Lundi
Lundi.
C'était un lundi comme les autres. Le lundi… Le lundi est toujours le jour le plus redouté par les gens qui bossent. Le lundi est souvent pluvieux, ou gris. Si vous visitez Londres un lundi, vous ne verrez aucune différence. Mais quand on y habite, on peut presque sentir la mauvaise humeur, voir des petits nuages anthracites chargés d'eau au dessus des crânes des londoniens en costumes qui se dirigent vers un nouveau début de semaine.
Le lundi, c'est le début mais c'est surtout la fin du week-end, la fin de la paresse, la fin de ces délicieux moments dédiés entièrement à ne rien faire pour ceux qui le peuvent… Le lundi c'est le jour où il faut enfiler son costume, remettre son masque de travailleur, prendre son attaché-case et sortir de chez soi qu'il pleuve, qu'il neige ou qu'il vente pour marcher vers une journée qui sera moins bien que la précédente.
Mais pour moi, ce lundi, c'était le jour où j'allais revoir Malefoy. Revoir Draco. Et ça me rend nerveux, très nerveux, trop nerveux. Vous voyez ce sentiment d'appréhension, quand vous savez que la personne qui vous plaît est dans la même pièce et que vos yeux vont bientôt se rencontrer. Ce moment où le temps ralentit, où la vie vous paraît passer en slow-motion et où vous vous sentez nerveux mais en même temps tellement bien.
Eh bien, là ce n'était pas du tout ça.
C'était plutôt une nervosité à se ronger les ongles, à avoir la nausée, à sentir son estomac faire des bonds. Une nervosité qui ne devrait pas avoir lieu d'être quand on doit prendre des décisions importantes et rendre un rapport décisif pour des tas de gens et pour la vie de la personne qui vous plaît.
Je n'avais plus été aussi nerveux depuis… Mon premier match de quidditch ! Il y a… 10 ans. Bon sang ! Je ne savais pas que 10 ans, ça passait aussi vite. Je me revois encore découvrir Poudlard dans ma barque sur le lac noir, une lanterne à la main et un air émerveillé et ébahi sur le visage. Je n'en revenais pas d'avoir été accepté dans une telle école. Je n'y croyais pas vraiment… Je me disais qu'à tout moment, j'allais me réveiller sous un placard à Privet Drive. Mais ça n'est jamais arrivé de nouveau.
Je me demande ce que Draco sait de mon enfance et ce qu'il en penserait… Je suis sûr qu'il pense que la famille qui m'a élevé l'a fait en me chérissant comme un précieux cadeau. Si il savait ! Si il savait que jusqu'à mes 10 ans j'ai dormi dans un placard poussiéreux et que les Dursley m'ont toujours traité comme un elfe de maison.
Je n'ai plus revu mon oncle et ma tante depuis 4 ans. En revanche, j'ai revu Dudley, il y a peu. Il a mieux tourné que ce que je ne l'espérais. Il avait entamé des études de comptabilité quand je l'avais recroisé. Maintenant, il doit les avoir terminées, j'imagine. Je ne pense pas beaucoup à lui, ni à Vernon ou Pétunia, en fait. Je ne les considère pas comme ma famille.
Ma famille, c'est Ron, Hermione, Luna, Neville et Léo, pour le moment. Peut être ajouterai-je un jour Blaise à cette liste. Il me semble que c'est quelqu'un de bien ! Draco ? Non… Je ne pense pas avoir une bonne influence sur lui. Je ne peux quand même pas m'empêcher de revoir le Dray qui était dans ma cuisine, en train de préparer mon petit déjeuner torse nu alors qu'il s'était occupé de moi le soir avant, me sourire et me demander « Tu ne penses pas que j'ai changé après ça Harry ? ».
Je chasse cette vision étrange de mon esprit, après tout, j'ai le droit de ne pas vouloir avoir à lutter incessamment dans ma vie personnelle, non ? Je me suis assez battu pour des causes perdues. Alors pourquoi est-ce que je souris à cette idée ?
Une gifle mentale plus tard… J'ai vraiment un problème ! Enfin, il serait temps que je bouge mes fesses de là. Il sera l'heure dans 2 minutes et arriver en retard, ce n'est pas professionnel !
J'inspire profondément et je me focalise sur ma destination : le chemin de Traverse. J'expire tout en transplanant. Ça évite les nausées et permet de changer d'endroit avec classe, j'ai piqué cette technique à Malefoy, je l'ai observé faire.
Mes yeux mettent quelques secondes à s'adapter à la luminosité externe, une fois la focalisation terminée, je distingue très clairement ce que je cherchais : un grand bâtiment en travaux. Je me dirige vers les échaffaudages, le coeur battant à m'en faire éclater la poitrine. Je compte dans ma tête le nombre de pas que je fais pour arriver jusqu'à ma destination.
Ça me permet de me calmer et donc de réguler mon rythme cardiaque, ce qui peut s'avérer utile… Ou bien pas du tout, vu que mon coeur s'est remis à tambouriner en aperçevant la silhouette longiligne du gars avec lequel je ne dois absolument rien tenter, puisque ça ne mènerait nulle part !
Je m'approche du blond, en grande conversation avec un type d'une trentaine d'année plutôt pas mal dans le style basé et négligé. Il a des cheveux bruns attachés en chignon, une barbe de quelques jours, de beaux yeux couleur châtaigne et... Draco s'est retourné vers moi, un sourire aux lèvres. Je ne vois plus que lui. Je suis pathétique.
« Esteban, je te présente Harry. Harry Potter. C'est un collègue et ami. Il supervise ce projet.
Harry, je te présente Esteban. Esteban est mon ingénieur, architecte et chef de chantier. En fait, c'est lui qui supervise les travaux. » Collègue et ami ? C'est nouveau ça ! Je fais mon plus beau sourire poli à Esteban qui m'en renvoie un, lui aussi, très joli d'ailleurs.
« Le fameux Harry Potter ! Waw ! Et bien, ça ! Il paraît que tu nous as tous sauvé la peau, donc merci beaucoup ! » Il paraît ? Il n'est pas sorcier et... il est au courant ? Draco a tout de suite vu ma tête bizarre et enchaîne :
« Esteban est moldu mais son frère est sorcier, donc il est au courant. »
« Ah et bien enchanté Esteban et… Euuuh… Avec plaisir ? Je ne sais jamais quoi dire quand on me remercie parce que ça aurait très bien pu ne pas être moi et que j'ai été aidé… Et puis, au final, Voldemort a fait la plus grande part du boulot tout seul ! » Esteban fait un sourire poli mais je vois bien qu'il ne comprend pas totalement ce que j'ai dit.
« Bon, messieurs, je vous laisse, j'ai du boulot ! On se tient au courant plus tard, Dray. J'ai été ravi de te rencontrer Harry ! » Je réponds à mi-voix :
« Moi de même... » Mais il est déjà parti. Draco me regarde bizarrement. Je l'interroge du regard et il dit d'une voix très sérieuse :
« Tu t'es sacrifié sans savoir si tu allais vraiment mourir ou pas. Sans savoir si tu allais revoir un jour tous ceux qui comptent pour toi ou si ça serait juste fini, si tu n'existerais juste plus. Je ne trouve pas que ça soit rien. Bien au contraire. Je sais que tu penses juste avoir fait ce qu'il fallait mais… Tu avais réfléchi aux conséquences, au cas où tu ne revenais pas ? Tu… Comment as tu pu accepter l'idée de ta mort ? »
Sa voix avait tremblé sur ces dernières phrases. Je sens mon sourire poli se décomposer. Draco commence fort la journée… Mais… Il tenait donc vraiment à moi à cette époque ? Je considère ce qu'il vient de dire et je déclare calmement :
« Je ne voyais aucune autre issue et… Neville avait raison. J'aurais pu mourir ce jour là mais des gens mouraient chaque jour à cause de Voldemort. Des gens que j'aimais et que je voulais protéger. Si le prix à payer pour les protéger était ma vie. Je l'aurais donné. J'étais effrayé mais la présence de mes parents, de Sirius et de Remus grâce à la pierre de résurrection me prouvait que je ne serais pas seul dans la mort. Ça m'a apaisé. Et j'ai fait ce que je me devais de faire. »
Draco me regarde avec un air bizarre et une flamme étrange dans ses yeux puis se détourne et commence à marcher tout en disant :
« Aujourd'hui, on checke le chantier. On règle tout problème éventuel et puis on passe dans toutes les sociétés avec lesquelles on va travailler pour ce projet. »
J'ai sorti mon calepin et j'ai tout noté. Je suis vraiment perturbé par l'idée que Draco s'intéressait à moi alors qu'on était encore à Poudlard. Il sait vraiment bien dissimuler ses émotions ! Tellement bien, que s'en est inquiétant pour lui… Ça doit être pour ça qu'il n'a pas beaucoup d'ami. Je pourrais être son ami, moi ! Bon, un ami qui n'arrêterait pas de l'imaginer nu, mais bon… Aucun ami n'est parfait, si ?
Le blond s'arrête brutalement. Évidemment, je ne l'avais pas vu, puisque j'étais perdu dans mes pensées. Je butte donc contre un Draco immobile et reste collé contre son dos, en attendant qu'il avance, qu'il bouge, qu'il fasse quoi que ce soit qui me prouve qu'il est toujours vivant, quoi !
