« Bonjour princesse… »
Quelqu'un tira sur la couverture et Lightning gémit faiblement, réalisant que cette douce salutation n'était qu'un leurre. Un leurre qui fonctionnait admirablement bien. Elle se tourna sur sa gauche, se retrouvant sur le dos. Une délicieuse odeur de café vint chatouiller ses narines, suivie du parfum sauvage de la serveuse, attisant son appétit d'une gentille pique.
« Tu sais que je n'aime pas prendre le petit-déj au lit… » Maugréa-t-elle non sans une once de malice.
Elle appréciait grandement cette délicate attention, mais les petits déjeuners au lit avaient tendance à…déraper, et par conséquent la mettre en retard. Et c'était sans doute la véritable intention. Même aujourd'hui, alors qu'elle ne travaillait pas, ses réflexes la faisaient agir et penser comme si c'était le cas. C'est ce qui était adorable à propos d'elle, et cela restait un excellent moyen pour la prendre de court. Elle ouvrit les yeux et se redressa, calant son dos contre le mur et entraînant la couverture pour couvrir sa poitrine nue. Fang était allongée à côté d'elle, appuyée sur son coude droit, vêtue d'un shorty et d'un débardeur sombre.
« Je sais, mais moi je les adore ! »
« Tout ça n'est donc qu'un moyen détourné pour te faire plaisir ? Tu te donnes bien du mal. »
« Tu as raison, surtout quand j'ai ce qu'il me faut juste à côté... »
Elle glissa sa main hâlée sous la couverture chocolat et agrippa la taille de sa partenaire qu'elle tira à elle, l'amenant à se rallonger sur le côté. Lightning émit un grognement -par principe- mais se laissa faire. La brune enfouit son visage dans son cou et frotta son nez contre cette douce peau de lune. Sa compagne frissonna, chatouillée par cette agréable caresse. Tandis qu'elle embrassait et mordillait sa chair tendre, sa main s'aventura le long de son ventre, joua brièvement avec son piercing puis remonta sur ses abdominaux où elle prit appui afin de coller le corps de la blonde au sien et de l'emprisonner de sa jambe gauche. Lightning s'agita quelque peu, histoire de lui opposer ne serait-ce qu'une faible résistance. Elle savait pertinemment que Fang avait et garderait le dessus puisque son réveil tout récent ne la mettait pas vraiment dans de bonnes conditions d'affrontement. Elle lâcha un éclat de rire suivi d'un grognement lorsque la brune se mit à taquiner ses hanches sensibles de ses doigts habiles.
« Arrête… » Sourit-elle.
« Tu es sûre ? Dois-je te rappeler que tu ne travailles même pas aujourd'hui ? »
« Comme si ça changeait quelque chose pour toi ! »
« Oh mais ça change tout, ça veut dire qu'on peut faire ça toute la journée… » Glissa-t-elle malicieusement de sa voix charmeuse et sensuelle.
Elle mordit le lobe de son oreille et Lightning, comme une enfant chahutant, se retourna pour la repousser, aussi bien elle que la flamme attisée par ce simple geste. Fang se glissa au-dessus d'elle avant que sa partenaire assure ses positions, une occasion qu'elle attendait depuis le début. Elle prit possession de ses lèvres puis de sa langue, imposant un rythme joueur coupé par quelques soupirs et rires. Sa nuque se retrouva prisonnière de la jeune femme sous elle. Elle avait tellement faim. Décidant que ses mains seraient plus utiles sur le corps d'une telle beauté qu'à reposer bêtement sur le lit, elle suivit un chemin imaginaire sinuant entre ses côtes et remontant avidement jusqu'à ses seins. Lightning accrut leur étreinte, soufflant bruyamment face au plaisir croissant qu'elle éprouvait. De sa main droite elle tira sur le débardeur de la pulsienne, s'y accrochant comme si cela parviendrait à endiguer les vagues de chaleur ou calmer les battements de son cœur. Elle se prit surtout à maudire la présence de ce stupide tissu qui la séparait de la délicieuse peau caramel. Elle pressa sa jambe gauche contre la hanche de la jeune femme -l'autre étant coincée sous son corps- manifestant ainsi son envie d'en avoir plus.
Fang laissa son sourire taquin se dévoiler, elle libéra une main qui vint lentement parcourir la cuisse de sa camarade, prenant un malin plaisir à la torturer. Puis, cédant docilement à sa demande, elle quitta sa bouche pour descendre sur sa gorge, se contentant d'y faire glisser ses lèvres avec langueur. Elle s'aventura plus bas, traçant une ligne droite jusqu'à son bassin, une ligne qu'elle parcourut plusieurs fois, à l'aide de baisers comme de caresses toujours plus avides. Finalement elle revint à la hauteur de son visage et resta ainsi à contempler ses traits sublimes. Sa bouche s'articula afin de former ces deux mots, mais curieusement aucun son ne parvint à la blonde. Pourtant celle-ci sourit et se redressa pour embrasser tendrement sa compagne.
Elle était piégée. Piégée par la magnifique chasseresse qui ne lui laissait aucune échappatoire, piégée par cette flamme qui brûlait en elle et se propageait dans tout son être, piégée par son désir et son amour pour cette femme. Est-ce qu'elle devait se laisser faire finalement ? Embrasser l'évidence et s'y abandonner ? Son regard plus profond que l'océan se targua d'un air espiègle. Leurs lèvres se retrouvèrent ainsi que leur langue, prêtes pour une nouvelle danse. Discrètement, elle dégagea sa jambe prisonnière et avec sa main enserra la taille de la brune. Puis elle se redressa brusquement, poussant sur ses pieds et son bras libre pour renverser la pulsienne et prendre la posture dominante.
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« Qu'est-ce que… » S'écria la journaliste dans un sursaut.
Elle s'était bien redressée sauf que premièrement, elle n'était pas nue mais en pyjama et deuxièmement, il n'y avait personne d'autre dans son lit, même pas un chat et encore moins une séduisante femme aux courbes irrésistibles. Il lui fallut plusieurs secondes pour comprendre où elle se trouvait et encore davantage pour calmer cette chaleur et le rythme effréné de son cœur lorsqu'elle réalisa à quel point elle était excitée. Elle se rallongea afin de raisonner l'ardeur qui la taraudait. Qu'est-ce que c'était que ça ? Ça ne pouvait pas être…un souvenir ? C'était donc le résultat de son fantasme pour la gente féminine. Et elle qui croyait cette histoire achevée, elle était en fin de compte loin d'en avoir chassé tous les morceaux. Elle soupira et repoussa les couvertures, déjà dans un état pitoyable, pour se diriger vers le salon. Il ne manquait plus qu'elle soit en retard au boulot à cause de ça.
…
Finalement elle et ses coéquipiers digéraient ses nouvelles fonctions avec plus de facilités que prévu. Tout, en cette ravissante matinée, se déroulait normalement. Peut-être malheureusement parce que cet idiot de bon à rien de stagiaire venait la déranger toutes les heures pour savoir si elle désirait du café, faisant mine d'avoir affaire à une VIP étant donné ses nouvelles et importantes responsabilités. Elle avait tenté de l'ignorer, de lui crier dessus, de lui balancer de cinglantes répliques, mais ça ne changeait rien, son insupportable ricanement retentissait à chaque fois.
Elle ferma le rapport qu'elle venait de lire et décida qu'il était temps de vérifier l'état de ses collègues et de leur avancée. Elle passa dans le bureau de Rikku, pris quelques minutes supplémentaires pour bavarder après lui avoir rappelé qu'elle attendait son article sur la dernière boulette en date du Premier Ministre. Il y avait bien plus à dire que le peu qu'elles échangèrent sur ce weekend et Lightning reporta leur conversation pour la pause de midi. Elle avait d'autres articles à récupérer. Ainsi elle passa voir Tifa qu'elle trouva particulièrement calme et de bonne humeur. Mais elle n'en laissa rien paraître, même si la raison ne lui semblait pas inconnue. Elle finit par se retrouver devant Noctis et en profita pour lui demander si le club lui convenait.
Sa bonne humeur était revenue. Elle était dans son élément, en pleine maîtrise et de son domaine et de soi. Elle se sentait si bien que lorsque Vaan revint pour la énième fois lui poser cette fatidique question agaçante, elle lui jeta une gomme qu'il reçut en plein front avec un « Aouch ! » diablement satisfaisant. Elle se surprit à sourire quand il referma la porte en grommelant sur le préjudice qu'il venait de subir. Elle espérait juste après coup qu'il n'était pas en position de porter plainte pour agression, sinon elle allait le plomber pour harcèlement moral, elle pouvait facilement prouver qu'il nuisait à ses nerfs. De toute façon, il l'avait bien cherché.
Elle retrouva ses deux amies pour le repas et la conversation se focalisa essentiellement sur la soirée qu'avait passé Tifa, qui tenta habilement de l'éviter en tournant le sujet sur l'état soi-disant mémorable de Lightning le même soir. Mais sous l'insistance de la blonde vénitienne, elle fut bien obligée de donner quelques détails. Satisfaite par ces confessions, le large sourire que la petite chipie offrit à Cloud lorsqu'elle le croisa plus tard dans la journée mit ce dernier incroyablement mal à l'aise.
