Ça faisait pas mal de temps que je n'avais plus parlé de tout ça à quelqu'un. On avait dû, Ron, Hermione et moi, à maintes reprises raconter toutes nos péripéties au Ministère après la chute de Voldemort. Mais surtout moi. Et à force, j'ai appris à le relater presque comme si je lisais un livre, le livre de ma vie, sans émotions. Cette fois-ci, ce fut différent.
Je commença par ma découverte des horcruxes avec Dumbledore, via les souvenirs, et puis je déballa tout. Toutes mes impressions, mes pensées, mes doutes, mes peurs, ma solitude, je lui révéla même des choses que je n'avais dites à personne.
Je lui parla du petit poisson que ma mère avait offert à Slughorn, de cette fameuse soirée où le monde des sorciers a perdu un grand homme et de ce qu'il s'était passé, avant, dans la grotte, de la mort de Dobby et de comment je l'avais enterré dans les dunes de la Chaumière aux coquillages, du regard de Rogue avant de pousser son dernier soupir, de ce que j'avais ressenti en me rendant dans la forêt interdite et des personnes qui m'accompagnaient en cet instant, du songe que j'ai fait dans la grande gare immaculée de King's Cross, de la seule chose qui importait aux yeux de Narcissa... C'est là, que Draco réagit et me coupa pour la première fois depuis le début de mon récit.
« Tu n'aurais pas pu répondre par l'affirmative à ma mère si tu ne m'avais pas sauvé la vie, Harry, dans la salle sur demande. C'est à ce moment précis que j'ai su que tu étais un aussi grand sorcier que Dumbledore. Toi aussi, tu m'as tendu la main, alors même que j'essayais de te poignarder dans le dos. Pourquoi as tu mis ta vie en péril pour la mienne ? »
« Parce que... Parce que j'ai vu à quel point tu étais effrayé, presque autant que moi et que j'ai compris que j'aurais fait n'importe quoi pour protéger ma famille, moi aussi, si j'en avais eu une. » Draco me regarda droit dans les yeux et, murmura un :
« Merci. » je ne répondis pas mais mes yeux le firent à ma place, du moins je l'espère... Draco reprit la parole :
« Tu comprends donc, pourquoi je ne veux pas que mon cousin sache tout du monde des sorciers. Je veux juste le protéger... »
« Mais Draco, il te posera un jour ou l'autre des questions sur son enfance, sur sa famille. Tu comptes à chaque fois lui faire oublier ses questions ? Il a le droit de savoir. Si tu lui fais oublier, tu ne vaut pas mieux que ses parents... Il a le droit de savoir et doit pouvoir choisir d'oublier ou non. »
« Je... je n'avais pas vu les choses de cet oeil... C'est juste que... faire partie de cette famille c'est... presque handicapant...
Regarde : je suis suivi par un employé du Ministère, je ne peux pas envisager un seul projet sans que quelqu'un ne soit derrière moi... Et ce n'est pas comme ça que pour moi...
Beaucoup de membres des familles des mangemorts se sont vu refuser des emplois après que les procès aient eu lieu. Les préjugés s'étendent à tous les membres des familles.
Je connais mon cousin et tu le connais. Il n'est pas mauvais dans le fond, mais les sorciers le verront comme ça, parce qu'il fait partie de ma famille. »
« Je ne savais pas que ma présence t'incommodait, tellement, Malefoy ! » dis-je un léger sourire aux lèvres. Il me rendit mon sourire, je poursuivis :
« Plus sérieusement, les injustices dont sont victimes ces gens ne doivent pas être prises à la légère mais souvent, elles sont méconnues...
Et, pour en revenir à Léo, je ne pense pas que le monde magique aura une réaction négative à son égard si on le présente de la bonne manière et aux bonnes personnes. L'histoire de Léo est touchante et sera une occasion de lever le tabou des cracmols.