Après au moins une minute sans bouger un seul muscle, Draco se retourna, se retrouvant nez à nez avec moi. Je me recule de quelques centimètres, histoire de respecter une distance de sécurité entre ses lèvres parfaites, hypnotisantes, obnubilantes et les miennes. Et, fasciné, je les regarde bouger pendant que les mots qui en sortent forment des phrases reconnaissables à mes oreilles.
*claque mentale* Nan mais oh, Potter ! Tu t'es cru poète ou quoi ? Concentre toi plutôt sur ce qu'il te dit, au lieu d'inventer des nouvelles manières de dire qu'il te parle ! Je me plonge donc dans ses beaux yeux gris pendant qu'il murmure :
« Neville avait tord. Tu n'es pas n'importe qui et si tu avais été aussi égoïste et lâche que moi, je n'ose pas imaginer où je serais aujourd'hui. Tu m'as sans aucun doute sauvé la vie une deuxième fois en te laissant tuer. Paradoxal, non ? » Il a terminé sa phrase sur cette note d'ironie et un petit sourire forcé sur son visage parfait. Je lui souris ironiquement et lui répond :
« C'est vrai, quelle horreur, tu aurais sûrement un Manoir dans lequel tu serais obligé de vivre heureux avec une femme au sang-pur et une belle famille de petits blonds qui martyriseraient vos domestiques sang-de-bourbe. Et moi, je serais sûrement toujours habité par une partie de Voldemort, quelque part, loin, dans un autre pays, caché dans un trou pendant que mes amis souffrent et que mon pays est ravagé. C'est une perspective alléchante ! »
« Dans ce scénario, c'est quand même moi qui suis perdant, je trouve ! Obligé d'être heureux… Non mais ! »
Je l'observe quelques secondes avant d'éclater de rire, il se joint à moi sans se faire prier. Finalement, peut être qu'être amis, ça serait possible… Il est même presque agréable à vivre, quand il laisse tomber le masque qu'il porte en quasi permanence.
J'ai remarqué, qu'étrangement, il ne laisse tomber ce masque qu'avec moi et Blaise. Enfin, sans compter tous les gens qui l'ont rencontré après Poudlard, bien sûr. Mais c'est vrai que je n'ai pas encore pu tester cette hypothèse avec d'autres anciens de l'école, maintenant que j'y pense !
Ça doit faire 3 ans qu'Hermione, Ron, Luna et Neville n'ont plus vu Draco. D'ailleurs, avec les articles qui ont paru sur lui, dernièrement, j'aurai du avoir un retour de la part de Ron, au moins… C'est bizarre qu'il ne m'en ait pas encore parlé ! Enfin, il m'avait dit qu'il faisait son stage en partenariat avec le département de contrôle et de régulation des créatures magiques. Il aide au recensement des loup-garous, donc il est plutôt occupé et voyage beaucoup en ce moment. Il n'est sûrement pas encore au courant.
Ça serait plutôt drôle d'observer leurs réactions à tous si ils se revoyaient ! Surtout à un dîner ! Enfin, ce n'est pas le moment de commencer à imaginer l'organisation d'un dîner d'anciens élèves de Poudlard !
Draco s'est remis à courir partout pendant que j'imaginais déjà quelle entrée serait parfaite et quel apéritif serait assez fort pour les assommer tous légèrement et accessoirement les empêcher de se provoquer en duel. Il faut vraiment que je me recentre, aujourd'hui !
Le reste de la matinée, j'ai suivi Draco qui donnait des directives et discutait avec ses employés, surveillant l'avancée des travaux, en prenant des notes. J'ai été vraiment étonné par sa façon de se comporter avec ces gens. Il est un patron exemplaire, ni trop « pote » avec ses employés, ni trop dur.
Je me suis vraiment demandé ce que je faisais là, à le suivre dans tout le bâtiment et à tout noter comme un inspecteur des travaux finis.
Je ne vois vraiment plus pourquoi je suis là. Je n'irais pas jusqu'à dire que j'ai confiance en Draco mais plus je le connais et plus c'est le cas. Et par rapport à son projet, je sais qu'il est sincère, qu'il fait de son mieux et qu'il est vraiment impliqué. Alors quel est l'intérêt de tout vérifier après lui ? Être sûr que ça ne cache pas un trafic de potions interdites ? C'est absurde !
Je commence à comprendre pourquoi il était en colère après mon rapport. Je pense qu'on peut dire que j'ai dépassé les espérances de mes professeurs et de mon coordinateur au niveau aprioris vu que maintenant j'arrive à me mettre à la place de Malefoy et que je n'arrête pas de penser à le déshabiller.
Enfin, je n'ai plus qu'à le regarder superviser les opérations et rendre mon rapport après l'ouverture du bar sans avoir cédé à mes envies et puis je pourrais juste passer à autre chose… Rencontrer quelqu'un d'autre que j'aurais plus encore envie de déshabiller (si c'est possible).
C'est bizarre comme il n'y a qu'un visage qui revient quand je pense à ça, le sien.
Comme si mon cerveau oubliait qu'il existait d'autres visages agréables à regarder.
Comme si il refusait de l'effacer de mon avenir.
Comme si, que je le veuille ou non, il ferait partie de la suite de ma vie.
Ça y est, je recommence à me faire des films ! Je suis vraiment grave parfois. Il faut que j'arrête les monologues intérieurs et que je me concentre plus sur ce qu'il se passe autour de moi.
Draco a l'air content de son boulot et il s'est enfin arrêté quelques minutes de courir partout. Je m'approche de lui et range mon carnet dans mon sac.
« Dis, Draco, ça te dirait de venir déjeuner avec moi ? »
C'est moi qui ai dit ça ? Wow… Finalement, si les monologues m'empêchent d'être impulsif, comme ça, je vais arrêter de commenter toute ma vie en voix off ! Ça doit être mon côté Gryffondor qui a parlé de lui même. Je l'en remercie parce que ma raison, celle qui me dit de ne pas sauter sur le blond depuis ce matin, ne m'aurait pas laissé faire.
« Avec plaisir Esteban ! Rendez-vous ici dans une heure, Potter. »
Ceci explique cela. Ma raison a donc gardé tout sous contrôle. Saleté.
Je les regarde s'éloigner tous les deux et je sens quelque chose se réveiller en moi. Oh non, ce n'est pas le moment, jalousie ! Et pourtant, ce monstre qui était profondément endormi depuis ma rupture avec Ginny est apparemment sorti d'hibernation… Ça n'annonce rien de bon…
Je me connais, quand je suis jaloux, je suis incontrôlable. Ma raison laisse sa place à la créature bien plus forte qui sommeille dans ma cage thoracique et qui a le pouvoir sur tous mes organes…
Il peut me donner l'impression qu'il serre mon coeur dans ses griffes, il peut me couper le souffle en s'amusant à me piquer mon air, il peut faire sauter mon estomac dans tous les sens ou même me donner l'impression qu'il a totalement disparu et donc me faire oublier que je dois manger pour vivre.
Et tout ça, ça va ruiner tous mes efforts pour ne pas sauter sur Draco et juste être ami avec lui jusqu'à la fin de cette supervision.
C'est vraiment bête. Je vais utiliser toute la force que j'ai pour réprimer cette chose et ne pas la laisser gagner. Du moins, jusqu'à ce que je sache si Esteban est intéressé par lui, au moins ! Avant, ça serait plus que bête et prématuré.
Bon, en attendant, je suis seul pour déjeuner. Je n'ai plus qu'à appeler Léo et profiter de ces sages conseils. En plus, ça fait un moment que je ne l'ai plus vu et je dois toujours faire semblant de le haïr pour m'avoir envoyé son cousin à sa place l'autre nuit. Il me doit bien une pause déjeuner !
Après un bref coup de fil à mon deuxième blond préféré, un transplanage express et une discussion houleuse sur le choix d'un endroit où déjeuner, je suis à côté de lui, en train de déguster un sandwich bon marché sur un banc à Hyde park.
Ça me fait du bien de le voir. Il a toujours cette capacité apaisante étonnante et puis, c'est quelqu'un de vraiment posé et d'étonnamment drôle et franc, ce que j'apprécie vraiment chez lui. Il est un peu l'opposé de son cousin… Ils sont comme les deux faces d'une même pièce. Et pourtant, ils se ressemblent tellement physiquement ! Une fois qu'on l'a remarqué, c'est fichu, on ne voit plus que ça !
Enfin… On discute joyeusement de l'avenir de chacun de ses potes, se mettant au courant des moindres potins. Puis il soupire d'un air dramatique et déclare, le front exagérément plissé :
« Alors ? T'étais à cours de potes blonds ? » Très original comme entrée en matière. Je souris effrontément et lui répond :
« Exactement. Je ne peux rien te cacher, apparemment ! Les blonds sont plus stupides donc on se sent plus intelligent avec eux. » Il sourit et prend un faux air vexé.
« Alors comme ça, on est interchangeables, mon cousin et moi ? »
« Eh bien… On dirait ! Tiens, ça me fait penser à un soir où j'ai appelé un ami pour qu'il vienne me chercher parce que j'avais trop bu et que c'est un autre blond qui est venu me récupérer. J'ai pas vu la différence du tout ! »
« Mon œil ! On sait tous les deux que je suis bien plus beau. »
« Mouais… Ce qui est clair c'est qu'à cause d'un des deux blonds, je me suis ridiculisé devant le deuxième or je travaille avec lui ! Donc j'espère que ce qui a empêché le premier de venir valait le coup ! » Léo sourit légèrement mais je sais qu'il culpabilise un peu. Il m'a déjà vu bourré et il sait que ce n'est pas toujours une bonne idée d'être à proximité de moi quand ça se produit.