Elle finit sa journée plutôt contente d'elle-même, du moins de la façon dont elle avait géré les choses et adapté sa méthode de travail. Elle allait voir si ça fonctionnait sur la durée. Sa supérieure était passée voir comment elle se débrouillait, peu après sa victoire sur le prétendu stagiaire, ce qui l'avait laissée dans des conditions propices à la diplomatie. Mais elle n'avait même pas eu à utiliser un sourire forcé car elle n'avait pas eu à faire face ni à un ton mielleux ni à une langue de vipère. Elle fila ensuite à la salle de sport, ravie de pouvoir se dépenser en toute tranquillité, rentra prendre une douche, se prépara un repas chaud en écoutant distraitement les news et rejoint son lit avec un sentiment de sérénité véritablement jouissif.
…
…
En se réveillant, sa première pensée fut pour Ashe. Ça faisait désormais presque un mois qu'elle était partie et elle n'avait eu quasiment aucun contact depuis, ce qui commençait à l'inquiéter. La dernière fois qu'elle lui avait parlé remontait à la semaine suivant la soirée d'adieu. Ainsi elle avait su que le déménagement s'était bien passé, qu'elle parvenait à s'adapter assez facilement, qu'elle était heureuse et autres informations positives du genre. Peut-être avait-elle rencontré une difficulté finalement ? Ou peut-être était-elle trop heureuse dans son nouvel environnement pour penser à son ancien…
Lightning chassa cette pensée d'un geste de la main. Ashe n'était pas comme ça. Elle se préoccupait plus des autres que d'elle-même, et elles étaient amies. Elle avait certainement donné des nouvelles à Tifa en lui demandant de transmettre au reste de la troupe, ce que la brune avait dû oublier de faire. C'était peu probable mais pas impossible. Tout de même, ça restait étrange. Non, c'était sans doute la raison. Donc, première chose à faire en arrivant au bureau : s'enquérir de la situation auprès de la jeune femme aux yeux grenats.
Satisfaite à l'idée, la journaliste sourit en allumant la cafetière. Bahamut vint se frotter contre ses jambes, à son habitude, et réclama d'un miaulement attendrissant son petit bol de lait. Elle le regarda d'un air de réprimande, lui indiquant qu'il se permettait ce genre de gâterie trop souvent. D'un côté elle n'y pouvait rien, lorsqu'il lui faisait ses yeux doux et son ronronnement cajoleur le matin, elle était incapable d'y résister. Et puis, c'était son problème s'il prenait du poids, pas le sien. Elle céda à son caprice, presque avec un malin plaisir en songeant à cela. Elle alluma la télé et s'installa sur la table, sirotant son café en regardant les actualités. Le sujet n'étant d'aucun intérêt à ses yeux, elle opta pour une chaîne musicale. Même résultat. Elle se rabattit sur un cours de cuisine. La vue des fruits aux couleurs vives et chatoyantes lui donna l'eau à la bouche. Elle éteint la télé. Vu la saison, il était inutile d'espérer compter ces petites merveilles au déjeuner. C'était l'un des rares défauts qu'apportait l'hiver.
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Confortablement installée sur sa chaise en cuir noir, elle lança un regard de défi à son ordinateur, prête à en découdre sereinement avec le travail qui l'attendait. Deux heures plus tard et elle était déjà en avance. Elle se leva, non sans une pointe de culpabilité, et saisit l'occasion de passer voir Tifa, concédant que s'il fallait, elle ne prendrait pas de pause café. Elle frappa avant d'ouvrir la porte de son bureau.
« Je ne te dérange pas ? »
« Absolument pas, entre. »
« Comment ça va ? » Demanda-t-elle en venant se poster à côté d'elle.
« Bien. J'ai presque fini de… »
« Je parlais de toi, pas de ton travail. » Corrigea-t-elle avec amusement, s'appuyant contre son bureau avec une familiarité significative.
« Oh. Donc tu es là en tant qu'amie et non en tant que ma supérieure ? »
« Je ne prétendrais jamais à ce titre. »
« Lightning, tu fais ton boulot à merveille. Et tu es une excellente meneuse. »
« … Merci. » Fit-elle en détournant la tête, peu convaincue et surtout gênée d'un tel compliment.
Déstabilisée, elle n'eut pas le temps de freiner le léger rougissement qui enflamma ses pommettes. A cette vision, Tifa sourit tendrement avant de reprendre.
« Donc, tu voulais me demander quelque chose ? »
Elle ferma les yeux un instant afin de se remémorer la raison de sa venue puis remercia intérieurement la brune pour ce changement de sujet.
« Oui. Tu as des nouvelles d'Ashe ? »
La jeune femme en face d'elle fronça les sourcils, faisant disparaître son sourire.
« De qui ? »
Elle avait probablement mal entendu.
« Ashelia. Elle t'a donné des nouvelles depuis la soirée ? Tu sais si elle s'est bien adaptée ? »
La surprise s'intensifia sur les innocents traits de la jeune femme. Elle était perdue et son regard grenat cherchait une explication dans le mystérieux bleu turquoise de son homologue. Lightning resta interdite un court instant, puis elle ouvrit la bouche mais se récria. Enfin elle fronça les sourcils à son tour. L'incompréhension s'était immiscée dans le moindre recoin de son visage. Voyant que son amie l'observait avec un étonnement sincère, elle précisa, confuse par cette réaction qui n'avait nullement lieu d'être.
« Ashelia. » Redit-elle avec automatisme.
Elle fut agacée par le silence et l'air désemparé de sa collègue. Elle croisa les bras et retint un souffle lourd servant d'alternative au mépris qu'elle réservait d'ordinaire aux imbéciles qui n'arrivaient pas à comprendre la première fois. Elle détestait particulièrement répéter. Ici, l'évidence lui échappait volontairement. Elle voulut reprendre la parole mais Tifa l'interrompit.
« Qui est Ashelia ? »
Les yeux de la journaliste s'agrandirent. Est-ce qu'elle avait bien entendu ? Ses bras se libérèrent machinalement et elle changea de position, se rapprochant sensiblement de sa camarade.
« Quoi ? Comment ça ? »
La brune revêtit une expression amusée, le coin des lèvres relevé, un sourcil légèrement froncé, mais également inquiète, comme si c'était son amie qui faisait l'imbécile et qu'elle n'arrivait pas à savoir quel crédit donner à ses propos. Or cela n'étant pas son genre, l'inquiétude prit le dessus et elle exposa avec sérieux ce qui lui semblait plus qu'évident.
« Lightning, je ne connais aucune Ashelia. »
« Mais… »
Les mots s'évanouirent dès qu'ils passèrent la barrière de ses lèvres. Elle était perdue. Elle ne comprenait pas. Elle bloquait sur la situation de la même manière qu'elle continuerait à vouloir marcher devant un mur.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
Elle n'obtint aucune réponse, il était impossible pour les deux partis de pouvoir davantage clarifier la situation.
« C'est une sorte de plaisanterie ? »
L'irritation avait contaminé plusieurs notes dans sa demande, aussi Tifa fronça de nouveau les sourcils.
« Enfin Light, arrête, je ne plaisante pas. De qui est-ce que tu parles ? »
Incroyable. Elle était sincère ? La bouche entrouverte et les yeux agrandis devant ce fait, Lightning perdit quelque peu ses moyens.
« Je… non rien, laisse tomber. »
Elle sortit de son bureau sans demander son reste. Son esprit confus ne pouvait tirer aucune explication, et encore moins une conclusion. Tel un automate, elle retourna à son poste et se remit à travailler. Et son inconscient établit un blocage sur ce nouveau problème.
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Elle avait demandé à ses amis, et avait même fini par demander à ses collègues, mais personne ne connaissait de femme répondant au nom d'Ashelia. Personne ne s'en souvenait. C'était peut-être une mauvaise blague. C'est la pensée la plus logique qui lui traversa l'esprit et s'y accrocha alors qu'elle rentrait chez elle. Après sa douche, tandis qu'un mélange de légumes crépitait dans une poêle, elle prit le temps d'envoyer un message à Ashelia. Mais lorsqu'elle chercha son numéro dans son répertoire, elle ne put le trouver. Elle galéra à trifouiller le moindre recoin et toutes les options de l'appareil jusqu'à ce qu'une odeur de cramé la rappelle à l'ordre. Elle étouffa un juron en posant son téléphone à côté de la gazinière et sauva de son repas ce qui put l'être.
Elle se résolut finalement dans la soirée à aller se coucher sans s'être départie de son inquiétude. A son réveil, cette histoire avait étrangement perdu toute importance à ses yeux et elle ne chercha pas plus loin.
…
Cela faisait quoi, un mois, deux mois que Noctis et elle se tournaient autour ? Elle l'appréciait beaucoup. C'était le premier homme depuis Cid par qui elle était réellement intéressée, et surtout dont elle pouvait croiser le regard sans penser à son ex avec un sentiment de culpabilité. C'est vrai, elle savait que si ça n'avait pas pu marcher avec Cid, ça ne le pourrait avec personne. C'est pour ça qu'elle était foncièrement ravie de le savoir toujours à ses côtés. La relation qu'elle entretenait avec lui était si particulière, si unique, qu'elle ne pouvait la décrire. Elle avait besoin de lui, mais pas de la façon dont il avait besoin d'elle.
