Je m'excuse pour le retard, je n'ai pas pu poster. Mais le voilà ! Pour ma faible défense, il est plus un peu plus gros (pas meilleur!) Il devrait vous occuper plus longtemps...
Lily : Merci de suivre cette fic :D je suis contente qu'elle te plaise.
Raphi5930 : Roh tout de suite tu veux jeter Hook et Robin au feu... x') On va continuer dans cette ambiance funky...
Bonne lecture !
Les trois femmes étaient blotties dans la pénombre. Elles étaient toutes d'une laideur presque insurmontable et d'une vieillesse sans âge. La première, la plus jeune en apparence, Elle déroulait le fil autour de la quenouille et le tendait à son consœur dont les traits étaient plus ridés que les siens. Ses doigts fins saisissaient le fil avec assurance et l'enroulait alors autour du fuseau. D'autres fuseaux jonchaient à ses pieds. Une troisième femme observait scrupuleusement les mouvements de la seconde. Elle mesurait la longueur du fil d'un œil avisé. Puis, du drapé de ses vêtements, elle sortit une longue paire de ciseaux dont les lames luisaient faiblement dans l'obscurité pesante. Cette troisième femme ouvrit la gueule de son outil fatidique, s'avança pour prendre le fil dans ses lames et d'un coup sec, sa gueule se referma, emprisonna le fil tandis que le bruit de la coupe raisonnait comme le glas.
Le fil ne rompit point. Il restait intacte, sans se meurtrir de cette attaque à son encontre. La femme réitéra son geste, puisqu'il était de son devoir de le trancher.
- « Qu'est-ce qui se passe ?, lança la première abrupte.
- Tu ne sais plus trancher le fil ?, railla la deuxième.
- Le fil est trop épais » attaqua la troisième en réponse.
Les trois femmes commençaient à hausser le ton. La tension était palpable. La troisième brandissait à présent ostensiblement sa paire de ciseaux et menaçaient de trancher la gorge de ses consœurs à défaut du fil. Les vieilles femmes saisissaient l'aubaine de cette querelle et se lançaient au visage, des reproches aussi vieux que le temps lui-même.
Soudain la lumière irradia la pièce. Le jour se leva jusque dans ces profondeurs de la terre. Un homme surgit, émergeant de l'ombre. Il était grand, d'autant plus que les trois femmes se tenaient voutées. Ses muscles étaient bien dessinés, ses bras nus, une toge sombre couvrant le reste de son corps. On devina un sourire camouflé par sa barbe brune et longue qui s'harmonisait avec sa chevelure d'ébène. Sa peau était étrangement comme foncée par le soleil alors que jamais l'astre solaire n'avait baignait cette terre de ses rayons. L'homme écarta les bras et ses yeux bleus perçants se firent rieurs :
« Fiat lux et lux fuit. Voyons, mesdames, calmez-vous donc. Que se passe-t-il ? »
Les trois femmes se figèrent. La première cessa de brandir sa quenouille comme un pieu la deuxième abaissa ses mains entre lesquelles se tendait un fil qui aurait eu tôt fait d'étrangler quelqu'un. La troisième rangea ses ciseaux qui avaient entaillé la toge de la première.
« Clotho, Lachéris et Atropos... Ces dames si chères à mon cœur..., sourit-il avec tendresse. Cessez de vous entretuer... Sans vous, je ne suis rien... Que serait un roi sans ses dames ? »
Il prit alors leur main, chacune leur tour et les baisa du bout de ses lèvres. Les vieilles dames étaient toutes émues de voir cet homme, figé dans l'âge d'or de son existence, faire preuve de tant de tendresse à leur égard.
- « Le fil ne se coupe pas, lança Atropos en faisant refermer ses ciseaux à plusieurs reprises. La faute est à Clotho et Lachéris !
- Elle ne sait plus couper, tout simplement, railla Lachéris d'une voix chevrotante.
- Les ciseaux sont peut-être simplement émoussés, supposa l'homme avec bienveillance. Avez-vous essayé le taille-haie du jardin ? Il est de ces inventions des hommes qui ne manquent pas de tranchant...
- Plan B, lança Lachéris en donnant une tape sur le bras d'Atropos, va chercher la hache. »
Toutes trois éclatèrent d'un rire strident qui ricocha dans cette pièce haute de plafond. Lachéris et Atropos quittèrent la pièce pour se rendre dans le jardin. Clotho regarda ses sœurs disparaître derrière cette porte colossale, haute comme deux hommes. Elle posa sa main fripée sur le bras nu du roi de ces lieux
- « Si le fil ne peut être coupé, c'est que nous n'avons plus d'emprise sur le destin..., murmura-t-elle d'un ton grave.
- J'ai eu connaissance de ce petit problème, confirma-t-il sans la moindre inquiétude. Je m'en vais le corriger de ce pas. »
Clotho acquiesça et sortit rejoindre ses sœurs. L'homme claqua des doigts. Un trône de pierre apparut derrière lui. Il s'y laissa tomber. Il s'avachit et s'accouda sur un bras de ce siège. Il passa ses doigts dans sa barbe, songeur.
La pièce était haut de plafond. Des colonnes taillées avec minutie parsemaient la pièce, l'habillant de la finesse de leur art et soutenant la voute. Les colonnes étaient colorées et sur les murs et voutes de la pièces, on pouvait admirer de larges fresques.
« Un... » compta-t-il avec lassitude.
Il tendit un index.
« Deux... » soupira-t-il.
Il déplia son majeur aux côtés de son index.
« ...Trois... ? » dit-il dans un espoir timide.
Il déplia de manière fugace son annulaire avant de refermer ses doigts sur sa paume. Il soupira, visiblement déçu.
Le plafond se fendit. Une brèche s'ouvrait d'en haut et un vent tourbillonna, soufflant un vent frais jusque dans les entrailles de la terre. L'homme prit une profonde inspiration et en savoura le parfum.
« Cela me rappelle la jeunesse » dit-il avec nostalgie.
Soudain, quatre personnes atterrirent devant le trône du maitre des lieux. Tous quatre étaient tombés sur leurs pieds. Ils n'en étaient pas moins abasourdis. Ils étaient même surpris de se retrouver dans une pièce aussi claire et colorée.
- « Vous êtes..., commença Snow en observant l'homme nonchalamment avachi sur son fauteuil.
- Où est Emma ? » demanda David sans préambule.
Le maitre des lieux remarqua que David avait apposé sa main sur sa ceinture, à laquelle était accroché un étui pourvu d'un revolver.
- « Je crains que ceci ne te soit guère utile ici, l'informa-t-il en feignant d'être déçu pour lui.
- Il n'y a que les morts ici... » siffla Regina entre ses dents.
L'homme éclata de rire et daigna se lever.
« Quelle présence d'esprit !, s'enthousiasma-t-il, sincère. On eu dit ta génitrice. Si j'avais su j'aurais peut-être enfilé un costume pour vous recevoir dignement mais j'affectionne trop la mode de ma jeunesse.»
Regina fronça les sourcils. Hook toisait leur hôte avec méfiance, son crochet protégeant sa poitrine. Leur hôte justement, l'observait de la tête aux pieds.
- « C'est donc toi qui a tourmenté mon frère, sourit-il le regard pétillant. Je t'aurais cru moins plaisant à l'œil. Je t'imaginais avec plus de...cicatrices, un bandeau sur l'œil peut-être... Une jambe de bois. Je suis presque déçu.
- Je suis diablement beau, je n'y peux rien. Je serais plus qu'honoré de te donner des conseils vestimentaires quand tu nous auras redonné Emma. »
Regina étouffa un léger ricanement moqueur. Hadès sourit, dévoilant ses dents, petites et aiguisées.
« Vous n'êtes pas ici pour que je vous offre une âme. Vous êtes ici parce que l'un de vous a voulu défier le destin. »
Il les transperça de son regard bleu, intransigeant. Il était le Zeus des Enfers, l'Horrible dont les portes du royaume sont toujours closes.
« Je suis Hadès et il est des règles que l'on ne peut transgresser, siffla-t-il avec hargne. Personne ne peut échapper au trépas... PERSONNE ! »
Tous frissonnèrent car sa voix grave raisonnait dans cette pièce voutée comme une menace divine.
- « C'est moi, avoua Regina en s'avançant, la bougie à la main.
