Résumer la matinée dans mon carnet de notes avec mes impressions et commentaires personnels me pris approximativement 20 minutes. Ensuite, je ne pu résister à une visite plus poussée de la chambre d'amis. J'ouvre donc le coffre au pieds de mon lit, il contient des paires de draps propres, rien de très exceptionnel...
Je me dirige vers la garde-robe immense qui se trouve à droite du lit, je rouvre les tiroirs d'hier et je constate que quelqu'un a déjà rangé les bas de pyjamas. Je dérange alors de nouveau ceux-ci, juste par envie. Et puis, parce que l'ordre, ça me stresse, ça m'oppresse, ça me rappelle que je ne fais pas assez ce que les gens attendent de moi, je ne sais pas pourquoi... Je sais que c'est irrationnel mais c'est comme ça, j'aime le désordre !
Je regarde dans les tiroirs que je n'ai pas ouvert hier, j'y trouve des cravates, chemises, pantalons, chaussettes, caleçon de tailles différentes mais tous identiques. Chemises blanches, pantalons noirs, chaussettes noires et caleçon noir, tous de grande qualité. Je me rends alors compte que la tenue que je porte n'est pas calquée sur le même modèle... Malefoy aurait simplement pu me dire de piocher dans cette collection prévue à cet effet, mais il m'a choisi des vêtements différents. Quelque chose me dit que ce geste n'est pas anodin.
Je referme l'armoire avant de tout déranger... Je me dirige vers la table de nuit la plus proche pour ne pas réfléchir au comportement de l'ancien serpentard qui me trouble plus qu'il ne le devrait. La curiosité reprend le dessus, j'ouvre le tiroir du dessus de la table de nuit et je ne suis pas déçu : j'y trouve un carnet vierge, une plume et de l'encre mais aussi un bic, un briquet zippo argenté et un paquet de cigarettes, le tout parfaitement rangé. Alors comme ça, Draco connait l'existence du tabac, pourtant typiquement moldu ? Intéressant...
Vu l'ordre et la propreté qui règne dans la chambre, je suis sûr de trouver exactement la même chose et rangé de la même manière dans la table de nuit d'en face, je ne fouille donc pas celle-ci. Je repère une télécommande intégrée dans le mur à côté de la tête de lit, je m'en empare et appuie sur le bouton on, une télé écran plat apparait alors sur le mur opposé au lit. Décidément, Malefoy me réserve bien des surprises, encore du matériel moldu (même si celui-ci est enchanté pour apparaître de façon magique) moi qui pensais que Draco détestait, méprisait les moldus...
Je dois me corriger dans ma façon de voir le jeune homme, le Draco que je connaissais, méprisait les moldus, le Draco qui a changé en a aidé et apparemment à trouvé certaines de leurs inventions utiles. Je tends l'oreille, ces découvertes m'ont rendu curieux et j'aimerais voir à quoi ressemble la chambre qui est à côté !
Je sors de « ma » chambre et me dirige vers la porte de la chambre de Malefoy en faisant le moins de bruit possible. Je reste devant la porte fermée quelques dizaines de secondes, j'hésite... Bah. Si on me surprend, je dirais que je fais ça pour mon rapport... Je pousse la porte avec curiosité et appréhension. La chambre de Malefoy est bien moins effrayante et froide que j'aurais cru qu'elle ne l'est en fait. Elle est presque le contraire de celle que j'ai occupé hier soir et pourtant elle est encore plus belle.
Les murs sont gris avec une pointe de bleu, un peu comme les yeux d'un certain serpentard. Le sol est un magnifique parquet entretenu à la perfection et recouvert en grande partie d'une moquette noire qui a l'air plus qu'agréable... On aurait presque envie de s'y rouler. Je rougis, des tas de pensées obscènes me sont venues à l'esprit. En parlant de pensées obscènes... Le lit est majestueux, en bois clair, travaillé juste ce qu'il faut, orné de draps assortis aux murs, évidemment. Encore une fois, le besoin de perfection de Draco se fait remarquer. En parlant de perfection, un coin de la pièce attire mon attention.
Le bureau de Malefoy, se trouve sous la seule (mais grande) fenêtre de la pièce. Il est donc éclairé par la lumière du jour et est, étonnament, l'inverse de ce qu'on peut appeler un bureau rangé.
Des articles découpés de La Gazette sont mélangés à des tas de parchemins, quelques photos, des vieux livres, des tas de fin de chandelles et une tasse de thé (maintenant froid, sans aucun doute) surplombe le tout. Je jette un coup d'oeil rapide à tout ce joyeux bazard qui me fait me sentir chez moi.
On voit que Malfoy travaille vraiment dur, en tout cas... Il y a des tas de papiers venant du Ministère, des tas de lettres d'accords passés entre des entreprises et lui-même qui concernent son projet, quelques devis concernant le coût des travaux... Wow ! Les montants que Malefoy a investit dans ce projet sont astronomiques... Il doit être vraiment sûr de lui pour donner autant de lui-même pour ça. Je redépose la facture que j'avais en main là où je l'avais trouvée.
Je suis sur le point de retourner dans ma chambre, jouer avec le feu c'est quand même un peu dangereux et dans le Manoir Malefoy, encore plus. Mais un mouvement attire mon attention, c'est un morceau de papier vierge qui tombe sur la moquette. Je me penche, le ramasse et m'apprête à le redéposer sur le bureau quand je stoppe net tout mouvement.
Le papier que je croyais vierge est en fait l'arrière d'une photo. Je la retourne et me fige. Tout se bouscule dans ma tête... Pourquoi ? Quand ? Comment ?
C'est une photo de... de... moi !
