T'as vu, EvilSwanMills, j'ai fait plus que le quota que tu m'as imposé xP (J'en garanti pas le contenu par contre ^^")
Raphi5930 : "excellente" haha pourvu que ça dure... ^^
hime : Il est bien question de Swan Queen... même si ça ne se voit pas des masses. On verra bien comment Regina va évoluer par rapport à ses sentiments...
Bonne lecture !
Le monstre de plumes et d'ébène s'ébroua. Le sang ruissela sur son duvet et entacha le sol. Son dos était vouté. Ses jambes étaient plus petites et anormalement recroquevillées. L'armure duveteuse camouflait son visage. La bête dodelina de la tête et fit quelques pas d'une démarche gauche. Ses serres entaillaient la terre et traçaient des sillons sinueux. Ses bras se repliaient sur sa poitrine ses mains aux griffes crochues se refermaient sur la paume à la peau épaisse et granuleuse.
Regina déglutit et recula prudemment d'un pas. Elle veilla à ne pas faire de geste brusque de peur de réveiller ce monstre encore assoupi par la douleur de sa métamorphose récente.
« Emma... ? » souffla Regina d'une voix éraillée.
Elle chercha son visage des yeux. Cependant, les plumes obscurcissaient l'endroit où devait se situer sa face. Le monstre ailé tressaillit en entendant ce qui fut jadis son prénom. Désormais, ceci ne faisait plus écho à rien de connu.
Dans un bruissement soudain, il se redressa. Regina leva rapidement ses mains devant elle mais le monstre s'était enfui sans l'attaquer. Les ailes s'étaient repliées sur lui et dans l'instant qui avait suivi, il n'était plus. Ne restait de sa présence, qu'une plume noire abandonnée dans la poussière et le sang..
« Oh mon Dieu... Emma... » soupira Regina avec une once de rancœur.
Son regard se posa sur la paroi rocailleuse de cette crypte. La pierre y était fendue, tranchée, lacérée par endroit. La paroi n'était plus lissée par le temps. Au contraire, elle était acérée. Regina l'effleura du bout de ses doigts. Cet ornement grossier ne semblait pas être hasardeux, pourtant Regina ne parvenait pas à en deviner le sens. Une longue fissure suivait l'horizon et lacérait le flan de la roche, dans une blessure profonde.
Elle se recula espérant que cet entaillage serait porteuse de plus de sens. Regina resta muette en découvrant ce qui était gravé, déchiré dans le mur. Ce qu'elle avait d'abord pris pour des lacérations de rage était une gravure intelligible et lourde de sens. Emma avait d'abord gravé de statut si dur qu'elle était contrainte de porter : Sauveuse. Elle l'avait ensuite rayée avec rage en témoignaient ces nombreux coups d'épée qui déchiraient le mot de part en part. Emma avait rayé le mot sur le mur avant de le détruire de sa vie.
L'homme arriva dans la rue principale. Ses sandales de cuir usé trainaient sur le béton. Il observait les bâtiments de ses yeux sombres. Il passa une main soucieuse dans sa barbe sombre. Sa tête était en partie dissimulée sous une épaisse toison de fourrure qui couvrait son corps. En dessous, on apercevait son torse nu et musculeux. Un carquois pendait dans son dos, gorgé de flèches qui laissaient entrevoir les plumes de leur empennage. De sa grossière cape de fourrure, une queue léchait le sol, son extrémité étant une petit plumeau de poils noirs.
Au loin, on entendait un chant lugubre à faire frémir le verre, à glacer les âmes.
L'homme passa une main dans son dos et arracha une flèche à son carquois. La pierre noire qui luisait à la tête de la flèche laissait deviner sa nature funeste. Il banda l'arc de bois qu'il avait à la main et chercha des yeux l'origine de ce cri bestial. Au moindre mouvement suspect, il n'hésiterait pas à décocher sa flèche.
Regina enfonça la porte du hangar. Elle s'arrêta net en constatant que le lieu était vide. Plus aucun attrapeurs de rêves ne pendaient du plafond. Elle fit quelques pas, observant la pièce. Elle baissa les yeux. Ses pieds soulevèrent un amas de cendres. Regina les balaya doucement, mettant à nu le cadavre d'un attrapeur de rêve qui subsistait encore. La toile qui s'étendait dans le cercle était détendue, détachée. Regina ramassa la dépouille de l'artefact.
Le fil était roussi et s'éméchait par endroit. Il n'y avait plus ni rêve, ni le moindre souvenir ici. Ce n'était là que le vestige d'un passé qui n'était plus.
Regina observa le fil, pensive. Elle l'effleura du bout des doigts. Elle ne pourrait pas utiliser ces capteurs du passé pour rappeler à Emma ce qu'elle était. Elle mit néanmoins ce cadavre de fils dans la poche de son blazer écarlate.
Comment allait-elle faire à présent pour ramener Emma à la maison ?
On entendait à peine le bruissement de ses ailes. Storybrooke était loin de soupçonner cette menace aérienne qui s'apprêtait à s'abattre sur leurs têtes. Le soleil n'était pas encore levée et la nuit planait encore. Elle fendit le ciel. Elle heurta la tour qui surplombait la bibliothèque de la rue principale. Elle décapita le clocher qui s'effondra et s'enfonça dans le bitume de la rue. Le mécanisme s'arrêta. Les aiguilles se figèrent. Le temps sembla s'arrêter une fois encore, comme lors de son arrivée.
Le bruit fracassant attira l'œil de certains curieux à la fenêtre mais aucun n'osa sortir pour prendre pleinement connaissance de la situation. La peur imprégnait les lieux depuis quelques jours. Tous craignaient de croiser sa route. Son ombre planait parfois, gigantesque et menaçante.
Son cri courait à travers les rues, se répandait inexorablement comme un venin. Le monstre se posa à la place du clocher. Ses serres crissèrent sur le bitume. Il replia ses ailes dans son dos. Son armure de plumes le recourait tout entier, dissimulant jusqu'aux traits de son visage. Ceci le faisait paraître plus effrayant encore car plus qu'une bête ou qu'un monstre, il paraissait informe et dépourvu des caractéristiques du vivant.