- Il n'y a que quelqu'un de ta famille pour me tourmenter ainsi.
- Selon cette bougie, je dois vivre et...
- Je sais, je sais, soupira Hadès avec lassitude en accompagnant ses paroles d'un vague geste de la main. Le problème c'est que je ne peux pas laisser les gens me défier impunément... Tu dois mourir, c'est la règle. Je regrette juste que ta mère ne soit pas là pour le voir... »
Regina fronça encore les sourcils: c'était la deuxième fois que le dieu des morts faisait ainsi allusion aussi explicitement à sa mère.
« Vous avez connu Cora ? »
Hadès rit de sa question, audacieuse et d'une stupidité effrontée.
« Bien sûr que j'ai connu ta mère, cracha Hadès sans le moindre sourire. Comment pourrais-je oublier Perséphone ? »
Regina haussa les sourcils, ne comprenant pas les propos du dieu : sa mère s'appelait Cora. Hadès soupira et s'expliqua, comme à regret :
- « Elle s'appelait Perséphone quand je l'ai connue puis elle a pris le nom de Cora lorsqu'elle a quitté définitivement les Enfers... Je la surnommais 'Cora', preuve qu'elle n'a peut-être jamais cessé de nourrir de l'affection pour moi...
- Vous étiez...
- L'amant de ta mère, c'est exact, claironna-t-il soudain jovial. Elle était subjuguée par ce que je lui contais de mon royaume... Je lui ai fait visiter mes terres et elle est restée quelques années, revenant sur la terre pour la belle saison. »
Il esquissa quelques pas, faisant resurgir des souvenirs au fil de ses foulées légères. Il se stoppa et pivota légèrement sur ses pieds pour faire face à Regina.
« Puis elle est partie pour ne plus revenir, sous prétexte que je n'ai pas assez de... POUVOIR ! », explosa-t-il soudainement.
Il fit un violent geste de la main et l'une des colonne s'effondra sur le sol. Celle-ci s'écrasa avec bruit et fracas. Les visiteurs firent un écart tout de même pour l'éviter. La pièce était parsemée de fresques aux couleurs chatoyantes qui tranchaient avec la sombre humeur de leur hôte.
Hadès avait le visage déchiré par la colère. Il se calma soudainement mais son impassibilité fulgurante suite à un déferlement de rage si violent n'était pas très rassurant. Il joignit ses mains et se fendit d'un sourire faux et hypocrite.
« Comprend que c'est ironique : elle a dénigré mon pouvoir, moi, le dieu des morts. Mais Perséphone préférait les richesses terrestres, elle était vénale. Pourtant, elle est aujourd'hui dans les profondeurs du Tartare... J'en serais presque peiné si je n'étais pas si heureux de la voir souffrir dans les flammes des Enfers... »
Sa voix se fit plus rauque et grondante. Il tirait un plaisir sadique de cette révélation.
« Et aujourd'hui, c'est toi, Regina, qui vient chercher de l'aide pour sauver ton âme..., reprit-il avec engouement. Je ne peux m'en empêcher je suis d'une curiosité mortelle : qu'as-tu à me proposer pour que j'épargne ta piètre existence ? »
Regina assimilait les informations livrées par le dieu des ombres. Il serait bien plus aisé de lui proposer un arrangement s'il était enclin à la blâmer pour la faute de sa mère.
La porte claqua. Trois vieilles femmes s'avancèrent d'un pas furibond, claudiquant et gauche.
Snow attrapa le bras de son mari et le serra. Hook devint livide. Regina, bien qu'elle tenta de rester de marbre, fut submergée par l'horreur et la surprise pour un court instant. Les trois femmes étaient petites, ridées. Ils crurent d'abord qu'elles avaient de petits yeux renfoncés avant de se rendre compte que leurs paupières se refermaient sur le vide. Seule la plus âgée avait un œil rond qui tournait dans son orbite comme pour saisir le moindre détail de la scène.
Sans crier gare, l'une d'elle referma ses mains osseuses autour de l'œil globuleux et l'arracha à son orbite. Regina perdit quelques couleurs et Snow contint un haut le cœur qui la souleva. Mais le spectacle sordide ne touchait pas encore à sa fin. La vieille dame ouvrit alors l'une de ses paupières vides et y enfonça le fruit de son larcin. Elle cligna de l'œil et s'assura qu'il était solidement enfoncé dans son nouvel orbite.
- « Tu pourrais demander, Lachéris, avant de m'arracher l'œil, la réprimanda son ainée.
- J'ai préféré économiser ma salive », répliqua l'intéressée.
La troisième vieille femme se fendit d'un sourire, sourire dans lequel une seule dent blanche perçait encore la mélasse de ses gencives.
- « Le taille-haie n'a pas marché, étaya cette dernière en brandissant le fil intact.
- Je m'en suis douté en vous voyant arriver avec tant... d'émotions » sourit Hadès complaisant.
Le dieu des morts tâcha de faire bonne figure. Il passa sa langue sur ses lèvres, pensif, puis se pinça les lèvres. Il désigna ensuite les trois femmes d'un large mouvement du bras. Il saisit l'une d'elles par le bras et la dévia doucement de sa trajectoire avant de lui éviter de heurter la colonne qu'il avait fait chuter.
« Je vous présente donc Clotho, la fileuse, commença Hadès en désignant la femme qu'il tenait par l'épaule et qui n'avait qu'une dent. Cette femme qui a un si bel œil est Lachéris, la main de la fatalité et, en toute logique, cette beauté magnifique que vous pouvez contempler est Atropos, l'inévitable. »
Se faisant, il désigna la troisième femme, la plus vieille, qui était récemment devenue aveugle. Celle-ci gloussa et sourit de ce sourire étrange composé uniquement de gencives et dépourvu de dents.
Devant les yeux éberlués de ses hôtes, il précisa :
- « Ce sont les trois Parques, déesses de la fatalité, sourit-il apparemment fier de son annonce. Vous pensez bien que ces belles femmes sont des alliées mortelles pour les Enfers. Le fil qu'elles n'arrivent pas à couper est celui de ta vie, ma petite reine.
- J'ai une dent contre elle..., grogna Clotho, les yeux plissés par la colère.
- Ça me rappelle la vie du monstre que l'on n'arrivait pas à abréger, renchérit Atropos.
- C'est pourtant toi, ma petite, qui a abrégé sa vie, se souvint Lachéris. Tu es un peu une déesse du destin toi aussi. »
Regina ne se sentit pas flattée le moins du monde par ces propos. Au contraire, ceci lui suscita un effroyable dégoût.
- « Je ne l'ai pas tuée par plaisir, se défendit-elle aussitôt.
- Mais nous non plus !, s'écrièrent les trois Parques en chœur dans un rire strident. Nous le faisons par obligation et devoir.
- Bien sûr, ça tombe sous le sens, fit Hadès en faisant un geste de la main pour chasser l'idée saugrenue qu'avait formulée Regina. Nous ne faisons que notre travail. »
Regina fit un pas en direction d'Hadès et formula sa requête.
- « Dans ce cas, je suppose que vous ne direz rien si je vous propose un marché ?
- Continue..., souffla Hadès en plissant les yeux.
- Pour résoudre le dilemme de ma vie, je dois faire pencher la balance. Je vous propose donc un marché et si je n'honore pas ma part du contrat, vous prendrez ma vie, comme convenu.
- Je suis tout ouï, s'enchanta le dieu des ombres.
- Je vous demande la vie de quelqu'un qui est ici.
- Qui donc ? » siffla Hadès entre ses dents acérées.
Regina soutint son regard et sans ciller révéla l'identité de cette âme qu'ils espéraient sauver : « Emma Swan ».
Si Hadès s'en étonna, il ne le montra pas.
- « Regina, Regi, Gina... Mon amie, de toutes tes victimes pourquoi chercher à la ramener elle ? Tu pourrais ramener tant d autres personne que tu as tuées.. Ton père, ta mère... Daniel
- Elle n'a pas tué Daniel, coupa Snow la gorge nouée.
- C'est un détail, une affaire de point de vue... » sourit Hadès.
Hadès dessinait un cercle autour de Regina comme un vautour se rapprochant doucement de sa proie.
