Longueur d'onde
J'observe mon reflet dans le grand miroir de ma salle de bain et ne peux m'empêcher de passer mes doigts sur la marque mauve ornant ma clavicule. Comment Potter peut il avoir ce pouvoir sur moi ? C'est comme si j'oubliais tous mes principes dès qu'il était dans les parages... Et c'est un luxe que je ne peux me permettre en ce moment, au moindre faux pas, tous mes efforts de ces dernières années seront réduits en fumée.
Et puis... Je sais que Harry n'est pas comme les autres, Blaise n'avait pas tord (et ça me fait mal de devoir le reconnaître) et je ne suis pas prêt à cette différence, je ne suis pas prêt pour la relation qu'il me demandera, avec raison. Potter n'est pas un mouchoir dont on se sert et puis qu'on jette sans ménagement, il a bien plus de caractère, de répondant, de combativité et surtout, il représente quelque chose pour moi. Je ne veux pas le blesser. Ça ne me plaît plus.
Gagner la guerre signifierait détruire Potter. Je dois lui faire comprendre que ça n'arrivera pas. Je ne veux pas que ça arrive après réflexion... Le problème c'est que quand je suis avec lui, toutes ces réflexions sont balayées par sa présence. Le fait de le sentir tout proche me fait perdre le contrôle. Il m'a déjà fait enfreindre pas mal des règles que je m'imposait et ces effractions sont déjà des erreurs de trop.
Je n'avais jamais mélangé sexe et travail, sinon, je n'aurais pas eu l'impression d'être arrivé jusqu'ici uniquement grâce à moi mais en vendant mon corps comme une prostituée et Draco Malefoy est tout sauf un gigolo. Je n'avais jamais juste embrassé quelqu'un sans rien de plus. Je m'étais interdit tout attachement et le fait que je veuille protéger Potter de moi-même suggère un attachement, je le sais. Je n'avais jamais juste dormi avec personne. Je n'avais jamais laissé aucun de mes amants me voir dans un mauvais état.
Je soupire et passe ma main dans mes cheveux en regardant mon reflet dans les yeux. Je déteste ces yeux gris acier, ils sont froids, sans émotions, ils n'ont pas cette petite étincelle qu'ont ceux des autres. Petit, j'étais fier de ces yeux qui ressemblaient à s'y méprendre à ceux de mon père. Aujourd'hui je n'y vois plus que son regard froid et tranchant sur un fils qui l'aurait franchement déçu.
Il y a quelques années, à Poudlard, pendant une dispute avec Blaise, j'avais croisé mon regard dans un miroir et je m'étais calmé aussi net. J'avais cru apercevoir mon « cher » père avant de me rendre compte que c'était moi qui lançait ce regard plein de colère, de mépris, de déception et de dégoût à mon meilleur ami. Je ne veux plus devenir comme mon père. C'est ma relation avec lui qui a guidé toute mon adolescence et maintenant, je trace ma propre route.
J'éteins la lumière dans la salle de bain, ferme la porte en sortant et rejoins mon lit. Par Merlin ! Il n'a toujours rien compris, celui-là ! C'était le signal du départ, ma petite visite de ma salle de bain, mais le corps nu remuant légèrement dans mon lit a l'air de faire preuve de toute la mauvaise volonté possible. Je ne vais pas y aller par 4 chemins, il connaît mes règles. Je lance d'une voix traînante :
« La chambre d'ami t'attend. » Et t'étirer comme ça ne va pas me faire changer d'avis, rajoutai-je à moi même, même si tu as un très beau cul.
Le sorcier se retourne lentement vers moi, un regard gourmand dirigé directement vers mes parties et se mordille la lèvre inférieure avec un semblant de ce qu'on pourrait appeler « volupté ». Bien qu'il n'en possède que l'ombre de celle qui émane d'un autre... Il prend une voix paresseuse et un peu rauque puis me répond nonchalamment :
« Je ne suis pas sûr, j'aimerais vraiment rester ici... » Je lui renvoie un sourire doucereux et dit d'une voix calme en articulant chaque syllabe :
« Ce n'était pas une question. » N'importe qui d'autre aurait été blessé mais j'avais oublié qu'il était plus persévérant que la moyenne et qu'il me connait depuis plus longtemps. Il semble décidé à braver l'interdit. À ses risques et périls ! Il sait ce qu'il en coûte.