« Ça en valait clairement le coup mais je suis désolé. Je ne voyais pas qui d'autre t'envoyer assez vite pour que tu ne sois pas déjà 4 rues plus loin en train de te perdre dans Londres… »
« Mouais… C'est un argument valable. Mais pour la peine, je ne te dirais pas ce qu'il s'est passé ! »
« D'accord, d'accord. Alors, dis-moi au moins pourquoi tu m'as appelé , moi, pour déjeuner. »
« Mais enfin, mon amour, tu penses vraiment que j'ai besoin d'une occasion spéciale pour te voir ? J'ai envie de toi en permanence ! Je suis outré que tu me soupçonnes ainsi ! » Il prend un air coupable, signe qu'il entre dans mon jeu. Mais je sais qu'il ne lâchera pas le morceau pour autant.
« Mais, chaton, mets toi à ma place ! Tu es tellement sexy ! J'ai toujours peur de te perdre, voyons… Je connais les charognards qui rodent, j'en étais un avant que tu n'entres dans ma vie, dans mon cœur et dans mon »
« C'est parce que Draco allait déjeuner avec quelqu'un d'autre. » C'est sorti tout seul. Je sens ma gorge se serrer à l'idée qu'ils soient ensemble quelque part en train de passer du bon temps, qu'il le fasse rire, qu'il soit juste avec lui alors que moi pas… Ça en devient pathétique. Où sont passées les bonnes raisons que j'avais de ne pas m'attacher de cette façon à Dray ?
« Tu n'as pas de soucis à te faire, Harry. Des mecs il y en des tonnes mais des mecs sexys avec des cicatrices badass qui ont sauvé le monde, il y en a beaucoup moins ! » Léo trouve toujours les mots pour me réconforter. Je me sens un peu mieux, un peu plus léger mais la tension dans mon corps reste palpable, bien que latente.
C'est la jalousie qui a balayé ma raison et les barrières que je m'étaient imposées. Je déteste être aussi jaloux. Ça me pourrit la vie... Mais ça me permet de me rendre compte de l'importance que les gens ont pour moi. Sans la jalousie, je ne serais jamais sorti avec Ginny et étrangement, je ne le regrette pas, même en comptant la fin chaotique de notre relation. Il fallait qu'on teste au moins une fois, qu'on se laisse une chance d'être ensemble parce que sinon, la tension étrange qui existait entre nous ne se serait jamais dissipée.
Elle a beau dire ce qu'elle veut, Ginny et moi n'étions pas bien ensemble. Elle méritait mieux. Elle mérite quelqu'un qui l'aime entièrement, pas quelqu'un qui aime l'idée de braver un interdit en sortant avec elle. Le problème c'est qu'elle était persuadée du contraire... Elle était persuadée qu'on était fait pour être ensemble.
En tout cas, j'espère qu'elle rencontrera quelqu'un qui lui fera oublier mes erreurs de jugement et mes mauvais choix. Quelqu'un qui l'aimera pour tout ce qu'elle est, ses défauts et qualités compris. Quelqu'un qui n'hésitera pas à le lui faire savoir et à la traiter comme il se doit.
Je commence à me sentir mal. Chaque fois que je pense à cette partie de ma vie, je me sens comme étouffé, comme emprisonné par l'image que les autres avaient de moi. Je me rappelle toute cette pression qui pesait sur mes épaules et les choix que j'ai fait, bons comme mauvais.
Mais je m'égare... Comme d'habitude, je ne peux empêcher mes pensées de digresser. Je réfléchis à ce que Léo vient de me dire. Oui, il a raison, il n'y a qu'un Harry Potter mais cet Harry est accompagné par tous les souvenirs surtout empreints de souffrance de Malefoy. Un passé partagé pas vraiment idéal pour démarrer une relation, même d'amitié.
Je regarde Léo avec un petit sourire. Je me dois d'essayer, je l'apprécie, étrangement et je suis sûr qu'on peut très bien s'entendre. Et puis, c'est le seul membre restant de la famille d'un de mes meilleurs amis, donc on sera amenés à se revoir. Je me demande seulement si je serais capable de le voir au bras de quelqu'un d'autre... Rien qu'à y penser je sens mon estomac se tordre et je réprime une grimace.
Léo m'observe calmement, il sourit d'un air de quelqu'un qui a lu tout le livre et qui sait déjà comment ça va finir. Il a l'air plus serein, plus calme et moins perdu que d'habitude. Je viens de me rendre compte que je me montre extrêmement égoïste aujourd'hui, à partir dans des rêveries pour un rien et à ne m'intéresser qu'à mon nombril. Je lui demande, plus sérieusement :
« Comment vas tu, toi ? Tu as l'air... Mieux. On dirait que tu as bien accepté la révélation de Draco, non ? Et avec Blaise ? »
« Je me sens beaucoup mieux, oui. Je me sens plus complet depuis que je sais d'où je viens. Et je suis vraiment reconnaissant à Draco de m'avoir tout raconter, ça n'a pas du être facile pour lui... Ça a du faire remonter beaucoup de souvenirs. En fait, je m'inquiète plus pour lui que pour moi en ce moment, surtout avec l'aboutissement de son projet. Ça lui tient vraiment à coeur.
Enfin, Blaise est juste génial, plus je le découvre, plus je l'apprécie. On a passé le week-end dernier ensemble à Rome. Je ne suis pas fan du transplanage mais c'est vraiment magique pour voyager et puis, ça me donne une excuse pour me coller tout contre Blaise ! » Il me fait un clin d'oeil et on rit ensemble de bon coeur. Je réponds sur le même ton léger :
« Ne t'inquiète pas, le transplanage d'escorte n'est pas vraiment considéré comme quelque chose d'agréable, même pour moi. Mais c'est vrai que ça donne une excuse pour un câlin. D'ailleurs la dernière fois, j'ai vomi sur Draco juste en arrivant... Mais bon, j'étais un peu beaucoup alcoolisé comme tu le sais déjà ! »
« Tu t'es blotti contre mon cousin et puis après tu m'enguirlandes parce que je l'ai laissé venir te rechercher à ma place ? » Léo ne peut pas empêcher un petit rictus moqueur d'apparaître sur son visage. Comme ça, la ressemblance est plus que frappante avec Dray.. Un vrai Malefoy !
« Je lui ai aussi vomi dessus à l'arrivée, tu te souviens ? Et apparemment j'ai été tellement insupportable qu'il a eu l'occasion de me pétrifier, donc c'est plutôt à lui que tu as rendu service, je pense... Il pourra me faire chanter jusqu'à la fin de ma vie avec cette histoire ! »
« Ça ! Je pense que la personne à blâmer au départ c'est celle qui avait trop bu, non ? D'ailleurs pourquoi as-tu fini dans cet état ? » Je soupire et explique :
« J'avais pour projet de rencontrer quelqu'un de normal pour une fois... Un moldu qui ne ferait pas partie de la famille Malefoy... Le résultat n'a pas été concluant puisque c'est Draco qui est revenu me rechercher finalement ! Maudits Malefoy ! » Léo regarde sa montre puis me fait remarquer gentiment :
« En parlant de Malefoy, il ne serait pas l'heure pour toi de repartir bosser ? »
« Oh si ! Par Merlin ! Tu viens avec moi dire bonjour à ton cousin ? » Il sourit et prend mon bras, je regarde autour de moi, on dirait que c'est l'heure de la relève de la garde, le parc est vide. Je n'avais même pas remarqué le déplacement de la foule. Je sens sa main raffermir sa prise sur mon avant-bras et je me concentre.
On ré-apparaît sur le chemin de traverse, à quelques mètres du chantier. Je vois Draco froncer les sourcils en nous voyant. Je fais comme si je ne l'avais pas vu et me tourne vers Léo :
« Ça va ? Tu te sens comment ? » Léo a l'air un rien déboussolé et son teint est un peu plus verdâtre que d'habitude.
« J'aurais préféré prendre le métro mais bon... Je vais m'en remettre, laisse moi juste le temps de souffler un peu. » Il se penche légèrement, appuyant ses mains sur ses genoux et il se met à respirer profondément. Je n'ai pas le temps de réagir que Malefoy est déjà à côté de lui et qu'il lui fait avaler le contenu violet d'une petite fiole. Le teint de Léo perd peu à peu de son verdâtre pour regagner sa couleur originelle. Draco ne m'accorde pas un regard et demande à son cousin :
« Tu te sens mieux, gros malin ? Voilà ce qui arrive quand on fréquente les mauvaises personnes ! Je ne t'aurais que trop prévenu ! » Léo se relève, un sourire aux lèvres et répond du tac au tac :
« Mais tu es bien placé pour savoir que dans notre famille, on n'en fait qu'à notre tête, quoi qu'il nous en coûte ! Et on aime se blottir contre ce qui risque de nous embraser. »
Évidemment, Dray ne peut pas relever la référence subtile à notre conversation récente à Léo et moi mais la phrase étant assez explicite, je vois tout de même une légère couleur se répandre sur ses joues. Je ne pense pas avoir déjà vu Draco rougir depuis que je le connais, il est à croquer...
