NVJM
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J'avais prévu de publier un chapitre parlant de Harry, mais j'ai fini celui-ci avant. Et puisque le sens de publication n'est pour l'instant pas important… bonne lecture !
UN MONDE A PART
Chapitre douzième : le cerveau de Pôdlad
- Jeune Hermione, sache que l'esprit et le corps sont deux choses différentes. La mort met fin à l'existence du corps mais pas forcément à celle de l'esprit : si celui-ci dispose d'une volonté et d'une force suffisantes, il reste entier. Mais un esprit unique ne peut rien faire d'intéressant. J'en veux pour preuve les fantômes, qui sont condamnés à avoir une vie pauvre et morne à souhait.
- Vous voulez dire que…
- Tu as compris. Les runes peuvent être directement reliées à un esprit afin de donner à celui-ci de puissants moyens d'action dans le réel.
- Et ce cerveau de runes est…
- …le Père Créateur.
…
- Le Père Créateur ? Celui que les sorciers considèrent comme l'incarnation du mal ?
- Oui, lui.
- Attendez, attendez. Vous voulez dire qu'il est resté en vie depuis près d'un millénaire grâce à ce cerveau de runes ?
- En vie est un mot un peu fort, mais oui, il n'est mort que de corps.
- Et il…
- Il t'entend. Il te voit. Il te sent. Il peut même te toucher s'il enchante des cailloux ou relie sont esprit au mien et à mon corps. Et il attend que tu te tournes vers lui pour te parler.
- Hein !
- Bonjour, jeune fille, fit soudain une nouvelle voix mentale, plus claire et humaine que celle de la basilic.
- Cette voix ! C'est ? Le…
- Le Père Créateur, oui. Tu ne me vois pas, mais mon esprit est bien là. Le cerveau de runes me permet de converser avec toi comme si nous étions physiquement en face à face.
- Je parle avec un mort… incroyable !
- Pas tant que cela. Les fantômes sont morts eux aussi. Et la mort n'est qu'un passage dans le chemin de la vie.
- Je parle philosophie avec un mort ! Je…
- Il serait temps que tu reprennes le contrôle de ton esprit…
Cette petite remarque eut le mérite de clouer le bec d'Hermione. Avant de la faire rire. La situation était si particulière que toute la tension nerveuse accumulée depuis un an entreprit soudain de s'échapper brutalement. Elle resta ainsi plusieurs minutes, s'appuyant contre la basilic intriguée.
- Elle a avalée une souris de travers Père ?
- Je crois que là, c'est plutôt un rat…
- Je vais chercher de quoi la soigner ?
- Non, elle va vite aller mieux.
Et en effet…
- Je deviens folle ! Ne put-elle s'empêcher de dire Hermione en un grand sourire.
- Crois-tu ? Demanda le Créateur. Il n'est pourtant pas donné à un esprit simple de parvenir à bout du labyrinthe de la chambre des secrets.
- Mais je n'en suis pas venue à bout ! Je ne sais même pas comment j'ai fait, je n'ai pas trouvé la moindre autre sortie que l'entrée !
- Peut-être parce que le labyrinthe n'était pas ce que tu croyais.
- Comment ça ?
- Tu pensais qu'il s'agissait d'un labyrinthe physique. Tout le monde le pense. En réalité, il s'agit d'une épreuve mentale. Le labyrinthe, ce ne sont pas les murs de pierre, ce sont les parois de pensées qui enserrent ton esprit. Le labyrinthe, c'est celui qui tente de le vaincre. Pour vaincre le labyrinthe, il faut se vaincre soi-même.
- …c'est une blague ? C'était aussi simple que ça ?
- La simplicité est en effet la difficulté. Mais il ne suffit pas de se vaincre soi-même pour sortir. Il faut rester aussi capable à sa sortie des lieux qu'à son entrée.
- Combien de personnes ont passé l'épreuve ?
- Presque dix mille. Tu es la première à ressortir.
- Quoi ?! Tous les autres…
- Sont morts d'inanition là-bas.
- Mais… mais je…
- Il n'y avait pas de corps car Lyghim fini toujours ses assiettes.
- Mais pourquoi donc avoir organisé une telle épreuve ?
- Pour choisir des gens capables de se maîtriser tout en déguisant le test derrière un rituel… mes contemporains aimaient beaucoup les rituels.
