NVJM

Ça y est ! UMAP est devenue ma fic avec le plus de succès ! Merci à vous tous ! Merci aussi pour vos propositions de noms. Parmi les plusieurs possibles, deux m'ont plu : « Oenigma » de Faenlgiec et « Mori Gena » de Lusaphira (si vous ne connaissez pas ces auteurs, n'hésitez pas à aller les lire ! Ils valent le détour). Le résultat de ce que cela m'a inspiré apparaît donc en partie dans ce chapitre, et la suite viendra dans quelques temps... plus d'infos dans les annexes de fin de chapitre.

Ce chapitre d'UMAP parle d'un sujet qui a récemment fait couler beaucoup d'encre dans notre actualité réelle… l'homosexualité. Aussi, je vous prie de ne pas oublier que les conceptions extrêmes des sorciers ne sont pas les miennes.

UN MONDE A PART

Chapitre dix-huitième : Ænigma Eald (I)

Poudlard, le lendemain.

« Hum ? Où suis-je ? »

Il faisait jour… l'infirmerie de Poudlard, comme à son habitude, était plongée dans une bienfaisante clarté. Tout autour de son carré isolé par des draps s'activaient les infirmiers dirigés d'une main de fer par la matriarche Pomfresh.

Que faisait-elle là ? Tentant de réunir ses pensées, Hermione se redressa tant bien que mal, le corps étrangement lourd et engourdi.

« Bwarf, mais qu'est-ce qui m'arrive ? A croire que j'ai avalé toute une potion soporifique… »

Une froide crainte s'insinua soudain dans son ventre alors que les souvenirs des jours précédents lui revenaient violemment. Dumbledore ! Ses serments ! Et… les manipulations de ce vieux fou ! Ah, il l'avait bien eue ! A réussir à ainsi transformer une situation précaire comme la sienne en position dominante… il était vraiment un politicien expérimenté. Mais pas question désormais de se laisser faire, il fallait qu'elle réagisse et reprenne la main !

« Lyghim ? Pensa Hermione. Où es-tu ? »

Il n'y eu aucune réponse. « Sûrement partie à la chasse à la souris », se rassura-t-elle. Bien qu'une inexplicable sueur froide la saisit soudain.

Elle entreprit alors de se lever, cherchant ses vêtements du regard, avant de précipitamment se réfugier sous ses draps. « Pourquoi je suis toute nue ?! » Elle n'eu guère le temps de s'interroger plus avant que ses murs de draps s'écartèrent pour laisser passer la matriarche et… le directeur.

« - Vous voyez Albus, je vous l'avais bien dit ! Les potions ont fait leur effet à la perfection.

- En effet Pompom, répondit-il en détaillant une Hermione incompréhensive. Le résultat est bien mieux qu'auparavant.

- Mais de quoi est-ce que vous parlez ? » Demanda la jeune fille.

Pour toute réponse, Pomfresh lui tendit une feuille sur laquelle s'étalaient de nombreuses notes.

Taille : 155 centimètres, + 10.

Potentiel de croissance : + 20, à 180 cm.

Poids : 47 kilogrammes, + 2. Runes de minceur actives.

Repigmentation de la peau : type germanique pâle.

Coloration des cheveux : blond pâle.

Autres modifications : dentition refaite.

Poitrine : + 250 % sortilèges mammaires activés.

Hermione cru soudain qu'un océan gelé se déversait sur elle.

« - MAIS C'EST QUOI ÇA ?! » hurla-t-elle d'une voix si aigue qu'elle lui perça les tympans.

Seul le silence lui répondit… et Dumbledore fit apparaître un miroir qu'il lui tendit sans hésiter. Le choc fut instantanément si grand qu'elle s'évanouit à nouveau sur place.

Devant elle, ce n'était plus Hermione Granger. C'en était fini de la brune aux dents de lapin et aux points de rousseur épars. Maintenant, il y avait une fille aux longs cheveux blonds quasi blancs, à la dentition parfaite éclatante de blancheur et à la peau de porcelaine.

« - Il semblerait qu'elle ne s'attendait pas à une telle modification, dit Pomfresh. C'est presque toujours comme ça… vous pouvez rester ici professeur, elle se réveillera d'ici une petite heure. »

Un peu plus tard…

« Jchui où ? »

Un œil furtivement ouvert lui révéla des poils. Elle grimaça soudain et se mit à réfléchir. « Voyons, les sorciers ont horreur des poils. Autrement dit, ça appartient soit à des cheveux soit à une barbe. Et vu la façon dont c'est attaché…

- Qu'est-ce que vous faites encore là ? Demanda-t-elle pâteusement en tentant de se réfugier sous ses draps.

- Nous avons encore beaucoup à parler jeune fille, lui répondit Dumbledore.

- Pourquoi vous m'avez fait tout ça ? Rendez-moi mon corps ! C'était pas prévu !

Il soupira lourdement. « Je n'avais pas le choix. Tu es restée endormie plusieurs jours durant, et il fallait pourtant que nous agissions conformément à notre plan. Je me suis donc chargé moi-même d'appliquer les modifications nécessaires.

- Mais pourquoi un changement de corps ?! Ce n'était pas utile !

- Bien entendu que si ! Tu t'imagines vraiment une jeune fille parvenir à s'imposer dans notre monde avec des herbes hautes à la place des cheveux, des dents de lapin en guise de décoration, des points de rousseur et ainsi de suite ?

- Mais pourquoi m'avoir changé à ce point ?

- Les cheveux blonds et la peau pâle sont les critères de beauté courants dans le monde sorcier. Si tu veux avoir la moindre chance de trouver un concubin qui te plaise pour tes treize ans, alors tu as intérêt à avoir un large choix de prétendants… et cela passe par une apparence à la mode et une poitrine attirante. N'oublie pas que, même si tu es désormais vouée à avoir du pouvoir, tu n'en es pas moins une femme. De fait, les politiciens te feront toujours passer au second plan dans bien des domaines… De plus, un grand nombre de gens connait Hermione Granger et associe immédiatement son physique à une née-de-moldus. Nous n'aurions pas pût changer ton nom et ton histoire en gardant ton apparence.

- …pourquoi est-ce que mon évanouissement a duré aussi longtemps ?