« Ne souhaiterai-tu pas ramener ton père bien aimé celui que tu as sacrifié pour ta vengeance ? A moins que tu ne préfères ramener ta mère qui t'aimait enfin ? Après avoir lancé une malédiction de vingt-huit ans, anéanti maintes populations, rempli les Enfers, tu oserais dire non à ton Dani chéri ? »
Hadès était ouvertement moqueur. Ici bas il était le seul maître et il était déterminé à faire grand étalage de ses pouvoirs. Pour donner du corps à sa proposition, il fit revenir les âmes. Il claqua des doigts. Des silhouettes sortirent de l'ombre. C'était aussi merveilleux que glaçant. Ces vestiges du passé resurgissaient ici parés de la couleur des vivants. Leurs regards étaient pourtant vides et attestaient de la mort qui les habitaient encore.
Bien qu'elle sache que ce n'était pas eux qu'ils étaient venus chercher, Regina ne put s'empêcher de tendre sa main vers celle de ce Daniel fantomatique. Elle sentit la fraicheur inhabituelle de sa peau et lorsqu'elle crut enfin l'atteindre, le corps se désagrégea et disparut dans un nuage de fumée. Henry Senior et Cora suivirent le palefrenier.
« Je pourrais ramener ta mère qui n'a pas pu voir la belle famille que tu as construit... », poursuivit Hadès à l intention de David.
Un fin sourire tendit les lèvres du dieu.
« Je pourrais ramener tes parents pour qu'ils attestent de ta bonté », ajouta-t-il pour Snow.
Cette dernière baissa la pointe de sa flèche. Regina frissonna à la mention du roi Léopold. Hadès proposait d'effacer la douleur de l'absence et de ramener les défunts. Regina se rappelait pourtant le prix qu'avait du payer Baelfire pour arriver à un tel prodige.
- « De qui devrons-nous sacrifier la vie ?, lança-t-elle avec une certaine agressivité. Nos proches sont morts, c est un fait mais c est ainsi.
- La mort est ainsi, le meurtre ne l'est pas, claironna le dieu des morts.
- Nous venons chercher Emma, ajouta Snow en venant en renfort. Quel est le prix ?
- En quoi le meurtre de la Ténébreuse est plus horrible que les autres ?, s'étonna le dieu. Vous avez attaqué, décimé des familles... La mort de la Ténébreuse n'est que justice. Jamais une magie aussi noire n'aurait du subsister.
- C'est Emma que nous venons chercher, pas la Ténébreuse », renchérit David avec force.
Le fait est que la situation amusait grandement Hadès, au grand dam de ses invités du dessus.
« De toute façons, la plupart sont déjà en voie d'être réincarnés bien loin d'ici. Il ne doit rester que Cora dans les fins fonds du Tartare... Trêve de bavardages. Vous n'avez trop rien à m'offrir. J'aurais vos vies bien assez tôt. » conclut Hadès.
Il pinça son pouce et son majeur, s'apprêtant à claquer des doigts.
- « A moins que je ne puisse vous offrir une petite distraction, proposa Regina avec empressement.
- Tu proposes un marché que je suis sûr de gagner.
- Alors pourquoi refuser ?, fit-elle dans un sourire carnassier. Laissez-moi aller chercher Emma dans les Enfers. Si je réussis, nous repartons tous.
- Et dans le cas contraire ?
- Je meurs et les autres repartent, exposa Regina la gorge sèche. Comme je suis la fille de Cora, je suppose que ma vie pèse son poids dans la balance.
- Soit. Mais on n'entre pas aux Enfers comme dans un moulin... Chaque quartier à ses règles. Les Champs Elysées sont le domaine des héros. Il n'est pas rare d'en retrouver un ivre sous une table de banquet... Entre nous, je suis outré qu'Hercule ait fini en ce lieu... Je le hais par essence... » grogna-t-il.
Regina le suivit du regard suspicieuse. Hook s'avança, le crochet menaçant.
« Donc pour Emma ? » somma-t-il.
Mais le dieu était sourd, animé par sa haine envers son neveu héroïque.
- « Mais elle devait le haïr elle aussi pour lui faire la peau de la sorte... Je ne pleurerai pas la mort de cet ignare, loin de moi l'idée. Puis ce pauvre homme a rejoint sa défunte épouse... Une fin heureuse apportée par la main sanguinaire d'Emma Swan.
- Emma était déjà morte à ce moment-là, grogna le pirate.
- Vraiment ?, rit-il. Et c'est donc un hasard si elle a détruit le bouquin du destin et dépecé Hercule, fils de Zeus et héros ?
- C'était un monstre, elle n'était plus humaine, s'évertua David.
- Oh mais les humains sont les êtres les plus monstrueux, les plus vils que je connaisse... Donc, en hommage à mon défunt neveu, je vais vous donner un petit travail à faire. »
Un sourire menaçant étira le coin de ses lèvres. Clotho et Lachéris échangèrent un regard complice bien qu'aucun œil ne le leur permette. Atropos brandit ses ciseaux comme si elle en avait soudainement retrouvé l'usage.
« Votre vie ne tient plus qu'à un fil. » les mit-elle en garde.
Alors ils tombèrent de nouveau, voyant leur chute sans la sentir véritablement. Ils eurent néanmoins le réflexe de se raidir en appréhendant la violence d'une chute qui ne vint pas. La nouvelle pièce était grossièrement taillée, petite et oppressante avec sa voute exagérément penchée. Le sol sous leurs pieds vibra, trembla. La pierre s'effaça pour laisser place à un sable vert pâle. Il était constitué d'une multitudes de petites pierres. Leurs pieds glissèrent et s'enfoncèrent légèrement dans ce sol. Snow se baissa et en prit une dans sa main.
« Mais c'est du jade.. » constata-t-elle en fronçant les sourcils.
Hook se baissa à son tour et fit tourner la pierre de jade en l'observant avec attention. La pierre était taillée, polie en une forme de virgule et un trou parfaitement circulaire transperçait la tête de l'objet.
« Il nous a abandonné dans la salle de ses pendentifs ? » se moqua Killian en refermant son poing autour de la pierre.
Il la lança au milieu des autres, créant un fugace bruit de choc qui fut bien vite happé par la vastitude de la pièce. Le silence et l'obscurité rendaient cet endroit clos pesant et angoissant.
David fit part d'une remarque concernant les pierres et Regina approuva silencieusement : il avait raison. Toutes les pierres étaient similaires. Elles présentaient la même forme, la même couleur.
C'est alors qu'Hadès apparut dans la pièce. Il était léger, comme s'il venait rendre visite à des amis. Par ailleurs, sa voix était basse, menaçante et ne laissait nulle illusion : il jubilait par avance de songer à leur mort prochaine.
- « Voici des magatamas, leur déclara-t-il.
- Pardon ?, fit Hook en haussant les sourcils.
- Ce sont des pierres qui gardent en mémoire les souvenirs des vivants... Ceci explique la quantité impressionnante, sourit-il malicieusement.
- Que devons-nous faire ?, interrogea David.
- Trouver le magatama de votre fille, naturellement.
- Comment allons-nous faire ?, s'inquiéta Snow en regardant la multitude de jade s'étendre à leurs pieds.
- Oh mais c'est à vous de trouver un moyen... s'il y en a un. Je ne vous cache pas que c'est une activité qui risque de s'avérer chronophage... Essayez de ne pas vous tuer à la tâche. »
Il éclata d'un grand rire, tellement fier de son humour noir. Il essuya de son index les larmes de rire qui commençaient à couler au coin de ses yeux et il se volatilisa. Son rire plana encore quelques secondes avant de s'évanouir à son tour.
- « Mais comment va-t-on réussir à retrouver la pierre d'Emma ?, s'affola Snow.
- Elles se ressemblent toutes, grogna David en regardant les deux magatamas qu'ils avaient dans chacune de ses mains.
- C'est bien le but, souffla Regina. Il ne veut pas que je sorte d'ici vivante.
- Quel personnage fort sympathique... Pourquoi est-il le moins aimé des dieux déjà ? » railla Killian en s'efforçant de paraître détaché.
Il pointa ensuite son crochet sur Regina et serra les dents sous l'effet de la colère :
- « Quelle grandiose idée que de lui avoir suggéré ce petit tour de passe-passe pour nous duper.