Alors Noctis, elle n'avait aucune chance de finir sa vie avec, elle en était certaine. Mais elle voulait essayer, ne pas se projeter, elle savait qu'elle passerait de très bons moments avec lui, elle en avait envie. Elle le découvrait peu à peu et ça l'intéressait, mieux, ça l'amusait. Derrière ses airs de mec confiant, sympathique et avenant se cachait en réalité quelqu'un qui se faisait charrier par ses amis à la moindre occasion. Ce n'était pas un grand timide non plus, mais sa confiance était en branle dès que Lightning lui faisait face. Il hésitait car il voulait toujours faire au mieux. Il galérait à exprimer ses sentiments et même ses émotions étaient maladroites, ce qu'il préférait donc cacher sous cette image d'homme calme et serein sur qui tout le monde pouvait compter. C'était pire qu'elle. Enfin, ça dépendait dans quel sens.
Tifa et Rikku lui avaient déjà dit qu'elle avait du mal à exprimer ses sentiments. Bon certes, elles étaient habituées, après tout Tifa n'était-elle pas avec Cloud ? Lightning utilisait d'ailleurs souvent son ami comme exemple pour qu'on la laisse tranquille. Bref, elle avait de la peine à mettre des mots sur ce qu'elle ressentait c'était vrai, mais la plupart du temps, elle ne voulait tout simplement pas. Et ça, seuls Cid et Tifa l'avaient compris.
Donc non finalement, Noctis faisait preuve de bonne volonté en comparaison. Il appréciait sa compagnie dans la plus grande simplicité, et c'était ce qui plaisait à la journaliste. Elle n'avait pas à avoir peur de faire tomber sa carapace car il ne cherchait pas à la percer et c'était très bien ainsi. Elle en avait marre qu'on essaie de la décrypter comme un vieux papyrus, marre qu'on lui dise qui elle était et quels étaient ses sentiments. Elle avait envie d'être qui elle voulait et de se comporter de la façon dont elle voulait, elle avait envie d'être libre.
Et Noctis réagissait de façon tellement positive à tout ceci que c'en était purement agréable. Il arrivait à suivre l'élan qu'elle prenait avec fluidité et naturel, alors elle faisait de même. Elle ne lui disait pas d'arrêter de faire le mec sûr de lui alors qu'il doutait, elle ne lui disait pas qu'il avait le droit d'être timide, ils ne se disaient pas qu'ils avaient le droit d'être fragiles. C'était tout ce dont elle avait besoin pour l'instant. Ça pouvait changer, elle entrevoyait cette possibilité, et ça ne la dérangeait pas. Elle avait envie de le laisser essayer, de le laisser arriver à ce point.
Donc, cela faisait bien plusieurs semaines qu'ils passaient pas mal de temps ensemble mais se retrouvaient rarement seuls, car trop souvent collés par un voire deux parasites répondant au nom de Prompto et Rikku. Ils avaient pourtant eu l'occasion d'aller boire un verre deux fois et d'aller voir un film. Mais cette fois, c'était différent. Cette fois, Noctis avait franchi le pas et posé un pied sur la ligne officielle en l'invitant au restaurant ce samedi soir. Elle avait donc passé l'après-midi à se chercher une nouvelle robe, accompagnée de ses deux meilleures amies. Et elle avait finalement réussi par trouver à la septième boutique visitée. Heureusement, car elle n'aurait pas tenu une de plus.
« Tu es éblouissante ! » S'exclama Rikku qui s'était pour cette journée métamorphosée en kangourou, ne cessant de sautiller sur place et de répéter « J'arrive toujours pas à croire que tu sors avec Noctis ! » ou bien « Je le savais ! Je suis un génie quand même ? Je te l'avais dit depuis un bail. »
Tifa soupirait ou secouait légèrement la tête, blasée ou amusée, et Lightning se contentait de sourire. Elle remercia ses amies pour leur compagnie et conseils avisés puis suivit le chemin du retour.
C'est en grimpant les escaliers menant à son appartement qu'elle se rendit compte qu'un infime sourire était gravée sur ses lèvres depuis la matinée. Elle se moqua intérieurement de son état qu'elle hésitait à décrire comme "amusant" ou "pitoyable". Elle sortit les clés de son sac, songeant à la soirée qui l'attendait avec plaisir, et voulut introduire ces dernières dans la serrure.
C'est là qu'elle se rendit compte que la porte était entrouverte. Elle marqua un temps d'arrêt. Elle en aurait lâché son sac, mais elle avait toujours le contrôle de son corps. Toutes ses pensées précédentes furent balayées et remplacées par une montée d'adrénaline due à une pointe de panique. Quelqu'un s'était introduit chez elle et avait violé son espace personnel. Puis une pointe de colère. On l'avait probablement cambriolé ! Et enfin une once de peur. Et si cette personne était toujours dans son appartement ?
Elle devait faire quelque chose, ce n'était pas en restant sur le seuil comme une idiote qu'elle allait obtenir des réponses. Mais quoi ? Devait-elle appeler la police ? Elle était absolument certaine d'avoir fermé la porte à clé en partant. Quelqu'un s'était bel et bien introduit chez elle. Elle observa la serrure. Intacte, de même que la poignée. Il n'y avait aucune trace d'effraction.
Lightning poussa la porte, lentement, et fit un pas en avant. Elle s'immobilisa. Qu'est-ce que… était la seule chose qui résonnait dans le vide de son esprit.
Son appartement avait été saccagé, et saccagé lui semblait un mot faible. Tous les tiroirs, placards, étagères étaient ouverts. Le sol avait disparu. Sa réserve de feuilles blanches avait été pillée et répandue dans toute la maison, recouvrant le parquet d'une fine couche de neige artificielle. Elle aurait pu être d'un blanc pur mais à cela avait été ajouté tous ses dossiers de travail. Triés, pliés, rangés étaient des mots qui n'avaient plus aucun sens. Tout avait été déversé dans le salon comme un torrent haineux, ravageur et implacable. Et puis il y avait du contenu plus personnel qu'elle reconnaissait à travers des ébauches d'articles qu'elle avait découpé du journal pour lequel elle bossait, les premiers qu'elle avait faits. Il y avait des photos qu'elle avait prises lors de ses voyages à l'occasion de ses reportages, d'autres de ses parents et de leur maison où elle avait passé toute sa jeunesse. Il y avait des photos d'elle toute petite, heureuse, désormais noyées dans cette masse diffuse de papiers en tout genre. Plus en évidence se trouvait le cadre avec une photo d'elle et de ses parents, brisé.
Elle se sentit vidée. Sa vie avait été extraite d'elle-même, et elle gisait là, juste devant elle… et se résumait à un incroyable bordel. C'était un amas de choses dérisoires et déliées par cette multitude de tâches blanches. Elle déglutit, sa poitrine semblait compressée par un poids invisible. Toute sa vie, exposée ainsi, aux yeux de n'importe qui, c'était…indescriptible pour elle.
Pourquoi ? Pourquoi avait-on fait ça ? Qui était l'enfoiré responsable de ceci !?
Une violente migraine l'assaillit. Déjà bouleversée, elle vacilla puis se ressaisit. Tout s'emmêlait dans sa tête. En regardant le chaos qui noyait son appartement, des images se déversaient dans son esprit en branle, non, pas des images, des souvenirs. Mais ils échappaient à ses pensées, se brisaient dans son regard, elle les cherchait des yeux dans toute cette masse incohérente, en vain.
Puis l'adrénaline chuta et la panique avec.
Ce fut le blanc total. Tout processus de réflexion et de mouvement se bloqua instantanément.
Elle était vide.
Elle aurait pu ressentir de la colère, avoir des envies de meurtre, être déchirée par cette violation de son être, être affligée par cette perte… mais ce n'était pas vraiment le cas. Ces sentiments reposaient en elle, quelque part, mais c'est comme si… ils n'étaient pas aussi importants, pas aussi importants et intenses que ce vide.
Elle était dans un état second, plongée dans cet abîme étrange et insondable où toutes ses attaches avaient été arrachées et humiliées devant ses yeux. Elle était comme "dépersonnalisée". On avait bafoué ce qui lui était propre. Tout était là, il ne semblait manquer aucun objet, et pourtant, ses sens lui disaient qu'il n'y avait plus rien.
Elle prit soudainement une profonde inspiration, comme lorsqu'on regagne enfin la surface de l'eau, et se rua dans sa chambre. Sans grande surprise ses vêtements étaient éparpillés sur le sol et les portes ouvertes de son armoire n'avaient plus rien à offrir. Elle se tenait là, telle une statue de glace dominant cette pièce figée dans le temps et incapable de fondre. Elle pouvait sentir les échos de la colère qui avait ravagé les lieux, ils effleuraient sa peau de lune en un frisson. Ils étaient tout proches, ils la secouaient lorsqu'elle posait son regard sur les tiroirs de sa commode, arrachés et balancés avec rage. Les couvertures de son lit avaient subi le même sort. Le réveil pendait le long de sa table de chevet, affichant 00h00, preuve de cet étrange néant qui meurtrissait son être.
Lightning se rendit compte qu'elle haletait. Elle retourna dans la cuisine sans que sa vue ne s'adapte à ce nouvel environnement. Elle pensa au chat. Où était-il ? Elle voulut l'appeler, mais aucun son ne pouvait émaner d'elle. La boule qui creusait sa poitrine était si grosse qu'elle écrasait ses poumons et même son œsophage. Elle alla se servir un verre d'eau presque machinalement, comme si son esprit et son corps fonctionnaient en décalé. Elle réalisa donc que sa vaisselle était toujours en place. Ses mains ouvrirent le placard d'en face pour s'apercevoir que les aliments n'avaient pas bougé.
