Chapitre 26 : Amer
Rien, plus aucune nouvelle depuis ce fameux jour.
Je n'étais pas surpris de ce silence, juste déçu.
Malefoy n'avait pas intérêt à me reprocher de me cacher après ça...
Je comptais bien le lui démontrer, d'ailleurs, que je n'étais pas un lâche.
Et puis, de quoi parlait-il au juste ? De mes préférences au lit ou de mes sentiments grandissants ?
Parce que oui, Draco avait eu au moins cet effet positif avec son baiser surprise et cette phrase lancée inopinément, ce n'était pas qu'une attirance physique.
J'avais dû m'avouer à moi-même, après 6 jours sans une seule nouvelle, que ce n'était pas le corps de Draco qui me manquait, vu que je n'avais eu droit à toucher celui-ci que dans mes fantasmes... C'était les interventions, certes, le plus souvent destructrices, mais qui me laissaient aussi étrangement sur ma faim, du blond dans ma vie qui me manquaient.
C'était la première fois que quelque chose qui me permettait de respirer librement de nouveau me laissait cet arrière-goût amer.
J'avais bien tenté de me plonger dans le travail pour oublier cette sensation de vide désagréable mais sans véritable succès. J'avais replongé dans le travail, uniquement parce que c'est via celui-ci que je reverrai Malefoy, je le savais.
J'avais d'ailleurs, terminé mon rapport et, présentement, hésitais à l'envoyer à Eskivdur, bien plus tôt que prévu et comme je n'avais pas oublié ma promesse à en envoyer une copie à Malefoy, d'abord.
Je relu une dernière fois mon travail...
RAPPORT de l'étudiant POTTER Harry à l'intention de Monsieur ESKIVDUR
J'ai, comme vous le savez, suivi Monsieur MALEFOY Draco dans son projet de réinsertion dans notre communauté. Je pense avoir tenu compte de vos conseils pour ce rapport, Monsieur, j'espère que vous en serez satisfait et, par la même occasion, rassuré sur mes capacités à compartimenter mon travail et mon jugement personnel.
Le projet de Monsieur Malefoy est très simple et surtout totalement original dans notre pays, à ma connaissance. Il veut créer un bar ouvert à tous, cet établissement ouvrirait ses portes à tous les sorciers et sorcières quelle que soit leur orientation sexuelle (j'ai joint à ce rapport un dossier expliquant plus en détail ce projet).
Monsieur Malefoy a déjà trouvé un local sur le chemin de traverse, des aides financières, des partenariats avec une série d'établissements professionnels tels que 'Weasley farces pour sorciers facétieux' et 'Les trois Balais' ainsi que quelques psychomages qui seront à disposition de chaque personne se posant des questions.
Pour insuffler de la vie à ce projet, il ne lui manque que l'aval du Ministère qui lui permettra de lancer les travaux et de pouvoir prendre contact avec le service des transmissions magiques pour pouvoir relier l'endroit au réseau de la poudre de Cheminette.
Je ne vois, objectivement, aucune raison de ne pas lui accorder notre accord.
Ce projet me semble bénéfique à notre société, il promeut la tolérance, anéantit les tabous, encourage la communication et les échanges et tient compte de la dimension psychologique qu'il implique (je parle, ici, des psychomages à disposition).
Je vois dans ce projet et dans le comportement que Monsieur Malefoy a eu pendant ma période d'observation, de véritables changements dans ses intentions envers la société et envers le bien être de tous les sorciers et sorcières. Je sais que mon client n'a que de bonnes intentions concernant ce projet.
Je dois malgré tout, vous faire part de quelques réticences que j'ai à l'égard de Monsieur Malefoy et qui sont du domaine de l'instinct plus que du concret. Il est assurément de bonne volonté dans ses projets professionnels mais je n'ai pu m'empêcher de remarquer une instabilité dans son comportement général.
C'est pourquoi, si vous l'acceptez, je préconise qu'une personne de nos services suive Monsieur Malefoy dans la suite et la concrétisation, je l'espère, de son projet.
Je suis conscient que vous ne vous attendiez pas à recevoir mon rapport aussi tôt mais je ne veux pas bloquer le début des travaux plus longtemps surtout inutilement puisque je crois profondément au bien-fondé de ce projet et à ses apports pour notre monde magique.