- Oh, calmez-vous par pitié, répondit Regina avec lassitude. Je n'ai engagé que ma vie, pas les vôtres.
- Nous n'avons toujours pas plus de chance de ramener Emma. » cracha-t-il encore.
Snow s'était agenouillée au milieu des pierres et s'évertuait à présent à en trouver une qui se distinguerait des autres. David l'accompagnait dans sa tâche. Le contrat d'Hadès était un supplice de Tantale : avoir à portée de main ce qui permettrait de ramener Emma sans jamais pouvoir l'atteindre.
Hook préférait s'en prendre à Regina puisque c'était elle qui avait accepté ce marché inégal. Il vociférait à présent qu'après avoir passé tant d'années avec Rumpelstilskin, elle aurait été la plus à même de déceler une telle arnaque. Regina ne répliquait pas : il avait raison. Elle croisa les bras, pour se protéger de ses attaques verbales et se redonner constance. Elle fronça les sourcils, sentant quelque chose dans sa poche. Elle en sortit alors l'attrapeur de rêves dont elle avait fortuitement oublié l'existence.
- « Qu'est-ce que c'est ?, demanda Killian, abrupt.
- Un attrape-rêves, répondit-elle en se montrant tout aussi aimable.
- Merci, je le savais, rétorqua-t-il. Il est à Emma.
- ...Pas exactement. »
Killian fronça les sourcils. C'était un demi-mensonge. Cet artefact avait été abandonné dans sa destruction dans le hangar adjacent au manoir d'Emma. Regina l'avait pris puis réparé à la va-vite. En témoignait le tissage grossier et les plumes ébouriffées. Les souvenirs qu'il abritait étaient imprégnés de l'existence d'Emma...
-« Les matériaux sont à Emma, reconnut-elle alors.
- Il est inutile. A moins qu'il n'abrite le souvenir d'un quelconque gnome ou tordu qui ai eu connaissance du caillou de Swan. »
Regina se pinça les lèvres dans un sourire fugace et contrit. Elle regarda l'objet avec tristesse : rien ne pourrait les aider à atteindre Emma, rien ni personne... L'un des fils se détacha, cédant lui aussi au désespoir palpable. Le cordage entier de l'objet tomba en lambeaux, ne gardant que le cercle qui était d'un ovale inconstant. Regina prit le fil entre ses doigts. Le fil vira au rouge là où elle venait de le toucher. Surprise, elle le lâcha aussitôt. Elle tourna la tête en direction des autres pour voir si eux aussi avait assisté à la même scène mais ils étaient trop absorbés par la recherche de la pierre. Elle reprit le fil entre ses doigts. Elle le délia de la structure de l'attrapeur de rêve qu'elle jeta à terre. Le fil s'étirait et bien que fin, on ne pouvait que remarquer sans l'ombre d'un doute sa couleur rouge comme le sang.
- « Qu'est-ce que c'est que ça ?, demanda Snow en se levant.
- Un objet ayant appartenu à Emma..., répondit Regina du bout des lèvres.
- Vous comptez faire quoi ? Pêcher ?, attaqua Killian acerbe.
- Exactement » le défia l'intéressée.
Tous trois froncèrent les sourcils et attendirent que Regina veuille bien leur en dire plus.
- « Je compte bien utiliser ce fil pour trouver le magatama qui lui appartient.
- Nous avons déjà essayé les sorts de localisation et ça n'a pas marché, fit remarquer David.
- Parce que ce monstre n'était plus Emma. Emma n'était plus elle-même parce qu'elle n'avait plus sa mémoire. Ses souvenirs sont ici, dans une de ces pierres. En théorie, je devrais pouvoir la trouver... »
Tous suivirent avec angoisse le fil du regard. Il s'étendit vers le sol, toujours aussi rouge. Il s'arrêta à quelques centimètres des pierres, sans bouger, sans tendre davantage vers l'une d'elles.
- « Royale idée, se moqua Killian.
- Si vous en avez une meilleure, je suis preneuse, siffla-t-elle entre ses dents dans un sourire peu engageant. Au moins, j'essaye de faire quelque chose au lieu de râler constamment.
- De la part de la personne qui l'a plantée avec une épée, je trouve ça mal venu.
- Ça aurait dû fonctionner... » fit Regina en l'ignorant.
Cette pensée la torturait. Cela aurait dû marcher. Ils auraient dû trouver le magatama. Rien ne pouvait expliquer cet échec à moins que...
- « Tous les magatamas sont ceux d'Emma, déclara Regina d'une voix distincte.
- Comment serait-ce possible ?, demanda David. Hadès nous a demandé d'en chercher un.
- Il n'a pas dit qu'il n'y en avait pas plusieurs, fit remarquer Snow le regard brillant.
- C'est pour ça que les magatamas sont identiques : c'est le même. » conclut Regina en brandissant une pierre de jade sous leurs yeux.
Elle se détourna d'eux et chercha du regard, le bourreau qui devait les observer à cet instant même.
- « Hadès !, cria-t-elle. Je sais que vous nous écouter ! Les pierres sont toutes celles d'Emma.
- Cesse donc de crier tu vas finir aphone. » répondit une voix grave.
Hadès apparut, un verre à la main. Il le leva dans leur direction, leur portant un toast ironique.
- « Je vous aurais bien apporté un peu de nectar mais je n'en ai plus... Je suis assez étonné que vous ayez trouvé la solution, sourit-il.
- J'ai côtoyé Rumpelstilskin, j'ai l'habitude de ce genre de supercheries, confia Regina avec détachement.
- Oui..., fit le dieu, pensif. Il est venu faire un tour dans les Enfers avant de repartir... J'en garde un souvenir infernal, à me donner des cauchemars... Les morts qui reviennent à la vie sans s'affranchir de leur pénitence... C'est le chaos.
- Vous devez me laisser aller dans les limbes » reprit Regina.
David la retint par le bras mais son épouse s'interposa entre Regina et le dieu des ombres.
« Tu ne peux pas y aller seule. » dit-elle simplement.
Hadès s'étouffa avec le contenu de son verre qu'il recracha sans la moindre délicatesse ni la moindre honte.
- « Je ne crois pas, lança-t-il d'une voix sans appel. S'il y a une âme qui doit se perdre dans les Enfers, c'est bien la sienne.
- Elle ne devrait pas porter la haine que vous vouez à sa mère, répliqua Snow.
- Mais on voit ça tous les jours, se défendit Hadès presque outré. Les enfants portent les espoirs, sont le fruit des bêtises de leurs parents. Ils en payent les conséquences. C'est d'une logique implacable.
- J'ai tué Emma, c'est moi qui doit la ramener. » conclut Regina.
Hadès acquiesça, feignant d'être touché par cette dévotion somme toute héroïque. Il se fit plus enthousiaste et écarta ses bras, comme accueillant à bras ouvertes une nouvelle des plus réjouissantes.
- « Maintenant, vous allez repartir. Bonjour chez vous !
- Mais... » commença Killian.
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Dans un clignement de paupières, ils avaient disparus. Hadès but une gorgée de son verre et planta son regard bleu sur sa proie qu'il espérait bien retenir pour toujours dans les terres sinueuses des Enfers.
« Je vais te faire un petit cadeau : tu vas te retrouver directement dans les limbes. Tu devras la retrouver sinon je crains que tu ne finisses comme les autres qui ont osé me défier... »
Il claqua des doigts et le bruit sonna le dernier round de ce contrat. La pièce fondit sous ses yeux. Hadès disparut. Le noir l'engloutit et Regina resta quelques instants immobiles afin de s'habituer à cette obscurité plus intense.
« Voilà enfin mon moment préféré... » gronda la voix Hadès dans un plaisir sadique.
Il n'était pas physiquement présent mais sa menace existait bel et bien. Il ne faisait pas froid mais l'atmosphère était glaçante. Regina regarda autour d'elle. On entendait le mugissement des eaux gronder de façon assourdissantes. Quelques formes disparates erraient sur l'onde sans se toucher. Certaines filaient comme le vent, d'autres trainaient leur matière avec une apparente fatigue. Regina chercha à croiser leurs regards mais ces formes n'étaient pas humaines. C'était tout au plus des ombres informes et il était vain de chercher à les humaniser et à rentrer en contact avec elles. Le cœur de Regina s'emballa : elle ne pouvait pas reconnaître Emma. Et quand bien même elle l'aurait pu, ces ombres étaient trop nombreuses car affluaient de tous les monde et le fleuve bien trop vaste. Elle n'en distinguait même pas les limites.