Par ailleurs si son cri glaçait d'effroi, ce n'était pas une menace. Le monstre chantait. Cette triste mélodie faisait écho à sa propre déchirure. On croyait parfois entendre un sanglot à travers ces hurlements languissants de peine. Le monstre s'enveloppa dans ses ailes, pour retrouver un peu de chaleur. Il se recroquevilla sur lui pour éprouver les limites de son corps. Pour lui, qui n'avait plus ses souvenirs du passé, ni la connaissance de l'avenir, le présent était figé dans le néant.
David était adossé à son siège. Il n'avait plus quitté le poste de police depuis... depuis qu'Emma avait disparu. Il avait les yeux cernés par la fatigue et l'angoisse. Il piquait la feuille de la pointe de son stylo, comme si meurtrir le papier pouvait changer le cours de l'histoire.
Le poste de police était vide et silencieux. Seul le téléphone sonnait comme un glas par intermittence, signalant une autre catastrophe quelque part à Storybrooke. Depuis l'incident du clocher, il n'était pas rare que ce monstre détruise ce qui osait se trouver en travers de sa route.
Charming avait le regard soucieux. Il posa son stylo et chercha un peu de réconfort dans le regard de sa femme. Snow était pourtant aussi angoissée qu'il pouvait l'être. Elle trépignait sur place, s'agitant au rythme des scénarios d'horreur qui fleurissaient dans ses pensées. Regina, perdant patience, se décida à prendre la parole :
- « Cela ne peut pas durer plus longtemps. Nous ne pouvons pas la laisser détruire la ville comme bon lui semble.
- Elle est hors de contrôle, murmura Snow d'une voix blanche.
- Elle est hors de contrôle tant que nous n'avons pas trouvé un moyen de l'arrêter, répliqua Regina.
- Nous n'arrivons même pas à la localiser au sein de la ville. » rappela David.
Regina était forcée de reconnaître qu'il avait mis le doigt sur un des aspects singuliers de cette affaire.
Emma avait renoncé à son humanité pour n'être que la Ténébreuse. Elle avait abandonné sa nature de Sauveuse pour n'être que ce monstre de plumes sans substance. Les parents d'Emma se demandaient avec une inquiétude grandissante si leur fille perdurait encore dans le sein de cette créature informe. Nul n'aurait su leur répondre.
« Si nous ne pouvons pas la localiser c'est qu'elle n'est plus... » souffla Snow d'une voix étranglée.
Sa phrase mourut dans sa bouche.
Ils avaient tenté d'user d'un sort de localisation pour débusquer Emma mais leur entreprise avait échoué. Ni la coccinelle jaune, ni la couverture de laine brodée, ni aucun vêtement ne les avaient guidés jusqu'à Emma. Le chemin qui menait jusqu'à elle n'existait plus. Si les objets ne parvenaient plus à trouver le chemin jusqu'à leur propriétaire, c'est que cette dernière n'existait plus vraiment.
- « Peut-être qu'Emma est toujours là mais qu'elle ne sait pas qu'elle est Emma, supposa Regina.
- Que veux-tu dire ?, demanda Snow avec une once d'espoir.
Nous sommes notre passé. Nous sommes ce que l'histoire a fait de nous. Emma a détruit ses souvenirs, son passé. Elle n'a plus d'histoire. Ce... monstre, dit Regina faute de terme plus approprié, est Emma sans savoir qu'elle l'est. Ceci expliquerait pourquoi le sort de localisation ne fonctionne pas.
- « Ce monstre a dévoré notre fille, soutint David avec raideur.
- Sauf si le monstre est Emma, souffla Snow.
- Rien ne nous permet de le dire avec certitude, répliqua son époux.
- Rien ne nous permet d'affirmer le contraire, répliqua Regina d'un ton sec.
- Il faut garder espoir. » conclut Snow avec optimisme.
Un chant lugubre parvint jusqu'au poste. Cette musique emplit la pièce, raisonna à leurs oreilles. David se redressa.
- « Il va attaquer, conclut-il.
- Emma chante souvent..., murmura Mary Margaret en croisant les bras d'un air triste.
- Elle ne chante pas, contredit David. Le monstre prévient de sa prochaine attaque. »
David attrapa machinalement le téléphone qui ne cessait de sonner. Il le mit à son oreille. On entendit une voix grésiller à l'autre bout du fil. Le shérif tâcha de se montrer compréhensif et rassurant, bien qu'il se sache dans l'incapacité de remédier à la situation. Il posa quelques questions d'usage et nota prestement les réponses sur un bout de feuille qui traînait sur son bureau.
- « Une chambre au Granny's a brûlé. Il s'agit d'une chambre.
- L'auberge a brûlé ?, demanda Snow paniquée.
- Non, juste la chambre numéro 4, répéta David.
- C'est-à-dire ?, demanda Regina en fronçant les sourcils.
- La chambre 4 a entièrement brûlé. Il ne reste plus rien si ce n'est un tas de cendres. Personne n'a été blessé. Le feu n'a pas été au-delà de cette pièce.
- Qu'est-ce que cette pièce a de spécial... ? »
Personne ne remettait en cause le fait que ce soit l'œuvre de ce monstre. Leurs questions se portaient sur les raisons de ce vandalisme gratuit. La question de Snow était légitime. Regina se pinça les lèvres puis déclara :
« C'est la chambre qu'elle a louée en arrivant à Storybrooke. ».
Devant le regard interloqué des Charming, elle se sentit dans l'obligation de se justifier.
« Je l'ai fait suivre par Sidney à son arrivée, il a recueilli un certain nombre d'informations... De plus, j'ai été lui rendre visite dans cette chambre miteuse. Je ne m'en suis souvenue que lorsque j'ai entendu le numéro de la chambre », ajouta-t-elle.
Les Charming acquiescèrent.
- « Son manoir a été démoli..., rappela David d'un ton morne.
- Elle a détruit sa coccinelle la semaine dernière..., compléta Mary Margaret.
- Il semblerait qu'elle détruise les derniers vestiges de son histoire, déclara Regina.
- Mais pourquoi ?
- Je n'en sais strictement rien, répondit cette dernière en haussant les épaules. Je ne sais pas ce qu'elle veut désormais. »
Parce que ce qu'était Emma Swan était mort, ce monstre noir de plumes et vierge de passé était à leur yeux un fantôme odieux qui leur rappelait à quel point son absence était cruelle.
