Je suis retourné dans la chambre d'ami du Manoir plein d'idées, de fantasmes, de rêveries et j'en ressort avec une décision précise et claire : avant la fin de mon stage, je tenterai quelque chose avec le serpentard. Je n'ai rien à y perdre de toute façon... Avant ce stage, Malefoy et moi on se détestait donc après, ça ne pourra qu'être mieux !
Bref, je me reconcentre et me remet dans une optique de travail avant de descendre les marches de l'escalier. En bas de ceux-ci m'attendent Oscar et Draco comme ce matin, sauf que cette fois-ci Malefoy a l'air un peu moins tendu. Personnellement, je déteste les conférences de presse, je n'ai pas de merveilleux souvenir de l'intervention des médias dans ma vie, il faut le dire (tournoi des 3 sorciers,etc)...
Malefoy s'apprête à parler mais je le devance :
« Je sais, quoi qu'il se passe, je ne parle que si on s'adresse directement à moi, sinon, je fais comme si je n'existais pas... »
« Tu comprends vite, Potter. » ironise Malefoy avec son petit sourire en coin. Gloups, je crois que mon coeur a raté un battement...
Je grommelle quelque chose d'incompréhensible pour toute réponse. Malefoy lève les yeux au ciel avec ce même petit sourire.
« La conférence aura lieu au CMSH, je me suis arrangé tout à l'heure avec la personne concernée. » La jolie sorcière aux longs cheveux châtains ? Peut être... J'espère, en tout cas...
« D'accord. Peut-on transplaner directement dans l'enceinte du CMSH quand on y est déjà entré ? Est-ce que ça fonctionne dans les deux sens ? »
« Non... Mais cette fois-ci, nous pourrons transplaner directement devant l'entrée principale, le service sécurité de l'organisation se sera logiquement organisé pour en bloquer l'accès à tous ceux qui n'ont pas été conviés. Maintenant tais-toi, que je me concentre. »
Draco a fermé les yeux et répète silencieusement sa destination, je recule d'un demi pas et l'observe. Dans cet instant, il est dans sa bulle, dans son monde... Je le regarde tourner sur lui-même et disparaître dans des volutes de couleurs, c'est un spectacle déconcertant. J'ai beau être habitué à la magie, parfois j'ai l'impression d'être dans un rêve et que je vais me réveiller dans cette vieille cabane miteuse et humide au milieu de nulle part, juste avant mon onzième anniversaire... Je secoue la tête et essaye de me concentrer sur ma destination.
Si j'ai attendu que Malfoy parte en premier c'est parce que je voulais le regarder partir, je dois l'avouer, mais aussi parce que je savais que je ne pourrais pas me concentrer avec lui juste à côté de moi... Pas suffisamment pour transplaner, en tout cas, surtout avec cette photo dans ma poche ! Je vide mon esprit et me concentre avant de disparaître dans un tourbillon de vert, de noir et de bleu.
Je reprends mon souffle avec difficulté... Si seulement le transplanage n'était pas accompagné de ces sensations désagréables ! Je suis devant l'entrée cachée du CMSH sauf qu'une toile violette est tendue au dessus de ma tête. Malefoy est à quelques mètres de moi, il époussette ses vêtements et passe la main dans ses cheveux. Deux sorciers imposants que j'ai déjà croisé au Ministère sont de chaque côté du tag. J'observe les infimes particules de poussières flottant dans la lumière filtrée du soleil qui traverse la toile violette avec admiration. Malefoy a du croire que j'observais la toile parce qu'il m'explique :
« Les moldus pensent simplement que cette partie du mur est en restauration ou en cours de nettoyage quand ils se demandent ce qu'il se passe ici. De l'extérieur on dirait juste qu'on fait des travaux, avec des éfach... é-cha-fau-da-ges. » dit Draco en articulant le dernier mot avec difficultés.
Je ne peux m'empêcher de lancer un grand sourire légèrement moqueur au grand héritier Malefoy qui a du mal à prononcer ce terme moldu. Il me fait un peu penser à Ron qui disait « un félétone », mais je me garde bien de lui dire qu'il ressemble à mon meilleur ami. Il remarque immédiatement mon sourire moqueur et fronce les sourcils mais apparemment il choisit de m'ignorer, logique, je n'existe pas ! Cette réflexion m'oblige à étouffer un rire, Draco me lance un dernier regard noir. Je soutiens son regard mais mon sourire s'atténue quelque peu.