- Tu étais vraiment très fatiguée lorsque tu es tombée. J'ai donc jugé utile de te donner un somnifère jusqu'à ce que tu sois remise. Bien entendu, le fait que cela arrive au moment où nous avons énormément de décisions capitales à prendre te concernant, de même que le fait que j'ai dû être le seul à m'en charger, est un parfait hasard… »

Même en se forçant, il n'aurait pas put parler avec une voix plus hypocrite et mensongère.

« - …

- Tu reviendras en cours dès demain, ajouta-t-il. Il ne devrait pas t'être trop difficile de t'intégrer, il y a tant d'élèves que tu pourras passer inaperçue sans souci. Je me rendrais disponible presque tous les jours de vingt-trois heures à une heure du matin, tâche d'être présente. Nous aurons énormément de travail à mener dans les prochains mois.

- Et… ce qu'on avait dit ?

- Comme prévu, tu recevras dès demain l'accès à un coffre à Gringotts, pourvu de cent galions. A toi seule de les faire fructifier. Tu recevras demain matin les mots de passe aux différentes salles communes ainsi que l'accès aux cuisines, à la réserve de la bibliothèque et aux salles de potionnisme. Une salle de duel nous sera aussi réservée pour ton entraînement, il te suffit de te rendre dans le quartier des combats et de parler à un responsable. Si tu veux plus toutefois, tu devras le mériter… » Puis il se leva pour s'en aller. « Nous nous reverrons demain pour ta cérémonie de présentation. Soit dans mon bureau à dix-sept heures précises. » Sur ce, il s'en détourna.

Le regardant froidement, statique, Hermione murmura : « que les Lois vous fassent crever… » …et elle attendit de jouir de joie en le voyant s'effondrer au sol.

…mais rien ne se passa, à son plus grand désarroi. Passant d'un extrême à l'autre, elle prit soudain peur et commença à trembler.

« - Allons, calme-toi jeune fille. Ne vas pas t'énerver, fatiguée comme tu l'es.

- Pourquoi ça ne vous fait rien ? » Ne put-elle s'empêcher de demander en tentant de reculer sur son lit, effrayée. « Pourquoi ? »

Le regard de Dumbledore s'illumina soudain d'une lueur mauvaise.

« - Tu as vraiment été bien sotte de croire que tu étais en position dominante grâce à ta connaissance des Lois de sang… bien peu de sorciers les connaissent certes, mais ces quelques sont dépositaires d'un savoir très important. Autrement dit, ils connaissent les Lois par cœur pour pouvoir s'en servir dans leur intérêt » S'approchant de sa protégée, il lui susurra à l'oreille : « les lois de sang ne t'obéissent pas à toi, Hermione. Elles sont leur seul maître. Je serais puni non pas si je t'ai désobéi, mais seulement si elles considèrent que je l'ai fait. Tant que je respecterais mes serments dans leur intérêt en premier lieu, je n'aurais rien à craindre. Tout ce que tu pourras leur demander sera synonyme d'injustice et ne sera pas appliqué… pour la simple raison que pour elles, ça n'a pas été toi qui accomplissait leur volonté.

- Vous êtes un salaud, » gémit Hermione en enfouissant sa tête entre ses genoux, laissant des larmes perler à ses yeux.

« - Tu n'as qu'à reprendre la main en ce cas, jeune fille. Je te souhaite bonne chance… toi qui ne connais que quelques Lois sur les centaines existantes. »

Et il s'en alla de la chambre en éclatant d'un rire joyeux. « Sois la bienvenue dans ce monde, Ænigma Eald ».

UMAP

Au même moment, dans les appartements de Harry et Daphné…

« - Voyons donc ce bouquin…

« Les pures femmes purement respectueuses de la pure religion se doivent d'accomplir chaque jour divers rites de purification. Outre des ablutions consciencieuses au lever, le midi et au coucher, elles doivent se forcer à prendre un air correspondant à la Mère qu'elles ont choisi d'honorer : enjouée pour la Mère Sensitive, animée d'un incessant sentiment maternel pour la Mère Génitrice, etc.

Le moment le plus important pour elles reste toutefois celui de la pure prière. Celle-ci doit avoir lieu au moins cinq fois chaque jour : au lever, en cours de matinée, le midi, en cours d'après-midi et au coucher. En faire plus est une possibilité conseillée, toutefois au choix de la sorcière. Les jeunes filles n'ayant pas encore été bénies lors de leur première pure cérémonie de purification se contenteront d'accomplir une consciencieuse prière orale. »

Harry arrêta là sa lecture, satisfait. Ainsi donc, avec Daphné seule il aurait le droit de recommencer à prier au moins cinq fois par jour ? Intéressant…

Relevant la tête de son livre, il en vint à observer son esclave à travers le mur transparent de la salle de bain. Il n'y avait jamais vraiment fait attention jusque là, prenant cela pour une habitude ou un complexe, mais elle respectait effectivement très scrupuleusement les rites sorciers. Il n'y avait pas une journée où elle ne s'était pas lavée à trois reprises… hormis lors des épreuves de fin de première année, où ça avait été difficile. Son humeur s'en était d'ailleurs nettement ressentie.

Harry ne savait plus trop que penser de ses rapports avec son esclave. Surtout depuis la veille et leur première pure purification orale. Le moins qu'il pouvait dire, c'est que cela lui avait immensément plu. Et malgré l'hésitation commune qu'il partageait avec Daphné, il avait bien envie de recommencer. Le plaisir qu'il avait ressenti en jouissant n'avait jamais eu de pareille, même lorsqu'il avait « purement » torturé son très cher oncle ou « sans faire exprès » saboté la voiture de Marge. Malgré sa réticence première, il sentait qu'il ne lui faudrait pas longtemps pour avoir envie de purement prier à de nombreuses reprises.

Mais son envie ne se limitait pas cela. Quelque chose avait changé la veille… une sorte de chaleur indescriptible qui l'envahissait lorsque Daphné se tenait à côté de lui, une satisfaction intense lorsqu'elle prenait soin de lui… il sentait même que si elle tombait un jour malade, il serait heureux de prendre soin d'elle. Pour lui qui se plaisait et se targuait à dire que son asexualité lui évitait les bestiales pulsions des hommes, il s'étonnait d'enfin ressentir de telles émotions… et surtout d'aussi fortes. « Qu'est-ce qui m'arrive ? Je suis en train de tomber amoureux ou quoi ? » se demanda-t-il en voyant son esclave sortir de la salle d'eau.