« Le sale... » jura-t-elle à demi-mot.
Ce fleuve que Regina ignorait être l'Erèbe était le lieu des ténèbres absolus. Les âmes qui y coulaient, erraient un siècle durant. On y trouvaient des soldats morts au combat, les amoureux morts pour leur passion et ceux en quête de leur rédemption. Regina marcha le long du fleuve qui mugissait toujours avec force. Quelque chose la retint par la cheville. Elle fit volte-face, une boule de feu flambant dans le creux de sa paume ouverte. Elle chercha son ennemi du regard mais il n'y avait personne. On entendait des âmes hurler et pleurer au loin, aux confins du Champ des Pleurs et du Tartare.
A ses pieds, un fil rouge retenait sa cheville. Il s'emmêlait et se perdait au-delà de son champ de vision. Regina saisit le fil qui enserrait sa cheville et tira vivement dessus. Le fil lui résista, il ne céda pas. Elle crut alors à une mauvaise farce du dieu des morts et qu'il se plaisait à l'enchaîner à cette terre des ombres.
Elle se redressa, tenant le fil écarlate entre ses doigts. Se faisant, elle révéla une partie du chemin. Étrangement, la trace se perdait le fleuve grondant. Elle tira dessus, espérant en faire surgir l'autre extrémité. Le fil s'enroulait autour de sa main, toujours plus conséquent mais sans jamais se terminer. Des noeux s'étaient formés ici et là sur le fil.
Regina regarda le fil rouge dans sa main, se souvenant qu'il était auparavant le cordage grossier d'un attrape-rêves... Il devait tendre vers quelque chose, quelqu'un. Regina ne put retenir un sourire, trop heureuse de la pensée qu'elle venait de formuler dans sa tête.
« De toute façon, je vais mourir alors autant tenter ma chance... » dit-elle pour se donner du courage.
Elle retira ses chaussures qu'elle prit soin de placer côte à côte. Elle retira son blazer, le plia et le laissa sur la rive, à côté de ses escarpins. Elle prit une profonde inspiration, prit son élan. Elle courut et au moment où ses pieds touchaient la rive, elle plongea. Lorsque son corps rentra en contact avec la surface de l'eau, elle n'en sentit ni la caractéristique de l'onde, ni sa fraicheur. Elle eut simplement une impression oppressante de manquer d'air.
Elle ouvrit les yeux. Le fleuve était profond, plus qu'elle ne l'aurait soupçonné. Les âmes erraient, indifférentes à cette nouvelle venue, de chair et d'os. Elle prit une profonde inspiration mais l'air manquait toujours à ses poumons. Le fil rouge se dégageait aisément de ces eaux sombres. Il semblait briller comme pour attirer l'attention. Ses cheveux bruns voletaient dans les eaux tortueuses du fleuve. Elle nagea, repoussa l'onde de ses mains. Les âmes se poussèrent, s'écartèrent de son chemin. Regina remonta le fil rouge.
Elle nagea, encore et encore. Le paysage était toujours identique. On distinguait faiblement le lit boueux du fleuve, les âmes errantes et parfois, elle apercevait une des rives. Elle nagea jusqu'à ce que ses muscles la tirent, jusqu'à ce que la douleur ne les lui fassent plus sentir. Elle commençaient à voir trouble. Peut-être ne serait-elle plus qu'une ombre parmi les autres...
Le fil rouge arrivait à sa fin. L'extrémité était visible. Il était noué solidement autour d'une masse sombre. Regina nagea encore, s''avança encore de quelques mètres. Elle tendit sa main. Elle remarqua alors que celle-ci était comme atrophiée tellement elle en était devenue mince et ridée. Regina referma sa main autour de la chose sombre. La chose sous sa prise se mua et retrouva un épiderme lisse et humain. Le corps entier prit naissance sous ses yeux. Les jambes, le tronc et les bras se dessinèrent. Le visage prit des traits que Regina connaissait. Une longue chevelure blonde poussa sur la tête que cette inconnue qu'elle ne connaissait que trop bien.
Emma battit des paupières. Son regard vide commençait à retrouver de sa vivacité. Regina se sentit épuisée. Elle avait tant nagé que le soulagement d'avoir enfin trouvé Emma lui procurait un soulagement sans nom qui l'incitait au repos. Elle ferma les yeux quelques secondes et se força à le rouvrir. Emma apparaissait moins nettement. Regina referma ses paupières sur ses yeux. Son cœur battit plus lentement, se laissant consumer par les dernières noirceurs insufflées par le meurtre du monstre. Ses mains se relâchèrent. Elle lâcha le fil rouge et le magatama qu'elle tenait pourtant fermement.
Lachéris suivait de son œil rond, la manœuvre de Clotho qui faisait naitre le fil autour de la quenouille. Elle l'étira alors, pinça le fil, le mesura, faisant défiler le cours des années. Le temps passé s'enroulait autour du fuseau. Atropos faisait claquer les mâchoires de ses ciseaux, trop heureuse de songer qu'elle pourrait dès cet instant en faire de nouveau bon usage.
« A toi, l'honneur » fit Lachéris en tendant le fil.
Atropos sourit, de cette dent unique qu'elle avait subtilisé à sa sœur Clotho. Elle ouvrit ses ciseaux et emprisonna le fil.
Les trois Parques allaient retrouver leur don de fatalité. Hadès les observait, les bras croisés, serein : l'ordre du monde allait être rétabli. Eux seuls seraient les dignes maîtres de la mort.
« Comme elle est déjà noyée dans les Enfers, on épargne un travail à Charon. » sourit Hadès.
Emma s'éveilla. Elle papillonna des yeux. Elle prit connaissance de son environnement fluvial. Elle éprouva de nouveau les limites de son corps qui était le digne réceptacle de son âme. Elle se sentait vide. Elle ne savait comment ni pourquoi elle était ici. Elle regarda alors cette femme dont l'état se détériorait de façon inquiétante. Elle était brune mais ils viraient à présent vers le blanc du plus pur des nuages. Elle était d'une taille gracile. Ses paupières closes laissaient néanmoins voir un visage apaisée dans ce repos pérenne. Emma sentit quelque chose entraver sa cheville. Il lui fallut quelques instants pour réaliser qu'il la reliait à cette femme dont les pieds à présent devenait translucides et noirs. Emma prit son visage entre ses mains. Cette femme, malgré son âge, demeurait d'une beauté sans faille. Elle ancra ses prunelles de jade dans le regard brun, désormais sans éclat et terne. La mort lui allait si bien.
Emma se rapprocha. Elle ferma les yeux et posa ses lèvres sur celles à présent bleues de cette femme dont elle ignorait le nom. Le cœur d'Emma se serra. Il était vierge de tout mais pour une étrange raison, une peine incommensurable l'assaillait. Elle redécouvrait ce qu'était la vie mais en regardant cette inconnue devant elle, elle avait l'impression de goûter la mort à nouveau.
Atropos fit claquer ses ciseaux. Les mâchoires tranchantes se refermèrent sur le fil. Elle rouvrit les ciseaux : le fil était toujours intact après avoir été attaqué par ces lames tranchantes.
- « Qu'est-ce qui se passe encore ?!, explosa Atropos.
- Ce ne sont ni les ciseaux, ni toi, cette fois, grogna Lachéris.
- Vous n'êtes que deux incapables !, vociféra Clotho en les désignant de la pointe de sa quenouille. »
Hadès s'était rapproché. Il avait le regard noir, assombri par une colère innommable. À cet instant, il était d'une grandeur suprême et il impressionnait par la terreur qu'il inspirait. Sous les yeux du dieu des ombres, le fil se changea en or, une matière que de vulgaires ciseaux ne pourraient rompre.
« Par les dieux de l'Olympe, C'est IMPOSSIBLE ! » hurla-t-il à réveiller les morts.
La mort elle-même faisait demi-tour.
Emma détailla cette femme que son baiser semblait avoir réchauffée. Ses cheveux blancs devenaient noirs et son teint blême il n'y a pas si longtemps se faisait rosé. Qu'elle aurait aimé avoir des ailes pour partir d'ici... Elle caressa doucement la joue de cette femme de son pouce, animée par cette seule pensée. Les âmes autour d'elles continuaient de nager dans ce fleuve infernal sans se soucier de leur existence.