En cet instant, Hermione ne pouvait se considérer comme autre chose que choquée. La voix mentale qui conversait avec elle lui paraissait être complètement détachée des problèmes du monde réel, comme si toutes les actions, toutes les décisions lui semblaient d'une importance anodine.
- …il n'y a pas de sens plus profond ? demanda-t-elle finalement.
- Si. A ton avis ?
- Euh… je ne sais pas, peut-être… euh, non. Je ne vois pas quel intérêt il pourrait y avoir à faire ça. Par gens capables de se maîtriser, vous voulez dire des gens pouvant passer outre leurs sentiments ?
- Entre autres. Des gens pouvant être des esprits ne subissant pas la moindre influence de leurs corps.
- Mais quel intérêt ?
- Pouvoir choisir des gens capables de supporter le pouvoir.
- Le pouvoir ? En quoi est-ce dur à supporter, si ce n'est qu'en travaillant dix-huit heures par jour ?
- Le pouvoir est un fardeau très dur à porter, jeune fille. Et plus le pouvoir est grand, plus dur est le poids.
- Vous n'aimiez pas le pouvoir ? Vous l'avez pourtant eu, non ?
- Je l'ai eu, oui. J'en retirai une jouissance immense. Et cela m'effrayait. Il m'a fallu de grands efforts pour m'en échapper.
Hermione soupira en entendant cela.
Comment donc en suis-je arrivée à parler philosophie-politique avec un mort moi ? Sacrée journée…
- Dites, si vous n'aimiez pas le pouvoir, pourquoi l'avoir pris ?
- Parce que c'était un outil utile. J'en avais besoin pour atteindre mes buts personnels.
- Et vous l'avez lâché lorsque vous n'en avez plus eu besoin ?
- Je l'ai obtenu en 987. Je l'ai abandonné en 1007. Mais j'en ai eu besoin toute ma vie. Principalement à la fin.
- Pourquoi l'avoir abandonné alors ?
- J'avais plus besoin de privilégier d'autres choses que de m'occuper d'affaires gouvernementales. Et c'est parce que le pouvoir m'était absolument nécessaire que je m'en suis passé. Pour ne pas succomber à l'autoritarisme, qui aurait été contre-productif dans mon cas.
- Voilà que je mène une discussion politique avec un mort… suis-je devenue folle ?
- La folie n'est que l'un des chemins permettant de sortir du gouffre de la normalité. A mon époque, il n'y avait sans doute pas plus fou que moi.
Hermione ferma les yeux en entendant cela. Elle avait du mal à comprendre cette espèce de philosophie que lui servait le cerveau de runes. Il allait falloir qu'elle y réfléchisse par la suite, au calme. En attendant, mieux valait changer de sujet.
- Ces choses que vous deviez privilégier, c'était quoi ?
- J'ai toujours été passionné par la science et les expériences douteuses. J'ai lié le besoin technologique et l'envie de découverte.
- Et vous avez découvert quoi ?
- Quelques petites choses. Je me suis principalement concentré sur l'amélioration et la réforme de choses déjà existantes, telles que le potionnisme ou les runes. Et j'ai tenté de résoudre l'énigme qu'était la magie.
- Vous avez réussi ?
- Partiellement. J'ai résolu certains problèmes et j'en ai posé bien d'autres. Mais ma principale réalisation, c'est la confection de ce cerveau de runes par lequel je te parle.
- Pourquoi avoir conçu quelque chose d'aussi immense ? D'ailleurs, quelle taille fait ce… cerveau ?
- La taille d'un cerveau n'a guère d'importance. Selon la taille de calligraphie des runes, il peut être gros comme un caillou ou immense comme un pays. Le mien a ses premières runes à l'échelle d'une écriture manuelle standard, le reste ne mesure pas plus d'un nanomètre pièce. Au total, mon cerveau artificiel mesure quelques vingt mètres sur vingt sous une forme géométrique assez archaïque et irrégulière.
- Et quel était pour vous l'intérêt de bâtir un tel édifice magique, outre le fait de mesurer un défi ?
- J'avais besoin d'un puissant pouvoir magique.
- Pourquoi ?
Un soupir se fit soudain entendre dans l'esprit d'Hermione. Visiblement, le personnage du Créateur hésitait à parler plus avant. Il se décida pourtant.
- Je vais te répondre progressivement, jeune fille. Sais-tu ce que sont les Lois de sang ?