Henry arpentait les rues. Il faisait nuit à présent. Il leva les yeux vers le ciel et pointait le rayon de sa lampe torche pour dissiper l'obscurité. Ses pas étaient silencieux. Seule sa respiration était un peu sonore et saccadée. Il tendait l'oreille dans l'espoir de capter le bruissement de ses ailes. Il n'aurait sans doute pas pu la distinguer dans les ténèbres de la nuit.
Il était sorti sans le consentement de Regina qui s'obstinait à le garder à l'écart de l'agitation. Elle cherchait à le protéger de cette Emma dont on ne connait guère plus les limites et c'est ce qui avait poussé l'adolescent à braver l'interdit une fois encore pour retrouver sa mère biologique.
Malgré tout ce qu'on pouvait lui dire, il était persuadé que sa mère était encore là, quelque part. Il suffisait simplement de faire l'effort de la voir. Emma Swan ne pouvait pas être morte.
« Maman ! » appela-t-il encore.
Sa voix se faisait plus grave à présent mais il était toujours cet enfant perdu à la recherche de sa mère. Il arriva au carrefour de la rue principale. La tête du clocher était toujours encastrée dans le bitume. On avait déblayé le plus gros des gravas cependant.
« MAMAN ! » hurla Henry avec plus de force.
Il ferma brusquement la bouche pour contenir un hoquet. Ses yeux étaient humides et il était épuisé par le chagrin qui l'affligeait. Henry tourna la tête. Sur les toits, on entendait les serres crisser sur les tuiles comme la craie sur un tableau noir. Les tuiles se décrochaient, se déboîtaient et glissaient. Se faisant, elles s'entrechoquaient. Le monstre agitait parfois ses deux ailes d'ébène afin de conserver un certain équilibre. Ses bras aux mains crochues restaient repliées sur sa poitrine. Il errait sans but réel à travers la ville.
Henry l'appela encore. Le monstre s'arrêta et tourna la tête. L'excroissance couverte de plumes qui auraient dû l'être se tourna vers l'adolescent. Ce dernier tâcha de rester calme tandis qu'un long frisson lui parcourait l'échine. Une plainte se fit entendre. Il fallut quelques secondes à Henry avant de réaliser que ce monstre en était l'origine.
Henry s'avança, les jambes tremblantes, jusqu'au pied du bâtiment. La chose ailée s'était immobilisée. Il chercha ses yeux du regard, sans succès.
« Maman... Si tu viens avec moi, on pourra t'aider... On pourra trouver un remède. Viens, Maman, s'il te plaît... » tenta-t-il de l'inciter.
Il tendit sa main en direction du monstre bien que la distance qui les séparait l'empêchait de saisir une des serres de cet étrange oiseau. Il se mit sur la pointe des pieds, comme si cela pouvait le rapprocher davantage. Le monstre s'approcha vers le rebord du toit. Henry retint son souffle. A sa plus grande surprise, deux gouttes tombèrent du monstre. Le liquide était d'un noir aussi sombre que son plumage. D'abord, il crut que le monstre était blessé et que d'une plaie gouttait le sang. Cependant le liquide était d'un noir translucide, presque brillant. C'était des larmes. Le monstre pleurait.
Un son qui s'apparentait à des pleurs émergea de son armure de plumes. Il semblait soudain doté d'une humanité, de sentiments, de compassion, comme s'il ressentait la douleur d'autrui.
Henry fut soudain tiré en arrière. Une large main s'était refermée autour de son bras. Le monstre ne cilla pas. Il ne chercha pas à attraper le garçon, à le soustraire à son ravisseur. Henry se retourna. Il avisa l'homme qui le retenait. Il était d'une carrure titanesque, d'une taille colossale. Une peau de lion recouvrait ses épaules. On voyait les plumes de ses flèches dépasser d'un carquois dans son dos. Son corps était musculeux. Son corps était dénudé sous son manteau de lion, foncé et éprouvé par le soleil. Des sandales de cuir usé par ses longues marches chaussaient ses pieds.
« Recule », ordonna-t-il d'une voix rocailleuse.
Henry tenta de se dégager mais la patte épaisse de cet homme restait serrée autour de son bras. Henry se retourna. Il chercha sa mère du regard. Cependant, le monstre reculait doucement, se détachait avec langueur de la situation. Un grognement s'échappa. Ses plumes se hérissaient de colère.
L'homme tira Henry derrière lui, fit rempart de son corps. L'adolescent chuta au sol. Il put tout juste voir cet inconnu vêtu d'une peau de bête, extirper une flèche de son carquois et en bander son arc. La corde de l'arme se tendit, menaçant de rompre, tout comme le fil de la vie de sa victime qu'il visait de la pointe de sa plume. Il lâcha sa corde. La flèche siffla. Elle était si rapide et si précise qu'il était presque impossible de la distinguer dans sa course.
« Non ! » hurla Henry dans un cri déchirant.
Il avait crié à pleins poumons, comme si son refus pouvait dévier la flèche, comme si sa volonté de protéger sa mère pouvait stopper cette arme effilée.
La flèche se figea à une dizaine de centimètres du cœur battant du monstre de plumes. Les griffes crochues enfermèrent la brindille de bois dans un étau inextricable. Le bois crissa, se craquela et se brisa dans un bruit sec. Le monstre jeta la dépouille de la flèche au sol avec désinvolture et dédain. Un grondement similaire à la colère de l'orage fit vibrer l'air. Henry eut besoin de quelques secondes pour réaliser que cette mise en garde sonore provenait du monstre, à des lieues de cette plainte mélodieuse entendue jusqu'alors. Ce dernier se dressa sur ses jambes, menaçant l'archer de toute sa hauteur. Il battit brusquement des ailes et atterrit avec lourdeur devant l'homme qui avait osé le défier aussi impunément.
L'homme à la peau de lion abandonna son arc à terre et arma son poing. Il visa et frappa la poitrine du monstre. Un de ses serres se referma autour de sa main trapue, dure comme l'acier. Ses griffes épaisses lacérèrent la chair de sa main et firent couler un fin filet de sang. La douleur ne se laissa pas deviner sur le visage de l'homme qui usa de son autre poing. Ses jointures s'enfoncèrent dans le corps duveteux et noir de cette étrange créature. Henry aurait juré avoir entendu sa cage thoracique craquer sous la violence du coup porté. Le monstre se laissa échapper aucun cri de douleur, aucun frisson ne le prit. Plus rien ne l'atteignait désormais. Toute les émotions glissaient sur lui sans jamais l'imprégner.