Je connais une personne qui pourra même lui parler, lui donner sa propre expérience du monde magique en temps que personne non-magique.
Et puis... qu'est-ce qui te donne le droit de juger ce qui est bon à savoir pour lui, Draco ? Je pense qu'il faut lui offrir la possibilité de savoir ou de rester dans l'ignorance... »
« Grmml... Ce Zabini, quand je mettrai la main dessus ! C'est de sa faute ! »
Je souris, si Draco dit ça, c'est qu'il a pris sa décision et que j'ai réussi à le convaincre ! Je regarde ma montre. Heureusement qu'il s'est décidé... Il nous restait 5 minutes avant que Léo ne se réveille ! J'observe le blond quelques secondes et lui demande :
« Prêt ? Il se réveille dans 4 minutes. N'oublie pas que je suis là pour prendre le relais si tu veux. Explique lui un minimum et essaye de le rassurer... Et pitié : ne ressort pas ta carapace de sale fouine ! Montre toi empathique et compréhensif, ça va sûrement lui faire un choc. »
Il grommelle mais je lis dans ses yeux sa nervosité. Il ne l'avouera sûrement jamais, mais, je n'en ai pas besoin, je la vois. Je ne sais pas depuis quand je suis devenu aussi bon pour lire les émotions des autres ! Non, pas des autres, juste de Malefoy.
Je me relève, inspire profondément, je ne sais pas du tout comment Léo réagira. Léo a toujours été quelqu'un de calme, de posé, qui m'a rassuré, il dégage une impression de sagesse mais là, il va avoir toutes les raisons possibles de disjoncter... Draco se relève aussi et en se relevant il frôle tout mon côté droit. Je frissonne. Entre lui et moi, l'ambiance est tendue, électrique mais en même temps ouverte. Je ne sais pas à quoi, mais elle l'est...
Je ne m'étais jamais confié comme ça à quelqu'un en qui je n'avais pas confiance. J'espère avoir accordé ma confiance à la bonne personne. Je l'espère vraiment. Mais pour le moment, ce n'est pas ça qui doit m'inquiéter, c'est Léo.
J'avance de quelques pas et ouvre la porte de mon living. Je laisse Draco passer. Il entre la tête haute, comme un vrai Malefoy, dans la pièce. Il va s'asseoir dans le fauteuil le plus proche de mon canapé et de la tête de son cousin. Je vais prendre place dans l'autre fauteuil, que je rapproche du magnifique duo blond. Draco regarde par la baie vitrée, le regard dans le vide, des mots se forment sur ses lèvres, mais aucun son n'en sort, il cherche surement quoi dire, par quoi commencer.
« Aaaahhh... » ce baillement a l'air d'être sorti des coussins de mon canapé. Je souris légèrement mais je suis tendu. Je ne veux pas que mon ami souffre. Draco, lui, a presque sursauté puis il m'a cherché du regard et s'est détendu un peu en rencontrant mon regard.
Comment Potter a-t-il su me convaincre ? Je n'arrive plus à m'en souvenir. Déjà chez moi, tout seul, mes pensées étaient embrouillées. Depuis que ce 'phénomène' est entré dans ma vie, tout part à vau-l'eau. Je ne contrôle plus grand chose. Enfin... Je n'ai pas arrêté de penser à lui depuis hier et le voilà qui débarque chez moi. En un sens...
Il a un effet apaisant sur moi, seul Blaise avait réussi à avoir cet effet sur moi, avant. Et encore ! Ce n'est pas du tout la même chose. Blaise arrive à me calmer seulement quand je le veux bien, sinon... Je me contente de faire l'inverse de ce qu'il me conseille par esprit de contradiction. Avec Potter, ce n'est pas la même chose.