Elle aperçut une plume couler jusque au lit du fleuve lais elle n'en était pas sûre. Celle-ci tournoyait doucement comme bercée par la brise. Dans cet univers glacial, la plume semblait être d'un bleu intense et chaleureux. Emma serra le corps ce cette femme contre elle, éprouvant un certain réconfort dans sa tristesse meurtrie à la sentir contre elle. Et comme deux bras chaleureux, deux ailes duveteuses enlacèrent les deux corps. Emma ferma les yeux, ne prenant que vaguement conscience que ces ailes étaient les siennes.
« QUELLE EST CETTE SORCELLERIE ?! » vociféra Hadès.
Sa voix grondait, rugissante et menaçante. Il arracha le fil d'or des mains d'Atropos. Il tenta de le faire flamber, de le réduire en cendres. Les flammes le léchaient sans le détruire. Les ciseaux du destin eux-mêmes n'avaient pas réussi ce tour de force.
Les trois sœurs entamèrent en chœur, comme récitant une maxime connue depuis toujours :
« Face à l'Amour nul espoir, un jour d'emporter la victoire. »
Hadès serra les dents au point que celles-ci grincèrent. Son teint mate vira au rouge de la colère la plus enivrante. Il en aurait craché des flammes.
- « La mort est invincible, siffla-t-il dans un grondement belliqueux.
- La mort sans nul doute, souffla Lachéris. Le contrat lui se rompt dès l'instant où l'un des partis ne respectent pas ses engagements.
- Elle devait vivre si elle réussissait à l'atteindre et c'est le cas » rappela Clotho.
Un mur de la pièce explosa. Les gravats furent soufflés dans l'air. Un nuage de poussière se leva, obscurcissant leur vue.
« Surpris ? » demanda une voix.
Regina s'avança, replaçant distraitement ses cheveux qui ne cessaient de retrouver leur couleur d'ébène. Sa peau effaçait les rides et remontait le temps. Elle était simplement parée d'une chemise. Dans son sillage, Emma la suivait, seulement vêtue du blazer rouge de Regina. Le vêtement semblait avoir été quelque peu allongé avant de descendre jusqu'à ses cuisses.
- « Tu es la femme la plus surprenante de tout le cosmos !, s'exclama Hadès dans une jovialité de façade.
- Ne faites pas semblant d'être heureux. Je sais bien que vous misiez sur ma perte.
- Miser es un bien grand mot... J'aurais plutôt dit 'espoir colossale'. Je pourrais toujours demander à Morphée de me donner un doux songe à ce sujet..., marmonna-t-il.
- Que dois-je faire pour qu'Emma retrouve ses souvenirs ?, exigea-t-elle de savoir en montrant magatama aux dieu des morts.
- Tu as toutes les clefs en main, je ne voudrais pas te ravir le plaisir de le découvrir par toi-même... »
Regina fronça le sourcils. Emma observait la scène sans en comprendre le sens. Elle détaillait la pierre de jade dans la main de cette femme sans en deviner l'utilité le moins du monde. Elle entendit le battement de ses ailes dans son dos mais ne s'en inquiéta pas : peut-être était-ce normal ? Emma regarda les manche du vêtement qui couvraient jusqu'à ses paumes. Elle tendit une de ses ailes et en toucha les plumes. C'était doux et constater leur présence la rassurait pour une étrange raison. Elle sentit quelque chose se poser sur son bras. Emma releva les yeux et croisa le regard de Regina.
« Rentrons à la maison. » dit-elle dans un pale sourire.
Hadès se racla la gorge avec toute l'indiscrétion dont il était capable.
- « Un contrat ne se finit pas sans une bonne poignée de main...
- Je n'y tiens pas.
- Le contrat est jugé non avenu si tu ne me serres pas la main, dit-il en en détachant chaque mot. Rumpelstilskin faisait signer des papiers, je préfère les poignées de main c'est plus... vivant.
- Non merci, s'obstina Regina.
- Si tu m'y contrains, je puis te jurer sur mes grands dieux que tu iras rejoindre ta défunte mère. »
Regina s'arrêta. Emma l'observa se diriger vers Hadès avec raideur. Le dieu tendait déjà sa main, souriant de ses dents acérées et parfaitement agencées. Regina plaça sa paume contre la sienne. La main d'Hadès se referma. Regina tomba à genoux, la main du dieu toujours refermée sur la sienne. Les épaules de Regina s'affaissèrent comme en proie à une soudaine fatigue.
Hadès reçut un coup de poing qui le jeta à terre. Emma secoua son poignet pour en amoindrir la douleur. Le dieu se redressait. Emma attrapa la main de Regina et la tira vers elle. Cette dernière courut bien qu'encore épuisée par le subterfuge du seigneur des ombres. Emma passa les portes. Elle ignora le grondement de Cerbère qui émergeait de son sommeil. Elle entendit le clapotis du fleuve et sentit la brise sur sa peau. Du coin de l'œil, elle aperçut une silhouette camouflée sous un large vêtement. Elle le saisit et le jeta hors de la barque. Emma aida Regina à enjamber la barque avant que Charon ne réclame son bien. Cerbère aboya, ses trois gueules hurlèrent des menaces belliqueuses et incompréhensibles.
Regina se tourna. Elle aperçut Charon les désigner du doigt. Elle vit Hadès courir à leur rencontre, les pans de sa toge voletant comme un brouillard funeste. Cerbère approchait de son allure pataude ses trois gueules se poussant déjà, se battaient pour savoir qui pourraient châtier ces proies qui défiaient ainsi leur maître. Emma avait empoigné les deux bords de ce navire peu grandiloquent. Elle étendit ses ailes. Regina s'évanouit. Elle ne pouvait plus en supporter davantage.
Regina se réveilla. Elle portait toujours cette chemise blanche qu'elle avait lors de sa catabase. Elle se sentait épuisée. Elle prit connaissance du matelas sous ses doigts.
« Maman, tu vas bien ? Ça fait deux jours que tu dors. »
Elle tourna la tête et vit Henry à son chevet. Ce dernier lui prit la main, main qu'elle tenait ostensiblement fermée. Elle ouvrit;a bouche et son fils la devança, donnant d'ors et déjà la réponse attendue :
- « Vous êtes arrivées sur le lac de Storybrooke. Elle est arrivée en ville en te portant à moitié. Les gens ont eu peur en voyant ses ailes...
- Elle va bien ?
- Oui, mieux que toi en fait. Elle est dans la chambre d'ami... Elle nous a pas reconnus mais elle a tenu à rester ici.
- Elle n'a plus ses souvenirs, c'est pour ça...
- Elle va rester comme ça ?, demanda-t-il avec inquiétude.
- J'ai ceci qui devrait lui redonner ses souvenirs mais je n'ai aucune idée de comment l'utiliser. » confia Regina en ouvrant sa main.
Elle l'avait tant serré que le magatama avait marqué sa paume de sa forme. Henry posa des questions mais sa mère fut dans l'incapacité de lui répondre. Il se montra pressant et Regina lui raconta brièvement leur descente aux Enfers. Il écoutait attentivement, ne posant de question que lorsqu'elle celle-ci lui brûlait les lèvres.
- « Hook a été voir Emma.
- Il l'a embrassée je suppose ?
- Elle l'a envoyé voler par la fenêtre.
- De ma maison ?, s'empressa-t-elle de demander.
- Oui, fit-il dans un sourire à moitié amusé. Hook s'en est tiré : il a atterri sur un buisson.
- Que le sort est cruel..., soupira Regina en se redressant.
- Tu veux que j'appelle quelqu'un ?, demanda Henry.
- Non, je vais bien. Ne t'inquiète pas. Tu peux sortir si tu en as envie. Je dois voir quelqu'un. »
Sous le regard insistant de sa mère, il comprit bien vite qu'elle ne désirait pas l'avoir à la maison. Il hocha la tête dans un sourire crispé et prit congé. Regina prit son téléphone portable qui était toujours dans la poche de son pantalon et composa un numéro. Son correspondant décrocha et après quelques paroles brièvement échangées, elle raccrocha.