L'homme à la peau de lion referma sa prise autour de l'excroissance de plumes qui aurait dû être la tête de la créature. Il serra la mâchoire sous l'effort et exerça une pression impressionnante de sa main. La créature ailée s'écrasa face contre terre. Il leva son poing une fois encore. Sa force était telle que si le monstre encaissait encore un coup de plus, ceci serait surement le coup de grâce.
Soudain, Henry se jeta sur l'homme. Il attrapa son bras et s'y pendit de tout son poids dans l'espoir de l'arrêter ou du moins de le retenir.
- « Va t'en, ordonna l'homme.
- Non, dit Henry pour seule réponse.
- Va t'en, répéta-t-il.
- C'est ma mère !, se justifia Henry.
- Tu ne sais pas de quoi il retourne. Ne te mets pas en travers de ma route. »
L'homme eut un mouvement d'épaules et se défit de l'adolescent avec une aisance déconcertante. Cependant, ce bref moment de répit avait permis à la créature de fuir un affrontement qui le vouait à sa perte. L'homme put tout juste distinguer le monstre battre des ailes et se fondre dans la nuit, hors de portée.
« Qu'as-tu fait ?! » gronda l'inconnu, la mâchoire serrée par la haine.
Henry se releva précipitamment et recula. Dans son empressement, il manqua de trébucher à plusieurs reprises. Il n'avait ni arme, ni magie et la force incroyable de cet individu laissait deviner une mort certaine. En désespoir de cause, il cria, hurla, appela à l'aide.
Un nuage violacé apparut derrière l'homme. Henry fut le premier à le voir, le premier a en être soulagé. Regina émergea de cette volute de fumée. Son regard était sombre. Elle ne prit pas la peine de poser la moindre question. D'un mouvement sec, elle dessina de son bras la chute de l'homme qui menaçait son fils. Celui-ci fut plaqué au sol avec violence, à tel point que le bitume se brisa. Il en eut le souffle coupé, par la surprise, non par la douleur.
Regina décrivit un cercle autour de cette menace inconnue. Les mains de l'homme se rejoignirent dans son dos, comme nouées par des liens invisibles. Les poings de Regina étaient serrés elle n'hésiterait pas un seul instant à faire de nouveau usage de la magie si le besoin venait à se faire ressentir.
« Je t'ai déjà dit de ne pas partir à sa recherche seul » le réprimanda Regina d'un ton dur.
Henry lui offrit un sourire désolé.
- « Qui est-ce ?, demanda Regina en désignant d'un signe de tête l'individu qu'elle venait d'immobiliser.
- Je ne sais pas, répondit son fils avec sincérité.
- Qu'a-t-il cherché à faire ?, interrogea sa mère, les dents serrées.
- … Il s'en est pris à Maman et je l'en ai empêché.
- Emma est blessée... ? »
Regina fit volte-face, se mit dos à son fils et observa les traits de leur nouvel assaillant. Pourtant elle attendait avec inquiétude la réponse à sa question.
« Maman a arrêté sa flèche et l'a brisée. » reporta son fils.
Il vit alors les épaules de sa mère se détendre, comme s'il venait de la libérer d'une tension. Elle hocha la tête, assimilant l'information : Emma n'avait rien.
Regina fit un geste de ses doigts et l'homme se leva, porté par sa magie, en suivant le même mouvement. Elle le libéra ensuite de son emprise mais n'en resta pas moins alerte.
« Qui êtes-vous ? », exigea-t-elle alors de savoir.
L'homme épousseta la fourrure de lion qui le couvrait, avec un certain mépris. Il défia ensuite Regina de ses petits yeux sombres et déclara, non sans une certaine fierté :
- « Je suis Hercule, fils de Zeus et d'Alcmène.
- Que venez-vous faire ici ?, fit Regina nullement impressionnée le moins du monde.
- Je suis venu chercher cette bête infâme qui se joue de la mort et dont le chant mélodieux mène les hommes à leur perte.
- Emma ?, demanda Regina sans comprendre.
- Est-ce là le nom dont vous affublez cette créature ailée ?, demanda Hercule en désignant le ciel.
- Vous ne pouvez pas la tuer » conclut la brune d'une voix sans appel.
Elle fit un pas vers Hercule, le menaçant de la défier.
- « Je suis un demi-dieu, je ne reçois d'ordre que des cieux.
- Je suis une reine et ici, c'est moi qui fait la loi, rétorqua-t-elle avec aplomb.
- Soit, sourit Hercule. Je me dois de la capturer au moins.
- Pourquoi ?, intervint Henry.
- Cette sirène est la première dont je croise le chemin. Elle seule est apte à me guider jusqu'aux Enfers où repose ma défunte épouse.
- Emma n'est pas une sirène. Nous avons déjà assez de problèmes sans qu'un homme de cro-magnon ne viennent y mettre son nez.
- J'ai besoin qu'elle me guide dans le monde souterrain, gronda Hercule.
- Trouvez une alternative. Nous ne laisserons pas Emma se faire emmener par une énergumène pareille, demie-dieu soit-elle », cracha Regina.
Hercule prit une inspiration et garda sa haine en son cœur.
- « Touchez encore à mon fils et je fais de votre tête le trophée du treizième travaux.
- Bien, ma reine, souffla Hercule avec ironie. Puis-je dans ce cas, demander l'hospitalité, le temps de trouver une autre chemin qui me mènera sous terre ?»
Il esquissa une vague révérence dont le maniérisme laissait deviner la fausseté de ce geste de politesse soumise.
- « Vous menacez ma famille et vous espérez que je vous accorde hospitalité ?, répéta Regina dans une grimace dédaigneuse.
- Cette sirène est de votre famille ?
- Restez tant que vous le souhaiterez mais au moindre problème, au moins doute, je vous tue. Vous rejoindrez les morts plus vite que vous ne le pensez. » conclut la Mairesse.
Hercule sourit et s'éloigna.
« Quel grossier personnage... », marmonna-t-elle.
Elle se tourna ensuite vers son fils et le sermonna :
- « Tu ne dois pas la chercher seule. Elle détruit la ville à petit feu et n'hésite pas à s'en prendre à ceux qui croisent sa route. Tu ne peux pas la raisonner.