J'ai l'impression que je n'arriverai plus jamais à mettre un peu d'ordre dans mes pensées mais quand mon regard se perd dans ses yeux verts, ma tête se vide et j'arrive à me décentrer un peu. Je me raccroche donc à ses grands iris émeraudes comme à une bouée. Je me sens tellement dériver depuis hier que j'ai bien besoin de quelque chose à quoi me raccrocher. Et évidemment, il fallait que ce soit Potter ! Enfin...
Je ne l'avouerai jamais, mais je l'admire. Il arrive à s'exprimer, à dire ce qu'il ressent, à s'ouvrir aux autres. Toutes ces choses étaient l'inverse des qualités requises chez un Malefoy et donc l'inverse de ce que je fait. Quand j'exprime ce que je ressens, je le crie et je pète un cable, comme tout à l'heure. Et personne hormis Blaise, ma mère et maintenant, l'élu, ne m'avaient vu dans un tel état.
Mais je penserai à moi et à tout ce que Potter m'a dit aujourd'hui plus tard. Là, je dois me concentrer sur mon cousin.
« Bonjour Léo. »
« Draco ? Qu'est-ce que tu fais ici ? J'ai dormi longtemps ? Je ne pensais pas que vous seriez en bons termes depuis... Vous êtes en bons termes, hein ? Ou je dois courir me cacher pour ne pas que vous abîmiez ma peau chérie dans la bataille ? » Dans d'autres circonstances, j'aurais sûrement souri au trait d'humour de mon cousin, mais là, aujourd'hui, en sachant ce que je vais devoir lui expliquer. Je n'en ai pas le courage. Je ne sens d'ailleurs même plus les muscles de mon visage tellement ils sont tendus.
« Oui, nous sommes en... bons termes... » sifflai-je, voyant du coin de l'oeil un sourire espiègle apparaître sur le visage d'Harry. Celui-ci, intervint d'ailleurs, répondant à Léo :
« Tu as dormi deux heures, tu en avais besoin... Tu étais.. assez agité. Je me suis permis d'appeler Draco parce que... » le brun laissa planer ces deux mots et me regarda avec insistance. Je prends une grande inspiration, regarde mon cousin dans ses grands yeux bleus et complète la phrase commencée :
« Parce qu'il s'est dit que j'étais mieux placé que lui pour répondre aux dizaines de questions que tu dois sûrement te poser. » Léo a l'air soulagé en un sens et tendu dans un autre, il a sûrement senti que j'étais tendu...
« Alors je ne délirais pas ? Il y a bien quelque chose de bizarre chez Blaise ? Pourquoi es-tu mieux placé qu'Harry ? Parce que Blaise est ton ami ? Tu as remarqué ces... choses, aussi ? » Euuuuh... Par où commencer ? J'ai tellement reporté l'échéance de cette conversation que je n'y avais plus pensé depuis un boût de temps...
« Bon, je voudrais que tu me promesses de ne pas me couper, même si tu en auras envie, j'en suis sûr. Garde tes questions pour plus tard, j'y répondrai, je te promet » il acquiesce par un léger mouvement de menton, l'air grave. Je poursuis :
« Alors voilà, je vais commencer par le début et le plus compliqué. Les questions sur tes origines auxquelles je n'ai jamais voulu répondre.
Tes parents, n'étaient pas ce qu'on peut appeler des personnes respectables. Mais ça, tu dois t'en douter un peu, vu le seul souvenir que tu en as... Ils ont fait des choses... vraiment horribles. Ils ont fait de mauvais choix et, malheureusement, étaient convaincus que c'étaient les bons.
Je veux que tu gardes toujours à l'esprit que ce que je vais te dire, changera peut être la manière dont tu nous vois Harry, moi ou Blaise mais que nous, n'avons pas changés. Nous serons toujours là pour toi et si tu ne veux plus entendre parler de tout ça après, nous nous engageons à respecter ta décision. Je respecterai tes choix et les ferai respecter à Harry d'une manière ou d'une autre. »
Léo a l'air un peu déboussolé mais je sais qu'il est bien plus mature que moi et qu'il a confiance en moi. Mon cousin, même déboussolé, dégage une aura de respect impressionnante, comme si il avait retourné en sa faveur, bien sûr, l'aura de grandeur que dégage un Malefoy. Après ce que je viens de dire, je m'attends à entendre ce râleur de gryffondor intervenir et se récrier. Mais il n'en fait rien, donc je continue, de peur de perdre le fil.