Avec tout mon respect,
Harry Potter, apprenti Auror.
Je savait que ce rapport ne plairait pas totalement à Malefoy. En fait, j'espérais lui laisser une impression amère qui lui servirait de leçon, à lui aussi.
Si Malefoy pensait que je rentrerais dans son jeu... Il se tromp- c'était trop tard, réalisai-je. J'étais déjà empêtré dans ce jeu dont les règles étaient floues et tacites puisque je voulais me venger de lui, donc, riposter...
Je trouve ça fascinant combien il suffit d'un seul instant pour passer du noir au blanc
La minute précédant ce baiser, j'étais décidé, inébranlable, je voulais découvrir pourquoi le serpentard se permettait de fuir dès que ça touchait à ses émotions.
Après ce bref contact de nos lèvres l'une contre l'autre, il ne me restait que des questions et des sentiments qui tourbillonnaient en moi : la colère, l'incompréhension, le regret, la peur, l'espoir et cette impression de vide.
Je voulais juste fermer les yeux et pouvoir oublier le retour de Malefoy dans ma vie mais j'étais perdu. Arrêter de se poser des questions, de ressentir, m'avait semblé une solution facile.
Sauf que c'était trop tard pour cela et impossible pour moi, particulièrement, de me résoudre à arrêter de faire ce qui m'avait toujours guidé jusqu'à présent et ce qui avait sauvé le monde dans lequel je vivais : ressentir des sentiments, aussi désagréables qu'ils soient.
La colère : de le voir de nouveau fuir
L'incompréhension : de la peur que je sentais chez Draco par rapport aux sentiments
Le regret : de ne l'avoir retenu près de moi
La peur : d'avoir mal interprété ce qu'il s'était passé
L'espoir : laissé par la neige, cette magie instinctive qui s'était produite pendant leur baiser
Le vide : laissé après son départ
Ça ne voulait pas rien dire pour lui. Ça ne voulait pas rien dire pour lui. Ça ne voulait pas rien dire pour lui.
Je ne cessais pas de me répéter cette phrase, inlassablement.
Pour en avoir le coeur net, (enfin, surtout la tête, puisque mon coeur était déjà convaincu que c'était la vérité) il ne me restait qu'une seule solution.
Entrer dans son jeu et espérer le gagner, « le » étant le jeu autant que Draco...
Je jeta un coup d'oeil sur la photo trouvée dans sa chambre et ne pu empêcher un sourire mutin d'apparaître sur mon visage : j'ai déjà une longueur d'avance sur lui.
J'utilisa un sortilège de duplication sur le parchemin que je venais de relire, nota ces quelques mots à l'arrière :
Comme promis.
N'oublie pas de me renvoyer une confirmation de réception.
H.P.
PS :Je ne me suis jamais caché, il suffit de me poser les bonnes questions.
et attacha la copie à la patte de la chouette professionnelle que le Ministère m'avait attribué, une jolie petite chouette effraie brune très sérieuse, en lui soufflant un « amène ça à Draco Malefoy » puis j'ouvris ma fenêtre et la regarda s'envoler jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans la nuit.
Je me refusa à faire des suppositions sur les réponses que je pourrais recevoir et fila me coucher.
Je m'endormis difficilement quand même, ayant du mal à empêcher mon esprit de se faire des films. Quand je me laissa enfin emporter par le sommeil, je me sentis arriver dans un endroit presque trop réel que pour n'être qu'un songe.
J'observa ma tenue, étrange, un smoking de soirée, je sentis un souffle près de mon oreille et une voix me chuchoter dans l'oscurité « Alors, Potty, prêt ? ». Je frissonna et n'eu pas le temps de répondre et me senti tiré en avant par une main qui emporta la mienne à l'extérieur de l'habitacle sombre et rassurant.
Pour atterrir à la lumière de dizaines de flash.
Ébloui, je mis ma main devant mes yeux pour me protéger de toute cette lumière, dans un réflexe. Enfin, ma main libre, évidemment, l'autre étant dans celle, très douce de l'homme qui avait parlé dans mon oreille. Je n'arrivais pas à distinguer son visage, caché par mes doigts qui protégeaient mes yeux de la lumière aveuglante.