- Je le peux peut-être. Elle est la Sauveuse, peut-être qu'en lui rappelant, elle...
- Non. Elle n'est plus la Sauveuse.
- Elle doit toujours l'être, soutint Henry. C'est le seul moyen pour qu'elle redevienne elle-même. Elle doit se sauver elle-même.
- Elle n'est plus la Sauveuse, répéta Regina. Elle ne voulait plus l'être.
- Pourquoi ?
- Les statuts sont parfois lourds à porter. Ta mère a peut-être simplement voulu n'être qu'Emma pour une fois.
- C'est pour ça qu'elle a fait tout ça ? »
Henry fronça les sourcils et bien que suspicieux, il ne posa pas d'autres questions. Sa mère lui en était silencieusement reconnaissante. Si Emma n'avait plus voulu être elle-même, il y avait une raison à cela...
Regina passa un bras autour des épaules de son fils. Elle se pencherait davantage sur le demi-dieu plus tard, pour l'heure, Emma restait la priorité. Regina enfouit son autre main dans la poche de son blazer et referma ses doigts autour d'un objet qui, elle l'espérait, mettrait fin à leurs tourments.
Regina se servit un verre de vin puis reposa la bouteille sur la table. Elle tendit un deuxième verre à Robin qui le prit sans en boire le contenu. Regina en but quelques gorgées et apprécia la chaleur procurée par le breuvage.
« Cet homme... Hercule, il est venu me voir pour que je lui vende mon arc et mes flèches, commença Robin. J'ai refusé, bien entendu. Il s'en serait servi contre Emma. »
Regina hocha la tête et avala une nouvelle gorgée de vin. Elle ne craignait pas qu'Emma fusse un jour blessée par Hercule elle était plus que compétente à assurer sa sauvegarde.
- « De ce qu'il a bien voulu m'expliquer, il croit qu'Emma est une sirène.
- C'est ce qu'il me semblait avoir compris, souffla la brune.
- Une sirène qui doit voler jusqu'au monde souterrain, compléta-t-il. Il cherche à ramener sa défunte épouse.
- Chercher à ramener les morts est une aliénation », coupa Regina d'un ton neutre.
Son détachement n'était que de façade. Elle ne voulait pas que Robin s'interroge sur la possibilité de mener pareille folie à son accomplissement. Elle ne voulait pas y songer car si Robin pouvait ramener Marianne, elle pourrait tout aussi bien ramener sa défunte famille...
- « C'est tout ce qu'il t'a demandé ?, ajouta Regina pour changer de sujet.
- Il a demandé si j'avais la toison d'or en ma possession. Est-il un danger ?
- Il n'en a qu'après Emma et chercher à l'emprisonner est une tâche impossible. Je crains plus pour la vie de cet homme préhistorique que pour celle d'Emma... »
La porte du bureau s'ouvrit à la volée, laissant entrer un Hook furibond.
- « Je peux savoir pourquoi vous ne l'avez pas encore arrêté ?
- Bonjour Capitaine... J'applaudis votre entrée à deux mains... Vous ne pouvez malheureusement pas en faire autant.
- Cet Hercule a fait couler mon navire d'un coup de poing !
- Je savais que c'était un homme on ne peut plus recommandable, le gratifia Regina dans une grimace moqueuse. Au moins Henry n'ira plus sur cette horrible coquille de noix.
- Il cherche à s'en prendre à Swan. »
Hook s'avança devant Regina et la défia de sa hauteur. Regina reposa son verre de vin sans hâte nullement impressionnée par cette attitude vindicative.
- « Je le sais déjà.
- Alors pourquoi ce type n'est pas enfermé quelque part ?, lança-t-il.
- Emma ne risque rien, j'en suis persuadée. Le pire ennemi d'Emma c'est elle-même.
- Nous devons la sauver d'Hercule avant qu'il ne l'abatte.
- Emma n'est pas une demoiselle en détresse. »
Regina posa ses mains sur ses hanches et se raidit pour se grandir. Elle soutint le regard du pirate.
- « Elle n'est pas la pauvre petite créature qui attend que vous la sauviez. Combien de fois l'avez-vous embrassée déjà ?, demanda-t-elle en plissant légèrement les yeux.
- Qu'est-ce que vous insinuez ?, gronda Hook.
- Que l'intention doit peut-être venir d'elle, pour commencer. Elle cherchait à se libérer par ses propres moyens mais son idée était mauvaise. »
De la surprise passa dans le regard sombre du pirate. Il laissa la reine poursuivre :
- « Elle voulait se débarrasser du bien pour détruire le mal qui est en elle, expliqua Regina. Une chose ne peut exister sans son contraire.
- Donc..., fit Hook en haussant les sourcils. Elle a réussi ?
- Je ne sais pas... Mais si c'est le cas alors nous ne sommes ni méchant ni héros... et Emma n'est plus la Sauveuse.
- Emma ne pourra plus se sauver elle-même ? », souleva Robin.
Regina déglutit et baissa brièvement les yeux. Elle croisa les bras puis répondit :
- « Si j'ai raison, Emma ne peut plus se sauver elle-même et je doute que M. Guyliner puisse changer la donne.
- Il doit y avoir un moyen, soutint M. Guyliner en question. Je ne laisserais pas ma fin heureuse me filer entre les doigts.
- Il s'agit d'Emma avant tout. Les pages du livre sont noires. Je doute fortement que votre fin heureuse soit encore lisible quelque part. »
Hook serra la mâchoire et ravala un commentaire déplaisant.
« J'ai été faire un tour dans son entrepôt. Je n'ai vu aucun des attrape-rêves dont vous aviez parlé. »
Robin vit Regina laisser vaguement transparaitre sa tristesse avant de la cacher aussitôt.
- « Elle les a fait brûler.
- Pourquoi ?
- Elle ne voulait plus être la Sauveuse, elle ne voulait plus être Emma alors elle a fait disparaître ses souvenirs. » répondit Regina d'un ton morne.
Lorsqu'on lui demanda encore pourquoi Emma s'abaisserait à un tel déni de son identité Regina ne répondit pas. Elle ne devinait que trop bien les raisons de son geste. Pour Emma Swan, il était devenu trop dur de supporter son statut de Sauveuse, trop insupportable de demeurer elle-même.