Son verre à la main, adossée contre l'évier, elle put de nouveau contempler le voile qui parait son appartement. Sa respiration se calma peu à peu, au moins son corps acceptait la situation. Elle avait besoin de son téléphone. Elle devait appeler la police. Son téléphone était dans son sac et son sac…n'était plus accroché à son épaule mais échoué sur le sol, près de l'entrée. Elle ne se souvenait même pas l'avoir lâché. Elle fit quelques pas en avant, comme un enfant qui apprend à marcher, puis accéléra brutalement l'allure, comme si elle fuyait quelque chose.
…
« Merci madame, nous vous recontacterons pour toute question ou avancée dans l'enquête. »
L'agent rangea son calepin et s'éloigna d'elle en la saluant, une expression neutre mais un regard compatissant. Elle était quelque peu rassurée, mais la présence des forces de l'ordre chez elle, le cœur sécurisé de son quotidien, n'avait fait que mettre du plomb dans cette incroyable réalité. Plus de peur ni de colère, elle se sentait désormais seule et meurtrie.
Quand le dernier agent eut franchi le pas de sa porte, le calme lui glaça l'échine. Elle soupira longuement, évacuant les derniers surplus d'adrénaline. Elle avait seulement envoyé un message à Noctis pour lui dire que leur soirée était annulée en raison d'un imprévu qu'elle lui expliquerait plus tard, lui assurant que ce n'était pas de sa faute. Elle n'avait surtout pas eu la force de prévenir les autres, ne voulant ni poser des mots sur ce foutoir surréaliste ni être prise en tenaille par des explications incessantes téléphoniques et l'arrivée de la police. Elle songea à joindre Tifa. Elle devrait peut-être la mettre au courant maintenant. L'écran resta blanc, elle ne savait pas quoi écrire. Elle se surprit à vouloir lui demander de venir, de passer la nuit à ses côtés car elle ne voulait pas rester seule. Mais elle ne souhaitait pas la déranger. Peut-être qu'elle pouvait demander à Cid. Non, il était la dernière personne à qui elle devait demander ce genre de choses. Pourtant elle en mourrait d'envie. Elle avait besoin de sa présence, de sa chaleur et de son affection. Elle voulait qu'il la prenne dans ses bras et pouvoir s'y blottir toute la nuit, en silence, et sans autre intention.
Elle ferma les yeux, songeant au réconfort que cette image lui apportait. C'était un peu creux mais c'était une image encore assez nette pour qu'elle puisse s'y raccrocher. Quand elle les rouvrit, elle tomba sur les lieux dévastés presqu'avec étonnement. Et non, ce n'était pas une illusion. Elle baissa le regard sur son portable qu'elle tenait toujours au creux de sa main et força sa réflexion sur le texte qu'elle devait taper. Néanmoins une présence perturba sa concentration. Une présence décidément trop familière.
Elle leva les yeux de son écran, une silhouette sur sa droite, visible du coin de l'œil, confirma ses soupçons. Elle releva complètement la tête sans pour autant la tourner vers la personne qui se tenait dans la cuisine, adossée au comptoir. Elle prit une grande inspiration. Et elle sut. Son estomac se contracta douloureusement tandis que son esprit accusait le coup.
« C'est toi. »
Elle porta son regard tranchant comme l'acier sur la brune qui l'observait avec une expression indifférente. La colère et l'indignation resurgirent.
« C'est toi qui a fait ça. »
La pulsienne se redressa, croisa les bras sous sa poitrine et la toisa sans méchanceté, avec ce qui aurait pu être une lueur de défi si elle n'avait pas semblé si détachée de la situation.
« … »
La journaliste se crispa. Elle eut peine à desserrer les dents.
« Pourquoi… »
La bête rageuse qui se balançait contre les parois de son corps, lacérant les tissus de sa cage à coups de griffes, annihilait toute civilité. Elle lui aurait sauté à la gorge mais quelque chose l'en empêchait, quelque chose freinait sa frénésie et cela même l'énervait davantage. Peut-être était-ce le peu d'importance que semblait y attacher la coupable.
« Ça t'a fait quelque chose ? »
Elle tomba des nues face à tant de désinvolture, mais le grondement de l'animal la remit rapidement sur pied.
« Si ça m'a…tu te fiches de moi ? » Cracha-t-elle en s'approchant dangereusement de la pulsienne.
L'animal blessé est plus qu'agressif.
« Ça ne m'amuse pas Lightning figure-toi. »
« Alors pourquoi !? »
« Tu sais pourquoi. »
Elle leva les yeux et les bras au ciel, se demandant pourquoi même est-ce qu'elle avait essayé d'engager la conversation. Peut-être avait-elle espéré obtenir une véritable réponse, pour changer. Elle ferma les yeux un instant, tentant d'apaiser sa colère par le chant de la raison. S'énerver ne lui servirait à rien sinon gaspiller de l'énergie, ce dont elle manquait cruellement. Elle était épuisée par tout ceci. Puisque l'autre avait décidé de ne pas réagir, elle ne pouvait plus se défouler correctement.
Elle lui tourna le dos et revint dans le salon. Elle commença à ramasser ses papiers, comme si ne pas l'avoir dans son champ de vision lui permettait de calmer ses nerfs à vif. Si en plus de ça elle pouvait s'occuper les mains et l'esprit, il y avait des chances pour qu'elle ne craque pas. De minces chances.
« Lightning. »
La voix impérieuse de la chasseresse la stoppa en pleine tâche. Elle dut fermer les yeux pour évacuer l'hostilité qui faisait vibrer la moindre parcelle de son être. Sans succès.
« La ferme. »
« Ecoute-moi. »
Elle se retourna brusquement.
« Pourquoi je devrais t'écouter !? Tu vas me ressortir les mêmes conneries que la dernière fois ? Que tout ça c'est qu'une illusion créée par une entité grand-guignolesque ? Donc que ce n'est pas grave si tout est en bordel ? C'est pas grave si tu déchires ma vie ? C'est pas grave si tu as pris tout ce qu'il y avait en moi et que tu l'as jeté comme si c'était insignifiant !? »
Fang marqua un temps d'arrêt. La jeune femme aux cheveux d'un blond rosi n'était peut-être pas disposée à l'écouter mais au moins leur conversation ne l'avait pas laissée aussi indemne qu'elle avait cru, et elle avait compris ses intentions. Et chose plus incroyable encore, Lightning mettait ses sentiments à nus.
Oui c'était exactement ça. Elle mettait pile les bons mots dessus. Inconsciemment elle y était, Lightning se tenait là où elle avait voulu l'emmener, au bord de la vérité. Ça y est, il ne manquait plus grand-chose pour qu'elle comprenne enfin ! Son rythme cardiaque s'accéléra, elle y était presque, oui ! La colère était son exutoire, une fois qu'elle se serait vidée, il ne resterait que la réalité ! Et tant que Lightning s'exprimait eu lieu de s'emmurer dans un silence glacial, l'espoir était permis.
Elle pouvait encore l'aider. Elle la sentait si proche, au fond de son cœur, elle le savait. Fang frémissait d'impatience, elle attendait cela depuis si longtemps. Que pouvait-elle faire de plus pour l'aider ? Oh il y avait tellement de choses à dire. Pour la première fois la joie reprenait le dessus, et elle en perdait ses mots tant son être vibrait devant l'écho de la femme qu'elle aimait.
« Je… »
« La ferme ! Barre-toi ! »
« Non, j'en ai pas l'intention. Je veux te parler. »
Le calme de cette femme tarissait sa colère, Lightning était outrée par ce manque de réaction. Elle recherchait l'affrontement, n'était-ce pas ce que la brune avait pourtant voulu créer en détruisant son lieu de vie ? Et maintenant elle le lui refusait ? Mais de quel droit !?
« Tu as mis mon appartement en pièces et tu restes plantée là comme si tu n'en avais rien à foutre, et c'est moi qui dois t'écouter ? Dégage. »
« … »
« Je ne le redirai pas, dégage. »
Elle se rapprocha d'elle, menaçante dans son éternelle froideur tranchante. Pourtant elle n'arrivait plus à se dresser en ce bloc de glace contre quoi tout ricochait lamentablement. Le moindre souffle de la pulsienne la faisait fondre d'une façon incroyablement douloureuse. Pourquoi est-ce qu'elle réagissait autant ? Elle qui était d'ordinaire si calme et si impassible, comment pouvait-elle perdre le contrôle à la moindre parole de cette femme !? Elle voulut lever son bras, briser d'un poing déterminé cet air devenu serein que lui offrait la brune, cette impuissance qu'elle lui renvoyait en pleine face. Puis elle se souvint qu'elles étaient incapables de se toucher. La frapper ne lui tirerait aucune satisfaction et c'était bien dommage.
« Tu as de la chance d'être un fantôme. »
Piquée au vif, ce fut au tour de la brune de se rapprocher. Oh non non il ne fallait pas que Lightning s'égare de nouveau.
« Je ne suis pas un fantôme. »
La journaliste s'arrêta une seconde, un soupçon de puissance allié à une satisfaction malicieuse traversa sa colère. Elle touchait là une corde sensible, une corde qui jouait sur les émotions de la brune et la faisait réagir. Etait-elle vexée d'être si peu considérée ? Parfait.