« Tes parents, mon oncle et ma tante, n'étaient pas seulement des personnes qui croyaient en de mauvaises choses, ils faisaient partie d'un autre monde, tout comme Harry, Blaise et moi. Un monde que tu ne saurais imaginer et qui va te sembler invraisemblable. Un monde dans lequel presque tout est possible. Un monde où la... magie, est considérée comme normale. »
Léo est passé de déboussolé à sceptique, je le vois sur son visage. Je sors donc lentement, ma baguette de mon sac et reprends :
« Je sais que tu dois penser que nous sommes bons à enfermer dans un asile, Harry et moi, c'est pourquoi, pour appuyer mes dires je vais utiliser la magie devant toi. C'est un sort innofensif, je te le promets. »
Je murmure une formule et attends quelques secondes. Léo est concentré sur le bout de ma baguette, qu'il observe, presque déçu que rien ne se passe.
Puis une petite exclamation de surprise, attire notre attention à tous deux.
Des flocons tombent sur le sol du salon de Potter, mais celui-ci est bien trop occupé à observer chaque facette de l'étoile d'eau cristallisée qui vient de s'accrocher à une de ses mèches de cheveux rebelles et qui fond après quelques secondes que pour s'en soucier.
Cet enchantement est un des plus beaux et sans danger que je connaisse et je le pratiquais déjà, enfant, avant de recevoir ma lettre de Poudlard. Je dois dire qu'il fait vraiment un joli effet sur l'élu. Je me retourne vers un Léo ébahi et curieux. J'arrête le sortilège, trop distractif, et me relance dans mon récit :
« Ce monde et la magie ont leurs côtés lumineux et leurs côtés plus sombres. Tes parents, faisaient partie d'un groupe d'adeptes qui croyaient en certaines valeurs sombres, et surtout en leur maître. Ils sont montés en pouvoir il y a une trentaine d'années puis leur maître a disparut. Ces disciples, le croyant mort, se sont cachés, ont dénoncés leurs semblables pour échapper à l'emprisonnement ou ont fini en prison.
Tes parents ont quittés le pays pour se protéger. Ensuite, quelques années plus tard ils sont revenus se cacher au Manoir et tu es né. Ta mère n'avait pas vraiment l'instinct maternel et c'est plutôt ton père qui s'occupait de toi.
En grandissant, nous jouions souvent ensemble dans le parc et nous avons découvert les moindres recoins et passages secrets du château tous les deux.
Mais ce que nous préférions faire, c'était de parler de l'école dans laquelle nous rêvions d'aller : Poudlard, l'école de sorcellerie. Nous attendions notre lettre d'entrée avec impatiente. Le jour de mes 11 ans, ma lettre est arrivée, nous avons fêtés ça comme il se doit, dans la cabane que nous avions construite. Puis le jour de tes 11 ans est arrivé, et tu n'as pas reçu ta lettre.
Ce qu'il faut que tu saches, c'est que, parfois, il arrive qu'un enfant né de deux parents sorciers se révèle n'avoir aucun pouvoir magique. Ce qui a été ton cas, c'est ce qu'on appelle un cracmol. Il n'y a aucun mal à être un cracmol, vraiment aucun. Ce sont des personnes qui vivent souvent entre deux mondes, ils connaissent l'existence du monde magique mais évoluent dans le monde de ceux qu'on appelle les moldus, ceux qui n'ont pas de pouvoirs magiques. Ils sont quand même moins naïfs que les moldus normaux et donc plus... sensibles aux traces de magie que les sorciers laissent.