La souffrance d'un cœur brisé est si brûlante que l'on peut faire l'impossible pour s'en débarrasser et Regina n'en avait que trop conscience.
Ruby se pencha par-dessus le comptoir et servit du bacon et des œufs à cet homme à l'accoutrement intriguant. Granny avait exprimé sa désapprobation dans un regard appuyé et elle avait toléré qu'Hercule garde sa cape de fourrure odorante sous réserve qu'elle ne touche rien du restaurant.
Ruby frissonna en pensant à la mort affreuse qu'avait du subir le lion de Némée avant de finir en carpette. Elle passa une main sur sa nuque et se massa brièvement pour se détendre.
« Jeune fille, appela Hercule de sa voix rocailleuse. Connaissez-vous ce monstre qui plane sur cette ville ? »
La fourchette était à peine visible dans sa main épaisse. Il en tordit le manche par mégarde et lorsqu'il piqua le bacon de ses piques, l'assiette se fissura.
- « Quel monstre ?, fit Ruby en fronçant les sourcils.
- Celui-là même qui est de plumes et de noir. Il chante et ensorcelle ceux qui l'ouïssent.
- Oh Emma, réalisa-t-elle alors.
- D'où vient le nom de ce monstre ?
- Emma était humaine avant. Elle s'est juste... perdue.
- Parlez-moi d'elle, je vous prie. Je viens de loin. Peut-être saurais-je vous venir en aide pour la retrouver. »
La serveuse hésita puis prit place à côté de ce demi-dieu qui, elle l'espérait, aurait croisé la route d'une personne qui aurait suivi un chemin similaire à celui emprunté présentement par la Sauveuse.
Plus tard dans la soirée, Ruby sortit du Granny's après avoir terminé son service. Ruby laissa la pleine lune effleurer sa peau et comme elle en avait coutume à présent, elle arpenta la ville sous sa forme lupine. Elle marcha d'un pas léger jusqu'à un coin de rue. Courir dans la forêt serait plus agréable. Ses oreilles frémirent et un frisson lui hérissa le poil. Ruby s'arrêta. Quelques passants se baladaient ici et là mais la ville était anormalement silencieuse.
Dans une flaque d'eau, la louve vit un reflet qui n'était pas le sien. Elle se retourna et avisa cet oiseau de mauvais augure. Ruby parvenait à sentir l'âme chez les autres loups mais elle se parvenait pas ne serait-ce qu'à soupçonner celle d'Emma fondue dans ces plumes noires.
Ruby l'appela. Le loup hurla. Le monstre s'ébroua, déploya ses ailes et disparut comme il était apparu. Ce loup ne suscitait ni haine ni compassion. Ruby se désola de son comportement. Elle n'était plus qu'une bête désormais.
Le monstre arpentait la forêt. Ici, il n'y avait que le vide. Il n'était pas sous le joug des émotions d'autrui, il n'y avait que le néant. Pourtant, même ici, jusque dans ce havre de paix et de verdure, un vide le torturait toujours. Il n'existait que dans le présent, errait sans cesse, sans but.
Alors il lui arrivait parfois de s'aventurer à Storybrooke. Il déambulait, d'une démarche peu aisée ses griffes cliquetaient, crissaient sur le manteau goudronneux des rues. Il avait le sentiment que se déplacer ainsi faisait écho à autre chose, une chose qu'il avait oublié il y a bien longtemps. Le bout de ses plumes léchaient le sol, à la manière d'une étoffe devenue trop longue, trop lourde.
Il revenait toujours au même endroit. Il n'en ressentait pas l'envie mais il en éprouvait un besoin récurent, presque vital. Il attendait la nuit le plus souvent, quand tout revient calme et silencieux. Il s'approchait de la tête du clocher encastré dans la route. Il en effleurait les aiguilles à jamais figées. Sa vue se brouillait et une eau noire, qu'il ignorait alors être des larmes, pleuvaient à ses pieds sur la rue. Il se posait alors à la place laissée libre du clocher et observait, le regard vide, la rue principale de Storybrooke s'étendre à ses pieds. Il lui arrivait parfois de chanter et ce chant durait tant que nul ne venait le déranger.
Pourtant, ce soir-là, la tristesse laissa place à une colère, sombre, grondante, dévorante. Aucun sentiment n'était sien aussi la créature devait en identifier le propriétaire originel. Au coin de la rue, une crinière animale se laissait entrevoir. Quelque chose luit faiblement à la lumière des réverbères. Cette lueur s'éteignit. Le monstre plissa les yeux. La lumière des réverbères explosa dans des éclats de verre et l'obscurité gagna du terrain. La créature ailée se tendit, sentant le danger.
Un sifflement semblable à celui du vent parvint aux oreilles du monstre. Il glissa sur le côté et put voir du coin de l'œil, ce qui devait être une flèche.
Le porteur de flèches se recula, se mit momentanément à l'abri et se cala quelques instants contre le mur. Hercule reprit son souffle. Il banda son arc d'une autre flèche et bondit de sa cachette. Il chercha le monstre. Il tourna sur lui-même, guettant un bruissement d'ailes, un mouvement, aussi infirme soit-il mais il n'y avait rien.
« Mais où est-elle... ? » se demanda-t-il à lui-même.
Il s'avança encore de quelques pas. Il se plaça à ses dépends dans la lumière d'un réverbère qui subsistait encore. Son ombre au sol pointait son arc, pareillement à son corps. Ce qu'Hercule ne vit pas, ce fut la forme sombre d'un corps ailé planer sur sa propre ombre. L'ombre plongea. Le monstre referma ses serres sur Hercule. Il lacéra sa peau de félin qui le couvrait. Même la dépouille du lion de Némée ne parvenait pas à résister aux assauts de cet oiseau macabre. Ses griffes éventraient la chair, allaient gratter l'os au plus profond du corps. Hercule se débattit mais en vain. Les serres acérées de ce rapace étaient profondément enfoncées.
Le monstre parla dans un égosillement funeste :
« Voici mon sang, que tu désirais tant. »
Un petit bras à la chair épaisse émergea du haut de son corps de plumes. Il lacéra le deuxième de ses griffes. Des lambeaux de chair churent au sol. Le sang perla, rougit le membre et goutta. Ce plasma était épais, grumeleux. Il s'écrasa sur Hercule qui était sous lui, s'infiltra dans ses yeux. Le sang inonda la peau du lion de Némée, imprégna sa tunique légère qu'il portait en dessous. Ses vêtements lui collèrent à la peau, le brûlèrent tout entier. La douleur fut telle qu'elle lui coupa le souffle. Hercule suffoqua. La nuit tomba à jamais sur ses yeux. Son cœur palpita, soulevé par la souffrance qui assaillait son corps et son âme.