Il y a quelques années, si j'avais vu Malefoy rougir, ça aurait été la source inépuisable de moqueries diverses à son égard, on en aurait eu mal au ventre de rire avec Ron ! Mais aujourd'hui, je ne sais pas, ça prouve qu'il peut être humain et ça me fait de plus en plus remettre en cause le fait que je ne veuille pas lui laisser sa chance pour quelque chose de sérieux.
Je crois que le vrai problème, c'est que je n'ai pas assez confiance en lui que pour pouvoir me laisser aller complètement à qui je suis en sa présence. J'ai appris avec le temps que ce sont les personnes les plus proches de nous, celles qu'on aime et à qui ont fait confiance qui ont le plus le pouvoir de nous faire du mal et je ne veux pas que Malefoy puisse un jour me briser, que ce soit mon coeur ou mon esprit.
Je l'observe prendre soin de son cousin avec une prévenance étonnante. Si je l'avais rencontré dans d'autres circonstances, dans un autre contexte, je me serais déjà abandonné dans ses bras.
Je soupire discrètement en souriant inconsciemment et rejoint les deux blonds.
« T'es sûr que tu te sens mieux ? »
« Roooh... Arrête un peu Draco ! J'te dis que ça va très bien ! Et je ne te donnerais pas de prétexte pour enguirlander Harry, tu devras en trouver toi-même. »
« Tu apprécies tellement nos joutes verbales que tu veux des aveux de maltraitance de la part de ton cousin pour pouvoir en démarrer une ? Il suffisait de le dire, enfin ! Tiens, tu n'as qu'à lui raconter la fois où je t'ai forcé à venir avec moi à cette fameuse soirée karaoké. »
« Ahahah ! C'était énooorme ! On devrait se refaire ça et emmener Draco avec nous. » Léo avait cet énorme sourire sur le visage, celui qui apparaît quand il se rappelle un bon souvenir d'une de nos sorties imprévisibles.
« Pffff... Draco ? Dans une soirée karaoké ? Il n'osera même pas faire une seule chanson de peur du ridicule, il est bien trop coincé et conventionnel. » Je termine ma phrase et envoie un léger clin d'oeil à Léo.
« Coincé et conventionnel, hein, Potty ? C'est ce que tu crois ça ! On voit que tu n'as jamais assisté à une soirée avec des Serpentard... Nous on sait s'amuser ! » Je lui sert mon plus beau sourire innocent et répond du tac au tac :
« Est-ce une invitation ou une promesse, Dray ? » Léo et moi on échange un regard complice et puis on observe Draco avec amusement.
« Les deux ! D'ailleurs, ça fait longtemps que je n'ai pas fait une petite fête chez moi, à cause du boulot, mais comme maintenant normalement tout roule, pourquoi ne pas se détendre un peu ? » Il a gagné.
En faisant comme si il n'y avait aucun jeu qu'il venait de perdre en se laissant avoir par la tournure de la conversation, il a gagné haut la main cette manche. Léo sourit d'un air impressionné devant la réponse de son cousin et je me renfrogne légèrement en surface seulement, alors qu'à l'intérieur, mon coeur fait des bonds...
« J'ai vraiment hâte de voir ça ! Et je veux te voir chanter une chanson au karaoké au moins, Draco, pas le choix maintenant que tu affirmes ton talent sans complexes ! »
« Je me demande vraiment qui est le serpentard et qui est le gryffondor, ici ! Tu es vraiment fourbe et sans pitié, Harry... Mais j'assume complètement, j'attendrai juste de toi que tu fasses de même, bien sûr ! Et Léo, tu n'y couperas pas non plus. » Dray affiche un rictus enjoué et une lueur moqueuse est présente dans ses yeux, je sens que je commence déjà à regretter le comportement que je pourrais adopter à cette future soirée...
« Moui, en attendant, je vais vous laisser bosser, moi ! Passez une bonne fin de journée. C'est bien par là, la transition vers le monde normal, hein ? » Il pointe la direction opposée avec son doigt.
Draco soupire en souriant et l'accompagne pour ne pas qu'il se perde malencontreusement dans l'allée des embrumes, par exemple... Je les regarde s'éloigner en parlant avec agitation pendant quelques minutes. Ça se voit qu'ils ont grandi ensemble, ces deux là, même si Léo ne s'en souvient pas.
Perdu dans mes souvenirs liés au sortilège d'oubli, je ne me suis pas rendu compte que quelqu'un s'était approché de moi dans mon dos. J'en prend conscience quand j'entends un souffle près de mon oreille. Je tourne légèrement la tête et je rencontre le regard d'Esteban quelques secondes avant qu'il ne détourne la tête pour regarder lui aussi, Léo et Draco s'éloigner.
On reste là, quelques minutes de plus, en silence puis il déclare d'un ton très calme dans lequel je perçoit une pointe de jalousie et une autre de déception :
« Il tient plus à toi qu'il ne veut bien le montrer. » Je continue à regarder dans la même direction mais je ne vois plus vraiment ce que je regarde. Je lui réponds d'une voix neutre :
« Je ne sais pas si c'est une bonne chose. »
« C'est grâce à cette indécision que je pense que j'ai ma chance. Tu crois que je dois la tenter ? »
« Tu me demandes mon avis ? » Je suis mi-étonné, mi-sarcastique face à la tournure de cette conversation et dans cette réplique ça s'est senti un peu trop, je crois.
« Non, pas vraiment. J'aimerais juste savoir si je risque de te compter parmis mes rivaux... Parce que si je me retrouve face au gars qui a sauvé notre monde, je vais devoir redoubler d'efforts. »
« Si tu estimes qu'il vaut la peine de tes efforts, ne devrais tu pas tout mettre en oeuvre pour l'avoir puisqu'il les mérite de toute façon ? »
Un silence suit ma réponse. L'atmosphère a changé, d'un coup. Je sais que ce sont mes paroles qui ont induit ce changement. J'y suis allé un peu fort sur ce coup là... Ça ne me ressemble pas, cette attitude hostile, froide. On dirait que je suis plus affecté par le temps que je passe avec Malefoy que je ne le pensais, mon côté serpentard ressort.
Je me retourne pour faire face à Esteban mais il n'y a déjà plus personne.
« Que cherches tu ? » Je fais denouveau volte face et me retrouve bien plus proche de Draco que ce que je ne le devrais.
« En général ou pour le moment ? » Intéressé par la tournure que prend la conversation, mon interlocuteur hésite une dizaine de seconde avant de répondre :
« Disons, en général ? »
« En général, je recherche le bonheur. » Je fais un léger sourire à Draco qui grimace devant ma réponse à la hauteur du côté rêveur de Luna.
« Et en ce moment ? » Il a laissé échapper cette question comme si ça lui écorchait les lèvres de la poser, comme si il n'était pas digne de vouloir en connaître la réponse mais que c'était plus fort que lui.
« Là, je cherchais ma gentillesse. Je crois que je l'ai perdue. » Je soupire théâtralement juste après ma phrase.
« Qu'est-ce que tu as encore inventé, Potter ? » Me demande le blond en levant les yeux aux ciels.
« Eh bien je pense que plus je passe de temps avec toi, plus mon côté serpentard ressort.. »
« Qu'as tu encore fait ? » Je décide de ne pas relever le 'encore' qui est clairement juste là pour me faire réagir.
« Je pense que j'ai froissé Esteban... »
« Oh ne t'inquiète pas, Esteban n'est pas du tout prompt à être vexé et il n'est pas rancunier pour un sous. » Selon lui, Esteban a toutes les qualités, on dirait ! Ça va m'agacer si il pense ça de lui, je le sens... Je réponds, un peu trop brusquement à mon goût :
« Ah bon ? Et comment le sais-tu ? »
Draco soupire, il doit se douter que je vais le tanner avec ça jusqu'à ce qu'il me le dise et qu'il a tout intérêt à me répondre pour qu'on puisse travailler sans problème.
« Parce qu'il m'a déjà proposé plusieurs fois de dîner avec moi mais que je refusais à chaque fois. Il est persévérant. Aujourd'hui, c'est la première fois que j'acceptais. »
J'essaye de rester impassible par rapport à cette confession du Serpentard. Je ne sais pas vraiment quoi penser... Est-ce que ça voudrait dire qu'Esteban ne lui plaît pas vraiment et qu'il a accepté juste pour le plaisir de me planter sur le temps de midi ? En souvenir du bon vieux temps... Ou peut être a-t-il accepté pour me rendre jaloux ? Dans ce cas, ça voudrait dire qu'il est intéressé par moi, non ?
Oh la la... J'analyse beaucoup trop tout ça. Il faut que j'arrête de me prendre la tête sur ce que pense peut être possiblement Draco Malefoy ! C'est lui donner beaucoup trop d'importance ! D'ailleurs en parlant de lui, il m'a juste balancé ça comme si on était amis de longue date et qu'on se faisait des confidences et puis il a tourné les talons sans attendre une réponse et est reparti au boulot.
Je le rattrape comme je peux et me reconcentre pour tenter de paraître professionnel. Draco est relancé et il est encore pire que ce matin. Il court, s'agite dans tous les sens, donnant son avis ou résolvant des conflits en quelques minutes. Il a vraiment l'air d'aimer ce qu'il fait. En même temps, donner des ordres, ce n'est pas une passion de Draco qui m'étonne vraiment.. C'est plutôt sa manière d'être directif, vraiment mature et à l'écoute, qui n'a de cesse de m'étonner.
