Note : Beaucoup d'amour sur vous et merci pour votre soutien sur cette histoire. J'en profite pour remercier les guest, Elly, Rhea (de mon cœur) et Chanity ! Vous êtes adorables, merci d'avoir pris le temps de mettre une review, même sans avoir de compte.
Aussi, beaucoup de mot dans le chapitre d'aujourd'hui mais, bon, y'a du smut donc, voilà. Bonne lecture :)
Charles pose son assiette à peine entamée sur la table de sa cuisine et se lève. Il est presque vingt-deux heure trente et il se demande s'il est encore utile qu'il aille chez Erik ce soir. Ou qu'il y retourne un jour.
Il a dû s'auto-insulter une bonne centaine de fois depuis qu'il a quitté le cours de Lehnsherr et il n'arrive pas à se débarrasser du sentiment détestable qui s'est plaqué à sa peau depuis qu'il a collé la sienne à celle du professeur. Charles sait draguer, il n'a jamais eu aucun problème pour finir avec les hommes qu'il voulait dans son lit mais jamais, jamais il n'avait osé séduire un professeur de dix ans son aîné, l'homme qu'il aide quotidiennement à tenter de solutionner le problème qui gangrène sa vie. Le problème. Charles sourit devant la façon pathétique qu'il a de se réfugier derrière chaque euphémisme dès qu'il le peut.
Maman n'est pas morte, elle est partie.
Raven n'est pas adoptée, elle est unique.
Charles n'est pas homosexuel, il est libre.
Non, il ne peut pas faire ça, il ne peut pas se concentrer sur lui-même quand il y a, peut-être à quelques mètres de là, l'homme qui aidera Erik à retrouver Schmidt et tant pis pour l'abîme qui se crée en lui lorsqu'Erik le repousse, à chaque fois qu'il est minuit.
Il récupère son manteau, son écharpe et sort. Quand il arrive devant la porte de Lehnsherr, il a l'espoir idiot que la porte s'ouvre avant qu'il n'ait frappé, comme à chaque fois, mais en vain. Il cogne doucement le bout de ses doigts sur le bois et attend près de deux minutes, puisque la perspective de rentrer à sa chambre le rend incroyablement malheureux, avant que la porte ne s'ouvre enfin. Erik se tient devant lui et il n'a pas utilisé ses pouvoirs.
Charles veut trouver quelque chose à dire, peut-être une excuse ou une plaisanterie, de quoi apaiser le regard si dur face à lui, mais il ne trouve pas. Erik ne parle pas non plus et retourne le premier au salon.
La pièce est remplie de papiers à un point que Charles se sent étouffer. Ce n'est pas le genre du professeur et il sent dans son esprit qu'Erik perd la force de mettre en place des petites choses qui le calment habituellement. Charles déroule son écharpe, il la pose sur la patère avec son manteau. Il retire ses chaussures et remonte les manches de son pull. Il vient dans le salon et se met à genoux. Il tombe sur le dossier de Lance Monrooe, alors qu'ils ont eu lundi la preuve qu'il était aux Etats-Unis entre 1943 et 1945, ce qui veut dire qu'Erik ne range même plus les dossiers vérifiés. Charles le pose un peu plus loin.
Il classe tout ce qu'il trouve et parfois tombe sur un cendrier rempli sous une feuille. Il le vide, le nettoie automatiquement même si ce n'est pas quelque chose qu'il ferait dans son propre appartement. Parce qu'Erik en a besoin.
Erik ne le regarde pas, il ne semble même pas se souvenir de sa présence. Il fixe un à un les dossiers, plus lent qu'à l'accoutumée et c'est douloureux à voir. Charles le laisse jusqu'à ce qu'il ait rangé le salon et qu'il ait servi deux verres de whisky qu'il a posés près du jeu d'Echecs.
"Professeur ?"
Lehnsherr relève ses yeux rouges si fatigués et Charles utilise le seul baume qu'il a pour calmer les âmes abîmées : il sourit. Il lui indique d'un signe de la main le plateau et va prendre place. Erik, toujours assis dans le canapé, le fixe longtemps avant qu'il ne décide de se lever. Il s'installe sur son fauteuil en cuir noir et se rapproche. Charles commence en avançant un de ses pions.
"Je ramènerai demain les dossiers des professeurs du département de Lettres."
"On a fini de les lire ?"
"Oui. Stein n'en fait pas partie."
Erik hoche la tête. Il se concentre et joue à son tour. Les pions remplissent petit à petit les bords de la table et l'alcool descend dans leurs verres quoi qu'avec une certaine paresse. C'est une habitude plus qu'une réelle envie ce soir.