Quelques lumières jaillirent dans les habitations attenantes à la rue mais aucun n'osa sortir. Hercule s'étouffait. Il suffoquait et une bile noire s'écoulait de ses lèvres, une substance pareille au venin qui le recouvrait désormais. Sa nature humaine le rendait sensible à la mort une mort qu'il n'avait de cesse de désirer à cet instant.
Hercule avait la sensation que cette funeste sirène le contemplait dans ses derniers instants et se délectait de son fléau. Pourtant, il ne voyait nuls yeux dans lesquels mirer son reflet agonisant. Son corps était à présent soulevé de spasmes tremblants. Son âme se déchirait intérieurement et un râle étouffé s'échappait de ses lèvres, comme une plainte demandant la grâce.
Hercule fut happé par un nuage violacé. La poigne du monstre se referma sur le vide. Il atterrit avec habilité sur le bitume, un battement d'ailes ralentissant sa modeste chute. Il frappa son bras ensanglanté sur le sol, de rage, de frustration de voir sa proie lui échapper. Il marqua ainsi son passage sur le bitume. Il se tourna brusquement faire face à la magie qu'il avait senti. Regina était agenouillée près d'Hercule qui était désormais silencieux. Regina lui ferma ses paupières afin de le préserver de ce regard vide, figé dans l'horreur de ses derniers instants de vie.
« Pourquoi le tuer ? Tu es plus forte que lui, tu n'avais pas besoin de t'abaisser à ça. »
Regina laissait transparaître plus de tristesse que de colère. Elle n'espérait pas que le monstre lui réponde, elle ne l'espérait plus. Pourtant celui-ci lui souffla :
« Il a ce qu'il mérite. Vous vouliez sa mort vous aussi. »
Bien que décontenancée par la réponse, la brune rétorqua :
« Ce n'était qu'une menace, je ne comptais pas la mettre à exécution. »
Le monstre battit des ailes, d'agacement sans doute. De son amas de plumes, émergeaient deux bras semblables à des pattes d'oiseaux, aux ongles épais et crochus.
« Que veux-tu ?!, attaqua Regina. Pourquoi attaques-tu ?!»
Les ailes de la créature se plièrent autour de ses flans, comme pour la protéger de ses mots blessants. Ce qui blessait Regina plus que tout était qu'Emma venait de tuer en pleine connaissance de cause. Ce n'était pas de la légitime défense, ce n'était pas un accident. C'était un meurtre. Regina explosa :
« Réponds ! Miss Swan ! »
Elle extirpa un objet de la poche de son blazer. Elle le brandit en direction de celle qui, elle en restait persuadée, demeurait Emma Swan. Au bout de son bras tendu, un petit attrape-rêve tournoyait doucement. Son tissage était gauche, le cercle n'était pas parfait. Il était maladroit dans sa réalisation.
Regina décrivit un arc de cercle de son autre main. L'attrapeur de rêve, dont le cercle n'était pas plus grand que la paume de la main, se mit à briller. Un voile d'or s'étendit en son cœur. Quelque chose se mira encore au creux de ce tissu doré.
« Je ne suis pas venue pour diner. » entendit-on murmurer.
« ...Pourquoi êtes-vous venue ? » répondit une voix.
« Toi. » répliqua la première.
Les deux voix se répondaient dans ce qui était un manoir. Le monstre reconnut la deuxième personne comme étant cette femme qui tenait l'attrapeur de rêves. Regina s'avança encore d'un pas, pour l'approcher davantage, à moins que ce ne soit que pour l'inciter à mieux voir ce que reflétait cette toile piégeuse de songes.
A présent, on découvrait une autre scène que le manoir. Regina était ligotée autour d'un pommier. Une femme blonde vêtue d'une veste rouge brandissait une épée tranchante, le regard sombre et le cœur dur. Cette femme d'écarlate leva son épée à deux mains et serra la mâchoire, prête à l'abattre, à trancher la tête de Regina. La scène mourut soudainement et l'attrapeur de rêves redevint silencieux.
Regina abaissa le piégeur de songes qu'elle avait façonné grossièrement. Elle était livide. Elle déglutit et souffla d'une voix éraillée, affectée par le souvenir qu'elle venait de montrer :
« Tu es devenue un cauchemar. »
Le monstre tressaillit. Regina crut l'avoir touché, quelque part en son âme mais elle n'eut pas le temps d'approfondir cette conversation.
« Emma, c'est moi. N'aies pas peur... » murmura une voix implorante.
Regina se tourna légèrement. Elle put voir Snow s'avancer avec prudence. Elle ne pouvait pas lui en vouloir de chercher à approcher sa fille. Ce monstre était si fugace qu'il était difficile de le voir longtemps, de lui parler. Pourtant, Regina craignait que ceci ne froisse Emma d'une quelconque manière.
Le regard de Snow-White se posa brièvement sur le corps inerte d'Hercule. Elle déglutit difficilement, comprenant alors qui était l'auteure de ce meurtre.
Le monstre trembla, de colère, de peur. Pour lui qui ne ressentait plus rien, être en présence de congénères était insupportable. Il déploya soudainement ses ailes. Nulle tentative d'intimidation pourtant. Il s'envola et fondit sur Snow, s'abattant comme la mort. Regina eut tout juste le temps de téléporter Snow pour la soustraire à cette attaque meurtrière. La mère d'Emma reparut dans le dos de Regina. Le monstre fit face à celle qui protégeait encore sa proie tout désignée.
- « Calme-toi, Miss Swan, ordonna la brune.
- Emma, je..., commença Snow.
- Je pense que tu devrais te taire » conseilla Regina d'un ton sec.
Le monstre ailé s'avança d'un pas lourd et traînant. Ses ailes léchaient le sol, lasses d'être tenues repliées dans son dos. Il était intimidant, menaçant.
« Emma, ne sois pas stupide. » la mit-elle en garde en levant ses poings.