Séchant ses cheveux avec une serviette, Daphné sortit de la salle de bain pour aller prendre des vêtements propres dans son armoire, lorsqu'elle croisa le regard de son maître. Elle baissa soudain les yeux en rougissant incontrôlablement, à la fois heureuse et honteuse. Heureuse de le voir l'admirer et de savoir qu'elle lui plaisait, et honteuse de son comportement à son égard ces derniers mois. Car en effet, pendant un certain temps, elle s'était mise à ne plus vraiment avoir confiance en lui. Elle ignorait pourquoi, mais elle ressentait une certaine lassitude à tout… jusqu'à ce que l'évènement de la veille l'emplisse d'émotions. Pour elle, simple esclave, avoir un maître aussi libéral que le sien était un miracle. Et avoir un maître qui la satisfaisait…

« Pourvu qu'il me pardonne », pensa-t-elle à nouveau. Elle considérait en effet que le manque d'attention qu'elle lui avait fourni était indigne de toute la gentillesse qu'il éprouvait à son égard. Surtout la veille… alors qu'il était normalement interdit aux jeunes filles qui n'étaient pas purificatrices de purement prier oralement avant d'être bénies, lui avait acquiescé à sa demande et l'avait laissée œuvrer sans la moindre opposition.

Lorsqu'elle s'était retrouvée à travailler, Daphné s'était étonnée à ressentir un exceptionnel flot d'émotions. Tout au long de sa prière, elle avait eu le visage tout rouge et les mains tremblotantes d'un mélange de plaisir, de satisfaction et d'hésitation. Il n'était pas bien difficile d'analyser tout cela… son affection pour son maître entrait dans un nouvel âge. Le voir accepter de prendre des risques de punitions à cause de sa propre témérité religieuse avait comme débloqué quelque chose en elle. Toute la nuit durant, elle avait rêvé de son maître… mais pas de servitude, non. Elle s'était imaginée être toujours à ses côtés, souriante et heureuse, tandis que lui prendrait soin d'elle…

Malgré son jeune âge et son inexpérience, il ne lui fut pas difficile d'analyser son étonnant comportement. « Je crois que je deviens amoureuse… »

Sentiment qui se conforta lorsque, achevant de sécher ses cheveux, elle entendit Harry l'appeler. « Daphné, dit-il, je crois qu'il est l'heure pour toi de prier… ». Appel auquel elle ne resta pas insensible. Se dépêchant de revenir aux côtés de son maître, elle se serra contre lui quelques instants avant de se baisser dans une autre direction que son visage et d'œuvrer avec moins d'hésitation que la veille.

De son côté, Harry sentit de nouveau un flot de sentiments l'envahir. Après quelques minutes d'un incontrôlable vide mental, il se laissa retomber sur son lit en serrant Daphné dans ses bras, et se prit à réfléchir.

« Seulement deuxième fois, et j'étais déjà fatigué… il faudrait que je trouve une recette de potion d'endurance, ou que je maîtrise le même sort que la gardienne de Dame Luna. Ce serait bien pratique… »

Et il se prépara pour une très… jouiyeuse journée.

UMAP

En milieu de matinée.

Quelques heures auparavant, il n'avait pas fallu bien longtemps à Ænigma-Hermione pour reprendre le contrôle de son esprit. Parce qu'elle commençait à s'habituer à se faire sans cesse manipuler, elle prit le ton et entreprit des efforts colossaux pour se relever du gouffre dans lequel on l'avait fait tomber. Quitter sa cellule de l'infirmerie avait été d'une immense difficulté… l'appel des draps était si tentant ! S'y enfouir pour se cacher de la terrible réalité, s'endormir et se réveiller le lendemain en s'apercevant que « tout cela » n'avait été qu'un cauchemar… mais, l'esprit sans cesse rationnel, elle n'eut pas grande peine à se détacher de ses tentations pour se convaincre de l'utilité de se rendre aux cours qui l'intéressaient ou lui étaient nécessaires. Entre autres en cours de théologie…

Dans la salle jadis embrumée par les émanations suspectes du bicorne du purificateur de l'école, l'ambiance était toute particulièrement studieuse. D'une part parce que la purificatrice était encore sous le choc de la disparition de son époux et ne tolérait pas la moindre rumeur, et d'autre part parce que le sujet étudié aujourd'hui revêtait une importance toute particulière dans la société sorcière… il était en effet là question de la famille et de sa définition pour la pureté, c'est-à-dire pour la religion des parentaux.

Tout dans l'historique, les traditions et les volontés des sorciers n'avait qu'un but : s'approcher autant que possible de leurs divins ancêtres. Et ceux-ci étaient entre autres l'incarnation par excellence de l'union amoureuse, mentale et charnelle du mâle et de la femelle. En conséquence, les mœurs sorciers étaient imprimés d'une conception du couple radicalement hétérosexuelle : pour eux, toute idée d'homosexualité –féminine ou masculine- était une aberration absolue qui ne pouvait avoir qu'une seule conséquence : l'extinction totale et absolue des « coupables ».

C'est entre autres cette particularité qui avait fait que, des siècles et des millénaires avant la fondation de l'Empire, l'Inquisition et ses équivalents de tous temps étaient fermement opposés à cette possible orientation. Il en était de même dans les origines du monothéisme moldu, lorsque Yhwh et Achéra, en tant que couple, se confondaient avec les Parentaux et partageaient le pouvoir divin. Et c'est pourquoi, parmi une multitude d'autres raisons plus ou moins compréhensibles, le libéralisme sexuel des moldus était un prétexte « absolu, éternel et inébranlable » pour justifier la haine totale des sorciers à l'égard des non-magiques.

« - Nous allons maintenant étudier les moyens purement mis en œuvre, jadis et aujourd'hui, afin de lutter contre la dégénérescence homosexuelle. Pour cela, nous allons prendre les exemples de deux affaires qui se sont déroulées ici-même, entre les murs de notre pur institut.