Après une demie heure à courir frénétiquement derrière le blond (si ce n'est pas le comble, ça) il s'arrête enfin, se retourne et s'adresse à moi :
« J'ai tout réglé ici, pour le moment. Nous avons rendez-vous dans exactement 15 minutes aux Trois Balais avec Mme Rosmerta. Ensuite nous devons passer chez Weasley, farces pour sorciers facétieux et enfin, nous terminerons la journée par Ste Mangouste. On ferait mieux de transplaner, je veux être ponctuel. »
J'acquiesce et tourne immédiatement sur moi même. Quand je rouvre les yeux, je suis au milieu de Pré-au-Lard, Draco n'est pas encore arrivé. L'endroit n'a presque pas changé depuis la dernière fois où je suis venu. Ils étaient en fin de reconstruction des quelques boutiques qui avaient souffert de la bataille. J'inspire profondément l'air frais et me retourne pour faire face au château.
Ce château a été mon foyer pendant les années les plus marquantes de ma vie et j'ai toujours un léger pincement au coeur quand j'y repense. Je sens une main se poser sur mon épaule. Je lance un regard sur ma gauche et je vois Draco qui regarde le château d'un air mélancolique. Je me demande si pour lui aussi, Poudlard a eu cette importance, si il s'y sentait plus chez lui qu'au Manoir.
Il retire sa main de mon épaule et on se dirige vers Les Trois Balais. Plus on approche, plus je le sens tendu. Qu'est-ce qui peut le rendre aussi tendu ? Il me semblait que ce n'était qu'une visite de routine pour régler quelques détails et s'assurer que tout se passera bien... Je pense que je n'ai jamais vu la mâchoire de Draco aussi contractée depuis que je le connais. Ça commence sérieusement à m'inquiéter parce qu'aucune rencontre ne pourra se passer bien avec une des deux parties dans un tel état !
La porte des Trois Balais est visible à vue d'oeil à présent. Je dois prendre une décision : essayer de désamorcer cette tension avant d'entrer ou laisser les choses se passer. La porte se rapproche encore, je sens Malefoy ralentir. Avant même de m'en être rendu compte j'ai attrapé Draco par le bras et je l'ai emmené dans une ruelle.
Mais qu'est-ce qui m'a pris ? Ça ne me concerne en rien et en faisant cela je m'implique, j'interviens, donc il est clair que je ne pourrais plus le juger objectivement ! Oh et puis zut, tant pis... Je plaque Malefoy contre un mur et plante mon regard inquisiteur dans celui tendu et désemparé du blond puis je lui demande :
« Qu'est-ce qu'il se passe, Dray ? » Il fuit mon regard et répond :
« Je... Je ne peux pas... Je pensais que j'en étais capable mais je ne peux pas... »
« Tu ne peux pas quoi ? »
« Tu ne comprends pas, POTTER ? Je ne suis PAS comme toi ! J'ai fait des erreurs, des TAS d'erreurs et elles me précèdent PARTOUT où je vais ! »
Je l'oblige à me regarder dans les yeux, ses yeux couleur argent reflètent la douleur et la honte. Croit-il vraiment que je n'ai jamais fait d'erreurs qui ont portées à conséquence ? Croit-il vraiment que je suis irréprochable ? Croit-il vraiment que je ne peux pas comprendre ce qu'il ressent ?
Mais surtout : qu'est-ce qui a provoqué cette crise soudaine et inattendue ? Les Trois Balais est plutôt un endroit dont on se rappelle avec chaleur et qui amène avec lui des souvenirs d'une odeur de sapin, du goût de la bièraubeurre et des sons des rires. Pourquoi est-ce différent pour Draco?
Oh mais bien sûr ! Comment ai-je pu oublier... Ce n'est pas le lieu qui doit le mettre dans cet état mais sa rencontre avec Mme Rosmerta, c'est évident. Il ne doit plus l'avoir revue depuis sa sixième année, année pendant laquelle il l'a soumise à l'imperium pendant un certain temps...
Je ne réfléchis même pas plus loin et j'attire Dray dans mes bras.
« Potter, qu'est-ce que tu es en train de faire ? » grogne le premier concerné contre mon torse.
« Je te fais un câlin, ça me semblait plutôt clair, non ? » Je suis sûr qu'il a très envie de débattre de l'utilité de ce câlin mais il sait qu'il n'en a plus le temps si il veut être à l'heure pour le rendez-vous aux Trois Balais.
Je sens ses poings serrés contre mon torse mais il ne tente pas de me frapper ou de me repousser. Il se contente d'être là et après quelques minutes je sens son souffle ralentir, ses poings se déserrer et tout son corps se détendre. Je sais qu'il va falloir qu'on y aille si on ne veut pas arriver en retard et faire une mauvaise impression donc je me recule légèrement et j'attrappe son regard :
« On a tous fait des choses dont on est pas fier et qu'on regrette, des choses qui ont porté à conséquence mais l'important c'est d'apprendre de ses erreurs. Tu n'es plus le Draco de Poudlard. Tu fais tes propres choix aujourd'hui, des choix qui ne sont plus guidés par la peur. Le fait que tu veuilles travailler avec les Trois Balais est l'exemple même du fait que tu n'essaye pas de te défiler face au passé mais que tu tentes de le réparer. Je suis sûr que Mme Rosmerta en est consciente sinon elle n'aurait pas accepté de collaborer avec toi. Alors calme toi. Tu peux être fier de qui tu es aujourd'hui et de ton projet. »
Je sais que c'est ce qu'il avait besoin d'entendre tout haut de la bouche de quelqu'un d'autre que lui et que c'est ce qu'il se répétait inlassablement dans sa tête depuis tout à l'heure. Je sais aussi que je pensais ce que je viens de dire, que je ne le disais pas juste pour qu'il se calme et qu'il ait assez de sang froid pour confronter Mme Rosmerta.
Il m'observe attentivement, quelques dizaines de secondes puis une lueur joueuse apparaît dans son regard et il déclare d'un ton sarcastique :
« Tu as eu ton quota de câlin pour la journée, Potty ? C'est bon ? Tu me laches ? On peut aller bosser ? » Ça, c'est le Dray que je connais !
« C'était totalement professionnel, Draco, je ne faisais cela que pour t'apprendre une technique de marketing... J'ai lu que faire des câlins avec des personnes qu'on trouve attirantes a pour effet de nous faire libérer des phéromones qui nous rendent plus attirants pour les femmes aux alentours. Je me suis dit que cette technique pourrait te servir pour amadouer Rosmerta ! »
« Toi, attirant ? Pfff... Loin de là ! Pas du tout mon style ! Allez ! Allons-y ! »
Il se retourne et part en direction des Trois Balais d'un pas décidé et sans un regard en arrière. Je le suis. Là, tout de suite je pourrais mettre ma main à couper que dès qu'il s'est retourné, il avait un sourire affiché sur son visage.
Je passe la porte des Trois Balais derrière Draco qui est de nouveau un peu tendu, mais bien moins que quelques minutes plus tôt. Le pub est vide mais la porte était ouverte. Ce qui veut dire que Mme Rosmerta nous attendait sûrement. Je vérifie l'heure à mon poignet : nous sommes en retard de 5 minutes. Un retard acceptable pour des hommes d'affaire. Mais un retard tout de même.
Un silence étrange règne dans le pub, pourtant si souvent agité et plein de vie. J'ai l'impression que la dernière fois que je suis entré ici, c'était hier et en même temps, que c'était dans une autre vie.
Je me déplace dans la pièce, sans vraiment réfléchir, le regard dans le vide et ma baguette à la main. Je m'approche du comptoir et par réflexe, m'assieds sur un tabouret.
« Qu'est-ce que tu fiches, l'ivrogne ? » Et la récompense du surnom le plus sympathique de l'année revient à Draco Malefoy. Waiiiiiii ! Je me redresse, me retourne vers lui et lui répond ironiquement :
« Je me suis dit que, stratégiquement, prendre de la hauteur, c'était pas mal pour retrouver quelqu'un. Et puis, connaissant Rosmerta, elle ne va pas tarder, elle a un sixième sens. Il suffit de s'accouder à son bar et quelques secondes plus tard, elle est là à te demander :
Alors, mon mignon, qu'est-ce que je te sers ? »
Je me retourne vers le bar avec un énorme sourire aux lèvres. Madame Rosmerta est là et elle a prononcé cette phrase en choeur avec moi. Ça ne rate jamais !
« Je prendrais bien une bièraubeurre, s'il te plaît, ça fait un bail que je n'ai plus bû une bonne vieille bièraubeurre ! »
« Ce sera avec plaisir. Et vous ? Je vous sers quelque chose ? » Malefoy ne laisse rien transparaître de ses émotions, s'approche lentement du bar, avant de s'asseoir à côté de moi et répond :
« Un verre d'eau serait parfait, merci. » Sa mâchoire est plus que tendue.