Regina prit une profonde inspiration et se leva. Elle attendit quelques instants que son étourdissement se dissipe et se dirigea vers la salle de bain.
Emma ignorait la brise fraîche qui s'engouffrait par la fenêtre brisée. Ces étrangers se montraient trop indiscrets. Le nom même dont ils l'affublaient était bien étrange. Elle avait pris un pyjama de soie dans l'armoire de la pièce. Elle était assise sur le lit et caressait l'étoffe du blazer rouge. La couleur lui faisait ressentir quelque chose proche de la nostalgie.
Elle regarda par delà la fenêtre. La ville était grise mais on devinait le soleil. Elle se sentait triste et vide. Ignorer pourquoi la rongeait. Elle renifla et chassa les larmes qui recommençaient encore à perler à ses yeux.
Elle entendit la porte claquer au rez-de-chaussée. Elle se redressa vivement, prête à bondir du lit. Elle tendit l'oreille. Elle reconnu la voix de cette femme brune qui l'avait sauvée des eaux et une autre, inconnue.
Regina conduisit son invitée dans le salon. Elle y prit place et invita son hôte à faire de même.
- « Je suis flattée que tu m'aies appelée, commença Tinkerbell.
- Je ne pouvais pas demander de l'aide à Rumpelstilskin. Il est bien trop occupé à se faire passer pour un bon samaritain de peur de représailles...
- Tu voulais savoir quoi ?
- Comment redonner les souvenirs contenus dans un magatama. »
Regina posa la pierre sur la able basse. Tinkerbell s'empressa de le prendre et le regarda à la lumière.
- « Qui t'a donné ça ?
- Hadès, répondit Regina du tac au tac.
- Je me disais aussi...
- Quoi donc ?
- Ces objets sont très rares. Je pensais que ce n'était qu'une légende. Je ne sais pas comment lui redonner ses souvenirs. Si c'est comme la magie, elle doit accepter l'idée de retrouver le passé de toute une vie avec le mal que ça impose. »
Tinkerbell redonna la pierre à Regina qui s'empressa de la mettre dans sa poche.
- « Emma a des ailes, tu en saurais plus là-dessus ?, tenta encore Regina.
- Ses ailes ne sont pas celles des fées...
- Ce n'est pas ce que je demande. »
Tinkerbell soupira : Regina la pressait trop dans ses réponses.
- « Peut-être qu'elle s'en sert pour se protéger, tout simplement. Les fées rétrécissent pour être plus discrètes. Les dragons sont... ce qu'ils sont. Certains se transforment en animal pour toujours. Le but est de se protéger des ennemis.
- Emma pourrait se transformer en oiseau ?, s'inquiéta Regina.
- Je ne sais pas, avoua la fée.
- Me servirais-tu seulement à quelque chose ? » s'agaça-t-elle en se levant.
Elle esquissa quelques pas, les mains sur ses hanches. Tink observa son petit manège, attendant qu'elle daigne lui poser sa question.
« Hadès a serré ma main et je me suis sentie... subitement... épuisée, comme morte, confia-t-elle alors avec gêne. Est-ce que... Qu'est-ce qu'il m'a fait ? »
Tink l'observa ses pieds à la tête, la sonda plus avec sa magie qu'avec son regard. Regina déglutit, la gorge soudain devenue sèche.
« Tu n'as plus de magie », conclut la fée d'une voix neutre.
Regina haussa le sourcils, plus que surprise. Elle regarda ses mains et comme pour lui donner tort, elle décrivit un cercle de son poignet. Rien ne se passa. Tink ne dit rien mais on vit sur son visage qu'elle pensait que Regina avait tort de défier son diagnostic pourtant fiable.
- « Je n'ai plus de magie, fit-elle éberluée.
- Je te l'avais dit, soupira Tink en croisant les bras. C'est le revers de la médaille je suppose... »
Quelque chose perturbait encore la brune et cette fois, Tink brisa son silence :
- « Qu'est-ce qui te tracasse encore ?
- Tu sais quelque chose sur le fil rouge ?
- Le fil d'Ariane ?, fit-elle en fronçant les sourcils.
- Non un fil rouge, insista Regina. Il partait de ma cheville. »
Les yeux de Tink se posèrent naturellement sur la cheville de Regina qui ne présentait nulle trace du moindre fil. Elle savait pourtant que ce n'est pas parce qu'une chose n'était pas visible qu'elle n'était pas effectivement présente. Elle claqua des doigts. Une volute de fumée scintillante naquit autour de la cheville. Un fil écarlate émergea de cette légère fumée verte. Il se dessina, traversant la pièce et disparaissant au coin de l'embrasure de la porte.
« Le voilà ton fil ». conclut-elle un brin taquine.
Tink se leva. Regina tenta de la retenir mais aucune de ses protestations n'y parvint. La fée monta les marches quatre à quatre.
-« Arrête !, lui ordonna Regina.
- Pourquoi ? Tu ne veux pas savoir où le fil va... »
Tink ouvrit la porte sous laquelle le fil se faufilait. Ses mots lui restèrent dans la gorge. Le fil arrivait à sa fin et s'enroulait autour d'une cheville, celle d'Emma. Cette dernière remarqua la présente de Tink et se crispa devant une autre inconnue. Tink referma la porte, se retrouvant alors face à son hôte qui laissait transparaître la colère sur son visage.
- « Si j'avais encore ma magie, je t'aurais étranglée.
- C'est bon à savoir, répondit-elle distraitement. C'est pour ça que tu ne voulais pas que je vois où allait ce fil ? Parce qu'il te relie à Emma ?
- Je...
- Tu sais que ce n'est un fil pour la course à trois jambes. Tu te doutes déjà de ce qu'il signifie alors pourquoi me poser la question ?
- J'espérais que tu démentirais... » fit Regina en redescendant les escaliers.
Elle soupçonnait sans grand mal Emma tendre l'oreille pour écouter leur conversation. Tink la suivit de bonne grâce aux pieds de l'escalier.
- « Tu m'as déjà liée à Robin, je te le rappelle, répliqua-t-elle d'un ton dur.
- Je sais je sais..., marmonna la fée. Disons que d'une contrée à l'autre, on désigne les âmes sœur de façon différentes. La Fée Bleue nous apprend à jeter un sort qui trace une brume verte jusqu'à l'élu, pour d'autres, c'est un fil rouge...
- Je n'ai pas lancé un tel sort, se défendit Regina.
- Peut-être que tu en avais besoin pour la trouver, suggéra Tink.
- Nous parlons de Swan. Je ne la considère pas ainsi.
- Tu ne considérais pas Robin ainsi avant que je ne te le montre.
- Ce n'est pas pareil. »
Tink étouffa un rire amusé.
- « Je ne peux pas avoir deux âmes sœur.
- Justement... A ce propos... »
Regina fronça les sourcils.
- « Tu sais qu'Emma avait détruit le livre, n'est-ce pas ?
- J'y ai même assisté. Cela n'a pas changé l'Histoire.
- Oui mais cela a modifié des.. points de détails. Elle a détruit la notion de destin.
- C'est-à-dire ?
- Tu n'es plus très liée à Robin, disons le comme ça... Ce que je veux dire, s'empressa-t-elle d'ajouter, c'est que tu es liée aux gens que tu as choisi.
- Emma a détruit les fins heureuses ? »
Tink se pinça les lèvres.
- « Les Charming ne sont plus liés par le True Love ?
- ...Si, dans la mesure où ils se sont choisis, insista Tinkerbell. C'est ce que j'essaye de t'expliquer. Consciemment ou non, tu l'as choisie... On ne va pas aux Enfers pour ramener une amie... Tu dois peut-être lui donner quelque chose qui lui donne envie de retrouver ses souvenirs et...
- Merci, coupa Regina. Je devrais m'en sortir. Merci. »
Tink hocha la tête et se dirigea d'elle-même vers la sortie, sans attendre que Regina ne lui montre la porte. Le manoir était de nouveau silencieux. Regina monta les escaliers. Le fil rouge était redevenu invisible mais elle le sentait toujours présent. Elle toqua puis ouvrit la porte. Les yeux d'Emma sourirent avant de reprendre un éclat plus normal. Ses ailes s'étendirent comme pour se dégourdir, elles battirent à deux reprises puis se rabattirent dans son dos.