Il détourne son attention vers le tag et il répète la même phrase que tout à l'heure, je me contente de la penser fortement et je me concentre sur les visages des deux hommes enlacés. Je veux vérifier si j'ai halluciné tout à l'heure ou si un des deux m'a vraiment fait un clin d'oeil. A mon soulagement, je ne suis pas encore totalement fou, l'un des deux m'a bien lancé un clin d'oeil appuyé.
Nous pénétrons dans le CMSH pour la deuxième fois de la journée. Lara nous y accueille denouveau :
« Messieurrrs, les jourrrnalistes n'attendent que vous pourrr commencer. Veuillez me suivrrre, je vous prrrie. » Lara porte un robe noire très simple qui fait ressortir son teint plutôt pâle. Ses cheveux de geais sont relevés en un chignon et elle porte du rouge à lèvre rouge qui jure très joliment avec la couleur de sa peau, denouveau. Je dois avouer qu'elle est vraiment belle.
« Avec grand plaisir Lara ! » répond Draco un air charmeur affiché sur le visage mais les traits légèrement tendus.
Nous traversons le hall, nous engouffrons dans un large couloir noir, pas sombre, non, noir. Les murs sont peint en noir, l'épaisse moquette dans laquelle nos pieds s'enfoncent agréablement est noire et les quelques appliques murales qui diffusent un pâle lumière sont (je vous le donne en mille) noires ! Après quelques mètres à avancer dans cette obscurité, nous nous retrouvons face à une grande porte grise.
« C'est ici que je vous laisse, messieurrrs. Bon trrravail. »
« Merci beaucoup Lara. Passez une bonne fin de journée ! » Malefoy a répondu à Lara avec un joli sourire mais sans lui jeter un regard, concentré sur la porte en face de lui.
Lara se retire silencieusement et bientôt je ne distingue plus que sa nuque et ses longues jambes pâles dans l'obscurité du couloir.
Draco respire profondément, pose sa main sur la poignée puis se fige brusquement. Il se retourne doucement et plonge son regard dans le mien quelques secondes qui me semblent être d'une parfaite éternité.
Je retiens mon souffle et soutiens son magnifique regard. Je n'avais jamais observé ses pupilles aussi longtemps. Ses yeux sont plus que magnifiques. D'un gris impressionnant. Je les avais toujours trouvés froids mais je me suis trompé. L'extérieur de son iris est légèrement plus foncé que son centre. À couper le souffle ! D'ailleurs, Harry, pense à respirer !
Malefoy se retourne, sans une seule explication, et pousse la porte. Je m'engouffre à sa suite, complètement perturbé.
La pièce dans laquelle nous entrons ressemble à l'intérieur d'un chapiteau magique Millamant, ils me font repenser au mariage de Bill et Fleur. Les parois sont blanches mais éclairées à certains endroits d'une agréable lumière rose-orange qui rend l'endroit bien plus chaleureux. Une vingtaine de chaises sont occupées par des journalistes, qui me font étrangement penser à des vautours en quête d'une info à charcuter.
Une petite estrade se trouve juste en face d'eux. Je m'assieds sur un fauteuil à gauche de l'estrade tandis que Malefoy monte sur celle-ci et s'installe, tendu, sur le fauteuil qui s'y trouve. Je scrute sans vraiment les voir, les journalistes et mon regard tombe dans celui de Zabini qui est installé au fond de la salle, dans un coin, à l'écart des journalistes, appuyé nonchalamment contre un mur. Il me fait un léger sourire et me lance un clin d'oeil enjoué.
Je lui renvoie ce que j'espère être un petit sourire mais qui doit plus ressembler à une étrange grimace. Je sors un rouleau de parchemin et une plume et je les ensorcelle pour que la plume prenne note de tout ce qui s'est dit.
Le début de la conférence se passa sans trop de problèmes, les mêmes question revenaient sans cesse depuis 2 jours et je m'y étais habitué. Draco aussi apparemment, il s'était notablement détendu et répondait presque nonchalamment mais avec toujours une politesse non feinte.
Puis une question étrange fut posée, qui me désarçonna légèrement.