Madame Rosmerta, quant à elle, acquiesce et nous sert respectivement avant de s'asseoir elle aussi, sur un tabouret, de l'autre côté du bar. J'amène ma chope à mes lèvres tout en observant Draco et la tenancière du coin de l'oeil. Draco s'éclaircit discrètement la gorge et se lance après quelques secondes de silence :
« Tout d'abord, Madame Rosmerta, je tiens à vous présenter mes plus sincères excuses. Je regrette vraiment tout le mal que j'ai pu vous faire et j'espère que vous accepterez ces excuses mais je comprendrais que vous ne puissiez pas. D'ici là, j'espère que nous pourrons collaborer ensemble en ce qui concerne mon projet. Je pense que mes collaborateurs vous ont informés de la teneur de celui-ci et que vous sembliez intéressée sous certaines conditions, n'est-ce pas ? »
« C'est cela même, oui. Et merci de m'avoir présenté vos excuses, Mr Malefoy. Je trouve votre projet très intéressant et, effectivement, j'ai quelques conditions.
Tout d'abord, je voudrais pouvoir choisir les personnes qui travailleront derrière le bar dans votre établissement, de manière à ce que ce soient des personnes de confiance.
Deuxièmement, j'aurais besoin d'un endroit de stockage sur place, pour mes produits. De préférence un endroit frais pour conserver les boissons dans les meilleures conditions possibles et bien sûr, avec un accès direct et relativement aisé.
Troisièmement, le bar fonctionnera indépendamment du reste de l'établissement. C'est-à-dire que je gérerais mes comptes, mon personnel et le stock comme il me plaira. Vous n'aurez qu'un rôle de consultant. Mais bien sûr, comme c'est votre projet, vous aurez droit à 50% des bénéfices.
Finalement, je veux qu'une réunion de l'ensemble du personnel de l'établissement et des gérants soit tenue tous les mois, au moins, pour une auto-évaluation. De cette manière, nous pourrons augmenter la qualité du bar et le bien-être des employés. Je pense que c'est tout. »
Malefoy, qui avait ensorcelé une plume pour qu'elle retranscrive la conversation, prit le parchemin sur lequel figurait la retranscription et le parcourut rapidement. Ensuite, il leva les yeux vers Rosmerta et lui répondit :
« Bien sûr vous gérerez le bar comme bon vous semblera au niveau de vos produits, du personnel et des comptes. Cependant je souhaite être mis au courant du moindre changement ou problème, de manière à pouvoir apporter mon aide et donner mon avis. Pour les réunions, je trouve que c'est une très bonne idée mais il faut que j'en parle avec les autres entreprises qui participent au projet. Quant au stockage, j'avais prévu un accès à la cave du bâtiment, qui vous sera entièrement réservée, directement derrière le bar. Cela vous convient-il ? »
« Ça me semble être honnête, oui, Mr Malefoy. Et bien je pense que nous sommes officiellement associés, alors ? » Madame Rosmerta laissa un léger sourire se dessiner sur son visage tout en regardant Draco.
« Il semblerait, oui. J'ai hâte de travailler avec vous. »
J'ai observé l'échange sans broncher, prenant des notes, comme un bon superviseur que je suis. Je ne sais pas vraiment l'expliquer mais je me sens plutôt fier de la façon dont les choses se sont passées. Dray regarde Mme Rosmerta dans les yeux, un demi-sourire apparaissant aussi sur son visage et il tend la main. Elle la saisit après quelques secondes d'hésitation puis la relâche presque aussi tôt.
Je peux comprendre son appréhension et je crois que Dray aussi. Je fait un signe discret de la tête à ce dernier, je dépose ma chope vide sur le comptoir et j'interviens :
« Je pense que nous devrions y aller, si nous ne voulons pas arriver encore plus en retard à notre deuxième rendez-vous de l'après-midi... » Draco vérifie sa montre et range ses affaires d'un coup de baguette.
« Oui, tu as absolument raison. Nous devons y aller Mme Rosmerta. Très heureux de faire affaire avec vous ! Passez une bonne fin d'après-midi ! »
« Merci Mr Malefoy. À vous aussi ! Et j'espère que nous nous verrons à l'ouverture du bar, Harry ! » Elle s'approche de moi et me colle un baiser sur la joue avant de me pousser gentillement derrière Malefoy, vers la sortie.
« J'espère aussi, Rosmerta, votre bièraubeurre m'avait vraiment manqué. Au revoir ! »
Je suis Draco et referme la porte derrière nous. Je sens mes joues s'échauffer et je marmonne :
« C'est Ron qui va être jaloux ! Lui qui a toujours eu un faible pour Mme Rosmerta... »
« Tu as dit quelque chose ? » Draco s'est retourné vers moi et me regarde avec un sourcil interrogateur... Si, si, vous savez ! Quand un sourcil est plus froncé que l'autre et que ça vous donne l'air de quelqu'un qui a un monocle ! Je m'empresse de lui répondre sur le ton de la confidence :
« Je me parlais à moi-même... Tu sais, les traumatismes, tout ça, ça laisse des marques et on devient un peu... Enfin, tu vois... » Draco lève les yeux au ciel et après un soupir totalement feint (vu son sourire), s'adresse à moi :
« Quand tu auras terminé de te raconter des choses, Potter, on pourra peut être transplaner, qu'en dis-tu ? »
Je hausse les épaules mais je me concentre sur ma respiration et quelques secondes plus tard : me voilà sur le chemin de Traverse. À ma droite, se trouve un Draco bien plus détendu que tout à l'heure et un sourire aux lèvres. Je ne peux pas m'empêcher de sourire moi aussi. Et cette fois-ci, je le devance et démarre en premier. Après tout, je sais très bien où aller. J'y ai passé pas mal de temps pendant la première année après.. Enfin.. Après la fin. Au commencement.
Ce que j'avais dit aux jumeaux quand je leur avais donné l'argent pour fonder cette entreprise en quatrième année m'avait semblé plus vrai que jamais, à ce moment-là. J'avais besoin de rire, de voir la joie sur le visage des gens, de pouvoir croire qu'il y a toujours une possibilité de bonheur.
C'était difficile. Surtout pour Georges. Mais Georges savait que son jumeau n'aurait pas voulu qu'il laisse tout tomber et qu'il ne soit plus capable d'amener cette joie de vivre aux autres. Donc il a continué. Et il n'était jamais seul. Percy, Ron, Ginny, Hermione et moi même nous rendions souvent à la boutique pour lui donner un coup de main. Et ensuite, Angelina a pris le relai. Elle l'a soutenu et lui a rendu peu à peu le sourire.
Je suis arrivé devant la boutique. Draco est sur mes talons. Je lui tiens la porte. Il entre sans même un regard ou un merci. Je n'en attendais pas moins de lui, en même temps. Un Malefoy reste un Malefoy.
La boutique est vide et malgré l'absence de clients, encore plus colorée, sens dessus-dessous et vivante que dans mes souvenirs. Georges a encore amélioré et inventé de nouveaux produits. J'adore jouer au jeu des 7 erreurs quand j'entre dans ce magasin. D'un jour à l'autre, les produits peuvent vraiment varier et je trouve ça génial ce renouvellement qui anime la boutique.
Pour cette occasion-ci, Georges a mis en avant le coin des philtres d'amour. De la fumée rose s'en échappe voluptueusement et paresseusement. Ainsi qu'un doux parfum, pour moi, de menthe et d'abricot avec une touche d'une autre odeur difficilement identifiable. Mais je trouverais plus tard...
Je m'approche de cette partie de la boutique comme envoûté par ces odeurs. Mon esprit vagabonde, cherchant vainement la troisième fragrance, essayant de la relier à un souvenir, mais impossible de retomber sur ce que je cherche en vain.
Soudain, Georges apparaît dans un tourbillon de couleurs juste en face de moi, un grand sourire aux lèvres, réussissant à me sortir de la transe dans laquelle j'étais. Mes pensées sont de nouveau claires et la brume qui les envahissait quelques secondes auparavant s'est comme évaporée. Je m'avance vers lui en souriant et lui fait une accolade. Il me serre contre lui brièvement puis se recule.
« Harry ! Ça me fait plaisir de te voir ! Il faut absolument qu'on s'arrange un repas de famille à la maison, maman en serait ra-vie. Chaque fois que je la vois, elle ne cesse de me demander si tu n'es pas passé à la boutique et si j'ai eu de tes nouvelles ! »
« Je vais m'empresser d'organiser ça, je voulais le faire bientôt de toute façon. Et puis, ça me permettra de voir Ron, je ne l'ai plus vu depuis un petit temps à cause de son stage et du mien. Horaires décalés... Jolie veste, c'est une nouvelle ? »
« C'est un cadeau d'Angelina, oui. Merci ! On s'y verra alors. Aujourd'hui, je pense que nous avons à parler business, la fouine et moi, si je ne m'abuse. » Le rouquin termina sa phrase avec un petit air malicieux. Georges testait Malefoy, c'était évident. Il voulait voir si il réagissait au quart de tour, comme avant.
Draco grimaça légèrement à l'utilisation du surnom et ses yeux qui regardaient dans le vide quelques secondes auparavant se focalisèrent sur Georges. Il avait légèrement l'air de... Planer. Mais j'imagine que je devais ressembler à ça aussi avant que Georges ne transplane à moins d'un mètre de moi.