Mais le concept de cracmol était rejeté par le maître du groupe dont faisaient partie tes parents et tes parents croyaient, toujours, en ses valeurs, même si il n'était pas trouvable. Pour eux, c'était une honte d'avoir un enfant sans pouvoir magique puisqu'ils méprisaient les moldus. C'est pourquoi ils t'ont abandonnés. C'est aussi la raison pour laquelle toutes les autres portes de notre famille se sont refermées devant toi quand tu as cherché à connaître tes origines. Notre famille a gardé des traces de ces croyances que je trouve révoltantes.
Peu après t'avoir abandonnés, tes parents ont été emprisonnés. Ton père n'a pas survécu aux conditions de vie de la prison mais ta mère, oui. Et quand le maître du groupe est revenu quelques années plus tard, elle s'est échappée et battue à ses côtés pour reprendre le pouvoir. Elle en est décédée.
Voilà, tu dois avoir pas mal de questions, je te promets d'y répondre de mon mieux. Mais je veux que tu saches une dernière chose. Le jour où ils t'ont abandonnés, tes parents ont effacés ta mémoire grâce à un sortilège. Si tu veux oublier tout ce que je viens de te dire, je peux le refaire, mais seulement à ta demande et après t'avoir expliqué ce que ça implique. Sinon, je suis à ta disposition, et je crois que Harry dira la même chose, pour te faire découvrir notre monde, ton monde aussi, le monde où tu as grandis. Je respecterai ton choix de toute façon. Voilà. »
Je suis choqué ! Malefoy s'est vraiment montré... étonnant avec Léo ! D'un respect, d'une empathie sans failles. Léo a eu l'air d'assez bien encaisser, mais on va voir ce qu'il en est maintenant. Il réfléchit quelques instants et puis annonce d'une voix décidée :
« J'ai beaucoup trop de questions qui se percutent dans ma tête en ce moment, mais ce qui est sûr, c'est que je veux en savoir plus. Je ne veux plus subir cette impression de vide que m'a laissé le premier sortilège de mes parents. Je crois que je vais rentrer chez moi, organiser un peu mes questions, mes pensées et puis je reviendrai vers toi Draco, je sais où te trouver ! » Draco sourit légèrement et lui répond :
« N'hésite surtout pas, Léo ! Je vais essayer d'être le plus dispo pour toi possible, ces prochains jours... Si tu veux m'en parler, de toute façon, je serai toujours là ! Je suis vraiment content que tu prennes tout ça aussi bien, en tout cas ! »
Le sourire de Léo s'étire bizarrement en une grimace désagréable et il dit :
« Je me garde quand même le droit de péter une case, un jour... Mais là, je suis vraiment fatigué, tendu et ce n'est pas le moment pour continuer à en discuter. »
Je m'approche et m'autorise enfin, à intervenir :
« Léo, sache que pour moi, ça ne change rien du tout, que quelqu'un soit cracmol, sorcier ou moldu. J'espère que ça n'affectera pas notre amitié mais que ça ne la rendra que plus forte... Je ne pensais pas avoir le droit de te dire tout ça à la place de ton cousin, c'est pourquoi je me suis permis de l'inviter chez moi. Je n'aurais pas pu mieux te l'annoncer.