Une petite journaliste qui n'avait jusque là poser aucune question profita d'un silence pour demander d'une voix douce et posée :
« Monsieur Malefoy, en entrant dans ce bâtiment, est-ce que le tag a pris vie quelques instants avant que vous ne puissiez franchir la porte ? » Malefoy leva un de ses sourcils d'un air presque outré qu'on lui pose une question qui lui semblait autant hors contexte. Je tendis l'oreille.
« Oui, il m'a fait un clin d'oeil, pourquoi cette question ? »
« Parce que ce tag a été enchanté. Il peut se tromper, mais toute personne pour laquelle il s'anime est homosexuel ou grandement indécis face à son orientation. C'est un ancien sortilège, peu connu, qui s'apparente un peu au choixpeau magique de Poudlard. Voulez-vous annoncer officiellement quelque chose, Monsieur Malefoy ? »
Je retiens mon souffle et garde une expression neutre sur mon visage (quand j'ai cette expression c'est que je suis grandement choqué, seules quelques personnes le savent). Mon regard croise celui de Zabini, qui sourit dans son coin. Je secoue doucement la tête de droite à gauche, tout en sachant que ça a un certain sens. Cependant le souvenir de Jena s'impose à moi...
Saleté de journaliste ! J'essaye de rester calme et puis, je jette un coup d'oeil en coin à Potter qui a cette expression de choc que je lui ai déjà vue quelquefois, en sixième année. Quand j'essayais de fuir la réalité et que je me raccrochai à l'idée que Potter arriverait à déjouer Voldemort et que tout irait mieux, bientôt. Ce qu'il a fait, une année plus tard, une année trop tard...
Je sais que j'ai baissé ma baguette ce jour là, le fameux jour où j'ai quitté le château et où ma vie est devenue un enfer. Mais je sais aussi que si ça n'avait pas été Dumbledore, et qu'il n'avait pas sû lire en moi comme dans un livre, j'aurais tué n'importe qui pour ma survie. J'étais terrifié, un gosse terrifié qui avait trahi la confiance de ce directeur, en permettant aux mangemorts de s'infiltrer dans Poudlard, mais cet homme lui tendait pourtant encore la main.
À partir de ce jour là, j'ai porté la culpabilité de sa mort sur mes épaules, si je n'avais pas fait entrer les mangemorts, Rogue ne l'aurait pas tué... C'était ma faute. J'ai mis quelques années à me remettre des horreurs que j'avais vues pendant la sombre année qui suivit cette date funeste.
Et ce n'est qu'après que j'ai pu me reconstruire, trouver qui j'étais. J'ai essayé de me racheter, de changer, d'aider les autres, d'abord, pour essayer de me pardonner.
C'est quand Parkinson m'a sauté au cou, pleine de morves et de larmes, que j'ai commencé à repenser à moi même en temps qu'être humain et pas seulement en temps que déchet n'ayant pas le droit de vivre une vie épanouie. Je me considérais et je me considère toujours comme néfaste pour les autres. D'où ma peur de m'engager.
J'ai pris conscience grâce à Parkinson que je préférais les hommes et que je m'étais censuré trop longtemps. Même si j'ai continué à baiser de temps en temps quelques femmes, qui ne me dégoutaient pas. Je me connais, je connais mes préférences et ce sont les hommes que je préfère. Je savais que cette déclaration faites avant aujourd'hui, n'aurait pas eu l'effet que je voulais. Elle m'aurait valu la sympathie et la pitié de tous les sorciers et sorcières homosexuels. Mais aussi le dégoût, le rejet voir la peur de tous les dirigeants hétérosexuels qui s'occupaient de mon cas au Ministère. Ce qui aurait rendu ma ré-insertion impossible. Mais maintenant que c'est Potter qui s'occupe de mon cas...
Je jette un coup d'oeil à mon meilleur ami et décide de suivre, pour une fois, le conseil que j'imagine qu'il me donnerait.
Je prend une grande inspiration et déclare :
« Sachez que ma vie privée n'a pas grand chose à avoir avec mon travail. Mais effectivement, je ne vois plus l'intérêt de me cacher, je n'ai pas honte de qui je suis. On m'a appris à être fier de qui j'étais. J'ai effectivement une préférence pour les sorciers, plutôt que pour les sorcières. » je lève la main pour faire taire les murmures qui s'élèvent à cette nouvelle et poursuis :
« C'est sur cette question que je vous laisse. La journée a été longue. J'espère que mon projet vous a séduis, n'hésitez pas à m'envoyer des hiboux pour me présenter vos articles. Bonne soirée à tous. » j'adresse à tous un sourire poli et sors rapidement de la salle, la tête haute, pour éviter plus de questions.