La première affaire remonte à il y a bien longtemps, et sa mémoire s'est en bonne partie perdue dans les affres de la consanguinité des impurs lorsque ceux-ci avaient établi une domination sur nous autres éminemment purs.

Autrement dit, pensa Ænigma-Hermione, à l'époque du Père Créateur

- A cette affreuse époque d'incessantes querelles et d'innomabilités morales, » reprit la purificatrice, « la débauche était chose courante. Via la gestation incessante de rejetons impurs, des sous-êtres tels que les Vélanes ou les Nymphes avaient répandu de par le monde le culte d'une beauté perverse et déformée, vouée à leur seul intérêt. Cela avait eu pour effet de promouvoir une domination sans partage d'une pseudo-beauté féminine sur le physique masculin. Conséquence de cette domination, les femmes se lassèrent en grand nombre de leurs pères, maris et fils, et en vinrent à s'aimer entre elles, promouvant en masse le lesbianisme et ses effets dévastateurs sur la morale et la décence (IV).

Ça va totalement à l'encontre de ce que m'on raconté Lyghim et son oncle… à savoir que la liberté d'orientation sexuelle était un choix clairement défini par toutes les lois, malgré une ouverture d'esprit encore influencée par les Moldus. Mais ce n'est pas très étonnant que leur version ne soit pas la même que celle de la « pure religion »…

- Cette terrifiante propension à la décadence révolta alors nos purs ancêtres, qui se levèrent, marchèrent et purifièrent massivement les impures, mettant ainsi fin à leur aberration morale.

Quoi, c'est tout ? Son histoire est déjà finie ? C'est une blague ? Je sais bien que cette époque est censurée par le pouvoir et qu'il est éminemment interdit d'en donner de trop grandes informations, mais tout de même… comment ne peut-on pas voir à quel point l'histoire enseignée est déformée par la censure ? Ça me dépasse ! Il va falloir que je change ça…

Toute à sa réflexion, Ænigma-Hermione ne prêtait guère attention à ses voisins de table. Elle aurait peut-être bien dût être plus attentive… en effet, à moins d'un mètre à côté d'elle se tenait ni plus ni moins que Dame Luna et sa dame de compagnie. Si la ridée paraissait enchantée de pouvoir à nouveau entendre de « si purs et glorieux » textes du passé, sa protégée semblait s'en contreficher avec une nonchalance particulièrement étonnante.

« - Maintenant, reprit la purificatrice, nous allons parler de la seconde lutte contre la décadence morale inhérentes aux impurs, consanguins et autres moldus, puis nous étudierons les moyens mis en œuvre pour éviter la contagion et lutter contre la transmission de leur déchéance à notre pur peuple. »

Je rêve ? S'étonna Ænigma-Hermione. Elle croit que l'homosexualité est une maladie ? Quelle… grr ! Je ne trouve pas de mot suffisamment fort pour définir cette ânerie !

Ces pensées ne tombèrent pas dans l'oreille d'une sourde. En tant qu'élue chargée dans l'avenir de devenir la représentante de la Mère Génitrice, Dame Luna avait reçu avant d'entrer à Poudlard une formation très particulière ayant pour but de lui donner pour l'avenir des avantages très spéciaux … après tout, il ne fallait pas prendre le risque de voir une personne déjà aussi gradée qu'elle se faire manquer de respect. Entre autres avantages, elle avait bénéficié d'un apprentissage poussé de la pratique et de la théorie des arts de l'esprit. Même s'il lui faudrait de très nombreuses années d'un travail acharné pour pouvoir être considérée comme ayant un niveau correct, elle parvenait d'ores et déjà à capter les pensées immédiates de ses interlocuteurs proches. « Intéressant ce que pense cette jeune fille, » réfléchit-elle mentalement. « Il faudra que je la surveille de près. »

Ne prêtant plus guère attention au cours –d'une part parce qu'elle le connaissait par cœur et d'autre part parce que la purificatrice n'oserait pas lui dire quoi que ce soit-, elle continua à rêvasser en regardant d'autres personnes. Son regard se posa bien vite sur son voisin de chambrée, notre cher Harry. Assis aux côtés de son esclave, celui-ci semblait particulièrement concentré à rédiger quelque chose qui avait l'air très important… du moins, à en juger au fait que Daphné surveillait les alentours pour vérifier s'ils n'étaient pas épiés. Encore un qui avait l'air intéressant… et même tout particulièrement. Surtout à en juger par sa capacité physique à la prière…

Quittant momentanément ses réflexions, Luna revint au cours et à son sujet.

« - Il y a de cela environ quatre siècles, peu après la purification des impures lesbiennes, un nouvel impur fléau s'abattit sur notre pur peuple. D'immenses armées de vampires, -immense du point de vue de l'époque- jaillirent sans prévenir d'Europe de l'est en de nombreuses colonnes de barbarie qui pénétrèrent profondément dans les entrailles de notre société. Il s'ensuivit une guerre de purification massive, nommée la « Guerre de sang », qui s'étala sur plusieurs dizaines d'années entre la partie libre de notre peuple –à l'ouest des alpes- et la partie occupée par les impuretés, à l'est des alpes. Les escarmouches, infiltrations et autres batailles rangées se succédèrent des années durant, accumulant les morts de tous côtés.

Dans la partie de notre territoire qui se retrouva soumise aux vampires, nos ancêtres souffrirent des vices innommables de leurs envahisseurs à un point qu'il m'est difficile de décrire. De par leur nature bestiale et assoiffée de sang, les vampires ont des mœurs sexuels extrêmement barbares. Pour eux, les femmes ne sont guère plus que des poupées inertes inutiles à l'action du coït pour toute autre chose que la reproduction. En effet, les vampires sont mus par une soif sexuelle incessante et particulièrement violente. Ils copulent entre eux parfois jusqu'à dix fois par jour ! »

Pour la purificatrice, cela paraissait être la pire chose possible et imaginable. « Bien entendu, » reprit-elle, « il n'est pas bien difficile de s'imaginer les terrifiantes tortures qu'ils infligèrent à nos pieux ancêtres. Les femmes furent refoulées au rang d'objets et privées de pures prières parfois des années durant, tandis que les hommes furent massivement enchainés et déportés dans des camps où ils se retrouvaient rapidement alignés, nus, pour servir de vides-couilles aux impurs… »

La fanatique s'arrêta là, visiblement bouleversée en s'imaginant les scènes qu'elle décrivait. « Quelle folle », songea Ænigma-Hermione.