- « C'était qui ?, demanda Emma de but en blanc.
- Une amie, à qui j'ai demandé des conseils.
- Ah. Vous allez bien ? Lorsque l'homme vous a serré la main, vous êtes tombée à genoux...
- Je vais bien mais je n'ai plus de magie.
- C'est grave... ?
- Non, je ne pense pas. »
Regina referma la porte.
« Tu te souviens de quelque chose ? »
Emma baissa les yeux, fronça les sourcils et chercha dans sa mémoire.
- « Juste du bruit de l'eau... je nageais et vous étiez là. Je me souviens de cet homme et des chiens qui aboient.
- Aucun autre souvenir ?
- Non. Mais des gens sont venus et disent être de ma famille. »
Regina acquiesça, imaginant bien Snow et David s'évertuer à conter leur histoire à leur fille. Elle montra la pierre et Emma la regarda avec curiosité.
« Cette pierre peut te redonner tes souvenirs. »
Les ailes d'Emma battirent, sous l'effet de l'excitation. L'une d'elles percuta la lampe de chevet qui roula au sol. La blonde s'empressa de s'excuser. Regina ne dit rien et observa ses ailes avec attention. Elles n'étaient pas aussi sombres que fussent celles du monstre. Elles étaient d'un bleu foncé et chaleureux.
« Tu veux les toucher ? » demanda Emma.
Elle tendit l'une de ses ailes vers Regina qui effleura les plumes du bout des doigts, avec pudeur et réserve.
- « Je les trouve rassurantes, confia-t-elle alors.
- Tu n'en avais pas avant...
- Ah bon ?, s'étonna-t-elle.
- Non...
- Je voudrais les garder alors. Je peux me protéger et m'envoler.
- Si tu continues, je t'envoie chez Hopper. » sourit Regina.
Cette plaisanterie n'arracha pas de sourire à Emma qui ignorait encore à fortiori qui était Archie Hopper.
- « Tu n'en as plus besoin pour te protéger maintenant. Ta famille est là.
- Est-ce que tu fais partie de cette famille... ?
- … Tu me considérais en tant que telle, admit-elle du bout des lèvres.
- Pas vous ? »
Elle ne s'attendait pas à une telle question de sa part.
- « Tu es la mère de mon fils.
- Ça je sais, il me l'a dit. Mais vous, vous me voyez comment ?
- ...Je ne sais pas.
- Quand je vous ai vue mourir dans l'eau, j'ai cru mourir moi aussi. C'était insupportable... Mais pourquoi êtes-vous venue me chercher ?
- Parce que tu as fait beaucoup pour moi.
- … C'est tout ? », fit Emma, déçue.
Regina préféra baisser les yeux pour se dérober à cette question trop dérangeante. Elle ne savait pas quoi y répondre. Elle tendit sa main et plaça quelque chose dans la paume d'Emma. Celle-ci regarda la pierre.
- « Tes souvenirs sont dans cette pierre. Je n'ai aucune idée de la manière dont il faut s'y prendre pour que tu les retrouves.
- Je ne suis pas sûre de vouloir les retrouver.
- Pourquoi ça ?
- Peut-être que le vide est moins douloureux que les souvenirs contenus là-dedans.
- Rien n'est pire que de ne pas savoir.
- Si je suis seule, ça n'a aucun intérêt.
- Tu as Hook.
- Le type qui a essayé de m'embrasser ?, ricana Emma tandis que ces ailes chassaient l'air dans quelques battements pressés. C'est bien ce que je dis : je préfère rester seule alors.
- Il t'aime.
- Moi, je ne suis pas sûre de l'aimer maintenant. »
Regina retint un soupir. Même sans ses souvenirs, Emma restait quelqu'un d'obstiné.
- « Tu pourrais l'aimer de nouveau, plus tard.
- Sauf si j'aime déjà quelqu'un, évoqua Emma en la cherchant du regard.
- Tu ne te rappelles pas de moi, pointa-t-elle alors.
- ...Mais je me souviens de ce qu'est l'amour.
- Un True Love serait peu probable.
- Qu'est-ce que c'est ? »
Emma fronça les sourcils. Elle ignorait beaucoup de choses désormais. Regina en prenait conscience.
- « Le True Love est un amour que nul ne pourrait briser. Ce sont deux êtres que rien ne peut séparer.
- Vous m'avez ramenée des Enfers.
- Je... Ce n'est pas pareil.
- Pourquoi ça ?
- Tu as détruit le livre qui concilie le destin. Je ne pense pas que le True Love existe désormais.
- Vous ne risquez donc rien à m'embrasser. »
Emma paraissait assurée mais son cœur battait la chamade. Ses joues s'empourpraient. Elle appréhendait sa réaction autant qu'elle l'attendait. Regina se pinça les lèvres. Elle fit taire sa réponse.
- « A moins que m'embrasser ne vous répugne, souffla Emma affligée par son soudain silence.
- ...Non. »
Emma leva les yeux et croisa son regard. Elle n'y vit aucun dégoût, seulement une légère appréhension quant aux paroles qu'elle s'apprêtait à prononcer.
- « Je ne veux pas que vous m'embrassiez si vous n'en avez pas envie, la prévint néanmoins Emma.
- Je vais t'embrasser juste pour te prouver que tu as tort, se défendit-elle alors.
- Juste parce que... »
Regina se pencha en avant. Elle prit la main d'Emma dans la sienne et sentit le magatama encore froid sur sa paume. Elle passa son autre main sur sa nuque, la dégagea de ses cheveux blonds. Elle caressa sa joue de son pouce. Elle coupa Emma dans sa phrase et posa ses lèvres contre les siennes. Elle ferma les yeux et l'ancienne Sauveuse fit de même. Ses ailes de fanèrent elles étaient inutiles car elle ne souhaitait plus fuir désormais.
Au cœur de leur mains jointes, la pierre se mit à fuit faiblement d'une lumière verte et scintillante que l'on savait être magique. Le magatama fondit, traversa la peau, coula dans ses veines. Elle s'immisça jusqu'à son esprit et l'abreuva de ses souvenirs arrachés : ceux des attrape-rêves, ceux que la bête avait fait taire, les souvenirs de sa mort et plus que ces brides de vie, elle était heureuse de savourer le souvenir présent qui était en train de se créer. Le cauchemar s'estompait et scellait un souvenir doux, proche de la saveur d'un songe.
Il n'y avait plus de destin, seulement cette liberté inébranlable de choisir l'amour de sa vie. Emma n'était plus la Sauveuse, elle n'était ni plus ni moins qu'elle-même. Regina n'avait plus de magie. Mais qu'importe : à présent, Emma était bien plus que Robin.
FIN.
Notes :
« Plan B, va cherche la hache » est une réplique de Florence Foresti dans son sketch « Le Petit Poucet ».
En grec, Perséphone est aussi appelée « la jeune fille » par opposition à sa mère, Déméter, appelée « la femme ». « Jeune fille » en grec se traduit par « corê » dont Cora en français.
Perséphone est un prénom à l'étymologie obscure qui se composerait du mot « lumière ».
Les magatamas sont des pierres japonaises de jade ou de verre. Amaterasu, déesse du soleil, a un collier fait de ces pierres autour de son cou. C'est un symbole de fertilité. Ces pierres sont sensé abriter l'âme de grands guerriers mort au combat. Je les prends ici comme conservant la mémoire en général.
La légende du fil rouge est très populaire. Dans les mangas, le fil relie les amoureux par le petit doigt. Mais au départ, il relie les amoureux par la cheville. C'est le fil du destin, un fil qui peut s'emmêler mais qui se rompra jamais.
J'ai cherché et l'Erèbe est une divinité qui est devenue un fleuve. Or, selon l'endroit où on le situe dans les Enfers, je trouve aussi l'Eridan... et un bouquin dit que « dire que l'Erèbe est un fleuve est une stupidité » mais c'est répandu sur bien des sites qui parlent des Enfers... Je m'y perds un peu je l'avoue alors je tranche. ^^''
Regina qui nage dans l'Erèbe fait référence à Hercule qui sauve Mégara dans le Hercule de Disney.
Merci à EvilSwanMills pour le coup de main pour la fin ;)
Merci à vous d'avoir lu cette fic jusqu'au bout. J'espère que vous aurez aimé ! A la prochaine ! x)