Je m'approche du bord de mon lit et reste debout à l'observer de mon regard froid et calculateur. Il est hors de question que je me glisse sous mes draps tant qu'il n'aura pas détalé. Il avance lentement jusqu'à moi, tortillant des fesses d'une manière plutôt sensuelle, je dois le reconnaître. C'est dommage que je sois d'aussi mauvaise humeur, sinon, je leur aurait fait leur sort à celles-là, encore une fois.
Il a réussi à arriver jusqu'à moi et murmure, en fixant ses yeux dans les miens :
« Je ferai tout ce que tu me demandes, Draco, je suis tout à toi... » Je l'observe, là, soumis à moi alors que je viens d'être plus que désagréable et ne peut m'empêcher de penser qu'il ne présente même pas un défi. Je n'avais pas la moindre bataille à gagner pour l'avoir à mes pieds et c'est peut être pour ça que je n'en ai rien à faire de lui.
Je soupire avec langueur en levant les yeux au ciel. Je veux un véritable défi. J'en ai besoin.
Il a dû prendre mon soupir comme un encouragement parce qu'il vient de passer à ce qu'il croit être une attaque. Quel doux euphémisme. Une attaque, ça ? Pffff... Il fait juste exactement ce que je voulais qu'il fasse. Il s'est levé et commence à m'embrasser dans le cou tout en frottant lentement son corps nu contre le mien. Je le regarde s'échiner pour rien. Il ne me fait plus d'effet pour le moment, je suis de mauvaise humeur.
Il se recule, son érection naissante semblant presque aussi frustrée que lui. Je ricane en le regardant là, devant moi, les sourcils froncés, complètement insatisfait et lui ordonne doucereusement mais fermement :
« Je te demande de quitter cette pièce, Adrian. »
Il me regarde, clairement énervé mais toujours excité (évidemment, qui pourrait vouloir être avec moi, si ce n'est les hommes qui aiment être soumis, rabaissés), ne prend pas la peine de ramasser ses vêtements et se dirige vers la porte de ma chambre. Je les regarde, lui et ses fesses, s'éloigner avec satisfaction jusqu'à ce qu'il ne se retourne et ne me jette à la figure :
« Comment peux tu me demander de respecter tes règles si tu portes la preuve qu'elles sont factices pour un autre que moi ? Va te faire voir, Malefoy! Oh et puis non, en fait : je te plains, parce que je suis sûr que celui qui t'a fait ce sucon va te briser le coeur ou alors tu lui briseras le sien, ce qui reviendra au même puisque tu finiras tout seul, Draco ! »
Adrian claque la porte violemment. Je reste figé quelques minutes. Il a raison. C'est tout ce à quoi je suis capable de penser. Il a raison et en même temps, je maintiens que j'ai vraiment besoin d'un défi. Demain, j'enverrai Oscar déposer une paire de chaussures italiennes de luxe chez Adrian avec un mot d'excuse, finalement il m'a peut être mieux cerné que ce que je pensais...
J'enfile un pantalon de pyjama machinalement en continuant à penser à ce qu'Adrian vient de me dire. Je passe inconsciemment mon index sur la marque que l'élu a laissé dans mon cou. Puis-je renoncer ? Puis-je décemment abandonner la guerre ? Le puis-je vraiment ? Je veux dire... En suis-je capable ? Oui. Une seule lettre suffira à y mettre un terme. Mais je n'en ai pas envie.
Je ne m'en suis même pas rendu compte mais des larmes roulent lentement sur mes joues. Je les essuie rageusement, une voix légèrement inquiète me demande :
« Monsieur ? Tout va bien ? » Oscar est dans l'encadrement de la porte de ma chambre. Il ne m'avait plus vu comme ça depuis longtemps... Depuis les vacances avant ma sixième année à Poudlard, quand Voldemort m'avait confié ma mission, en fait.
