Mon chemin, ma voie

« Draco ? »

« Mmmh ? »

« Tu n'aurais pas oublié quelque chose, par hasard ? »

« Euuuh… Je ne vois pas de quoi tu parles, non. »

« Comment s'est passé le raccompagnage d'un certain brun chez lui ? »

J'espérais très sincèrement que Léo ait oublié cet épisode parce que moi je n'arrivais pas à le sortir de ma tête. J'avais pourtant tout essayé, mais rien à faire.

« Pénible. » J'avais répondu ça sur un ton rêveur qui ne me ressemblait pas, perdu dans mes pensées, enfin, dans mes souvenirs serait plus juste. Je dois admettre que cette soirée a été la plus distrayante, amusante et agréable que j'ai passé depuis un bon bout de temps.

« Draco ? »

« Mmmh ? »

« Il te plaît, hein ? »

Je soupire à cette question qui n'en est pas vraiment une. Mon cousin me regarde en souriant, il sait très bien qu'il n'aura aucune réponse, il poursuit :

« Vous me faites penser à des aimants, comme si la loi de la physique vous attirait l'un vers l'autre mais que chacun de vous est contrôlé par quelqu'un qui met toute son énergie à résister à cette force, à séparer les pôles inverses. Sauf que ce quelqu'un, c'est vous même. Pourquoi résistez vous, Draco ? »

« Harry et moi, on s'est détesté pendant les 6 années que nous avons passé ensembles à Poudlard. »

« Mais pourquoi vous détestiez-vous ? Je ne comprends pas… »

« Eh bien… Disons que nous ne sommes pas partis sur de bonnes bases... »

C'était un mensonge. À notre première rencontre, chez Mme Guipure, je ne pensais pas avoir fait mauvaise impression à Harry. Bon, d'accord, j'étais arrogant, fier et un peu stupide. Mais quel gamin de 11 ans n'est pas un peu stupide ?

C'est lors de notre deuxième rencontre que j'ai tout gâché. La fameuse poignée de main qu'il m'a refusé. C'était la première fois que quelqu'un de mon âge osait s'opposer à moi. Je me fichait complètement de l'opinion des autres, mais j'avais senti que lui était différent et que mon avenir dépendait en partie de lui. Un pressentiment étrange…

J'ai détesté cette impression parce qu'elle était associé avec une autre, aussi désagréable, la perte de contrôle. Comme si mon avenir ne m'appartenait pas, qu'il était déjà prévu et que quoi que je fasse Potter y jouerait un rôle important. Et c'est ce qu'il s'est passé. Il a été mon meilleur ennemi pendant 6 ans jusqu'à ce qu'il me sauve la vie.

Meilleur ennemi… C'était exactement ça. Pendant 6 ans, j'avais rendu la vie de Potter un peu plus insupportable qu'elle ne devait déjà l'être. Mais tout ce que je voyais, moi, c'était qu'il avait toute l'attention sur lui, tout le temps. J'étais considéré comme le prince des serpentards et je m'étais fait une réputation mais je n'étais pas satisfait.

Les seuls moments où je me sentais bien étaient ceux où j'humiliais Potter à l'angle d'un couloir, quand on se lançait des piques et quelques sortilèges. J'avais pris conscience de ça pendant mes vacances entre la cinquième et la sixième année. Les pires vacances de ma vie. Les vacances pendant lesquelles le seigneur des ténèbres m'a confié ma mission.

C'est là que je me suis posé pas mal de questions sur moi même et sur mes convictions. Cette mission allait dans le sens de ce qu'on m'avait toujours appris et de ce que j'appliquais en facade. Mais je l'appliquais de façon très abstraite, jusque là.

Cette mission, c'était du concret. Cette mission, ce n'était pas des remarques acerbes jettées dans un couloir. Cette mission, c'était prendre la vie de quelqu'un et pas de n'importe qui. De quelqu'un qui ne m'avait jamais fait de mal, qui ne m'avait jamais regardé avec le même regard méprisant, désapprouvant ou plein de pitié que la plupart des professeurs me servaient d'habitude.

Dumbledore avait cette lueur un peu folle qui éclairait son regard bienveillant. Et tuer, anéantir cette lueur. Je savais que je n'en étais pas capable. Un combat avait commencé à faire rage en moi, cet été là. Et ce combat n'avait cessé qu'il y a une dizaine de jours. Quand Harry m'avait tout expliqué et m'avait soulagé en partie du poids que je trainais depuis.