« Tu en es un. A vrai dire tu n'es rien d'autre qu'un vulgaire fantôme. Une illusion qui cherche à être réelle. C'est pathétique. »
Fang était clouée, exact, mais elle laissa échapper un éclat de rire. Elle aurait pu rebondir dessus et riposter sur le même ton. Mais elle ne connaissait Lightning que trop bien, et savait reconnaître une réplique perfide et creuse quand elle en voyait une. Ce n'était qu'un moyen de se défendre. Si cela avait été sa pure pensée, elle en aurait été la maîtresse et pas le sujet.
« J'avais failli oublier ton petit côté pétasse hargneuse quand tu perds tous tes moyens ! »
« Hun ? »
La jeune femme se recula, de nouveau en position de faiblesse. Frappée par cette insulte désinvolte et ce ton plaisantin, elle ne savait quoi répliquer. Elle était démunie.
« Donc, reprenons où nous en étions. Je ne suis pas un fantôme, sinon comment aurais-je pu dévaster ton appartement hein ? »
Colère.
« Tais-toi… »
« Tu le sais. Tu connais la réponse. »
Panique.
« C'est parce que je suis rée… »
« LA FERME, FANG ! »
Silence. Pas une n'émit le moindre bruit ni le moindre souffle.
Fang était sans voix. En ce seul instant, grâce à ce seul mot, tout s'était évanoui. Leur dispute, sa colère, sa joie, sa panique, son appréhension, son angoisse… Le temps lui-même s'était suspendu comme si la puissance de ce mot avait attisé la peur d'Etro. Et maintenant la tension retombait, laissant place à la délivrance pour la chasseresse.
Lightning s'en souvenait. Elle se souvenait de son nom à elle, elle en était consciente. Elle ne put contenir la joie immense qui envahit tout son être, un sourire resplendissant s'étira sur ses lèvres. Elle avait raison et elle avait eu raison depuis le début. Lightning se trouvait là depuis tout ce temps et ses efforts payaient ! Ça marchait ! Ses souvenirs lui revenaient !
Lightning porta une main tremblante devant sa bouche. Ses doigts fébriles effleurèrent ses lèves entrouvertes presque avec peur, comme si elles avaient commis l'irréparable. Qu'avait-elle dit…? Pourquoi…pourquoi son estomac se contractait, pourquoi ses muscles se crispaient et pourquoi son cœur se tordait de cette façon, la faisant souffrir le martyre ? La moindre parcelle de son être était en ébullition. Elle avait l'impression d'avoir touché du son de sa voix quelque chose auquel elle n'avait pas droit. Son esprit ne suivait plus aucune raison, il l'étourdissait à balancer à tout va des flashes montrant la jeune femme aux cheveux d'ébène sur divers décors flous. Ses muscles s'enflammaient, électrisés par toute cette tension nerveuse. A chaque image, son cœur se recroquevillait sur lui-même. La douleur était insoutenable.
« Light ! »
Elle vit sa main glisser dans le vide, cherchant quelque chose à quoi se raccrocher, puis son corps basculer en arrière. Fang se précipita pour la rattraper avant qu'elle ne tombe mais ne ressentit que frustration quand ses mains traversèrent le corps de son amie.
Lightning s'effondra au sol sans ressentir le moindre choc. A demi consciente, elle laissa son regard se balader de droite à gauche avec confusion. Sa vision se floutait peu à peu, elle put cependant distinguer la brune se positionner au-dessus d'elle. Elle sentit son souffle caresser son visage, à moins que ce ne soit le sien qui se répandait sur sa peau de lune comme un voile assoupissant.
Non, elle ne pouvait pas la perdre maintenant ! La colère saisit les traits de la pulsienne, guidés par une pointe d'affolement. Elle voulut attraper le visage de sa compagne entre ses mains mais passa au travers, encore et encore, elle dut ainsi réprimer nombre de réflexes. Elle sentait qu'elle la perdait, elle la sentait lui échapper une nouvelle fois et elle maudissait Etro qui lui dérobait son énergie.
« Ça va aller Light, tout va bien se passer… »
Et, impuissante, elle la regarda sombrer dans l'inconscience.
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Fang se releva. Elle ne pouvait rien faire pour l'aider et ça l'enrageait au plus haut point. Elle ne pouvait pas la laisser comme ça, allongée sur le parquet de sa cuisine. Elle devait faire quelque chose. Ses yeux de jade parcoururent la pièce dans l'espoir de trouver une idée. Ils tombèrent sur le sac à main de Lightning posé sur la table. Elle se rua dessus et farfouilla à l'intérieur pour en sortir le téléphone portable de la jeune femme. Elle passa en revue les derniers messages et appels échangés et reconnut à sa surprise quelques prénoms. Qui devait-elle appeler ? Ceux qui revenaient le plus souvent étaient Tifa, Rikku et Noctis. Est-ce que l'un d'eux correspondait aux personnes qu'elle apercevait lorsqu'elle rêvait ? Cet étrange état onirique où elle suivait la vie de Lightning sous le regard omniscient d'Etro ? Etat dans lequel elle était plongée parfois, dès qu'elle fermait les yeux, lorsqu'elle était de retour dans la salle du trône du Valhalla.
Nourrissant un certain mépris instinctif pour ce Noctis, son choix se porta sur Tifa. Elle replaça la jeune femme aux cheveux noirs, dès que son image s'afficha, pour l'avoir vue fréquemment. Que devait-elle dire maintenant ? Elle n'était même pas sûre que l'autre puisse l'entendre, déjà qu'à part Lightning, elle doutait qu'on puisse la voir.
Finalement elle laissa le téléphone sonner. Tout cela n'était qu'une lubie de la déesse alors elle allait forcément arranger ça.
Mais cette fois Lightning se souviendrait. Cette fois elle avait ouvert une brèche dans son illusion, une qui ne pouvait être refermée. Elle l'avait lu dans les yeux céruléen qu'elle chérissait tant.
…
Lorsque Lightning se réveilla, elle ne se souvint qu'une d'une chose : Fang. Ce prénom ne lui évoquait rien, si ce n'était celui du pseudo-fantôme qui l'entraînait dans son délire depuis des semaines et des semaines. Elle ne savait plus combien exactement.
Le froid l'atteint rapidement maintenant qu'elle avait repoussé la chaleur de sa couette protectrice. Elle fut parcourue d'un frisson.
Fang. Ce même frisson se propagea jusqu'à son cœur. Cela ne lui évoquait peut-être rien de tangible, aucune connaissance qu'elle aurait pu associer à ce prénom, mais cela déclenchait une myriade de sensations et d'émotions brèves mais intenses, insaisissables, qui électrisaient son être. Il lui était pourtant impossible de mettre la main ni même un mot dessus, elles étaient trop rapides pour qu'elle puisse les ressentir véritablement. Elle ignorait d'où elles venaient ni même pourquoi elles surgissaient à l'évocation de ce prénom.
Elle s'en accoutuma au fil de la journée, guidée par une sensation de sérénité qui éloignait le moindre doute.
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Fang désormais, lors de ses incursions dans la vie de la journaliste, pouvait entendre non seulement la voix de cette dernière, mais également celle des autres. C'était comme si Etro tentait de la convaincre de la véracité de cet endroit, de la profondeur de l'existence de ces personnes. Elle s'en moquait. La déesse pouvait employer n'importe quel moyen de persuasion, elle y serait insensible. Sa détermination et son espoir l'avaient emmenée jusqu'ici, elle n'allait certainement pas abandonner maintenant. Elle n'était pas prête de quitter la vie de Lightning, une vie qui suivait manifestement son cours.
…
…
Ce jour-là, lorsqu'elle passa dans le bureau de Rikku pour s'enquérir de l'avancée de son éditorial, elle trouva la demoiselle en pleurs. Elle tenta comme elle put de sécher ses larmes devant la nouvelle arrivante. Passé la surprise, Lightning se précipita auprès d'elle et tenta d'ouvrir le dialogue. Ne récoltant aucun succès elle passa à l'étape suivante, qui était de poser une main sur son épaule en guise de soutien. N'ayant pas plus de réussite, elle se résolut au dernier élan envisageable : la serrer dans ses bras en murmurant quelque vague réconfort puisqu'elle n'avait aucune idée du problème en question. A force de frictionner ses épaules, de façon un peu trop rigide, elle parvint à calmer son amie. S'ensuivit plusieurs reniflements, Lightning attrapa un mouchoir pour y remédier, avant qu'elle se sente capable de parler.
« C'est cette fichue harpie… »
« Qu'est-ce qu'elle a dit ? »
« Que j'étais stupide et que j'étais virée. »
« Quoi !? Mais…pourquoi ? »
« Je ne sais pas ! Elle a dit –snif, que mon travail n'était pas satisfaisant et qu'elle ne pouvait pas compter sur moi. »
« C'est n'importe quoi. »
« Okay j'ai oublié de faire le dernier dossier docu' mais- »
Lightning soupira, elle ne l'écoutait déjà plus et se massait le front, priant pour que la demoiselle cesse de débiter des excuses à toute vitesse. Son souhait peinant à se réaliser, elle dut l'interrompre.
« Ecoute, je vais aller lui parler d'accord ? »
« Quoi ? Non ! Déjà qu'elle t'aime pas ! »
« Je ne vois pas de quoi tu parles. »
Son amie ne put réprimer un sourire, même tremblotant. Lightning lui adressa un clin d'œil, un air chaleureux et plein d'assurance. C'est ainsi qu'elle la laissa pour se diriger vers l'antre de la fameuse harpie. Elle fit signe au passage à Tifa, lui indiquant le bureau de la blonde pour qu'elle prenne le relais.