« Oh... Oscar... Oui, tout va bien. Enfin, non, ça ne va pas trop. »
« Puis-je faire quelque chose, monsieur ? »
« Oui... Oh et puis non ! » Un silence suivit cette réponse pas extrêmement claire, je dois l'avouer. Puis Oscar repris la parole sur un ton beaucoup plus neutre :
« Monsieur Pucey nous a quitté, monsieur, il a utilisé le réseau des cheminées pour rentrer chez lui. »
« Oui... Quitté est le bon mot. » J'ai prononcé cette phrase d'une voix atone. Ça ne me fait absolument rien qu'Adrian ne veule plus être mon jouet. Ça devait arriver un jour ou l'autre.
« Monsieur, si je puis me permettre, il reviendra. »
« Sauf si je ne lui en laisse pas l'occasion... Merci Oscar. » je souris à mon majordome, il me renvoie ce sourire, s'incline légèrement et disparaît dans le couloir.
Je m'excuserai auprès d'Adrian mais je ne veux plus qu'il revienne, je n'aurai plus de temps pour lui, au milieu des préparatifs d'une guerre...
Je vais laisser Harry la gagner, cette guerre. Je sens, déjà rien qu'en acceptant de m'y engager que je renonce à beaucoup de principes que je m'étais imposé. Mais c'est la seule façon pour que ni lui, ni moi, ne sortions brisés de cette guerre. Reste à savoir si j'arriverai à baisser les armes au moment venu...
Aller le plus vite possible, le plus loin possible, courir sans s'arrêter, se libérer de toute responsabilité, sentir la terre sous ses chaussures et courir, partir, fuir... Plus fort, plus vite, plus loin... Sentir tous ses muscles se tendre sous l'effort, toute son énergie canalysée en un seul but et ce moment où on a presque l'impression de voler, de s'élancer et puis de se laisser porter pendant un quart de seconde avant de reprendre de l'impulsion et de recommencer.
C'était ça, courir. Mais pas seulement.
Se vider la tête ou faire le point sur ses problèmes. Ouvrir les yeux sur certaines choses, laisser s'exprimer ses émotions, laisser couler les mots dans sa tête, jusqu'à ce qu'il ne fassent plus partie que d'un arrière-plan étrange. Se laisser entraîner par la mélodie, l'entendre comme une musique de film défilant sur sa vie... Puis se replonger dans cette rivière de pensées plus floues les unes que les autres. Se laisser flotter avec le courant, se laisser emporter ou même tomber. Renoncer à ses peurs.
C'est ça, courir.
Un enchaînement parfait et pourtant tellement imparfait d'actions, une combinaison de différents muscles se contractant en rythme, comme une danse un peu folle... Si beau, si harmonieux et pourtant si difficile. Mais tellement libérateur.
Je ralentis le rythme et reprends mon souffle avant d'entrer dans mon immeuble, il me reste encore 12 étages à monter à pieds. Je ne prends l'ascenseur que très rarement, quand j'ai des invités seulement, en fait. Ça m'aide à rester en forme ! J'arrive donc essoufflé et en sueur devant la porte de mon appartement. Il me faut moins de trois minutes pour entrer, me déshabiller tout en marchant, dans mon hall et me glisser sous ma douche à jets massants, avec un soupir de satisfaction.
Je sens l'eau rouler le long de mon dos, ruisseler sur mon corps, caresser mes muscles endoloris, avant de se faufiler entre mes pieds. J'adore la sensation de l'eau qui court, elle aussi, sur moi. Et puis, une douche, après s'être laissé perdre dans ses pensées en courant, c'est l'idéal pour y voir clair. Et j'ai bien besoin d'un éclaircissement de la situation, en ce moment...
J'ai analysé chaque instant passé avec Draco ce fameux jour de l'ascenseur et j'en suis arrivé à la seule conclusion possible : il ne veut pas entrer dans le jeu, pour je ne sais quelles raisons obscures qui lui appartiennent. Je ne veux pas le forcer à ressentir ce que je ressens pour lui... Je sais que je ne vais pas en sortir indemne si j'essaye.
Je me demande de plus en plus si je ne devrais pas lâcher prise, abandonner la partie, me trouver quelqu'un de simple, enfin, avec qui se sera plus simple, en tout cas. Vivre la relation que je voudrais vivre au lieu de me lancer dans une relation déjà polluée par le passé et qui me fera souffrir... Malefoy n'est pas l'homme dont j'ai besoin, l'homme qui me soutiendra, qui me comprendra, qui fera rire mes amis, qui m'aimera pour qui je suis, entièrement, défauts compris.