"Êtes-vous marié ?" demande Charles.
"Non."
"Est-ce que vous avez quelqu'un dans votre vie ?"
"Pourquoi est-ce que tu me demandes ça à moi ? Ce n'est pas assez clair que je déteste tout le monde ici ?" ça l'amuse amèrement et tant mieux, au moins ça égaye une des deux personnes dans cette pièce.
"Tout le monde ? Moi aussi, vous me détestez ?" Charles demande avec une voix très douce, alors que c'est lui même qu'il ne veut pas brusquer.
Erik le regarde, ses deux mains se massant devant sa propre bouche dont Charles voit quand même la commissure se redresser.
"Qu'est-ce que tu veux, Charles ?" et Dieu comme sa voix est envoûtante.
"Que l'on apprenne à se connaître."
"Très bien. Dans ce cas, ai-je moi aussi le droit de te poser des questions ?"
"Bien sûr," sourit enfin Charles ravi à l'idée qu'ils vont pouvoir partager quelque chose ce soir.
"Est-ce que tu avais réellement passé la nuit avec Denis Patmore, quand je t'ai trouvé dans son appartement en octobre ?"
Charles perd son sourire. Il n'arrive plus à contempler le regard si captivant de Lehnsherr et baisse ses yeux vers le plateau. Il fixe sans s'en rendre compte le seul fou qu'il lui reste et répond.
"Oui."
"Et tu fais ça souvent ?" enchaîne Erik sans lui laisser le temps de reprendre ses esprits. "Coucher avec les autres étudiants de ta promotion, je veux dire."
Cette fois, Charles hausse une épaule et se laisse retomber dans le fond de son fauteuil. Il ne réfléchit pas vraiment avant que la vérité ne sorte de sa bouche :
"Quand j'en ai envie. Je sais très bien que c'est mal vu. Mais moi… j'aime ça."
"Et est-ce que tu les aimes eux ?"
Il relève son regard et s'accroche à celui qui le fixe. Les secondes passent et tapent au rythme de son coeur dans ses propres oreilles jusqu'à ce qu'il avoue :
"Non."
Car non, non il ne les aime pas. Quand il les voit il n'y a pas cette impression géniale et terrible à la fois, qu'il a quand il est avec Erik, qui lui manque même quand il est là. Devant eux, il ne se mettrait pas à genoux pour se donner et s'abandonner, entièrement, inéluctablement, pour une caresse, pour un regard. Aux pieds d'Erik, il rampera. Devant lui, il lui jurera de lui appartenir, si seulement Erik le laissait faire.
Mais Erik a ce geste détestable et son poignet se tourne pour regarder l'heure : minuit. Charles retient son envie pathétique de hurler et se lève avant que son coeur ne le force à rester. Il enfile son manteau, ses chaussures. Il garde son écharpe dans sa main car il n'a pas froid. Il ne ressent rien de toute façon. Il est dans le couloir et il se retourne pour demander à Erik avant qu'il ne referme la porte :
"Est-ce que vous me laisserez rester après minuit, un soir ?"
Erik sourit à peine et hoche la tête pour le saluer. Il ferme la porte et Charles ne bouge pas.
'Vous ne m'avez pas dit non,' projette-t-il sans savoir dans quelle pièce Erik se trouve.
La sensation d'être entendu est beaucoup plus forte que prévue et Charles comprend : Erik est encore derrière la porte et lui non plus n'a pas bougé. Il faut une minute à Charles pour qu'il laisse son corps le ramener à sa chambre.
La semaine se finit pour le plus grand plaisir d'Erik qui ne verra plus les têtes de sales gosses de riches lui poser des questions débiles pendant deux jours complets - autant dire, un vrai miracle. Il dîne avec William ce soir et Charles le rejoindra, comme d'habitude, pour qu'ils travaillent sur leur enquête. Ils avancent. Lentement, mais ils avancent. Ils closent assez de dossiers pour avoir le sentiment que l'étau se resserre autour de Stein. Ils le trouveront. Et lorsqu'Erik se tiendra dans la même pièce que lui, il le fera parler, de quelques manières que ce soit. Ce n'est pas quelque chose qu'ils évoquent avec Charles. Peut-être que l'Anglais pense qu'Erik se contentera d'hausser la voix pour arriver à ses fins mais Erik n'a vraiment aucun scrupule à torturer, comme il a été torturé un jour. Oeil pour oeil…
Il attend le directeur à l'angle de Parks Road et Keble Road. Ils iront à pied jusqu'au restaurant avant que William ne rentre pour assister à la représentation de Comme il vous plaira, joué par les membres du groupe théâtral universitaire. Il se recule quand l'énorme porte en bois du bâtiment Keble s'ouvre, pour laisser passer les étudiants. Il plisse un peu les yeux et reconnaît Charles. Il le voit s'arrêter sur le trottoir et pivoter sur lui-même comme s'il cherchait quelqu'un qui l'aurait appelé alors qu'Erik est certain de ne pas avoir ouvert la bouche. Puis leurs yeux s'accrochent et Charles sourit.