Ses pas étaient au départ guidés par un calme serein et la volonté de résoudre le problème diplomatiquement. Mais curieusement, à mesure qu'elle se rapprochait du bureau de sa chef, ses traits se durcirent, affichant une détermination implacable, et sa mâchoire se crispa, laissant ainsi entrevoir une colère latente. Des flashs de faible intensité mais contenant de vives images et émotions l'assaillirent. Elle poussa les deux portes vitrées de la salle sans ménagement et avança en accélérant le pas jusqu'au bureau de la très protocolaire mademoiselle Nabaat sans y être invitée. Cette dernière, qui ne put dissimuler son étonnement, allait commencer l'offensive par une réprimande outrée, mais Lightning ne lui en laissa pas le temps et pointa sur elle un doigt menaçant.
« Comment osez-vous vous en prendre à mes amis !? Un enfant… Comment pouvez-vous user de la faiblesse des gens de cette façon !? Et tout ça pour quoi ? La réussite de l'entreprise de Disley ? Votre petite satisfaction personnelle ? Vous agissez comme si vous jouiez avec des pions mais vous ne serez jamais reine que sur l'échiquier. Vous n'êtes pas mieux que les autres, vous êtes tout aussi aveugle. Alors remballez vos petits soldats et laissez-nous tranquille. Nous ne nous céderons pas. Jamais. »
« Comment os-… »
Lightning l'attrapa férocement par le col de sa chemise avant de lancer sa dernière menace d'une voix profonde.
« Si vous essayez de nouveau de nuire à mes amis je vous ferai tomber Nabaat. Et la chute sera dure, croyez-moi. »
Elle la relâcha pour la laisser retomber brutalement sur son siège, médusée. Toute activité avait été interrompue et toutes les têtes la suivaient. Elle quitta les lieux en bravant tous les obstacles sur son chemin, avec fracas dans la plupart des cas. Même sa voiture aurait tremblé en l'apercevant au coin de la rue.
Ce n'est qu'une minute ou deux après le passage de la tempête que le calme revint dans le bâtiment, après qu'une furie enragée et humiliée ait ordonné de reprendre le travail. Rikku et Tifa se regardèrent.
Inquiètes était un mot faible.
Et ce n'est qu'en franchissant le seuil de son appartement que Lightning sortit de sa bulle pour réaliser ce qu'il venait de se passer. C'était comme enlever des bouchons d'oreille et pénétrer dans ce monde familier et pourtant si inédit car jusqu'alors privé de sons. Son cœur, qu'elle entendait battre, se serra brièvement et son esprit se tordit pour essayer de décortiquer ce qui l'avait poussé à agir de la sorte. La seule chose dont elle était certaine c'était qu'elle allait être virée. Et elle se considérerait chanceuse si Nabaat ne portait pas plainte.
…
« Écoute, quoiqu'il en soit j'ai fait poser tes congés. Je ne te garantis rien, enfin je suis plutôt sûre que ça ne changera pas grand-chose mais bon… »
« Merci Tifa. »
« C'est normal. Tu es sûre que tu n'as pas besoin d'autre chose ? Je peux passer ce soir. »
« C'est bon ne t'inquiète pas. Je vais me reposer, ça ira mieux. »
Après avoir souhaité une bonne soirée à son amie elle raccrocha. Elle garda son téléphone en main, main qui vint se loger sous son menton pour servir de pilier. Son coude posé sur la table en verre, elle réfléchissait. Elle ne comprenait pas. Elle se souvenait malheureusement très bien de ce qui s'était passé. Elle revoyait la scène au ralenti, encore et encore. Elle s'entendait parler, c'était tellement étrange, comme si ce n'était pas adressé à la bonne personne. Il y avait cet instant, quand la colère la submergeait…la pièce manquante. C'était pourtant bien la personne de Nabaat qui l'avait autant bouleversé. Pourquoi ?
Pourquoi s'était-elle énervée ? Elle n'avait aucune idée d'où est-ce qu'elle avait puisé cette force, même si elle savait pertinemment que ça émanait d'elle. C'était comme si elle avait eu recours à des sentiments qui faisaient partie d'elle mais qui n'étaient pas les siens. C'était complètement insensé.
Et si c'étaient les sentiments d'une autre Lightning ?
Elle se secoua mentalement. C'était impossible. Et stupide.
Bahamut bondit sur la table et vint se frotter contre son bras, ponctuant son arrivée d'un ronronnement réconfortant. Lightning posa son téléphone pour céder à sa demande de caresses.
« Qu'est-ce qu'on va faire maintenant hein ? »
Elle soupira. Son attention s'éloigna du chat et son regard se fixa distraitement sur le mur du fond. Elle devrait songer à chercher un nouveau travail, pourtant elle n'en avait aucune envie. Elle était lasse et il y avait cette idée qu'une fois tombée de sommeil dans le pays des merveilles, elle se réveillerait sur un nouveau jour où tout ceci n'aurait jamais existé. Elle retournerait travailler, prendrait son plateau ou son sandwich avec ses amis et irait prendre un verre en compagnie d'un charmant inconnu. Elle n'y croyait qu'à peine, mais honnêtement elle était incapable de se projeter plus loin, alors quant à la nécessité de savoir ce qu'il faudrait faire dans deux semaines, c'était définitivement hors de portée.
Elle partit se coucher après le rituel du débarbouillage, lavage de dents et enfilage de pyjama, et laissa même le chat dormir sur le lit. Il fallait bien que la situation profite à quelqu'un.
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Quand elle se réveilla, les faits lui revinrent immédiatement en mémoire. Elle ferma les yeux pour tenter de les chasser. N'obtenant aucun résultat elle se tourna vers son fidèle compagnon toujours lové au bout du matelas. Son appel silencieux ricocha sur l'emprise de Morphée, laissant l'animal à son repos. Lightning soupira de nouveau et décida de mettre ses troubles en attente. Elle observa son réveil, le mettant en charge de son répit. Plus que 15 heures à s'occuper avant de pouvoir retourner dormir.
Après le rituel du matin : habillage, aérage, petit déj' et enfin salle de bains, elle entreprit…le grand nettoyage. Armée d'un balai dont les poils se dressaient avec détermination, prêts à se battre malgré les blessures passées, et d'un aspirateur pour amorcer la charge, la jeune femme se lança dans le combat corps et âme. Aidée par un air de musique provenant de son ordinateur portable, la radio ayant officiellement trépassée, elle se mouvait avec grâce et habileté parmi les opposants. De coup d'estoc en balayage, elle faisait voler les bataillons de poussière. Les fibres, les peluches, les cheveux, les non-identifiés –probablement des mercenaires appelés en renfort-, rien ne lui résistait. Ce fut un véritable massacre. Les forces ennemies battirent en retraite en jurant ne pas revenir avant au moins quatre ou cinq jours. Elle n'aurait plus qu'à amadouer le chat avec des croquettes pour qu'il soit gentil et évite de mettre des poils partout en se grattant.
Satisfaite, la fée du logis opta pour une douche bien méritée. Bahamut attendit justement qu'elle soit débarrassée de toute crasse pour réclamer son pot de corruption.
Une fois son devoir accompli, Lightning se planta devant la baie vitrée, thé en main. Le temps était gris, ça lui retirait toute envie spécifique.
Elle songea à appeler ses parents. Cela faisait un moment qu'elle n'avait pas eu de leurs nouvelles. Elle se demanda si elle pouvait aller les voir, marcher jusqu'à leur vieux ranch et monter son cheval, ça lui ferait probablement du bien. Et puis les paroles d'une certaine brune lui revinrent en mémoire. Ton père est mort quand tu étais jeune, tu m'as dit que tu n'avais quasiment aucun souvenir de lui. Et tu avais quinze ans quand ta mère est morte d'une maladie.
C'était faux. Elle avait eu une enfance très heureuse avec son lot d'aventures en tout genre. Ses parents l'avaient toujours aimé et soutenu en toute situation. Elle s'en souvenait. Elle le savait. Et comme pour prouver que c'était vrai, elle tapa le numéro de leur maison. Un élan de fierté l'empêcha cependant de presser le symbole du téléphone vert. Elle n'avait pas besoin de prouver quoique ce soit à qui que ce soit.
Satisfaite, la demoiselle s'installa sur le canapé, suivie de près par le félin beige, et alluma la télé tout en buvant son breuvage au jasmin.
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Elle parvint à tenir cinq jours ainsi. Elle prenait son temps pour faire les courses, se balader dans le parc, errer dans les magasins, vagabonder dans les rues le soir, courir, amener le chat chez le vétérinaire pour un contrôle de routine… Elle dût éviter la salle de gym par crainte d'y rencontrer un visage familier, le concessionnaire qui lui rappelait qu'elle allait certainement être à court de revenus et le quartier où elle travaillait. Et par-dessus tout, elle s'empêcha de penser à une certaine personne. Cinq jours.
Puis elle se décida enfin à appeler à l'aide.