La créature infâme était sourde à cette menace. Son sang goudronneux s'écrasait par perle dans son sillage. Regina tenta de la repousser avec sa magie mais la fumée violacée glissait sur les plumes d'ébène sans affecter le monstre. Il se volatilisa et reparut devant elle dans un clignement de paupières. Il avait glissé avec rapidité, sans faire le moindre bruit. Il saisit la brune par la gorge et la souleva. Regina étouffa un hoquet de surprise.
Snow resta tétanisée par l'horreur.
«... Swan... » articula Regina entre deux respirations saccadées.
Elle porta ses deux mains sur la serre d'Emma qui se referma sans cesse un peu plus. Elle espérait bien lui faire lâcher prise mais c'était peine perdue. Cette bête immonde était un voleur d'âme, un voleur de vie, un démon de la mort.
Regina ferma les yeux. Quelque chose perla de ses cils. Il fallait bien accepter la dure réalité, garder espoir était se bercer d'illusions. Un éclair noir jaillit de sa main alors qu'elle l'apposait sur la poitrine de plumes.
Le monstre relâcha son étreinte mortelle. La gorge de Regina restait marquée par la violence de ses serres. Sa peau était rougie. Elle reprit son souffle, le corps tremblant. Sa main restait posée sur la poitrine du monstre. Sa main était crispée autour du pommeau d'une arme à la lame sombre, ce même éclair de noir qui avait jailli dans sa paume. L'autre extrémité émergeait dans le dos du monstre, dégoulinant de ce poison dont regorgeait son corps. Excalibur était encastré dans la chair du monstre qu'il emprisonnait.
Regina venait de tenir sa promesse. Elle venait de détruire ce qui subsistait de la Sauveuse Emma Swan. Sa gorge se noua. Son cœur se tordit. Tuer était devenu un acte irrémédiable mais mettre fin à l'existence d'Emma était d'une douleur innommable. Elle ne parvenait plus à parler, à s'excuser. Elle n'arrivait pas à exprimer le remord qui l'affligeait à cet instant.
Quelques plumes pleurèrent à ses pieds. Elles s'écrasèrent dans le plasma qui s'écoulait du corps de la créature. D'autres tombèrent encore. Ceci libéra une parcelle de peau que nul ne pensait revoir. Un visage émergeait de ces ténèbres duveteuses. La peau était si claire, si lisse... si humaine. Les yeux verts brillaient encore de la lueur persistante de la vie. Les lèvres fines demeuraient impassibles. Le visage d'Emma Swan était figé dans ce corps qui n'était plus le sien, dans cette existence qui ne serait bien plus.
« Tu ne t'en souviens sans doute pas mais il fut un temps où nous étions amies », chuchota Regina d'une voix brisée.
Regina croisa le regard d'Emma. Elle lui offrit un dernier sourire qui se voulait rassurant mais elle était brisée par son geste. Elle avait infligée à Emma une blessure qui serait fatale. Regina cherchait son pardon. Emma n'était plus humaine et ne pourrait jamais lui donner.
« Je suis tellement désolée... » chuchota Regina la gorge nouée.
Le bruit laissa place au silence la douleur à l'absence. La fin n'avait jamais été aussi douce. Emma ferma les yeux. Quelques larmes silencieuses coulèrent sur ses joues, non de tristesse mais de gratitude. Elle ne comprit pas pourquoi cette femme aux cheveux bruns semblaient avoir tant de remord. Cette image resta néanmoins la dernière qu'elle vit de ce monde. Son corps bascula, tomba. Si la terre arrêta son enveloppe charnelle, son âme plongea dans des profondeurs plus sinueuses.
Regina regardait son corps sans pouvoir s'en détacher. Ses mains tremblaient sans qu'elle puisse les en empêcher. Snow porta les mains à sa bouche pour étouffer un cri déchirant de souffrance. La douleur qui la transperçait était pire que si Emma lui avait arraché le cœur. Un peu plus loin, la lumière d'un réverbère se fit fébrile avant de s'éteindre, pareillement au monstre.
Regina était suffisamment proche d'Emma pour distinguer que ses plumes n'étaient pas aussi sombres. Elles étaient d'un bleu pétrole, lisse et flamboyant si on se donnait la peine de regarder. Elle avait tué l'oiseau bleu du bonheur.
Une dernière mélodie emplit l'air. C'était doux, gracieux, apaisant. Emma chanta une dernière fois de ce chant sans mots qui touche jusqu'à l'âme, avant que la mort ne l'emporte définitivement. Que le chant du cygne est beau et poignant.
Le monstre était mort. Longue vie à Emma.
Notes :
La sirène-queue de poisson vient de la mythologie nordique elles ont des ailes et des pattes d'oiseaux en Grèce.
L'origine des sirènes est double. Déméter (la mère de Perséphone) auraient maudit les nymphes qui n'ont pas pu sauver sa fille en les changeant en sirènes. L'autre option est que Déméter les auraient transformer ainsi pour qu'elles volent jusqu'aux Enfers aller chercher sa fille. J'ai pris cette option et c'est pourquoi Hercule méprend Emma avec une sirène.
Hercule porte la peau du Lion de Némée et ses flèches sont imbibés du sang de l'Hydre de Lerne.
Hercule est le fruit de l'union du dieu Zeus et de la mortelle Alcmène. Il n'est pas le fils d'Héra (mensonge Disney, mensooonge) et d'ailleurs, cette dernière n'a de cesse de lui mettre des bâtons dans les roues...
Hercule meurt alors que sa femme lui donne à porter une tunique imbibée du sang du centaure Nesus (qui est un poison mortel). Hercule meurt de douleur. Sa mort ici est calquée sur le mythe.
Le chant du cygne est, selon l'expression, le dernier acte noble que l'on réalise avant de mourir. Les grecs pensaient que les cygnes sentaient leur mort arriver et qu'ils chantaient avant leur trépas (ce qui est beau, certes mais faux). J'ai donc fait le lien avec Emma Swan.
Les plumes bleues d'Emma sont en référence au conte L'Oiseau Bleu de Madame Aulnoy qui raconte l'histoire d'un prince qui devient oiseau bleu sous le sort d'une sorcière en refusant d'épouser sa fille. En cela, il s'oppose un peu à son destin, tout comme Emma.
Allez, on mise une obole sur quoi dans le prochain chapitre ? x)
A mercredi prochain ! ^^