Harry. J'avais beaucoup pensé à lui pendant ces vacances là. Dans un premier temps, j'avais espéré qu'il affronterait Voldy, avant de me rendre compte que ça ne rimait à rien de le laisser se sacrifier. Je pensais qu'il n'y arriverait pas. Toute personne saine d'esprit aurait parié sur le puissant mage noir et pas sur l'adolescent binoclard maigrichon. Ce qui prouvait que Dumbledore n'était pas sain d'esprit…

Ensuite, j'avais fait un cauchemard où Potter mourrait dans d'atroces souffrances. J'étais là, j'assistais à la scène, comme paralysé. Incapable de réagir, de bouger, de crier. Puis, Harry agonisant posait ses magnifiques yeux verts remplis de souffrance sur moi et me demandait de l'aider dans un râle. Voldy ricanait et me glissait à l'oreille « Oui, Draco, aide-le, vas-y. Achève l'élu. » dans l'autre oreille une autre voix familière criait :

« Qu'attends-tu ? Ce garçon doit mourir, Draco. Tue-le ou je te tue de mes propres mains. Mon propre fils hésite à éliminer un sale et insignifiant cloporte ! Quelle honte ! Tu ne mérites pas ton nom. Ne baisse pas la tête ! Regarde le se tordre de douleur sur le sol, Draco ! C'est ce à quoi tu ressembleras quand j'en aurai fini avec toi ! Un sale vers de terre flasque, incapable d'ôter une vie à un insecte ! »

Mon coeur saignait, ma tête menaçait d'éclater, je ne m'entendais plus penser. Voldemort continuait de rire et mon père continuait de me crier dessus. Mais tout ce que je voyais, c'était les yeux remplis de larmes de Harry. Je ne supportait pas de les voir comme ça. De le voir comme ça.

Il souffrait à la place des autres. Comme toujours. Je détestais sa tendance à protéger les autres à tout prix, même au prix de sa vie. Je la déteste toujours. Il ouvrit la bouche et murmura :

« Draco... » C'était la première fois que je l'entendais prononcer mon prénom, rêve ou pas. D'un coup les voix de mon père et de Voldemort s'éteignirent. Je me battit contre moi même pour réussir à lui répondre dans un souffle :

« Harry... » puis je me sentis tiré en arrière et j'ouvris les yeux.

J'avais été retourné par ce rêve à cette époque. Et à la rentrée, j'avais endossé mon rôle de serpentard revêche avec moins d'entrain qu'à l'habitude, le coeur lourd. Je n'avais plus pris le même plaisir à essayer de rendre la vie de Potter impossible. Plus rien n'avait le même goût d'innocence qu'avant. Poudlard me semblait dérisoire.

Pourquoi continuer à faire semblant que tout allait bien alors que ça n'était pas le cas ? A quoi bon s'intéresser à des tests et examens si je savais que je ne survivrais sans doute pas à la bataille qui se préparait et fonçait droit sur tout ces élèves insouciants ? Je voyais tout en noir et blanc. Je me suis donc dit qu'immortaliser ces moments dans ces couleurs n'étaient pas une mauvaise idée.

J'avais volé un appareil photo à un petit gryffondor obsédé par Potter. Je l'avais modifié pour que la lumière aveuglante qu'il faisait soit atténuée et qu'il ne fasse plus de bruits. Je ne tenais pas à être repéré avec un bidule moldu, mais je n'aimais pas les appareils magiques. Ils ne figaient pas le temps artistiquement, le laissant délicieusement suspendu comme leurs homologues dénués de magie.

J'avais traîné seul dans le château et dans le parc de l'école pendant toutes mes heures libres, m'isolant de plus en plus de mes camarades, même de Blaise. Je me sentais tellement éloigné de leurs vies, de leurs préoccupations. Et puis, je savais que plus je serai proche des gens plus je serai blessé quand ils mourraient dans la guerre qui approchait. Je m'étais ostracisé. Caché derrière l'objectif.

Et étrangement, un visage, un regard, attiraient particulièrement ma vision de photographe. Le seul visage qui reflétait, la plupart du temps la façon dont je me sentais, l'état d'esprit dans lequel j'étais. Un visage sombre et perdu dans des pensées toutes aussi noires, les mêmes magnifiques yeux verts de mon rêve, dans lesquels on lisait clairement l'incompréhension et le découragement face à une tâche trop lourde à porter. Mais une mâchoire serrée, comme décidée à agir malgré tout, et des épaules droites.