« Hey, ça va ? »
« Oui. Non, pas vraiment… je ne sais pas ce que j'ai dernièrement mais… quelque chose ne va pas. »
« Est-ce que je peux faire quoique ce soit ? »
« … Est-ce qu'on peut se voir ? »
« Bien sûr. Demain en fin d'aprèm, disons vers 18h ? Tu auras débauché ? »
Lightning leva les yeux du sol pour contempler le bleu nocturne du ciel, se perdant plusieurs secondes dans son immensité et sa profondeur. La voix à l'autre bout du fil s'était faite lointaine, et le silence qui commença à s'installer l'éloigna davantage de l'instant présent. Si ça n'avait été pour le dernier mot, qui lui revint à l'esprit à cause de sa désagréable sonorité, elle serait définitivement partie.
« Heu oui. C'est parfait. On se voit demain. »
« D'accord. Prends soin de toi. »
« Toi aussi. Cid… merci. »
« Je suis là. »
Elle sourit faiblement avant de raccrocher. Elle se rallongea. La tête sur le bras du canapé, et le chat roulé en boule sur son ventre, elle s'endormit.
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Elle se réveilla en sursaut et se redressa. Son rythme cardiaque s'accéléra en apercevant la teinte brumeuse du ciel d'un bleu assombri entrecoupé de stries roses. Avait-elle manqué le rendez-vous ?
Une observation approfondie lui permit de réaliser que la ville n'était pas au bord de l'assoupissement mais sur le point de s'éveiller. Rassurée, elle soupira. Elle se voyait mal se lancer à la poursuite du sommeil maintenant que ce pic d'adrénaline avait secoué son système. Elle jeta un coup d'œil au chat qui reposait désormais sur le dossier du canapé et que la situation n'avait pas alerté. Lightning esquissa un mouvement pour repousser la couverture étendue sur elle. Sa nuque craqua au passage, lui tirant un rictus, et ses membres engourdis peinèrent à obéir. Elle réprima un gémissement en se disant qu'elle ne récoltait que ce qui l'attendait, à s'être ainsi assoupie sur le canapé.
Une étrange sensation électrisa le bout de ses doigts lorsqu'elle toucha le plaid. Elle se souvint l'avoir laissé dans la chambre la veille car elle avait eu froid la nuit précédente. Alors qu'est-ce qu'il faisait là ? Elle écarta la question vers un recoin de son esprit car la seule réponse que ça lui inspirait était inadmissible.
Afin de se changer les idées et de s'aérer elle opta pour un footing. Elle se leva et partit enfiler une tenue adaptée, se servit un jus d'orange et grignota une barre céréalière. Elle fit quelques étirements pour préparer ses muscles, prit son lecteur audio, ses clés, ferma la porte, et enfin prête, mit ses oreillettes et se lança.
Les premières notes de piano rebondirent sur les marches qu'elle descendait. L'air frais l'accueillit à bras ouvert lorsqu'elle poussa les portes d'entrée de l'immeuble. Ravie par cette caresse rafraîchissante, elle saluait néanmoins la présence de sa veste blanche aux manches et poches orange. Le battement grave de la musique s'accorda à celui de son cœur. Un bref regard alentour avant que le paysage se mette à défiler et que Lightning se mette à oublier.
It doesn't hurt me
Peu à peu engloutie dans sa bulle, sa vision se fixa sur l'horizon. Les bâtiments sur ses côtés se fondirent en tâches aux couleurs variées, diluées par sa vitesse et le ciel qui s'orientait de nouveau vers le gris.
You wanna feel how it feels ?
Sa respiration devenait sa seule focalisation. Ce souffle qui glissait régulièrement sur sa peau nacrée, répandant une chaleur aussitôt refroidie par la température ambiante, se manifestant alors par cette brume blanche et éphémère, était la preuve d'une vie palpitante à l'intérieur de ce corps glacé.
You wanna know, know that it doesn't hurt me ?
Plus rien n'avait d'importance excepté l'instant présent, excepté ce souffle qui emplissait ses poumons d'un air salvateur. Elle accéléra l'allure.
You wanna hear about the deal I'm making ?
Elle se sentait merveilleusement bien, heureuse, satisfaite, prête à libérer un peu de cette vie qui circulait en elle. Ses muscles tiraient encore légèrement mais c'était un mal pour un bien.
You and me
Elle ferma les yeux une seconde, brisant le schéma de sa respiration comme pour mieux en chasser les entraves. Elle vira à droite, prenant ainsi la direction d'Hyde Park qu'elle comptait suivre sur la longueur avant de rentrer à l'intérieur. Elle passa devant l'imposant et majestueux Royal Albert Hall, un monument qu'elle appréciait beaucoup. Elle avait déjà été voir un ou deux concerts mais ça faisait un moment, elle savait que l'intérieur était tout aussi impressionnant même si elle ne s'en souvenait plus.
And if I only could
Make a deal with God
And get him to swap our places
A chaque fois qu'elle s'évadait de son appartement pour se fondre dans le tumulte de la vie londonienne, elle réalisait à quel point elle était chanceuse. Elle avait un foyer, des amis, une famille, un chat ! Oui, elle était chanceuse. Qu'est-ce qu'elle pouvait espérer de plus ?
Tell me we both matter, don't we ?
Sans savoir pourquoi ses yeux s'embuèrent et elle dut fermer les paupières plusieurs fois pour que cet excès d'humidité daigne s'évaporer. Elle expulsa ce surplus par une expiration plus longue et bruyante. Qu'est-ce qui clochait chez elle à la fin ? Elle serra les dents et accéléra encore la course. Les pulsations de son cœur éliminèrent le reste de ses doutes. Plus vite. Elle passait son temps à courir ces jours-ci. Elle aimait ça. Elle atteint sa vitesse maximale et poussa jusqu'à sentir ses mollets surchauffer. C'était libérateur. Elle avait presque oublié à quel point.
Elle dut s'arrêter, à bout de souffle. Haletante, elle se mit à sourire bien que le froid écorche sa gorge maintenant vulnérable. Rien de tout ça n'avait d'importance. Elle se trouverait un autre boulot. Elle pouvait même se trouver une autre ville. Mais elle aimait bien cet endroit. Elle y était à l'aise. C'était chez elle après tout. Ce n'était pas son appartement en particulier, c'étaient ces rues larges, ces maisons de brique aux couleurs jolies qu'importe les nuances du temps. C'était son mode de vie. Tranquille, confortable, doux.
Le bonheur en toute simplicité.
Quelque chose de mouillé se posa délicatement sur le bout de son nez. Lightning releva la tête pour apercevoir une nuée de flocons tomber du ciel. La neige. La pointe de ravissement enfantin s'éclipsa aussi vite qu'elle était venue pour être remplacée par une drôle de sensation.
Si je te parle de Snow, ça ne te rappelle rien ?
Elle aurait aimé dire un sentiment indescriptible mais ce n'était pas ça, plutôt inaccessible. Elle savait qu'il y avait quelque chose de lié à cet instant, à ce mot, mais elle était incapable de le voir, de se souvenir. Sa vision était floue, son esprit tournait en rond, se battait contre cet assourdissement soudain. Ce fut le noir total.
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Des éclats de voix, des rires joyeux, on l'appelait. Elle observait les chahuteurs avec un sourire, un bien-être distant mais satisfait. On l'appelait. Le grand blond se tourna vers elle, l'invitant à les rejoindre au lieu de rester à l'écart. Il l'appelait. Un regard de jade la suivait avec malice.
Elle ouvrit les yeux.
« Madame vous allez bien ? »
Le sol froid, une main sur son épaule, des gens autour d'elle, sa tête bourdonnait.
« Quoi ? »
« Vous vous êtes évanouie. »
Elle voulut se redresser mais on la freina dans son élan, le monsieur qui la tenait en particulier. Elle appuya son regard sur lui pour essayer de comprendre.
« Vous êtes sûre que ça va ? »
Il était grand, la quarantaine, les cheveux châtains, la barbe naissante et portait des lunettes.
« Oui. »
Mais quand les mots franchirent ses lèvres, le visage changea. C'était un homme aux cheveux d'un bleu très argenté, les traits durs et le visage fermé. De petits yeux incisifs et un port militaire. Sa respiration se bloqua dans sa gorge tandis que les battements de son cœur s'intensifièrent.
« Papa ? »
Son murmure fut suffisamment étouffé pour n'attirer aucune attention. Le visage qui lui faisait face perdit sa clarté au même instant. Elle secoua la tête et insista pour se lever, tentant de ne pas céder à la panique. Elle ne voulait plus qu'on la touche, qu'on l'examine, qu'on lui parle.
« Attendez ! Vous ne devriez- »
« Laissez-moi ! »
Elle repoussa la personne qui la retenait et se remit à courir, faisant fi des exclamations de surprise qui tombèrent sur son passage.
La prochaine chose qu'elle eut le temps de réaliser était qu'elle était de retour à son appartement. Elle jeta les clés sur la table et s'y appuya, à bout de souffle. Elle serra sa veste contre elle, saisie par une vague de froid.
« Bahamut ! »
L'appel presque désespéré la surprit autant que le chat qui sortit précipitamment de sa chambre, monta sur la table et vint se frotter contre elle, inquiet. Elle le caressa avec reconnaissance, il ronronna de plaisir et de soulagement. Elle mit de l'eau à chauffer avant de se diriger vers la salle de bains. Le miroir l'accueillit avec un reflet très pâle. Elle se déshabilla en espérant que laver la pollution et la sueur de son corps emporterait tout le reste.
Le liquide brûlant marquait sa peau d'un rose vif. Elle n'en avait cure. Absorbé dans son effort pour annihiler la douleur, son esprit était engourdi. Parfait.
