondit Couppey avec lassitude, personne n'a jamais atteint le fort.

- Ben ça ne sera plus le cas dans trois minutes alors actionnez un peu vos méninges ! hurla Momo.

- A quoi bon ? Nous sommes fichus.

- J'ai pas prévu de mourir ici, fit savoir Ludo.

- Et les femmes et les enfants, vous allez les laisser mourir aussi ? demanda Franck avec véhémence.

- Que puis-je faire ?... soupira le roi.

- Il y a… il y a un passage… dit timidement un des soldats du roi, on l'a découvert avec Roger une fois après une soirée arrosée, on était avec deux putes qui nous ont…

- Faites sortir les femmes et les enfants par ce passage ! le coupa Franck.

- Ah d'accord, mais est-ce qu'avec Roger on doit aussi les…

- Ferme vraiment ta gueule ! lança Alex, bon et nous on fait quoi ?

- Gagnons du temps pour leur permettre de fuir, combattons.

- A un contre cent… à quoi bon… dit le roi.

- Je te jure je vais me le faire avant la fin celui-là, murmura Momo à Ludo.

- Ah bon, t'aimes plus les clebs ?

- Ta gueule.

Malgré son envie de le bifler… le gifler, Franck s'approcha du roi et lui dit :

- Chevauchez avec moi.

- Pour la mort et la gloire ?

- Pour votre peuple.

- Mon peuple ?

Le roi se tourna et vit les jeunes soldats apeurés qui maintenaient la porte fermée pour lui.

- Mon peuple…

- Oui ton peuple ! reprit Alex, maintenant bouge ton cul pedzou.

- Le soleil se lève, remarqua Ludo à travers une fenêtre.

- On s'en branle, répondit Momo.

- Non, on ne s'en branle pas du tout, rétorqua Franck, à vrai dire, c'est même une bonne nouvelle.

- Pourquoi ?

- Vos gueules, tous à cheval.

- Oui ! cria le roi revigoré, le cor de Brèle va résonner dans le gouffre une dernière fois !

- Je peux le faire ? Dites, je peux le faire ?! supplia Ludo.

- Vas-y mais fais vite, lui dit Momo avec un air maternel.

Les cavaliers se mirent en rang devant la porte, le roi en tête, Franck, Alex et Momo le talonnant.

- Cruauté, réveille-toi, dit le roi.

- Qu'est-ce qu'il dit encore ?... soupira Momo.

- Qu'importe le courroux, qu'importe la ruine, et que l'aube soit rouge !

- C'est ta mère que je vais ruinée.

- Je te trouve très grossier, nota Alex.

La porte céda et les Huruk n'eurent pas le temps d'entrer qu'ils se firent piétiner par une cinquantaine de chevaux. Avançant comme un ras de marée au milieu des vagues ennemies, les héros traversèrent tous le gouffre, piétinant, écrasant, déchiquetant tout sur leur passage. Ils arrivèrent dans la plaine devant le mur quand un grand rayon de soleil illumina le gouffre.

- Greg a dit de regarder à l'Est mais je ne vois rien ! s'étonna Franck.

- Ca fait bien cinq jours ? demanda Alex, moi j'en ai compté quatre.

- Merde !

- L'Est c'est de l'autre côté baltringue !

Et là, en haut de la colline sous le soleil levant, Greg se tenait fièrement sur son destrier blanc, son bâton et son épée en main. Tout le monde, même les ennemis s'étaient arrêtés pour le regarder.

- Tiens, le roi Couppey fait face seul, remarqua-t-il.

- Non pas seul.

Tinou apparut à ses côtés, une longue lance à la main. Puis Macky s'avança à son tour.

- Estéhirrims !

Une immense armée de cavaliers se montra, de quoi faire frémir les Huruk-hai.

- Pour le roi ! hurla Tinou.

Et ils dévalèrent tous la colline au triple galop.

Merdenbard – 6h28

Le soleil se levait aussi sur l'imposante tour de métal. Herman commençait à se bouffer les cheveux devant l'arrivée inattendue de Greg.

- Euh… maître… dit doucement Gatti.

- Ferme ta gueule sale merde ! Je te jure que je vais te faire bouffer ta merde et boire ta pisse si tu continues à venir me faire chier !

- Bon d'accord… mais vous devriez regarder par la fenêtre.

- Qu'est-ce qu'il y a ? T'as encore vu une pute ? Tu veux 10 euros pour…

Et là Herman vit une cinquantaine d'arbres qui massacrait son beau camp de guerre.

- Oh putain ! Voilà qu'ils me sortent des arbres maintenant !

- Qu'est-ce qu'on fait maître ?

- Ta gueule j'ai dit !

Herman devint tout rouge, il enfonça son poing dans les fesses de Gatti, en ressortit son repas de la veille et lui enfourna dans la bouche avec un cri dément.

- Tu l'avais pas volée celle-là. Bon maintenant, c'est l'heure de jouer au bucheron.

Il ouvrit son placard où il rangeait tous ses bâtons magiques, il prit le plus gros, un côté était composé de dents de scie.

- Je vais enfin tester mon batronçonneur !

- Quel nom de merde ! rétorqua Gatti.

- Tu veux une deuxième ration de merde ?!

- Non ça va, même si ce n'est pas aussi mauvais qu'on veut bien le croire.

Herman haussa les épaules devant tant de connerie et dévala l'escalier, sa toge volant au vent et activant sa tronçonneuse avec un regard fou.

- Je vais tous vous découper en rondelle !

- Maître ! cria Gatti depuis la fenêtre, regardez là-haut !

Herman leva les yeux. En haut de la petite rivière sur la montagne face à lui, les Ents étaient en train d'arracher le barrage.

- Oh non… l'agent immobilier me l'avait dit de ne pas construire sous un barrage… je comprends pourquoi le loyer est si raisonnable.

- Faites sauter le barrage ! Libérez les eaux ! hurla Rocco.

- Il va la fermer sa gueule, se plaignit Gui. Ils sont déjà en train de le faire.

Les bouts de bois cédèrent et une marée se déversa le long de la montagne vers un Herman abasourdi.