FLASHBACK
Sanji avait enfin réussi à semer les furies maquillées comme des voitures volées qui le poursuivaient depuis des heures. Il en profita pour s'arrêter et reprendre son souffle.
Kuso, ces okama sont plus tenaces que je croyais… Comment j'vais faire pour leur piquer leurs recettes ? Oh, si au moins je n'étais pas tout seul…Nami-san, Robin-chan, vous me manquez tellement !
Il regarda autour de lui et vit qu'il était de nouveau sur la plage de l'île Momoiro. Une plage de sable rose, des arbres roses, un coucher (ou un lever ?) de soleil rose… Même pour le cuistot fleur bleue, ça faisait trop de rose. Si encore, il y avait une jolie fille dans les parages ou bien… Ses yeux aperçurent alors quelque chose d'à la fois étrange et familier que la marée venait de charrier sur la plage. Une petite boule verte…
Un flot de souvenirs aussi heureux que douloureux traversa alors son esprit. Zoro… la dernière fois qu'il l'avait vu, cet idiot était à terre, incapable de bouger et couvert de sang. Et lui, le kuso-cook avait été incapable de le sauver du géant à patounes. Pour la seconde fois.
La première étant Thriller Bark. Cet horrible souvenir le faisait encore souffrir terriblement. Mais pas autant que Shabondy. Sanji n'était même pas sûr que son marimo ait survécu cette fois-ci. En fait, il était sûr du contraire. Zoro avait beau être costaud, c'était juste impossible qu'il ait survécu. Cette certitude fit s'écrouler Sanji sur ses genoux, dans le sable fin.
Zoro… Zoro…
Alors que le prénom de son bretteur –de l'homme de sa putain de vie !- monopolisait ses pensées, Sanji sanglota. Sans vouloir vraiment l'admettre, le bretteur alcolo et insomniaque lui donnait davantage une raison de vivre qu'All Blue même. Sa tête creuse, sa persévérance, son inconscience, sa pelouse, son sourire, leurs guéguerres débiles,… Il n'aurait plus jamais le droit à tout ça.
Dépourvu de toute force physique, il tenta tout de même de ramper vers le marimo de la plage. Il finit par l'atteindre et serra l'algue ronde contre son cœur sans cesser de pleurer.
Que les monstres de cet enfer viennent me choper ! J'en ai plus rien à foutre !
Sanji pleura tellement qu'il finit par s'endormir sur la plage, le marimo toujours dans sa main.
"Cesse d'essayer de passer devant moi !" se plaignit Robin qui repoussait pour la troisième fois le bretteur aux cheveux verdoyants derrière elle. "Tu vas te perdre ! Et ce n'est pas ce que tu veux ?"
"Urusee !" lâcha le marimo grincheux qui malgré ses efforts restait persuadé qu'il avait une boussole dans la tête.
Tous les deux arrivèrent enfin et virent Sanji debout sur la rambarde, prêt à sauter par-dessus bord.
"SANJI !" hurla Zoro.
Il accourra vers le cook et le rattrapa à temps. Puis, sans le lâcher tout à fait, il le posa à terre. Il vit que le blond était de nouveau en train de pleurer et qu'il ne faisait même pas attention à sa plaie au front qui saignait toujours.
"Bordel, qu'est-ce que tu fous là, sale crevure de mes deux ?" aboya Sanji. "Tu vas m'foutre la paix, à la fin ?" l'invectiva-t-il en lui donnant des coups afin de le repousser. Mais Zoro ne comptait pas relâcher son prince. Le cook abandonna aussitôt. "Ça t'amuse tant que ça de m'voir toucher le fond ?"dit-t-il au bretteur d'une petite voix. "Je n'ai pas le droit de t'aimer, et je n'ai pas le droit non plus de me foutre en l'air ? T'auras plus personne à pointer du doigt, c'est ça ?" ajouta-t-il en plongeant son regard noir dans l'œil du marimo qui ne sut pas quoi répondre.
"Tu te trompes, Sanji !" intervint Robin.
"Qu'est-ce que tu en sais ?" demanda Sanji d'une voix cette fois agacée. "Ah, j'oubliais…Tu sais tout." Ironisa-t-il.
Zoro eu la confirmation que son love-cook n'allait vraiment, mais vraiment pas bien du tout. Il se décida enfin à parler.
"Ecoute-moi cook."
"Oh, de nouveau 'cook' ? Mon prénom te rebute tant que ça, kuso marimo ? Est-ce pour ça que tu ne le prononces pratiquement jamais ? Oh, à part lorsque je suis sur le point de casser ma pipe bien sûr."
"Sanji…" Non, il l'avait blessé à ce point-là ?
"Robin…tu m'as dit que j'avais des nakama qui m'aiment…je veux bien te croire…mais il se trouve que la tête de con que tu vois devant toi peut pas voir ma tronche…au point de me faire croire le contraire…de faire de moi son sextoy jetable…me foutre aux ordures…et m'en ressortir pour continuer à se moquer du baka cook… Et…et tu vois…"
Sa voix était à présent troublée par ses pleurs.
"Tu vois…même si je suis sûr d'avoir sept amis formidables…je ne peux pas…continuer…en sachant …que cette….raclure de première… vit sous le même toit que moi !" s'écria Sanji. "Et…j'ai trop mal…pour attendre…la prochaine île…" termina-t-il avant de pleurer sur l'épaule du bretteur qui restait figé de stupeur par tout ce qu'il venait d'entendre. Ses katana n'étaient pas ses seules armes mortelles apparemment.
"Sanji…je…j'ai essayé moi aussi d'en finir." Avoua Robin. "Plusieurs fois. Crois-moi, ce n'est pas la solution."
"Qu'est-ce que…tu proposes alors ?" hurla le blond. "Toi, tu n'as aucun problème avec ton cyborg ! Lui t'aime, ça se voit !"
"Mais, Zoro aussi…" commença-t-elle avant qu'on lui coupe la parole.
"Je t'aime aussi, Sanji !" s'écria le bretteur qui avait à présent les larmes aux yeux.
"TA GUEULE !" Sanji lui donna un coup de boule. Ils étaient à présent deux à avoir le sang du cuistot sur le front. "Temee…j'me ferais pas avoir une seconde fois ! Et lâche-moi, bordel ! Moi non plus, j'peux plus voir ta sale tronche !"
"Ya da."(1) répondit Zoro en resserrant son étreinte.
"Lâche-moi !" hurla le cuistot. "Laisse-moi tranquille !"
"Sanji…" Robin ne put réprimer ses larmes devant cette scène désolante. Pourquoi fallait-il que ces deux idiots gâchent ainsi un si bel amour ? Pourquoi leur orgueil mal placé leur semblait plus important ?
"Fous-moi la paix! Lâche-moi, kuso marimo !"
"Non ! Je n'te lâcherais pas, kuso cook !" s'écria Zoro. " Je n'te lâcherais plus jamais."
(1) "Non", "je refuse"