Mais une des raisons pour laquelle je ne t'ai pas révélé mon secret avant, c'est que des lois strictes protègent ce secret magique. Donc, je te demande de ne pas en parler autour de toi sinon ça aura des répercussions sur Draco ou moi. »
Léo acquiesce et se lève. Il se dirige vers mon hall, je le suis, accompagné par Draco. Je lui rends son manteau, il l'enfile puis arrive le moment de nous dire au revoir :
« Draco, juste une petite question quand même : pourquoi ne m'en as tu pas parlé avant, bon sang ?! » Draco se frotte les mains nerveusement mais répond calmement à son cousin :
« Je pensais que savoir te ferais plus de mal que de bien parce que notre famille n'est pas la famille idéale dans laquelle quelqu'un pourrait espérer vivre. Et puis, je craignais ta réaction et en plus, je ne voyais pas pourquoi te révéler tout ça si tu étais parfaitement heureux dans le monde moldu... »
« Je pense que c'était à moi d'en décider, mais je comprends tes arguments, Dray. Bon, bonne journée et merci de m'avoir parlé de tout ça ! » Il enlace maladroitement son cousin quelques secondes, leurs cheveux se confondent, c'est joli à voir et touchant, surtout en sachant combien les effusions ne sont pas le fort de Draco. Il se dégage, me regarde quelques secondes avec un petit sourire et lance un :
« Tu devrais peut être revêtir les habits dans lesquels tu m'as accueilli, plus souvent. Ça te va si bien ! » nous nous esclaffons ensemble en repensant à la tenue d'Adam dans laquelle je l'ai accueilli tout à l'heure. Je prends mon ami dans mes bras, le serre quelques secondes puis nous nous reculons un grand sourire aux lèvres. Je lui ouvre la porte et lui dit :
« J'y réfléchirai sérieusement mais, je ne crois pas que Draco apprécie ! Prends bien soin de toi ! »
Ce dernier nous regarde l'air intrigué et un peu agacé de ne pas faire partie de la confidence. Léo monte dans l'ascenseur et nous lance un dernier :
« Salut les gars ! » nous lui répondons aussitôt, puis je referme la porte de mon appart, beaucoup plus détendu.
Je me dirige vers ma cuisine pendant que Malefoy va se rasseoir dans mon salon.
« Tu veux un thé, Draco ? » c'est fou comme, où qu'il aille, il a le don de s'approprier l'espace. Comme si il avait toujours vécu là.
« Oui, j'veux bien. Merci. » je ramène deux tasses et ma théière préférée (recouverte d'un cache semblable à celui que Dobby portait, autrefois) puis je m'assied moi aussi, dans mon salon.
Je sers le thé et tend sa tasse à Draco, nos doigts se frôlent quand il l'attrape, nos regards se croisent, nous restons comme cela quelques secondes. Ses yeux reflètent toutes les émotions par lesquelles il est passé aujourd'hui, c'est-à-dire beaucoup trop d'émotions contradictoires en un coup. Je me sens un peu coupable de lui avoir fait passer une journée difficile alors qu'hier avait déjà été difficile pour lui. Draco se râcle la gorge, nous brisons le contact, je lâche la tasse, la laissant à Draco et je prend la mienne, comme si de rien n'était.
« Désolé de t'avoir fait vivre tout ça aujourd'hui. Ça ne doit pas être facile. Ça fait beaucoup de choses d'un coup. »
Je rêve ou il veut que je lui parle de ce que je ressens ? Oh la la. Ça c'est un signal de départ. D'ailleurs, qu'est-ce que je fais toujours là ? Je devrais déjà avoir transplané chez moi. Je sais, au fond, que si je suis resté c'est parce que je n'ai pas envie de me retrouver seul chez moi, mais rester chez Potter ? Ridicule ! Même si il semble avoir un effet... apaisant sur moi. J'avale mon thé à toute vitesse, me brûlant légèrement la langue au passage puis annonce :
« Effectivement. D'ailleurs je suis fatigué et vais rentrer me coucher chez moi. » je me lève. Harry est surpris de mon changement de comportement soudain. J'en profite pour retourner dans le hall. Il me suit presque en courant pour me rattraper et me lance :
« De quoi as-tu peur Malefoy ? Qu'est-ce que tu fuis ? » je me stoppe net et me retourne :
« Rien Potter. Je veux juste rentrer chez moi. J'ai pas mal encaissé jusqu'ici et je pense mériter le droit de rentrer me reposer, non ? »
« Arrête Draco. On sait tous les deux que si tu voulais rentrer, tu serais parti en même temps que Léo. » non mais pour qui il se prend !