Entre Draco et moi, il y a une flamme que je ne peux pas nier, bien qu'il s'évertue à le faire, lui... Mais ce n'est pas sur base de quelque chose d'aussi ténu qu'on construit une véritable relation, il faut quelque chose d'aussi solide qu'un roc pour fonder ce que je cherche. Le problème c'est que je sais que Draco est incapable d'être ce roc pour le moment. Pour le moment, il est plutôt le vent qui souffle sur la flamme comme pour essayer de l'éteindre ou en tout cas, de l'étouffer.
Et moi dans tout ça, je suis perdu. Je sais ce que je veux, mais la seule personne qui m'attire pour le moment n'est pas en mesure de me l'offrir. Alors que faire ? Se battre contre le vent ? C'est impossible... Je n'ai plus la force de me lancer dans un tel combat mais je déteste abandonner et croire que ça n'en vaut pas la peine. Parce que c'est faux. Je sais que Dray en vaut la peine. C'est ce que moi je peux lui offrir qui pose apparemment problème... Ce n'est pas assez que pour renoncer à tout ce qui le retient.
Ou peut être que je me fait des idées. Simplement. J'analyse beaucoup trop... Je suis fatigué, d'un coup. Je vais arrêter de forcer le jeu...
Ce soir, j'irai dans un bar pour me saoûler et oublier. Je m'assiérai au comptoir et commanderai un whisky sec, un gars viendra s'asseoir à côté de moi et commandera la même chose. Je n'y ferai pas attention. Ensuite, le gars entamera une conversation avec moi. Avec un peu de chance, ça sera un gentil mec, quelqu'un d'intègre, d'intelligent, ouvert, de respectable, plutôt beau, manquant un peu de confiance en lui. Je lui offrirai un verre. On discutera un peu et à la fin de la soirée, je lui proposerai de le revoir autour d'un café, il acceptera et on construira quelque chose là-dessus.
Ce qu'il s'est passé, c'est que, je suis allé dans un bar, j'ai bû plus qu'un whisky, j'ai comparé dans ma tête chaque mec qui venait m'aborder avec un certain blond, je les ai donc tous envoyé se faire voir. Ensuite, j'ai dragué le serveur, plutôt mignon, j'ai même essayé de le soudoyer sans grand succès et avec peu de délicatesse, vu mon état embrumé. Au final, il m'a recommandé d'appeler un ami pour me raccompagner et m'a mis dehors à la fermeture, sans cacahuètes (oui, tout ce que je voulais c'était des cacahuètes).
J'ai donc appelé Léo...
« Youhouuuuu ! Léoooo ! »
« Harry ? Il est 3 heures du matin, pourquoi tu m'appelles ? Tout va bien ? »
« Noooooon ! J'ai pas de cacahuètes ! »
« Quoi ? Ah... T'en es déjà à la crise des cacahuètes... Tu es où ? »
« Euuuuh... Excusez moi monsieur, où sommes-nous ? Ah oui ! Merci monsieur ! Au fait, vous avez de belles fesseeeees ! »
« Harry ! Au lieu de complimenter le postérieur de parfaits inconnus, pourquoi ne me dirais-tu pas ce que cet inconnu t'a dit, que je puisse te faire parvenir des cacahuètes en express ? »
« Oh ouiiiii ! Des cacahuètes ! Je suis à Lisle Street. Tu viens vite, Léo ? »
« Je t'envoie quelqu'un avec des cacahuètes, je ne peux pas venir en personne, je suis trop loin. »
« Tu es loin ? Moi aussi ! T'as compris ? »
« Je te laisse, Harry, ne bouge surtout pas ! »
« D'accoooord ! Merci Léo ! »
Mon téléphone portable me réveilla en sursaut. Je repris mes esprits et grommela en prenant l'appel :
« Mmmmuiiii ? »
« Draco, j'ai un service à te demander. » A 3 heures du matin, ça devait être important...
« J't'écoute, cousin. »
Je sais, je suis cruelle... ^^ Désolée pour le retard, panne d'inspiration! Je promets d'écrire et de publier le prochain chapitre plus rapidement. J'vous envoie plein de positivité et de bonnes ondes! ;)