C'est à travers l'objectif que j'avais appris à connaître un peu mieux Harry. C'est en le figeant sur ma pellicule que j'avais eu l'impression de le comprendre. Et c'est comme ça qu'une pointe d'espoir avait éclairé cette sixième année beaucoup trop ténébreuse. Je m'étais pris à espérer qu'Harry me délesterait de ma mission en confrontant Voldy avant la fin de l'année et en en réchappant, surprenant tout le monde, comme d'habitude. Mais cette année là avait dérogé à la règle.

Puis ma vie avait sombré dans la démence, la mort, la folie, la souffrance. Je l'avais su au moment où j'avais jeté un regard derrière mon épaule et que j'avais aperçu, une dernière fois, Harry à travers les flammes qui léchaient les flancs de la cabane de Hagrid. Je m'étais détesté en sentant des larmes couler le long de mes joues. Je n'étais pas sensé être triste pour Potter.

De toute façon, je savais que c'était fini. Sans Dumbledore, le balafré n'avait aucune chance contre le Seigneur des ténèbres. J'en était persuadé. Mais ce qui m'avait effrayé c'était cette chose qui c'était cassée en moi en voyant le visage ravagé de Potter à travers les flammes. J'avais instinctivement enfuit ces sentiments en moi. Me promettant de ne plus jamais ressentir cette envie de donner sa vie pour quelqu'un, cette envie chevaleresque typiquement « potterienne », cet instinct qui m'avait donné envie de subtiliser toute la souffrance de Harry et de la porter à sa place.

Puis, mon corps et mon esprit avaient supportés sans rien dire les mois de terreur suivants, enfouissant au fur et à mesure la souffrance, jusqu'à ne plus rien ressentir. Elle était ré-apparue, une vague de douleur sourde, le fameux jour noir où le trio doré de gryffondors avait fait leur entrée au Manoir, encadré par les rafleurs.

Mon coeur s'était serré en voyant le visage brûlé de Harry et il avait bien trop accéléré quand je l'avais observé de près. Mais le pire avait été les battements erratiques que j'avais sentit quand Potter m'avait arraché ma baguette des mains (baguette que je tenais sans grande conviction) et avait disparu dans un tourbillon de couleurs grâce à Dobby. Ce moment d'espoir m'avait aidé à tenir pendant le reste de l'année.

Et puis, Harry avait prouvé à tous qu'il était bien un grand sorcier en réduisant Voldy en confettis. Me prouvant, que cet abruti de gryffondor était bien meilleur que je ne le serais jamais en me sauvant la vie, en me tendant simplement la main.

Un raclement de gorge me sortit de mes pensées. Je leva la tête vers mon cousin. Il me regardait un petit sourire aux lèvres, mais il ne fit aucune remarque sur mon moment d'égarement. Il déclara de sa voix douce, en me regardant de ces beaux yeux bleus perçants qui lisent en moi sans difficulté :

« Ce n'est qu'une excuse, tu mets toute ton énergie à te convaincre que séparer les aimants est la meilleure solution, apparemment. Ou plutôt, tu essaies de t'en convaincre. En tout cas, t'es nostalgique »

« Rmh… Tu pourrais arrêter de faire ça, Léo ? C'est flippant ! »

« Désolé, je ne le fais pas exprès… Parfois j'ai juste des ressentis étranges, comme si ils ne m'appartenaient pas mais qu'ils étaient à la personne sur qui je concentre mon attention, tu vois ? »

Je n'avais jamais remarqué cette particularité chez mon cousin, avant aujourd'hui. Je devais vraiment être aveugle… Ou juste nombriliste… Depuis que Potter est revenu dans ma vie, je dois avouer que pour ne pas penser à tout ce qu'il se passe dans ma tête, je m'intéresse beaucoup plus aux gens autour de moi.

Je n'avais même pas envisagé cette possibilité avant. En même temps, c'était très rare, il n'y avait que quelques cas connus dans toute l'histoire de la magie (si j'en croyais mes souvenirs des cours de Binn's) et le dernier remonte à… 150 ans ?!

« Léo, tu veux bien juste essayer de savoir à quoi je pense, là ? »

« Euuuh… Je lis pas dans les pensées, hein ! »

« Essaye, juste ! Prends toi simplement au jeu ! »

« Okay… Ben… Euuuh… Je dirais que c'est quelque chose d'important pour toi. Un projet qui te tiens à coeur et qui te fait un peu peur aussi. » Impressionnant… Mon visage n'a pas exprimé une seule émotion mais je suis impressionné, réellement. Je n'avais jamais laissé paraître la moindre trace de ma trouille par rapport à mon projet. J'ai toujours gardé un air assuré et confiant.