Je me lève, je me sens comme foudroyé de l'intérieur, incapable de penser correctement, je reste là une minute, le regard dans le vide, la même expression neutre sur le visage.
Je sors de mes pensées quand Zabini apparaît, brusquement sur ma droite .
« Alors Harry ! Bonne conférence, n'est-ce pas ? Si on allait rejoindre la star qui sera demain en couverture de nombreux journaux et magazines ? »
J'acquiesce machinalement, range mes affaires d'un coup de baguette et suis Blaise dans le couloir . Blaise se jette sur Draco dès qu'il l'aperçoit et l'enlace quelques secondes en disant :
« J'suis fier de toi, mec ! Un vrai Malefoy ! Classe et la tête haute dans toute circonstance ! »
Les yeux de Malefoy cherchent les miens et les trouvent après quelques secondes. J'ai l'impression qu'il a déversé toutes ses émotions en moi par ce simple regard. J'entrevois indistinctement, la culpabilité, la peur du rejet, le courage, l'affolement, la fierté, le défi, l'incompréhension de tout le reste. Je soutiens difficilement ce regard qui me renvoie une image de moi-même pendant les moments difficiles, mais j'y parviens.
« Sortons d'ici. » dit Malefoy dans un murmure.
« Okay, c'est toi qui décide, Dray ! » lance Zabini, ravit, un sourire éclatant aux lèvres.
Nous traversons le couloir puis le hall du bâtiment, seulement accompagnés par les sifflements joyeux de Zabini. Nous repassons devant Lara qui nous souhaite une bonne soirée. Je ne lui répond pas. Seul Blaise lui répond. Nous sortons du bâtiment, nous retrouvons sous la toile violette. Draco se retourne et observe quelques secondes le tag. Je me racle la gorge et déclare d'une voix atone :
« Je vais rédiger mon rapport pour que vous puissiez boucler ce projet le plus vite possible et lancer l'ouverture officielle. »
Draco se retourne et me transperce du regard, comme si il essayait de lire dans mes pensées. Blaise observe la scène avec attention. J'essaye de fermer mon esprit, vide de toute façon, détourne les yeux et récite machinalement ce qu'on m'a appris, comme pour me rassurer :
« Je t'enverrai la version finale du document avant de l'envoyer à mon supérieur. Puis, une rencontre sera organisée avec les autorités compétentes pour te faire savoir la décision finale prise à ce sujet. »
Draco acquiesce. Je rassemble tout mon courage pour recroiser une dernière fois son regard. Je le regarde intensément et dis, dans un souffle :
« Si tu veux parler, demande mon adresse à Léo, je suis là. » avant de transplaner directement dans ma chambre.
Je me laisse tomber sur mon lit, allume ma lampe de chevet et réfléchis à cette journée riche en émotions. Comme tout semble se mélanger dans mon esprit, j'ouvre le tiroir de ma table de nuit et en sors ma « pensine de voyage », comme j'aime l'appeler, une reproduction minuscule de la pensine des directeurs de Poudlard.
C'est un cadeau de Ron et Hermione pour mes 17 ans (que nous avons fêté l'année d'après à cause des événements de lépoque) un des cadeaux dont je me sers le moins souvent parce que les pensines sont des objets magiques puissants et difficiles à utiliser. Mais un des objets en ma possession que je préfère, parce qu'il me rappelle Dumbledore et qu'il est simplement fascinant. Je soupçonne Hermione de l'avoir fabriquée en grande partie et Ron de l'avoir rendue un peu plus simple d'utilisation.
J'y verse mes souvenirs de cette journée, sors la photo de la poche arrière de mon jeans, la dépose sur ma table de chevet, l'observe quelques secondes, ne parvenant pas à réaliser qu'il existe un espoir. J'éteins la lumière, me déshabille, me glisse sous mes draps et me réfugie dans le sommeil, le visage magnifiquement torturé de Draco en tête.
Je suis désolée pour mon absence ces derniers temps... J'espère que ce chapitre vous plaira autant qu'à moi! ;)
Je vais essayer de publier plus régulièrement. :) N'hésitez pas à me donner votre avis, ça me fait plaisir et m'encourage à continuer!
Bonne fin de semaine! ^^