« - Nous allons maintenant parler des pures œuvres punitives mises en place par nos purs et glorieux ancêtres pour lutter contre les aberrations. Dans le cas des lesbiennes de l'Âge de La détresse, tout d'abord.

A cette époque, ces impies étaient en un si grand nombre que nos ancêtres ne purent en premier lieu pas faire grand-chose contres elles. Il leur fallut pour cela attendre la renaissance de l'Histoire après l'Âge de l'Horreur, lorsque, à force de pures purifications et prières reproductives, ils se retrouvèrent finalement en plus grand nombre que les impurs. A ce moment, ils mirent en œuvre, pour la première fois de notre pure histoire, une glorieuse invention qui a depuis été appelée « l'industrie de la purification ». Cette méthode consistait à regrouper tous les troupeaux d'impies dans des camps où elles se retrouvaient toutes resserrées les unes contre les autres en attente de leur purification. A l'origine, il fut bien entendu prévu de les purifier rapidement, mais afin de ne pas perdre de ressources et de se glorifier auprès de nos Pères et de nos Mères par de bonnes actions, nos ancêtres décidèrent de les violer en grand nombre afin de leur faire définitivement passer le goût du lesbianisme. Des milliers, des dizaines de milliers, des centaines de milliers d'hybrides virent le jour des années durant, donnant naissance et alimentant le glorieux marché des ingrédients de potionnisme. Cheveux, peau, ongles, liquides corporels, organes divers, fœtus morts-nés, etc, devinrent enfin, après des siècles de disette, des éléments communs au quotidien de nos purs ancêtres. Le plus grand apport reste toutefois celui obtenu par la purification des milliers de nouveau-nés purement purifiés. Les rejetons de Vélanes étant presque toujours exclusivement des filles, le sang de jeune vierge fit ainsi son apparition, cessant d'être une légende pour devenir une réalité.

Après quelques vingt années d'un élevage intensif, nos ancêtre cessèrent finalement d'engrosser les impures et se firent un pur plaisir purement pur de les purifier avec la plus grande lenteur imaginable. Si malheureusement quelques monstruosités parvinrent à s'échapper, la quasi-totalité fut ainsi purifiée, et la population des Vélanes passa d'un demi-million avant l'œuvre glorieuse de nos ancêtres à moins de cinq-cents être purement brisés après. » (VI)

A sa place, Ænigma-Hermione se maudissait une fois de plus d'avoir une imagination florissante, et se sentait prête à vomir. Il n'était en effet pas bien difficile de se représenter toutes les horreurs que ces propos signifiaient… quelle horreur ! Lyghim lui avait parlé des exactions centenaires des sorciers, mais elle gardait encore espoir qu'il ne s'agissait pas de génocides entiers. Ses ultimes traces d'innocence enfantine s'envolèrent finalement…

« - Maintenant, reprit la purificatrice après une petite pause, nous en arrivons à la pure purification des innommables pédophiles (VII, VIII), plus de quarante années après le début de leur impure invasion.

L'ampleur du crime des vampires surpassait très clairement celle des Vélanes. C'est pourquoi il fut purement décidé de procéder à leur encontre à une purification de la plus extrême lenteur. Les vampires dépérissant lorsqu'ils manquent de sang et se décomposant vifs lorsqu'ils sont trop exposés à la lumière solaire, il ne fut pas très difficile de trouver une peine à la hauteur de l'immensité de leur impureté. Après avoir été dépossédés de leurs ressources corporelles en faveur du marché du potionnisme, ils furent soignés puis enfermés dans des cercueils de verre teinté placés en extérieur… la coloration du verre empêchait les vampires de prendre feu et de mourir en un instant, mais ne leur permettait pas d'échapper aux brûlures et à la décomposition… plus de cinquante années durant, les vampires furent ainsi soignés, punis, puis soignés de nouveau et ainsi de suite jusqu'à ce que tous ceux de nos ancêtres qui avaient subi leur innommabilité sexuelle aient finis par quitter ce monde pour rejoindre nos purs Pères et Mères. Puis, sur ordre de Sa Sainteté Monseigneur Magelus Soinner, les cercueils furent ouverts en plein jour durant la pure cérémonie qui consacra la fondation de notre pur empire. C'est à cette époque que les feux de joie sont entrés dans nos traditions, et que nous purifions vifs des impurs lors de l'anniversaire de la fondation de l'empire. »

Ainsi parler d'un massacre d'impurs semblait avoir revigoré la purificatrice. Achevant son discours, elle s'agenouilla au sol, joignit les mains devant son visage et psalmodia, vite rejointe par une grande partie de la classe :

« - Ô Pères, Ô Mères, veuillez du haut de vos immensités avoir un regard pour vos doux enfants et continuer à protéger la pureté contre l'impureté… »

Puis, se relevant, elle retourna s'agenouiller juste devant Dame Luna, recommença la même prière puis demanda : « Ô pure Dame Luna, je vous en prie, venez à l'aide de mon cœur en me bénissant pour que je puisse purement oublier les innomabilités dont j'ai parlé ce jour.

- C'est hors de question ! »

Un mouvement stupéfait anima soudain la classe. Comment ?

« - Il m'est hors de question de bénir une adepte des penchants impurs telle que vous, » somma Luna. « Votre version de la pure Histoire est terriblement faussée. Tout le monde sait en effet que les vampires perdent toutes leurs fonctions sexuelles lors de leur transformation en morts-vivants, et ne se reproduisent pas sexuellement. Et ne parlons pas des Vélanes et de leur tradition de se faire stériliser lorsqu'elles ont eu plus de cinq enfants ! Sachant qu'elles deviennent mères très tôt et très vite, il est mathématiquement impossible que plus de dix pourcents de leur nombre ait été hybridement fécondable par nos purs ancêtres, soit moins de cinquante milliers d'entre elles. »

Se détournant du regard stupéfait de la purificatrice toujours agenouillée, Luna fit signe à sa dame de compagnie de la suivre. Au moment de passer la porte, elle lança : « je vais de ce pas rapporter votre déformation de la pure réalité aux instances supérieures de notre pure religion. Croyez-moi, je ferais tout mon possible pour vous retirer tout droit à la prière… »

Et elle s'en alla, plantant là tout le monde.