« Bonjour Georges. Oui, j'aurais aimé que tu me renseignes plus précisément sur les philtres d'amour que tu produis. Je sais que tu en as déjà parlé avec mes collaborateurs mais je voulais m'assurer moi-même de quelques détails. Et ensuite, nous parlerons de certaines modalités pratiques, bien entendu. » Georges sourit de plus belle et répondit sur un ton enjoué :
« Bien sûr. Prenez un siège, messieurs, que je vous présente notre nouvelle collection. »
Un fauteuil tout en velours rose et dorures apparut derrière nous. Fauteuil trop confortable pour une seule personne mais trop étroit pour que deux personnes puissent s'y asseoir sans devoir être bien trop proche de la personne assise à côté. Je croise le regard de Draco.
Il sait très bien que ce genre de petite blague est le « prix à payer » pour collaborer avec Georges donc il n'est pas surpris. Moi non plus et je suis même relativement amusé vu la tête que fait Dray. Il n'est pas surpris mais ça ne veut pas dire qu'il soit ravi à l'idée de devoir se retrouver collé à moi encore une fois dans cette journée, on dirait. Georges est incroyable !
Je m'approche du fauteuil et m'assied à droite, il ne reste même pas assez de place pour que Draco s'assoie sur la gauche, on va devoir trouver une solution. Hors de question qu'il se mette sur mes genoux. Il n'accepterait jamais. Hors de question que je me mette sur les siens, j'ai ma dignité aussi. Je pourrais écarter les jambes et qu'il s'assoie au milieu mais rien que d'y penser, je déglutis à l'idée de cette proximité.
Dray s'est approché, lui aussi et il a du en arriver aux mêmes conclusions que moi. Il soupire et s'assied verticalement par rapport à moi. Entremêlant ses jambes aux miennes dans une position vraiment étrange mais qui ne semble pas si inconfortable que ça, finalement. Heureusement que Georges n'avait pas positionné le fauteuil complètement face au coin des philtres d'amour mais légèrement en biais, sinon, Draco serait certainement rentré chez lui avec un torticolis.
Georges, qui se retient d'exploser de rire face à notre position ridicule dans ce petit fauteuil extrêmement kitsch et aux têtes qu'on fait en ce moment, se racle la gorge, prend un air théâtralement professionnel et débute son exposé :
« Tout d'abord, messieurs, je tiens à préciser que nous ne vendons aucun philtre d'amour véritable dans ce magasin. Je vois à vos mines surprises que vous vous demandez donc ce que nous vendons... Et bien, c'est une très bonne question non-formulée ! Merci de votre intérêt.
Nous avons revu la puissance de nos produits suite à certaines expériences malheureuses. Comme la fois où Ron, mon frère bien aimé et légèrement idiot, que son horrible penchant pour la nourriture perdra je l'ai toujours dit, a failli perdre la vie à cause d'une élève de Poudlard qui ne voulait qu'attirer monsieur Potter, ici présent, dans son lit. »
Je rougis instantanément à ces propos et m'enfonce dans le fauteuil, laissant un peu plus de place à Draco qui semble intéressé par l'anecdote. D'ailleurs il a l'air très détendu pour quelqu'un sensé être mal à l'aise à cause de notre proximité évidente. Il a du sentir que je le regardais parce qu'il lève les yeux vers moi. Je me sens devenir encore plus écarlate et je détourne le regard. Georges poursuit.
« Après cette fâcheuse expérience, nous avons mis au point différents quasi philtres, pourrait-on dire. Quelles sont les différences par rapport aux classiques philtres d'amour comme d'aucun l'entendent ? Merci de poser la question, moi-même. Et bien là où un philtre d'amour crée l'attraction envers une personne, cette personne pouvant vous être totalement inconnue, nos bébés philtres tout mignons et sans défense ne se basent pas sur le même principe.
L'Amortentietta, est, comme vous le devinez, un dérivé de l'Amortentia mais en beaucoup moins puissant. Cette potion inoffensive, n'agit que de quelques minutes à une demie-heure maximum et elle ne fait que vous ouvrir les yeux sur les véritables sentiments que vous pourriez avoir envers une personne que vous avez déjà rencontrée. Donc, elle est idéale si vous pensez avoir déjà croisé votre âme soeur mais que vous n'avez pas osé lui parler ou que vous étiez avec quelqu'un à ce moment là. Ce philtre a un but consultatif et ne guarantit en aucun cas que votre relation avec votre 'âme soeur' sera équilibrée et assurera votre bien-être. Autre petit plus, comme sa cousine éloignée, l'Amortentia, l'Amortentietta a un parfum différent pour chacun d'entre nous selon ce qui nous attire.
Le deuxième philtre que je vous présenterai aujourd'hui, s'appelle Fantasmagorie et est celui qui se rapproche le plus du philtre d'amour classique. Cependant, il ne produit des effets que si il y a attirance mutuelle et que la personne a pour but de trouver quelqu'un. Il n'agira pas si elle est déjà avec quelqu'un ou qu'elle a décidé, sérieusement, de ne plus s'attacher à personne pendant un moment. Il ne force aucunement les couples, il déshinibe juste légèrement les personnes qui le boivent mais tout en restant à un stade décent. Au mieux, il provoquera un baiser, jamais plus. En gros, Malefoy, il ne risque pas d'y avoir une orgie dans ton club à cause de ce philtre. Ne t'inquiète pas. Oh! Et, une autre différence importante entre Fantasmagorie et un philtre d'amour : ses effets ne sont en aucun cas, uniquement dirigés vers une seule personne.
En d'autres mots, si vous voulez une personne pour vous, que c'est vous qui lui faites boire une gorgée de cette potion, malheureusement, si cette personne est profondément amoureuse de votre meilleur ami et que lui est attiré par elle, elle ira vers lui et pas vers vous.
Et enfin, le troisième et dernier philtre de notre collection n'en est pas vraiment un et s'appelle Félixia. Félixia est une espèce de cousine germaine de Félix Félicis. Potion dont vous connaissez l'existence, si je ne m'abuse ! Donc, Félixia a pour effet de vous suggérer quoi faire pour charmer l'élu ou l'élue de votre coeur. Elle est parfaite et sera votre meilleure alliée si vous êtes un peu timide ou que vous êtes dans une situation que vous pensez compliquée dans votre tête par rapport à la personne qui vous plaît. Félixia rend tout plus simple et plus clair dans votre esprit. Elle remplace le doute et les questionnements par de l'assurance et de l'action. Bien entendu, prendre cette potion ne vous assure en aucun cas d'obtenir le coeur de l'autre sur un plateau mais elle simplifie les choses et vous aide à savoir quoi dire et quoi faire. Son usage est évidemment limité à certaines occasions spéciales parce qu'après des prises trop fréquentes et rapprochées, ses effets se dissipent.
Et bien je pense vous avoir tout dit. Des questions ? »
Je n'en reviens pas... Les connaissances en potions et les compétences de manager de Georges m'ont bluffées. Je n'ai aucune question qui me vient à l'esprit, là tout de suite. Je me demande juste quels seraient les effets de ces trois potions sur moi. Et plus intéressant encore : sur le blondinet qui est à moitié assis sur moi. D'ailleurs, lui, semble avoir des questions plus pertinentes :
« Oui, j'en ai quelques-unes : comment fonctionne l'Amortentietta quand on la boit ? Tu dis que ses effets durent de quelques minutes à une trentaine de minutes, mais que se passe-t-il concrètement pendant ce temps, là ? Les clients doivent ils s'asseoir, peuvent-ils rester debout ? »
« C'est une très bonne question, Malefoy ! Décidément, je devrais peut être revoir quelques jugements hâtifs que j'avais concernant ta personne, comme le fait que ton cerveau possède les capacités mentales d'une fouine, par exemple.. Mais ne changeons pas de sujet, je m'égare !
Il est préférable que tes clients s'assoient avant de boire de l'Amortentietta, oui. Ses effets se présentent comme des espèces de flash-back et comme je le disais tout à l'heure ils peuvent durer de quelques minutes à une demie-heure. Ça dépend du poids du buveur, de sa fragilité mentale et de la force du souvenir. Les pupilles se dilatent et certaines personnes s'évanouissent ou s'assoupissent mais d'autres ne subissent presque aucun effets apparents. En cas de danger imminent, ton cerveau reprend le dessus par rapport à la potion et il faut en reprendre une autre fois. Autre chose ? »
Dray reste imperturbable, malgré l'insulte à peine dissimulée et garde un ton professionnel et neutre mais il rougit légèrement en posant cette question :
« Oui, enfin, non, pas vraiment, j'ai juste besoin d'une confirmation pour voir si j'ai bien compris. Fantasmagorie fonctionne comme si les deux personnes étaient des aimants de pôles contraires et que quelqu'un s'amusait à augmenter la puissance d'un des deux aimants, c'est ça ? »
« C'est exactement ça, oui. C'est une bonne métaphore, je la garde en tête, tiens ! Merci Draco. »
Les yeux de Dray s'écarquillent et il a l'air de ne pas croire ses oreilles. J'avoue que j'ai un peu de mal, aussi. Entendre Georges être aussi... Poli avec Malefoy, c'est bizarre. D'ailleurs, le rouquin a remarqué nos têtes et il enchaîne :
« Si nous devons collaborer ensemble, je ne vais pas continuer à t'appeler la fouine, même si j'aime particulièrement ce surnom... Et il est hors de question que je t'appelle Monsieur Malefoy, donc Draco me semble être un bon compromis, vous ne pensez pas ? »
Le principal intéressé hoche la tête calmement, avec un léger sourire. Georges poursuit :
« A une seule condition : tu viendras manger un soir à la maison. Harry n'essaye même pas de te défiler, tu es de la partie aussi ! » Dray semble surpris mais touché. Dans l'embarras, il fixe sa montre un quart de seconde puis répond au rouquin, un franc sourire aux lèvres, cette fois-ci :
« Je l'accepte avec plaisir, Georges. Merci de l'invitation ! Nous fixerons la date plus tard, si tu veux bien. Il faut qu'on y aille, Harry et moi avons encore rendez-vous avec les psychomages de Saint Mangouste ! »
« Filez, filez ! Je vous enverrai un hibou avec la date de ce petit dîner. J'ai hâte d'avoir un Malefoy à ma table ! Ça va être amusant ! »
En sortant de la boutique je me penche vers Dray et lui glisse discrètement à l'oreille :
« Tu sais à quoi tu t'es exposé en acceptant cette invitation ? Tu t'en rends compte ? »
« Potter, tu crois que je suis né de la dernière pluie ? Je sais qu'il va en profiter un maximum mais je tiens à cette collaboration et je sais qu'il sait où sont les limites. »
Vu le ton sec auquel je viens d'avoir droit, je me tais et décide de ne pas m'en mêler. Après tout, ce ne sont pas mes affaires et Draco n'a pas l'air disposé à écouter mes mises en garde, donc qu'il fasse ce qu'il veut !