J'entendais beaucoup de bruit, par contre. Je me concentra sur l'endroit où j'étais, regardant à mes pieds, je distingua une carpette rouge, je la suivit du regard, ignorant les magnifiques chaussures noires vernies de l'homme à mes côtés et reconnu l'emplacement. Nous étions sur le chemin de traverse, devant une façade d'un bâtiment neuf peinte aux couleurs de l'arc-en-ciel...
Nous étions devant le nouveau bar de Malefoy. J'essaya de distinguer plus clairement la silhouette à mes côtés mais il avait tourné la tête à l'opposé et répondait à des questions d'une journaliste. Apeuré devant la présence d'une journaliste, je lâcha sa main, dans un autre réflexe, ma vie privée devait rester privée. Ça avait toujours été ainsi.
Il ne sembla pas s'en rendre compte, trop pris par les interrogations de celle-ci. Des dizaines de journalistes essayaient d'accaparer mon attention, à moi aussi. Des tas de voix, toutes incompréhensibles et indistinctes s'élèvent jusqu'à moi.
Soudain, une voix plus grave et forte que les autres parvint à s'arracher à ce fouillis incompréhensible de questions. J'entends très distinctement cette phrase prononcée avec de la colère, du mépris et de la déception :
« Tu n'es pas l'élu, tu n'es qu'un sale pd qui mérite de crever ! Va te faire enculer, sale traître ! »
Je n'ai pas le temps d'ouvrir ma bouche que je vois l'arme pointée sur moi, tenue par une main gantée de noir. J'entends alors une détonation qui résonne à mes oreilles et dans tout mon être, puis un long cri de douleur, déchirant. D'un coup, le silence.
J'entends les pas de quelqu'un qui s'approche, je regarde le ciel, les yeux ouverts. C'est une belle soirée pour mourir... Les étoiles sont de sortie, dans leurs plus beaux atours, elles aussi. C'est une des plus belles chose que j'ai jamais vu.
Ah non ! Voilà la plus belle chose que j'ai jamais vue ! Dommage qu'elle ne sourie pas... Souris ! Allez ! Souris pour moi ! Tant pis... J'ai déjà de la chance que ça soit la dernière chose que je voie avant de fermer les yeux pour toujours...
Des yeux gris magnifiques se penchent sur moi, accompagnés d'un nez fin légèrement relevé sur le bout et surplombant une bouche fine qui s'ouvre et se ferme inlassablement, paniquée, dans un silence pourtant total. Des sourcils blonds froncés étrangement, qui tremblent un peu se trouvent au dessus des yeux qui eux, crient à l'aide de façon vraiment parlante. Et quelques mèches de cheveux blonds et fins tombent devant ce regard troublé. Je souris une dernière fois et prie intérieurement pour que ça soit une vision prémonitoire des anges qui m'accueilleront quel que soit l'univers que j'intégrerai ensuite...
J'entends quelques autres coups secs qui me semblent très étouffés et lointains. Je m'affole un instant mais mes yeux se ferment inexorablement. Je veux hurler mais je me bats déjà pour garder les yeux entrouverts je pense alors intensément : 'Non ! Pars ! Pars ! Je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose à toi aussi ! Mets toi à l'abri !'.
Mais en vain... Le noir m'entoure petit à petit. Je me concentre de toutes mes forces dans un dernier effort pour essayer d'ouvrir les yeux et m'assurer que l'ange n'a rien.
J'ouvre les yeux, paniqué, en sueur et hurle d'une voix saccadée : 'Dray ! Je – dois – sauver – Dray !'.
tac tac tac
Je me relève en sursaut affolé et cherche à tâtons ma baguette et mes lunettes sur ma table de nuit. C'est le même son que dans mon rêve !
Je murmure «lumos » et calme les battements erratiques de mon cœur ainsi que ma respiration, soulagé, en voyant simplement la petite chouette effraie frapper de son bec à ma fenêtre.
Je suis encore troublé par ce ?cauchemar/rêve? que je viens de vivre d'une façon tellement réaliste. Je me lève et vais lui ouvrir, mon cœur se remettant à accélérer en me rendant compte que ça doit être la réponse de Malefoy dont je n'avais plus de nouvelles depuis... Depuis... Bref.
Elle tend sa patte pour que je lui détache le petit morceau de parchemin qu'elle transporte. Je m'empresse de la libérer et lui donne, d'un geste automatique un miamhibou venant du paquet que je laisse toujours sur mon appuie de fenêtre. Elle hulule gentiment et va se reposer dans sa cage.