- Non.
- Il s'agit d'un ensemble de règlements moraux inscrits dans la génétique de tous les peuples magiques sous forme d'ADN magique.
- De l'ADN ? Vous connaissiez ça… au Moyen-Âge ?
- Je ne l'appelais pas comme ça à l'époque, mais oui, cela avait été découvert.
- Et vous l'avez inscrit dans l'ADN ? Comment est-ce possible ?
- L'ADN est un ensemble moléculaire constitué de milliards d'atomes. Les atomes et leurs généralités sont appelés aujourd'hui la matière « baryonique ». La magie est elle aussi constituée de particules d'énergie, elle a la même base que les particules baryoniques et peut dans une certaine mesure être reliée à elles. Mais si les atomes et compagnie sont « figés » dans le sens de stables, ce n'est pas le cas de la magie, qui peut accumuler des informations en quantité impressionnante. C'est là la base des lois de sang : des textes contenus dans des particules de magie. Une fois que j'ai eu réussi à réaliser cela sans lier les particules à ma personne, il m'a suffi de les relier aux particules de magie composant l'ADN aux côtés des atomes. J'ai créé des « branches » sur l'ADN, ajoutant ainsi sans apporter de modifications, imposant sans causer de transformations à la génétique naturelle.
- C'est magnifique tout ça, ça relève de l'exploit scientifique, mais je ne suis pas sûre de comprendre un point. Votre ADN spécial a quel effet ? Il influence les pensées des gens ?
- Non. Du moins, pas tout à fait. Vois-tu, en créant les lois, j'avais pour projet de réaliser plusieurs choses. Déjà, instituer une morale, puis ensuite me créer une arme. En plus d'insérer les lois à l'ADN, j'y ai aussi relié des particules de magie transformées en serment inviolable. Ainsi, transgresser certaines lois, totalement ou partiellement, entraîne automatiquement diverses peines : sortilèges de douleur, perte partielle, temporaire ou totale de magie, mort, ou extinction.
- Extinction ?
- Le corps et la magie sont désintégrés au plus profond d'eux-mêmes. Annihilés. Réduits à l'état d'énergie pure. Plus d'atomes, plus de particules de magie, plus aucune particule élémentaire, plus de quarks, plus d'informations… Ils ne sont plus existants que sous forme de souvenirs dans la mémoire d'autres personnes.
Hermione ne put s'empêcher de pâlir en s'imaginant ce que cela signifiait.
- Pourquoi avoir choisi comme peine un moyen aussi radical que celui d'une extinction ? La mort ne suffisait-elle pas ?
- Non, car vois-tu, je ne suis pas le premier à avoir eu l'idée d'une manipulation de la magie au plus profond d'elle-même. Le Père Fondateur a toujours eue une grande curiosité pour la nouveauté, malgré le fait qu'il soit sans doute le plus intolérant de sa fratrie. A vrai dire, tout ce qui peut lui être d'un avantage est le bienvenu pour passer sous ses déformations idéologiques. Il n'est pas surnommé fondateur pour rien : il est celui qui a créé la déification de sa famille.
- Comment a t'il fait ?
- Il a modifié son ADN et celui de ses frères et sœurs. Bien qu'il ne sache sans doute rien de la réalité de la vie et se contente de rituels.
- Vous voulez dire qu'ils se sont améliorés eux-mêmes ?
- Oui, mais surtout ils ont inclu dans leur ADN une sorte « d'admiration forcée » et « d'obéissance forcée » envers leurs personnes. Cela fait que tous leurs descendants, les sang-pur et une large partie des sangs-mêlés, sont soumis à eux et leur constituent une force armée d'une immense puissance. Ce fait nous en ramène aux lois provoquant l'extinction : cette peine n'est liée qu'à celles interdisant toute obéissance aux Parentaux.
Face au flot d'infirmations qu'il recevait, le cerveau d'Hermione tournait à plein régime. Elle n'eut aucun mal à comprendre l'implication de ces mots.
- Vous voulez donc dire que… vous aviez pour but d'exterminer tous les sang-pur ? Vous vouliez les tuer alors qu'ils vous obéissaient, qu'ils faisaient partie de votre propre peuple ?
- Exactement.
- Mais ! C'est monstrueux !