Au petit-déjeuner du lendemain, personne ne sera surpris d'apprendre le suicide de la purificatrice…

UMAP

Plusieurs heures plus tard, une fois les cours terminés.

Bien qu'ayant subie une nette défaite, Ænigma-Hermione avait des raisons particulières de ne pas se décourager. Dumbledore avait beau s'être magistralement joué d'elle, il n'avait pas tout à fait tort dans tout ce qu'il avait dit. Se servir de ces raisons ne devrait pas être bien compliqué pour rétablir la situation à son avantage.

Se rendant dans la salle commune des Irrépartissables, elle alla droit en direction des cages à esclaves… et vers celle des secondes années. Il ne fallait effectivement pas oublier qu'elle avait profité de son forcenage à cet endroit pour s'emparer des soumis qui s'y trouvaient. Trois garçons, cinq filles… une véritable petite armée en devenir. Passer d'une lutte en solitaire à une lutte en groupe changerait bon nombre de ses habitudes… mais en un sens, avec son apparence modifiée, il ne devrait pas être difficile de s'imposer. « Il faut que je fasse attention moi, je vais vite en venir à remercier le dirlo si ça continue… manquerait plus que ça ! ».

« - Bonjour, » dit-elle simplement à la trentaine de corps épuisés qui se trouvait là. « Tous ceux qui ont pour nouveau propriétaire Ænigma Eald, suivez-moi immédiatement ! »

Si on lui avait dit, voici quelques jours, qu'elle parlerait sur ce ton à des esclaves, qui plus est lui appartenant… dire qu'elle ne l'aurait pas cru est un euphémisme.

Ses huit propriétés, craignant visiblement de recevoir un pur sort de punition s'ils n'étaient pas assez rapides, se levèrent d'un bond pour se précipiter vers elle tête baissée… n'hésitant pas à marcher sur leurs camarades. De toute manière, ceux-ci étaient trop épuisés ou eux-mêmes craintifs pour venir se plaindre…

« - Allons-y, » dit Ænigma-Hermione sans relever.

Sans plus ajouter, elle emmena sa petite troupe jusqu'au rez-de-chaussée de la salle commune, et de là à une porte d'appartement nouvellement apparue. Prenant une clé dans sa poche, elle l'ouvrit sans attendre, faisant rentrer les siens avant de se barricader le plus gracieusement possible. Surtout, il fallait qu'elle conserve en toutes circonstances une apparence nonchalante, calme et maîtrisée. Cela lui serait utile dans l'avenir.

- Bonjour à tous, dit-elle en se retournant vers ses esclaves. Comme vous le savez, je suis votre nouvelle propriétaire. » Aucun de ses esclaves n'osa faire un geste. Tous se tenaient debout face à elle, en un demi-cercle de têtes baissées et de corps prêts à se prostrer. « Nous allons immédiatement mettre les choses au point. Ici, dans le cadre privé, vous ne serez pas mes esclaves… » Étincelle d'espoir dans les esprits brisés par la torture. Comment ? « Ici, vous ne serez pas mes esclaves mais ma famille. » Ce disant, Ænigma-Hermione commença à marcher parmi ses choses. « Pour avoir moi aussi jadis subi le système esclavagiste, je sais à quel point il est horrible d'être soumis par des moyens aussi brutaux. Je puis donc vous promettre que, tant que vous m'obéirez, je n'aurais aucune raison de recourir à des punitions et autres problèmes de ce genre. » Le « tant que vous m'obéirez » était sans équivoque. « Obéissez-moi avec discipline, dit-elle, et nous ne seront pas maître et esclaves, mais frères et sœurs. » Se tournant vers un mur, elle désigna deux portes. « A droite se trouvent les trois lits du quartier des garçons, et à gauche ceux du quartier des filles. Bien entendu, interdiction pour l'un ou l'autre de se rendre dans un dortoir qui ne lui appartient pas. Là bas, vous trouverez tout le confort dû à des adolescents de notre âge. Lit, armoire, salle de bain, ect. Je vous laisse maintenant y aller. Vous reviendrez ici dans une heure précise après vous être consciencieusement lavés, coiffés et habillés. Allez-y ! »

Et dans un unique mouvement éminemment servile qui exaspéra silencieusement Ænigma-Hermione, chacun gagna sa place. « Il va y avoir bien du travail », pensa-t-elle en soupirant lourdement.

Il ne lui fallut pas attendre bien longtemps pour voir ses esclaves revenir vers elle, toujours aussi prostrés mais ayant désormais plus l'air d'enfants pris en faute que d'êtres brisés. « C'est fou comme une douche et des vêtements propres changent une apparence ». Et en effet, les loques avaient disparues pour faire place à ce qui était un vrai luxe pour des gens si pauvres. Les garçons se retrouvaient maintenant vêtus d'un costume-cravate typique dans le style des élèves moldus des grandes écoles, et les filles ne détonnaient pas avec leur ensemble pull-jupe parfaitement ajusté. Seul détail dérangeant au goût d'Ænigma –Hermione, les seins largement refaits de deux de ses amies. « Je n'ose pas imaginer ce qu'elles ont subi. Les pauvres… et dire que j'ai trouvé matière à me plaindre ! Il va vraiment falloir que je les surveille de très près ces deux petites… »

« - Maintenant que nous nous sentons tous mieux, nous allons pouvoir discuter plus avant. Asseyez-vous sur les chaises derrière-vous. » Il n'eut pas besoin d'achever sa phrase que ses esclaves avaient déjà exécuté leur ordre. Soupirant à nouveau mentalement en voyant ça, elle jugea toutefois utile de ne rien dire et de passer à la suite. « Nous allons commencer la journée par nous présenter correctement. Pour ma part, je me nomme Ænigma, j'ai douze ans, presque treize, je suis récemment devenue la pupille du directeur Dumbledore, et j'ai bien l'intention d'œuvrer pour réformer le monde sorcier… et pour ce faire, j'ai besoin de vous. J'ai besoin de vos capacités et talents afin que, tous ensemble, nous devenions une équipe fraternellement unie capable d'agir politiquement avec une grande efficacité. »

