Le bretteur avait une scène catastrophique devant lui. Robin et kuso-cook en train de pleurer dans les bras l'un de l'autre…et ce salopard de sourcil en vrille qui venait de lui crier "je t'aime". Zoro resta prostré sur le seuil de l'infirmerie. Il tremblait de tous ses membres et faisait tous les efforts du monde pour ne pas envoyer valser Robin contre le mur d'en face et donner un coup de boule à ero-cook.
"Ah ! Kenshi-san ! Tu tombes bien…" commença Robin avec un grand sourire, sincère cette fois.
"Aah ? Marimo est…" fit Sanji la mine soudainement déconfite. Il se retourna avec la souplesse d'une statue de pierre pour apercevoir un marimo bouillonnant de rage. On aurait dit que les flammes de l'enfer l'entouraient.
"Temee…" jura Zoro entre ses dents serrées.
Ça y est. Il allait finalement le tuer. C'est du moins ce que pensais le cuistot. Robin comprit tout de suite ce qui n'allait pas.
"Oh ! Ce n'est pas ce que tu crois, kenshi-san !"
"Va te faire foutre avec tes 'kenshi-san' !" aboya le bretteur. "Et toi, pauvre connard, tu t'es bien foutu d'ma gueule !" hurla-t-il avant de repartir plus vite qu'il n'était venu.
"Zoro, reviens !" interpela l'archéologue en partant à sa poursuite, laissant un cook choqué jusqu'aux tréfonds de son âme seul.
Quel con ! Mais quel con ! Qu'est-ce qu'il lui a pris ? Pourquoi a-t-il dit les mots réservés à la tête d'algue à quelqu'un d'autre ? Pourquoi ? Mais quel con il était ! Sanji songeait à tout cela en se cognant furieusement la tête contre le mur.
Encore à chercher son chemin dans les couloirs du Sunny, Zoro entendit un gros bruit sourd, comme un bruit de marteau. Usopp et Franky bricolaient encore à cette heure-ci ? Robin le rattrapa sans difficultés.
"Zoro, attend !"
"Fous-moi la paix ! Va plutôt rejoindre ton nouveau chéri ! Le meurtre, c'est pas ta seule spécialité, hein ?" insinua le bretteur qui eut droit à une violente gifle.
"Et toi, tu es plus stupide que je ne croyais !" répondit l'archéologue profondément outrée. "Sanji est fou de toi ! Comment tu peux ne pas le voir ?" le semonça-t-elle.
"Tu t'fiches de moi ? Il a dit qu'il t'aimait !" répliqua le bretteur en rogne.
Robin était atterrée par de tels propos. Il était bête ou quoi ?
"Tu me dis qu'il n'a pas le droit d'avoir de l'affection pour quelqu'un d'autre que toi ? Pour qui te prends-tu ? Il avait seulement besoin de quelqu'un qui sait ce qu'il ressent ! Quelqu'un à qui parler ! Saurais-tu l'écouter, toi ?" Interrogea-t-elle en faisant semblant de ne pas connaître la réponse.
Zoro rougit de nouveau et détourna son regard.
"Tch !"
"Alors ?"
"É-évidemment !" bégaya—il. "J'ai même écouté sa foutue histoire !" se défendit-t-il.
"L'a-t-il racontée à quelqu'un d'autre ?" demanda Robin pour prouver ce qu'elle avançait.
"Qu'est-ce que j'en sais ?" grogna la tête d'algue.
"Je le sais moi. La réponse est 'non'." Déclara la brune en croisant les bras. Elle était sûre d'avoir bien mouché cette tête de mule. En effet, celle-ci ne répondit rien et continua de regarder vaguement les murs. "Il n'a raconté son passé à personne d'autre que toi. Pas même à moi ou Nami. Et d'après ce que je sais, pas même à notre cher capitaine." Zoro gardait le silence. "Que te faut-il de plus ?"
"Il…il croyait qu'il rêvait." Dit le bretteur à court d'arguments.
"Et après ? T'a-t-il rejeté ou démentit ce qu'il t'a dit quand il s'est aperçu qu'il ne rêvait pas ?" Non. La réponse était encore 'non'. Zoro le savait. Mais il ne répondit rien et se contenta de rougir toujours plus. Robin lui lança sa réplique ultime. "Après ce que vous avez fait aujourd'hui, tu crois que Cook-san ne t'aime pas ?"
Quoi ? Comment elle sait ce qu'on a…? Oh, la garce ! Zoro regarda enfin la voyeuse démoniaque dans les yeux avec les siens, écarquillés.
"Ah, démasquée !" fit-elle, l'air faussement surpris. Après avoir difficilement digéré l'info, la plante humaine soupira.
"Ça n'a plus d'importance. Il croit que je le déteste."
"Vu ton comportement, ce n'est pas très étonnant. Tu ne crois pas ?"
"Ça veut dire quoi ça ?" s'emporta Zoro.
"Quand on veut dire à quelqu'un qu'on l'aime, c'est difficilement à coups de poing ou de menaces." Déclara la sagesse incarnée.
"Je…je le lui ai dit…" marmonna-t-il.
"Oui, après t'être moqué de lui et l'avoir frappé plusieurs fois. Alors qu'il n'est pas vraiment en forme, tu l'as bien vu. Je pense que je douterais des sentiments d'une telle personne."
"Tch ! Tu peux pas comprendre ! (1)" rétorqua Zoro.
"Non, je ne peux pas comprendre qu'on puisse aimer et traiter la personne qu'on aime d'une façon aussi odieuse. Est-ce que cook-san voulait se battre ? Est-ce qu'il a répliqué quand tu l'as frappé ? Est-ce qu'il s'est défendu ?"
Non. Encore et toujours non. Mais quel connard il faisait. Comment love-cook pourrait croire qu'il l'aime après ça ? Le bretteur regarda le sol comme un gamin qu'on venait de gronder. Ce qui était le cas en fait.
"Retournons au chevet de cook-san, tu veux bien ?" dit l'archéologue avec un autre sourire. "Ah ! Et pour ton information, j'aime Franky."
Voilà autre chose maintenant ! Décidément, le bretteur aura tout entendu aujourd'hui.
"Mais…où est-il passé ?" se demanda Robin en voyant que lit de Sanji était vide. Zoro la rejoignit très vite. "Quoi ?" Son regard trahissait sa panique soudaine.
Merde ! Où il est parti ?
(1) "Parce que tu crois que les gens t'appartiennent ? Parce que tu crois que tu peux jouer avec autrui comme un gosse joue avec son hochet ? Mais dans le fond, rien ne peut t'atteindre ! Les choses t'effleurent, comme la brise sur la maison du lac des Feuillantines ! Et puis tu veux que je te dise ? Eh bien dans le fond, ça t'est bien égal ! Et puis t'as rien compris ! T'as rien compris ! T'as rien compris !"
(merci les Inconnus ! sketch "La cérémonie des Escarres")