- Oui. Mais ce n'est pas pire que d'envoyer au combat des millions de soldats et d'enterrer ces mêmes millions… J'étais opposé aux Parentaux, ils pouvaient user de leur armée de descendants à tous moments et causer des ravages phénoménaux. J'avais le choix entre ces deux possibilités. J'ai fait mon choix. Je n'ai usé de la guerre que le temps de mettre en place les lois de sang.
- Je comprends votre point de vue, mais… si vous avez fait tout cela, pourquoi les sorciers de sang-pur et de sangs-mêlés sont-ils encore en vie aujourd'hui ?
- Parce que je n'ai pas pu les soumettre aux lois de sang.
- Pourquoi ?
- Premièrement, ils les ont refusées. Deuxièmement, car leur opposition politique démocratique s'est transformée en rébellion après ce refus. Troisièmement, car ils m'ont tué.
- Ah… je vois. Vous avez donc involontairement provoqué la fin de votre propre œuvre.
- En quelque sorte, oui.
- Mais… je ne vois toujours par pleinement quel est l'intérêt d'une action telle que l'extinction ? La mort…
- La mort détruit la vie, dit-on. En réalité, la mort met fin à la partie « physique » de la vie, au corps. Elle fait disparaître la partie atomique de l'ADN. Après la mort, il reste toujours la partie magique, qui bien qu'elle ne soit capable de rien n'en est pas moins là, présente sous forme d'informations dans la réalité. Sur les milliards de particules de magie qui la composent, toutes renferment toutes les informations possibles et imaginables sur le magique et le physique de tous les êtres vivants dont elles ont un jour fait partie. Ces informations sont ce que l'on nomme le « code magique », par référence au « code génétique ». Et ce code est tout ce qu'il faut à un bon pratiquant des arts de l'esprit pour restaurer l'esprit d'une personne.
- Vous voulez dire… ressusciter ?
- Exactement.
- La résurrection ! C'est incroyable !
- Ce n'est pas aussi simple que tu sembles le penser. Un code magique renferme des milliards de milliards d'informations inhérentes à toutes les choses que ses particules de magie ont un jour composé. Avant de restaurer la partie qui nous intéresse, il faut parvenir à la trier de la masse, à l'isoler d'elle afin d'éviter des interactions. Il faut vérifier des milliers de fois afin de ne rien oublier. Imagine-toi que la résurrection d'une âme est comme devoir vérifier une succession de milliards de milliards de chiffres du premier jusqu'au dernier à chaque fois que tu en ajoutes un. Cela demande un temps phénoménal. Une vie entière ne suffit pas à un esprit pour recréer un esprit. Et même en cas de miracle, l'oubli ou l'erreur le plus insignifiant du moindre chiffre peut provoquer des chamboulements phénoménaux : résurrection de la mauvaise personne, résurrection quelques secondes avant la mort naturelle, résurrection d'un homme sage et calme en une brute sanguinaire assoiffée de sang… et encore bien d'autres possibilités.
- Ah… je me sens moins enthousiaste tout d'un coup. Autant de calculs, je doute que même un ordinateur puisse s'en tirer en temps.
- Un ordinateur, non. Mais un cerveau, oui.
Hermione ouvrit de grands yeux en entendant cela. Et l'on en revenait au point de départ !
Fascinée par tout ce qui lui était dévoilé, elle écouta la voix mentale du cerveau de runes lui parler des heures durant. Elle adorait en apprendre toujours, et elle était servie. Le savoir accumulé par le Père Créateur était gigantesque. Elle était si absorbée qu'elle ne rechigna même pas lorsque Lyghim lui apporta une souris grillée au pentacle. Et elle alla dormir dans un coin la tête fourmillant de pensées.
…
- Lyghim ?
- Oui, Père ?
- Que penses-tu de cette jeune fille ?
- Elle est prometteuse. Elle ne s'est pas laissée prendre dans le moindre de vos pièges. Et elle a visiblement un esprit parfaitement ouvert et très intelligent.
- Oui. Elle sera très bien pour mes plans… très bien.
FIN DU CHAPITRE
UMAP
Saurez-vous découvrir les deux pièges qu'Hermione et Lyghim n'ont pas repérés dans la conversation avec le Père Créateur ?
…
Pour les lecteurs de UHDS qui se posent la question : le Père Créateur y est-il dans la même situation que dans UMAP ? La réponse est… oui et non. Oui, car oui et non car… pas tout à fait. Je vous laisse poireauter là. ^^