Puis, achevant son discours, elle se tourna vers un alignement de tables au fond de son nouveau salon. « Je ne vous infligerais jamais de travaux forcés, » dit-elle. « Toutefois, j'attends de vous que vous méritiez amplement la chance que vous allez recevoir. Autrement dit, je veux que vous travailliez énormément à apprendre sans cesse, à vous entraîner pour devenir de bons combattants… » Ce disant, elle interrogea ses choses du regard. Et si elle ne fut pas étonnée de voir de la résignation ou de la peur, elle le fut clairement en remarquant un esprit combattif se réveiller…

« - Au travail, dit-elle. Je vous ais mis sur vos tables une liste de choses à savoir et maîtriser d'ici ce soir, je compte sur vous. »

Laissant ses esclaves seuls pour l'accomplissement de leur premier travail, choisissant de leur faire confiance, Hermione quitta la salle commune des Irrépartissables pour gagner les étages… et les appartements des Lions.

C'était la première fois qu'elle s'aventurait là bas, et son choc fut grand lorsqu'elle découvrit les lieux. Fi de la porte verrouillée des Irrépartissables, il y avait ici un immense tableau de plusieurs mètres de haut et de large représentant une femme qui correspondait à la perfection aux critères de beauté sorciers. La « grande dame » (V), comme elle était traditionnellement nommée par les étudiants, méritait bien ce nom. Aspect chevalin, taille imposante et air hautain, tout en elle montrait qu'elle détestait être réduite à son rôle de tableau.

« - Mot de passe ? Demanda-t-elle en voyant Ænigma-Hermione approcher.

- Bonjour Dame Anémia, répondit notre amie. Dites-moi, vous avez particulièrement pris soin de votre maquillage dernièrement, il est d'une réelle perfection… »

C'était là l'une des particularités de ce tableau. Alors que celui des Serpentards ne laissait passer que ceux qui s'étaient montrés rusés dans leur précédente année d'étude –les autres devant se contenter de dortoirs subalternes hors de la salle commune-, alors que la statue pivotante des Serdaigles posait des questions qui n'avaient aucune réponse logique ou devinable et devait être prit à son propre piège –elle ne pouvait s'empêcher de tenter de répondre à toutes les questions qu'elle entendait-, et alors que les Poufsouffles de seconde année étaient encore nombreux à ignorer la localisation précise de leurs quartiers –ne pensant pas à regarder sous leurs pieds-, les Lions avaient droit à une personnalité pompeuse qui n'accédait à vos demandes que si elle était généreusement flattée ou si elle pouvait se rincer l'œil sur une prière. Ænigma-Hermione ne savait cela que parce que le dirlo le lui avait révélé… ainsi que les compliments qui fonctionnaient le mieux. Entre parler du maquillage journalier du portrait, de son –horrible- sourire ou de sa poitrine proéminente, il y avait le choix… même si, du fait de son état pictural, la Grande Dame ne se maquillait jamais, avait un sourire froidement figé et des seins aussi larges que plats comme la couche de peinture qui les représentait.

« - Une jeune fille bien élevée, » minauda-t-elle en ouvrant sa toile. « Je vous souhaite de mener de bonnes prières jeune fille.

Saloperie de conception de la politesse ! » Pensa Ænigma-Hermione en réponse.

Ne réfléchissant pas plus avant aux rites sorciers, elle avança de quelques mètres dans le tunnel menant à l'antre des Griffants. Et eut une large exclamation de surprise en découvrant les lieux.

Ils n'avaient en effet rien de comparable avec les quartiers des Irrépartissables. Ces derniers étaient crasseux, ternes et empestaient les déjections humaines, -à l'exception notable des appartements payants-. Ici, bien au contraire, tout était propre, lumineux et parfumé d'une agréable fringance saisonnière. Pendant un instant, Hermione cru être en train de rêver tant cette vision lui paru enchanteresse. Mais la réalité se rappela rapidement à elle par le biais d'un hurlement… un esclave en cours de punition.

S'approchant furtivement d'un mouvement de foule, elle parvint tant bien que mal à se faufiler au milieu d'un cercle de badauds, « des abrutis sadiques », pour voir plus avant ce qu'il se passait. Une jeune fille, vraisemblablement dans sa dernière année d'étude au vu des galons de son uniforme, se plaisait à faire subir une punition de collier à son esclave tout en lui donnant de réguliers coups de pieds.

« - Saloperie de chien boueux ! Hurlait-elle. Immondice au sang moldu ! Innomabilité consanguine dégénérée ! Infidèle ! (II)

- Que se passe-t-il ? Demanda Ænigma-Hermione au hasard.

- Demoiselle Angelina n'a pas été très contente d'apprendre qu'un des esclaves de ses parents avait dépassé son propre score aux examens de première année, répondit un quidam. Et elle le lui fait comprendre. »

La punition ne dura plus que quelques minutes, cessant lorsque la voix du pauvre garçon commença à se casser. A ce moment, sa tortionnaire s'en détourna d'un pas raide, écartant les badauds de son regard furieux.

La foule se dispersa petit à petit, chacun retournant à ses occupations. Personne ne daigna s'occuper du pauvre esclave tremblotant au sol… sauf notre amie. Il y avait en effet là quelque chose d'étrange… de très étrange. Il ne lui fut pas très difficile de trouver quoi. S'approchant de la loque humaine, elle se mit à genoux et l'aida à se redresser en passant une main sous ses épaules. « Allons, dis-moi où tu loges et je t'aide à y retourner » dit-elle.

- Qui êtes-vous ? » S'étonna l'esclave de sa voix rauque.

« - Quelqu'un qui veut te parler, chuchota notre amie. Et à propos, excellente ta petite comédie. Tu mimes la douleur avec un réalisme impressionnant. »

Il n'y eut pas de réponse. Visiblement, l'inconnu ne savait trop que dire. « Je loge dans la cage du rez-de-chaussée. Troisième couloir à droite du côté nord », murmura-t-il finalement.