« Arrête ça, Potter. Tu n'es pas dans ma tête, tu ne sais pas ce qu'il s'y passe en ce moment. On se revoit au boulot ! » je m'apprête à transplaner, mais une main entoure fermement mon bras. Harry me tire vers lui et me secoue légèrement :
« Malefoy, tu le fais exprès, ou quoi ? » je me raidis. Il est beaucoup trop proche de moi.
« Lâche moi, le balafré ! » dis-je sans grande conviction, je suis fatigué de me battre.
« Hors de question ! Pourquoi, quand j'ai l'impression que tu t'ouvres un peu, tu te refermes violemment et cours dans le sens opposé ? Tu as peur de quoi, Malefoy ? Que je te contamines avec des bons sentiments ? Vu comment tu as parlé à Léo tout à l'heure, tu n'as pas besoin de moi pour ça ! » je n'arrive plus à réfléchir. Il est trop proche de moi. Et je sais qu'il a raison. Je dis, pitoyablement :
« Potter : lâche moi, sinon... » Harry ricane.
« Sinon quoi ? Ton père en entendra parler ? Arrête un peu ! On est plus à l'école, Draco ! » je me tais et je croise son regard, dans la panique, mauvaise idée... Ses grands yeux verts sont vraiment magnifiques, j'essaye de l'implorer par mon regard, de me laisser partir. Je ne peux décemment pas le faire tout haut, je reste un Malefoy. Mais il en a apparemment décidé autrement. Il continue dans un souffle :
« Tu dois vraiment arrêter de te cacher derrière ton honneur, Malefoy. » je pose ma main sur celle qui retiens mon bras, pour essayer de me dégager de son étreinte. Je ne tiens pas à transplaner, par mégarde, avec lui, ça ne réglerai pas mon problème. Il desserre un peu son étreinte. Je ne vois qu'une seule chose qui pourrais le faire me lâcher, je n'ai pas le choix. Enfin, c'est ce que je me dis à moi-même. Je relève la tête, le regarde dans les yeux et dis avec toute la fierté et le courage qu'il me reste :
« Je ne me cache pas, moi ! » avant d'approcher mon visage du sien, de fermer les yeux et de poser mes lèvres sur celles du brun. C'est un des premiers baisers les plus maladroit de toute ma vie, mais ça ne le rend que plus... spécial ? Unique ? Je sens quelque chose de froid toucher ma nuque, un léger frisson descend le long de mon échine. Ça me ramène à la réalité.
Je suis vraiment en train d'embrasser Potter ? Je n'avais pas le choix... C'est ça, oui ! Je n'avais pas le choix ! D'ailleurs, ça a l'effet voulu : il a lâché mon bras, de surprise. J'en profite. Je recule et transplane, laissant un Potter dans un brouillard étrange, sûrement l'effet de la fatigue, les joues rougies et une expression de surprise plutôt drôle et mignonne (je dois l'avouer) sur le visage.
Je n'en reviens pas... Il a vraiment osé me laisser comme ça après m'avoir... embrassé ? Après s'être laissé envahir par ses émotions ? Il a encore osé fuir ?
Woh oh ooooh ! Stop stop stop ! Malefoy m'a embrassé ? Wow ! Je ne réalise pas encore...
Seul les flocons qui tombent dans mes cheveux, sur mes lunettes et dans ma nuque me rappellent que je n'ai pas rêvé.
Voilà, un chapitre plus long que les précédents pour me faire pardonner, j'entre dans une période pendant laquelle je ne pourrai plus écrire beaucoup...
J'espère que vous aurez appréciés ce chapitre! Bonnes fêtes à tous! Hésitez pas à me laisser une p'tite review! Bisous! ;)
LucyLuce