Propre et désormais habillée, elle sortit de sa chambre et vit la tasse de thé fumante posée sur le comptoir de la cuisine. Elle tressaillit. Elle sortit la boîte de somnifères qu'elle avait acheté cette semaine et avala un comprimé. Peut-être qu'elle hallucinait parce qu'elle manquait de sommeil ? Elle avait déjà écarté cette hypothèse auparavant. Les somnifères avaient-ils également des effets secondaires ? Toujours pas. Peu importait, elle ne tarda pas à s'effondrer sur son lit.
…
Lightning se réveilla en sursaut, alertée par un impératif qu'elle s'était elle-même imposé. Un coup d'œil sur la droite lui apprit ce dont elle doutait déjà : elle était en retard. Encore. Le genre de choses qui ne lui arrivait jamais avait décidément tendance à se répéter telle une boucle intemporelle. Retard. Hallucination. Bref. Elle se leva brusquement, se passa de l'eau sur le visage et claqua la porte, son sac encore au bout des doigts. Elle était en retard, c'était tout ce à quoi elle devait penser.
La lumière était à portée, la fin du tunnel proche, elle allait pouvoir soulager sa conscience, son fardeau. Et si elle continuait à rouler à cette allure, elle arriverait sans doute à temps, avant que Cid parte, qu'il l'abandonne. Mais il ne ferait jamais ça. Il allait l'aider à apaiser ses tourments, à éteindre le feu qui la rongeait alternant entre ses muscles et son cerveau. Ainsi, il attendrait sagement au café qu'elle arrive. Elle s'excuserait pour son retard et tout irait bien. Puis ils en discuteraient longuement. D'abord il la rassurerait, puis ils échangeraient quelques nouvelles et banalités. Ensuite il reviendrait sur son problème avec une explication rationnelle. Elle lui avouerait avoir probablement perdu son travail mais encore, il aurait une solution. Cid avait toujours une solution. Il était la solution.
Voilà, une fois qu'elle en aurait parlé avec quelqu'un de confiance, l'illusion s'estomperait et elle pourrait remettre les deux pieds dans la réalité.
Elle soupira, difficile de calmer les battements de son cœur, comme de se souvenir de la dernière fois où elle avait été aussi stressée. Un entretien d'embauche ? Non. Une interview ? Non plus. Des examens ? Là ça commençait à remonter trop loin dans sa mémoire, même pour elle.
La vision du café quelques mètres plus loin relâcha une vague de soulagement qui la décrispa. Le volant lui en fut très certainement gré. Elle se gara en prenant son temps et osa enfin se regarder dans le rétroviseur arrière. Elle le remit en place avec un grognement. L'avantage était que Cid l'avait déjà vue dans à peu près toutes les conditions. Son teint blanchâtre ne faisait donc pas exception.
Elle passa la porte et leva le menton afin que son regard puisse englober la pièce au-delà du comptoir. Elle repéra son ancien amant à l'autre bout, le regard tourné distraitement vers l'extérieur, son portable en main, attendant visiblement des nouvelles de la situation. Il était beau. Il aurait pu tomber amoureux de n'importe quelle femme, ou jamais selon ses propres dires, mais il l'avait choisi elle. Même si ce n'était pas les mêmes sentiments qui les unissaient, il y avait de quoi être flattée.
Il était calme, serein, comme d'habitude. Comme si le monde ne lui inspirait aucune peur, ou du moins aucune qu'il ne se sentait pas capable d'affronter. Cette assurance était peut-être ce qu'il y avait de plus séduisant chez lui. Savoir qu'à ses côtés, tout était possible.
Il était droit et solide comme la montagne. Elle pouvait compter sur lui, s'appuyer sur sa personne, se reposer sur son jugement et se laisser aller. Il la soutiendrait. Toujours.
Elle soupira de soulagement et préparait déjà ses excuses quand elle arriva à son niveau.
Mais elle s'arrêta net.
« Lightning ! Je commençais à m'inquiéter. »
Il s'était levé mais voyant qu'elle ne bougeait plus il s'immobilisa à son tour.
« Est-ce que ça va ? »
Quelque chose écrasait son cœur et la rage, soudaine, familière, saisit ses muscles et brisa sa volonté. L'incendie allait la ravager d'une seconde à l'autre. Elle leva les yeux sur Raines. Elle se sentit tellement humiliée, tellement outragée qu'elle se mit à trembler. Une voix intérieure cria au désarroi, à l'incompréhension, tentant par sa seule présence de braver la tempête qui grondait. Mais la foudre était plus puissante, l'océan d'amertume se déversa et engloutit la moindre protestation consciente.
Elle ne pouvait pas le contrôler, elle était furieuse. Et impuissante. Si impuissante qu'elle eut envie de fracasser ce qui l'entourait, juste pour prouver qu'elle était capable de briser n'importe quoi, y compris les chaînes qui la retenaient.
Les flashes étaient si vifs.
« Sale traître ! »
« Quoi.. ? »
Elle se contenait pour remettre en cage la lionne qui mourrait d'envie de lui sauter à la gorge. Ce qui restait de sa conscience perdait peu à peu du terrain, condamnée à regarder la scène se dérouler sans la comprendre et pourtant en la vivant pleinement.
« Tu nous as menti ! »
Elle entendait des échos de voix et pourtant elle était la seule à crier dans le café. Un assentiment général lui disant qu'elle était dans son bon droit. Une frustration collective dont les cœurs tambourinaient d'indignation à l'unisson. Une révolte peut-être ? Contre le traître, l'oppresseur, la fatalité même.
« Lightning de quoi tu- »
Elle s'avança et envoya valser la tasse de café vide, détournant dans un ultime et volontaire effort sa colère sur un objet plutôt que sur lui. Il ne le méritait pas.
« Pourquoi !? »
« Lightning calme-toi. »
Il saisit ses épaules puis ses bras. Ce contact fut comme une gifle mentale, un coup que son cerveau prit quelques secondes pour accuser. La colère devint muette mais ne s'affaiblit pas. Elle servit de tremplin à une toute nouvelle émotion : la tristesse, comme si elle venait de réaliser la véritable origine de cet émoi.
« Pourquoi tu ne t'es pas battu avec nous jusqu'au bout ? »
Il l'amena contre elle, incapable de donner du sens à la moindre de ses paroles. Elle se laissa faire, plongeant dans son désarroi intérieur. Il n'était pas des leurs. Il ne faisait pas partie d'elle, ne l'avait jamais fait. Il n'était pas un menteur, pas vraiment, mais il avait choisi un chemin différent. C'était sans doute pour ça qu'ils n'étaient plus ensemble.
« Le héros du peuple, maître de son propre destin. »
Mort, sacrifice. Les images n'étaient pas claires car trop rapides, elle n'arrivait plus à s'en défaire juste en clignant des yeux, surtout que les sentiments leur étant liés épuisaient toutes ses ressources pour être assimilés et digérés.
« Je suis toute seule maintenant. »
« Je suis là. »
Ce n'était pas vrai.
« Tu es mort. »
Un écho.
« Pourquoi tu m'as abandonnée ? Pourquoi es-tu partie !? »
Ce n'était pas sa voix. Elle était plus rauque, et depuis longtemps brisée.
« Je ne voulais pas partir. »
Elle s'accrocha désespérément au col de l'homme qui se tenait devant elle. Fébrile, elle continua à murmurer pour elle-même.
« Il le fallait… »
Sa voix s'éteignit, se coinça dans sa gorge, s'écorchant contre les parois à en devenir rauque. Elle sentit le poids du monde s'abattre sur ses épaules. Elle n'avait pas eu vraiment le choix si ? Quelle était cette horrible sensation ? Celle qui lui disait qu'elle n'était ni libre d'agir ni de penser. La détresse. La sienne. L'autre. Son cœur se contractait, bloquant ses voies respiratoires pour l'empêcher de ressentir, de se faire du mal. Elle ouvrit la bouche mais aucun mot ne pouvait s'échapper, juste des soubresauts de douleur qui voulaient piéger ses muscles dans une léthargie compatissante.
Non. Elle ne voulait pas. Tout ne devait pas être vain. Ces flashs, elle ne voulait pas les voir pour les oublier. Sinon à quoi bon ? À quoi bon ressentir la souffrance ? L'absence ? Trop d'émotions, trop d'incertitude. Et si c'était ce qui lui manquait ? Pour être heureuse ?
Elle n'avait jamais eu le contrôle.
Cette révélation semblait absurde, comme si elle le savait déjà ou qu'elle avait déjà réalisé à quel point cela n'avait pas d'importance. Elle voulut pleurer mais aucune larme ne coula le long de ses joues chaudes et rougies.
Elle repoussa brutalement ce corps contre elle et s'enfuit. Elle regagna sa voiture et ouvrit le sac qu'elle avait laissé sur le siège passager en toute hâte. Elle ouvrit la petite boîte orangée en plastique et en sortit deux pilules qu'elle avala précipitamment. Elle se retourna pour remettre le sac dans le compartiment bagage et démarra sa moto.
Le trajet fut comme un long rêve éveillé, à demi-consciente de son environnement elle conduisait. Ce n'était pas grave, elle savait qu'elle serait bientôt de retour à la maison.
…
Ses mains étaient glacées mais elle s'en fichait. Le liquide tiède qui coulait sur sa peau dorée suffisait à réchauffer son cœur. La statue de cristal pleurait. Fang, qui tenait ses joues entre ses mains, appuya son front contre le sien. Elle était tellement heureuse.