Je reconnais l'arbre sous lequel je m'asseyais près du lac noir quand je voulais être seul... La photo est prise avec un appareil moldu, parce qu'elle ne bouge pas et qu'elle est en noir et blanc. Je devais être en sixième année je crois. J'ai l'air étonnament perdu sur cette photo. Perdu face à tout le reste. Perdu dans mes pensées... Perdu et seul. Elle reflète une période sombre de ma vie mais étrangement, je la trouve belle. Étrange, puisque je n'aime que très peu de photos sur lesquelles je figure. Vu l'angle de la prise de vue, elle a dû être prise depuis la forêt interdite. Je pense que je l'aime bien, en partie parce que en la regardant, on voit une personne, pas « l'élu »... Mes cheveux cachent ma cicatrice et j'ai l'air de quelqu'un de « normal ». J'arrive presque à me trouver beau...
Mais, je n'étais pas conscient que quelqu'un m'observait à cette époque... Même si ça ne m'aurait pas étonné de la part de Malefoy... J'étais extrêmement soupçonneux envers lui à l'époque, et à raison... Seulement, prendre cette photo n'avait aucun intérêt à l'époque ! Surtout qu'elle ne prouve rien...
Je sens une pointe d'espoir apparaître, comme une boule de chaleur dans ma poitrine. Est-ce que j'ai toute ma tête ? Est-ce que j'espère vraiment quoi que ce soit de la part de Malefoy ?
J'accepte seulement depuis quelques semaines de le voir différemment, mais cette photo chamboule toutes mes idées acquises par rapport à lui...
Je suis figé avec la photo dans la main depuis bien trop longtemps, je me relève. J'hésite quelques instants et la glisse dans ma poche arrière, avant de ressortir de la chambre du maître des lieux et de retourner dans « ma » chambre la tête légèrement dans les nuages...
C'était presque trop facile... Potter était tellement prévisible ! Il suffisait de le laisser mariner un peu et il ne pouvait s'empêcher d'aller au devant d'ennuis. Blaise avait fait la conversation à Draco en sachant sciemment qu'il devrait encore se plonger dans ses papiers avant de partir pour ses activités de l'après-midi. Puis il lui avait dit au revoir en prétextant un besoin de pressant avant de partir, pour avoir l'excuse de se promener dans les couloirs du manoir.
Il était monté, en se doutant que Potter voudrait explorer un peu, curieux qu'il était. Il s'était lancé un sortilège de désillusion, difficile, mais pratique. Ce sort lui avait pas mal servi à Poudlard, d'ailleurs... Zabini avait toujours aimé se mêler des affaires des autres et être invisible à leurs yeux était un avantage certain. Il se promenait des heures dans le château, ayant l'impression de faire partie du décor et en même temps d'être le maître des lieux.
Ensuite, attendre... Potter n'avait pas tarder à s'aventurer dans le manoir, à ses risques et périls ! Par Merlin, ce gamin s'attirait tous les ennuis possibles déjà à Poudlard et il ne s'était pas amélioré, au grand bonheur de Blaise ! Il suivit silencieusement (des années de pratique) Potter dans la chambre de son meilleur pote.
Tient ! Il rougit... Quelques pensées mal placées ? Blaise ricane intérieurement. Ça confirme ce qu'il pensait du beau brun et l'encourage dans sa mutinerie. Potter effleure seulement quelques secondes le lit du regard, ça s'annonce potentiellement plus difficile que prévu, au final... L'élu se dirige vers le bureau de Draco, le seul endroit dans le manoir entier à ne pas être parfaitement clean.
C'est maintenant que tout va se jouer, tout est une question de timing ! Zabini sort sa baguette et rassemble toute sa concentration... Harry est en train de lire quelques factures, les redépose, et c'est à cet instant exact que Blaise lance le sortilège informulé qui fait tomber un innocent morceau de papier du bureau.
Cet « innocent » morceau de papier, Blaise l'avait découvert des années plus tôt, dans leur dortoir, un peu par hasard. À cette époque, son meilleur ami était moins méfiant et surtout, tout aussi bordélique au niveau de son bureau. En cherchant un devoir de métamorphose pour le recopier, un soir, Zabini était tombé dessus. Il n'en avait touché mot au blond, évidemment, il était rusé et préférait étaler ses manigances sur un long laps de temps.
Il avait même cru avoir rêvé ce souvenir embrumé jusqu'à cette soirée dans le bar, quand il avait vu les réactions du blond face à Potter... Des réactions qu'il connaissait sur le bout des doigts.
Premièrement, créer un conflit, poliment d'abord puis de manière effrontée ensuite, afin de montrer qui a les rennes ou de mettre de la distance pour ceux qui ne s'accrochent pas. Deuxièmement, laisser le joueur s'approcher (parce que, oui, pour son meilleur ami, ce n'est « qu'un jeu ») juste assez pour qu'il devienne petit à petit accro. Troisièmement, laisser l'infortuné goûter aux plaisirs de sa compagnie. Quatrièmement, se montrer inaccessible. Et cinquièmement, disparaître. Beaucoup s'y étaient essayés, tous avaient perdus, mais aucun ne regrettaient.
Il connaissait très bien Draco et ce soir là, au bar, il avait reconnu la première étape du processus. Sauf que cette fois, il avait décidé de prendre part au jeu et de faire perdre son meilleur ami.
Zabini savait que c'était toujours sur son bureau que se trouverait le précieux souvenir, la fameuse photo... Quand Draco a l'habitude de ranger quelque chose à un endroit qu'il croit sûr, l'objet n'en bougera pas. Et voilà, le jeu allait enfin changer...