La vérité c'est que je suis terrifié à l'idée que ça ne fonctionne pas ou que quelque chose se passe mal. Je suis curieux de comprendre le fonctionnement de Léo, je lui demande :

« Okay. Maintenant, ré-essaye ! »

« Euuuh.. Tu penses à… Quelque chose de froid, de fermé et d'impersonnel. »

« Intéressant… » J'ai pensé à un mur. Une des seules façon de protéger son esprit de l'intrusion des autres.

« Draco ? »

« Mmmh ? » Je suis perdu dans mes pensées, toujours protégées par ce mur.

« Tu m'expliques ? »

« Mmmh... »

« Draco ! » Léo me regarde d'un air nerveux, ce qui ne lui arrive pas souvent. Je ne sais pas trop quoi faire… Lui dire la vérité et lui expliquer ? Non, c'est trop tôt… Mais je ne peux pas lui mentir. Je ne peux plus. Oh et puis merde ! Il comprenait toujours tout plus vite que moi quand on était petits.

Ça a toujours été lui qui me sortait de mes bêtises, il comprenait en un instant ce que j'avais fait et réussissait à inventer une raison valable, une histoire plausible pour ne pas que je me fasse enguirlander. Je soupire et le regarde dans les yeux :

« Je crois que tu es ce qu'on appelle un legilimens doxan. C'est très rare, même chez les sorciers. Le dernier remonte à il y a 150 ans, au moins ! Alors chez les cracmols… Je crois que tu es le seul cas qui pourrait être répertorié ! Tu es unique, Léo. C'est incroyable... »

« Je suis un quoi ? En quoi ça consiste ? » Mon cousin me souriait calmement, attendant que je lui explique pourquoi je l'affublais de noms si étranges.

« Les legilimens doxans ont des spécificités différentes des legilimens normaux. Mais tu ne sais pas ce qu'est un legilimens normal donc je vais t'expliquer. Un legilimens standard c'est quelqu'un qui a appris à s'infiltrer dans l'esprit des autres et à protéger le sien. Cet enseignement prend souvent des mois voir des années, même pour le plus puissant des sorciers, à s'affiner et se perfectionner. Bien que certains sorciers, sans raison apparente, aient des facilités dans ce domaine. Un legilimens doxan n'a pas dû apprendre. Doxa signifie sentiment en grec ancien. Un legilimens doxan est à même de percevoir les sentiments que les pensées des autres leur renvoie à eux-mêmes. Cette capacité s'accompagne souvent d'un désir de bien faire et de guider les autres. Ce sont eux qui donnent les meilleurs conseils en matière de relations qu'elles soient professionnelles, sentimentales, ou autres et de décisions. Ils ne savent pas ce qu'il peut se produire à l'avance mais ils ressentent quels sont les sentiments qui font rage chez les autres et savent lesquels finiront par l'emporter. » Dire, que mon cousin était un legilimens doxan, depuis tout ce temps ! Pendant que je me creusais la tête pour savoir quoi faire, que je prenais toutes les mauvaises décisions dans la vie et que j'en payais le prix. Il m'aurait suffit de lui demander ce qu'il en pensait, de lui ouvrir mon esprit et de…

Non.

Pour une fois, je veux suivre mon propre chemin.

Je veux qu'en ce qui le concerne, lui, j'ai pris mes décisions seul et que je réussisse à faire les sacrifices nécessaires ainsi qu'à surmonter les obstacles que je vais sûrement rencontrer sur ma route moi-même.

Parce que je veux pouvoir être fier et heureux du résultat final même si il n'est pas comme je l'avais imaginé.

Je sais que je vais y arriver !

Léo me sourit et déclare, à voix basse :

« On dirait que tu es lancé sur ta propre voie ! Bonne chance, cousin ! »

Désolée pour le long délai mais je n'étais jamais contente de mon chapitre :)

N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé!

J'ai reçu de super messages de personnes qui n'ont pas de compte sur le site et je voudrais les remercier spécialement, cette fois-ci, ça me motive! ^^ Mais j'aimerais pouvoir vous répondre alors créer vous un compte, ça ne prend que quelques minutes ;)