Je déroule le parchemin d'une main tremblante (l'émotion de mon cauchemar-rêve ou l'émotion tout court ?) et lis les mots tracés d'une écriture mince et élégante :
Comme tu t'es permis de me réveiller à 1h du mat', je me permet de te répondre à 3h, Potter.
Voilà ma confirmation de réception.
Tu m'as joliment eu avec ce rapport.
D.M.
PS : Je ne pose des questions que si les réponses m'intéressent. On se verra au Ministère.
Je reçois le post scriptum comme un violent coup de poing dans l'estomac, accompagné d'une légère envie de vomir qui, elle, n'est pas seulement mentale.
Je lâche la lettre et cours dans ma salle de bain pour remettre mon dîner. Je reste, ensuite, prostré sur le carrelage froid, incapable de bouger, une sensation de chaleur insupportable m'envahit. Je me colle contre les carrés de céramique vernis pour calmer cette réaction corporelle désagréable et soudaine.
...
Je me réveille et m'étire paresseusement, toujours fatigué de la courte nuit de sommeil peu réparateur que je viens de passer, puis me relève et me masse le bas du dos, grimaçant à la douleur qui s'y répand. En même temps, quand on s'endort sur le carrelage de sa salle de bain...
Je ne me sens toujours pas très bien, d'ailleurs... Je frissonne, m'appuie sur mon évier et lève la tête pour apercevoir mon reflet, je grimace, ce qui n'arrange pas l'image qui s'offre toujours à moi. J'ai définitivement une tête aussi atroce que la manière dont je me sens.
De grands cernes sombres se creusent sous mes yeux, offrant avec ma peau plus pâle que la normale, un contraste presque parfait. Mes cheveux sont tellement gras que les épis indisciplinés qui les rendent si reconnaissables, sont aplatis lourdement encadrant ma tête pitoyable et grimaçante.
Ça fait quelques jours que je ne suis pas sorti de chez moi et pendant ces quelques jours, j'ai été tellement occupé à réfléchir sur la meilleure manière d'oublier un certain blond que je n'ai pas vraiment fait attention à mon hygiène, je dois l'avouer... Mais j'ai tellement froid, là maintenant, que je pense que je vais prendre une douche bien chaude.
Après une bonne douche, j'accroche une serviette autour de ma taille et fouille dans mes placards à la recherche d'une potion qui pourrait m'aider. Je trouve le petit flacon de liquide orangé que je cherchais dans le double fond de ma pharmacie, m'en empare et le vide d'un trait. Je me sens tout de suite mieux. Merlin ! Vive les potions de 'Mione !
Je ré-observe attentivement mon reflet, mon teint est beaucoup plus vivant et coloré que tout à l'heure, mes cernes sont atténués, j'ai bien meilleure mine ! Je m'essuie les cheveux en sortant de ma salle de bain, je me dirige vers la lettre laissée par terre dans ma chambre. Je la ramasse, la relis et esquisse un petit sourire triste.
Je laisse tomber la serviette avec laquelle je me séchais les cheveux, trouve mon rapport original sur mon bureau, le roule, y ajoute le dossier du projet de Malefoy, l'attache à la patte de ma chouette et lui ouvre la fenêtre.
Le sort était jeté. Dans quelques jours, je reverrai l'ange de mon songe de cette nuit mais il ne sera sûrement pas en train de crier à l'aide au-dessus de mon corps inanimé.
Non.
En revanche, rien que le voir me fera mal et bien à cause du mélange d'espoir et de désillusion qui donne ce goût amer à chaque apparition qu'il fait dans ma vie.
Sans aucun doute.
Sauf que cette fois, j'étais bien décidé à ne pas le laisser gagner la prochaine manche. Et à lui laisser un goût amer dans la bouche, à lui aussi.
Ouf! Cette fiction est une bien trop bonne raison de procrastiner pendant des examens! Hihihi!
J'espère que ce chapitre vous aura pluuuu!
A la prochaine les zamis! :D
PS : Un grand merci à vous tous de lire mon histoire, avec le chapitre précédent, elle a dépassé la barre des 10 000 vues, ce qui me fait vraiment chaud au coeur! 3 Potterheads power!