Seulement : le but des jumeaux a toujours été de dépasser les limites... Mais il le découvrira bien assez tôt, tout seul comme un grand. Il en fera les frais et je compte bien être aux premières loges quand ça arrivera ! En attendant : j'ai hâte de rencontrer les psychomages de Ste Mangouste.
C'est un domaine qui m'a toujours intéressé mais je n'ai jamais eu le temps de m'y consacrer. D'ailleurs, j'avais emprunté un syllabus de psychomagie à Hermione il y a quelques mois et il est toujours sur l'étagère de mon salon. Il prend la poussière et espère un jour que quelqu'un s'intéresse à lui. C'est étonnant qu'elle ne me l'ait pas réclamé depuis, quand j'y repense !
Draco vient de s'arrêter net et disparaît devant mes yeux dans un tourbillon de couleurs. Comme ça : sans préavis, rien ! Je laisse mon esprit vagabonder quelques minutes avant de me concentrer pleinement et de disparaître moi aussi dans un tourbillon de couleurs.
Quand je rouvre les yeux, je suis dans un coin du hall de Ste Mangouste, dans la zone de transplanage autorisée. J'avance d'un pas, pour en sortir le plus vite possible. Je cherche les cheveux blonds presque blancs de Draco tout autour de moi : aucune trace de lui.
Je soupire intérieurement. La journée a été longue et mes limites se rapprochent de plus en plus. Soit j'essaye d'en tirer le meilleur, soit le pire risque d'en ressortir. Un sourire étend mes lèvres. Je reconnais bien là la signature de Dray. Depuis qu'on se connaît, il a toujours réussi à me faire frôler, voir parfois à me laisser dépasser légèrement, mes limites. Il continue simplement de le faire aujourd'hui.
Je me dirige vers le panneau qui flotte dans les airs à quelques mètres de moi. Le service de psychomagie se trouve au quatrième étage, étage des pathologies des sortilèges, comme je m'en doutais. J'emprunte donc les escaliers.
Une fois arrivé au quatrième, je demande à une infirmière croisée au hasard où je peux trouver la réunion des psychomages prévue pour le moment à l'horaire. La jeune femme brune ne lève même pas les yeux de son dossier, fouille dans ses papiers et m'indique d'une voix pressée la quatrième porte à gauche. Je la remercie poliment et continue mon chemin.
Je frappe 3 fois à la porte indiquée de manière forte et assurée puis j'entre dans la pièce sans attendre de réponse. Une douzaine d'yeux se posent sur moi. Mais je ne prête attention qu'aux yeux d'un gris entêtant de celui que je considère comme responsable de mon retard. Il affiche un petit sourire satisfait que je lui connais très bien.
Je prend la parole d'une voix calme :
« Excusez mon léger retard, on ne m'avait pas communiqué clairement l'emplacement de cette réunion. Poursuivez, ne vous occupez pas de moi. »
Un homme qui doit avoir la quarantaine se râcle la gorge pour capter l'attention de l'auditoire et reprend :
« Comme je le disais, il est impossible, Mr Malefoy, qu'un d'entre nous soit présent chaque soir dans votre bar. Mais ce que nous proposons, c'est que nous vous mettons à disposition nos étudiants qui auront de cette manière l'occasion de se former.
De plus, la population qui sera sûrement présente dans votre établissement aura probablement moins de mal à se confier à des personnes de leur tranche d'âge. Mais bien sûr, vous pouvez recommander notre service et donner nos noms à ces personnes.
Nous pouvons même nous organiser pour que l'étudiant qui soit de garde puisse prendre des rendez-vous, si vos clients ressentent le besoin d'approfondir leurs raisonnements. »
Draco acquiesce et prend la parole :
« Je trouve que c'est un bon compromis et je soutiens cette initiative avec enthousiasme. Bien sûr, je compte payer les étudiants qui seront de garde, et tout ça ne peut fonctionner que si il y a une demande de ces étudiants.
J'aimerais, néanmoins, poser une condition : en plus de la supervision à laquelle vos étudiants auront droit de votre part puisqu'ils seront, je l'imagine, supervisés, je voudrais qu'ils assistent au moins à la réunion mensuelle du personnel de l'établissement, puisqu'ils feront partie de l'équipe. »
Des murmures s'élèvent dans la salle de réunion. Puis l'homme qui avait pris la parole se tourne vers Dray, plante son regard dans le sien et reprend la parole :
« Votre prévenance à l'égard de nos étudiants nous touche beaucoup. Nous acceptons votre condition avec plaisir et nous vous offrons nos excuses les plus sincères pour avoir douté de cette prévenance. »
Je ne peux m'empêcher de m'étonner en entendant cette réponse presque trop honnête. Je n'ai cotoyé que très peu de gens qui arrivent à faire preuve de l'humilité qu'elle avait dû demander. Une sensation agréable de respect m'envahit soudainement. Cet homme est quelqu'un qui gagne à être connu, j'en ai la sincère conviction.
Malheureusement, Draco clôture déjà la rencontre. Je n'aurais donc pas le temps de l'observer un peu plus longuement.
« Messieurs, je ne vais pas vous retenir plus longtemps, je pense que tout est dit. Je compte sur vous pour me transmettre les noms des étudiants intéressés et qualifiés ainsi que leurs disponibilités. Je me charge de créer un emploi du temps selon ces données et de le leur transmettre. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, d'une autre précision, n'hésitez surtout pas. Je vous souhaite une bonne soirée. »
Les cinq psychomages présents quittent la pièce après avoir serré la main de Draco. Celui-ci est en train de ranger son dossier dans son sac. Je m'approche de lui et lance d'un ton faussement irrité :
« Tu n'aurais pas pu m'attendre dans le hall, non ? Ou au moins m'indiquer le bon étage ! »
Il ne lève pas les yeux de ses papiers, ce qui a le don de m'irriter pour de bon, mais me répond d'un ton enjoué :
« Je pensais que tu connaissais déjà le service, Potter ! »
« Et pourquoi aurais-je eu ce privilège ? » Je connais la réponse à ma propre question mais je défie Malefoy de me la donner parce que ça serait me provoquer purement et simplement. Il plante son regard joueur dans le mien et ose :
« Parce que tu es fou, mon pauvre, tout le monde le sait ! » Il s'est avancé de quelques dizaines de centimètres vers moi. Je sens mon coeur s'accélérer légèrement, il est bien trop proche de moi. Lui, ne semble pas avoir remarqué, ou être gêné par la promiscuité.
« Je suis sûrement fou, ça oui, mais je suis sûr de ne pas être le seul dans le cas. » J'ai murmuré ces mots, pas besoin d'hausser la voix. Il m'observe quelques secondes avant de me sourire et de me répondre :
« Certainement pas, non. » Il se penche vers moi et ses lèvres trouvent les miennes, naturellement. J'ai l'impression d'enfin être dans le rythme de la journée, d'avoir retrouvé ma place, tout en ne sachant pas que je l'avais perdue. Il se recule doucement, mettant fin à ce moment que je sais privilégié et murmure :
« Ne vois aucune signification à ce moment, j'en avais simplement envie. À demain Harry. »
Je n'ai pas le temps d'assimiler le sens de ces paroles qu'il a déjà disparu dans un tourbillon de couleurs.
Ce soir là, couché dans mon lit, je ne tente pas de donner du sens à ma journée, je ne la décortique pas comme j'en ai l'habitude pour tout analyser. Je me contente de l'apprécier et d'en graver dans ma mémoire chaque moment et sa singulière globalité.
Me voici de retour avec une nouvelle série de chapitres qui débute. Dans l'idéal, j'aimerais écrire un chapitre pour chaque jour de la semaine de Harry et de Dray (mais pas seulement de la leur, évidemment, d'autres pov sont à envisager). Celui-ci est bien plus long que ceux qui suivront, c'est ma manière de m'excuser pour mon abandon temporaire de cette histoire qui va renaître de ses cendres (comme Fumseck) je vous le promet! :D
N'hésitez pas à me donner votre avis sur ce chapitre! Ça me motivera à écrire la suite ;) ...