« - En ce cas, nous irons dans un salon. »

L'une des particularités des quatre maisons « de qualité » était qu'elles étaient pourvues d'un luxe quasi-insolent, surtout par comparaison avec les esclaves. Dans le cas des Gryffondors, la tour qui leur était entièrement réservée se composait d'une titanesque voute charpentée de plus de cinquante mètres de hauteur autour de laquelle s'élevaient maints escaliers et s'affichaient plus encore de portes. Le rez-de-chaussée de la tour pouvait à lui seul être qualifié de petite ville : entre l'herboristerie, une salle de prière, la mini-infirmerie, une salle de purification, la confiserie, une autre salle de prière, le marchand de potions, un temple aux Parentaux, un réfectoire secondaire, une troisième salle de prière, une succursale bancaire, encore une salle de prière, une bibliothèque-librairie, une énième salle de prière, des salles de duel et entre autres un étonnant magasin intitulé « Artefacts pour prier » (III)… le moins que l'on puisse dire, c'est que les élèves pouvaient mener ici une vie en ermite sans aucun problème !

Les étages ne détonnaient pas avec le reste. Des dizaines de salons, privés ou publics, occupaient le second niveau et offraient des lieux discrets pour quelques tortures, malversations secrètes ou autres manigances. Bien entendu, peu nombreux étaient ceux qui se doutaient qu'une cohorte d'aurors manipulait sans cesse des runes d'écoute… mais cela est une autre affaire.

Conduisant l'esclave à travers un escalier aussi large que les cages des esclaves Irrépartissables, Ænigma-Hermione réquisitionna rapidement un salon. Laissant son invité prendre place en cessant sa comédie pseudo-douloureuse, elle œuvra immédiatement à désactiver autant de runes que possible, avant de truffer les lieux de sortilèges de protection et de discrétion particulièrement efficaces appris auprès de Lyghim. D'ailleurs, la mini-basilic n'était toujours pas de retour…

« - Qui es-tu et que me veux-tu ? » Demanda à nouveau l'esclave, une certaine impatience pointant dans sa voix.

Se tournant vers lui, Hermione sourit et répondit simplement : « Je me nomme Ænigma Eald, je suis la pupille du directeur Dumbledore, et je souhaiterais faire une… alliance d'avenir avec toi, Ronald Weasley. »

FIN DU CHAPITRE

A votre avis, que va-t-il se passer dans les prochains chapitres ? Les choses vont-elles mieux aller pour Hermione et Harry ? Ou bien tout va-t-il empirer de nouveau ?

A votre avis, où est passée Lyghim ?

Selon vous, que compte faire Hermione en s'alliant avec Ron ? A-t-elle des chances de parvenir à ses fins ?

Et… que pensez-vous de l'évolution des relations entre Ryry et Daphné ?

Merci de ne pas oublier que les conceptions sorcières de l'homosexualité ne correspondent en aucun cas à mon opinion propre. Conformément à ce qui est annoncé dans l'avant-propos de l'histoire, tous propos déplacés et hors contexte entraînerons une suppression ou signalisation des commentaires incriminés et un blocage. Merci de votre compréhension.

I. Ænigma-Hermione Eald : Voici donc le nouveau nom d'Hermione. « Oenigma » m'a été proposé par Faenlgiec, et je l'ai légèrement modifié. Je trouve que ça donne un petit air anglophone sympa comme ça… le terme « eald », qui forme son nom de famille, est issu du mini-lexique Athévèldèn (langue des sorciers) décrit dans le chapitre cinq. Il s'agit d'un verbe qui signifie « accepter ». A votre avis, qu'est-ce que j'ai prévu pour la suite ? (nyahaha !) Le nom d'Hermione se prononce ainsi : [API : FR : hènigma éäld]. NOTE : pendant quelques chapitres, afin que nous ayons tous le temps de nous y habituer, je vous mettrais aussi souvent que possible un doublon pour désigner Hermione.

II. Saloperie de chien boueux ! Immondice au sang moldu ! Innomabilité consanguine dégénérée ! Infidèle ! Notons que pour de « purs » sorciers, il ne doit certainement pas y avoir de pire insulte que de se faire considérer comme un moldu, un consanguin ou un infidèle. Et Ron qui ne relève pas … ?

III. « artefacts pour prier », traduction : sextoys.

IV. N'oubliez pas que, pour les sorciers, morale et décence ont des sens (désolé pour le jeu de mot, hum-hum…) totalement différents des nôtres. Par exemple, pour nous, puritanisme signifie entre autres restriction maximale des relations sexuelles, tandis que pour les sorciers ce mot signifie au contraire profusion de rapports sexuels hétérosexuels.

V. La « grande dame », oui… il m'était hors de question d'user d'un personnage aussi nul que celui de la grosse dame, alors je lui ai donné un peu de charisme à la sauce sorcière. N'hésitez pas à commenter.

VI. Toutes ces horreurs, inspirés de tristes passages de notre histoire réelle, font imaginairement référence au « génocide des vélanes », plus amplement décrit dans le chapitre 24 de UHDS et dans quelques temps dans la fiction « L'histoire de la magie ».

VII. Etymologiquement parlant, le terme « PD » (pédé) signifie « pédéraste » (dans l'antiquité, il n'était pas étonnant que des hommes apprécient de jeunes garçons), pas homosexuel, mais a été utilisé à leur encontre car ils furent considérés comme des violeurs d'enfants suite à la généralisation des religions abrahamiques… avec le temps, ce terme s'est banalisé et est entré dans le langage courant, mais reste toujours très difficile à vivre pour ceux qu'il vise injustement. Il n'est pas très étonnant que, pour la société sorcière, les homosexuels soient toujours aussi bassement considérés

VIII. Les sorciers considèrent les pédophiles comme des êtres décadents méritant la plus douloureuse purification possible. Je suppose que cela étonne la plupart d'entre vous de voir un point commun entre « mes » sorciers et nous. Et pourtant, c'est très logique… placés en sous-nombre des siècles durant, il n'y a rien d'étonnant à ce que les sorciers en soient venus à considérer les enfants comme une figure adorée nécessitant une immense protection. N'hésitez pas à discuter sur ce genre de sujet dans les commentaires.