"Bonsoir professeur Lehnsherr."
"Bonsoir Xavier. Pressé d'aller dîner ?"
"Nous allons manger un morceau avant d'aller voir la pièce jouée ce soir. Est-ce que vous venez ?"
Les sourcils d'Erik forment deux accents circonflexes sur son propre front.
"Non," sourit-il, étonné que Charles ait pu croire le contraire.
"Oh, dommage."
Ils se regardent et cette fois, la voix de Charles résonne d'une façon différente. C'est comme si elle touchait l'arrière de sa tête et ce n'est pas un sentiment auquel Erik est encore habitué.
'Je ne peux pas venir ce soir. Je ne sais pas à quelle heure finira la représentation et deux de mes amies sont comédiennes. Nous avons prévu d'aller les voir en coulisses après, pour les féliciter. Je suis désolé.'
'Et si elles jouent mal ?'
'Elles sont mes amies. Elles ne jouent pas mal.'
"Charles…" rit Erik avec une légèreté qui ne lui ressemble pas, avant de se rendre compte qu'il a dit tout haut son prénom.
"Hey, Professeur Lehnsherr," salut Raven Xavier qui s'approche jusqu'à englober de ses longs bras celui de son frère. Elle fixe de son regard étrange Erik avec une certaine méfiance - et il ne faut pas être télépathe pour le comprendre. "Est-ce que vous venez au spectacle vous aussi ?"
"Absolument pas."
"Super !" s'enchante Raven et vu le regard sévère de Charles, Erik comprend qu'il doit la réprimander mentalement.
"Amusez-vous bien malgré tout…" Erik les salue avant de se retourner pour leur faire comprendre que la conversation est finie. Et pour ne plus voir les yeux bleus de Charles.
Charles est un séducteur. Erik n'en a pas rencontré beaucoup dans sa vie, mais il suffit de regarder les gestes langoureux du jeune homme, ses sourires et la façon dont ses yeux observent pour comprendre qu'il veut. Charles lui a avoué, il a déjà couché avec d'autres garçons de sa promotion et Erik s'en fout. Lui n'a eut que des expériences - courtes, mécaniques, nécessaires - avec des femmes. Que Charles trouve son bonheur chez des hommes n'est pas si dramatique, estime l'Allemand. Du moment que grâce à lui il pourra retrouver Stein plus vite, le reste n'importe pas vraiment.
William arrive enfin, il s'excuse de son retard et les deux hommes marchent à pas rapides jusqu'au Cherwell Boathouse Restaurant. Ils s'installent dans la salle à l'intérieur, sous une épaisse poutre en bois clair, près de la fenêtre. Ils parlent des nouvelles de Berlin, du Mur que les journaux anglais évoquent de plus en plus. Ça irrite Erik jusque dans son sang, mais il reste évasif et essaye de ne pas trop penser aux conséquences désastreuses de ce qu'un nouveau clivage pourra créer dans le pays de son enfance.
"C'est bien que tu sois parti, il y a plus de possibilités en Angleterre. Et puis, ça te permet de passer à autre chose."
Erik n'amène pas sa fourchette jusqu'à sa bouche. C'est sûr, il a mal compris.
"Je te demande pardon ?"
"De changer de pays, changer de paysage, ça te permet de ne plus penser à ce que tu as vécu… là-bas."
Ne plus penser à ce que j'ai vécu là-bas, Erik le répète mentalement car il a besoin de s'approprier les mots pour être bien conscient de ce qu'ils impliquent. Et ils impliquent tellement de choses, qui deviennent si peu, alors que tout le reste est si tout.
Quand Erik entend une jeune étudiante hurler lorsqu'un garçon la surprend au détour d'un couloir, Erik entend à nouveau les hurlements des femmes quand on les amenait dans ce bâtiment.
Quand Erik regarde une assiette remplie pour lui, il veut en garder une partie pour demain et une autre pour après demain, pour être sûr d'avoir de quoi manger pour la semaine.
Quand Erik ne ferme pas les rideaux, ne ferme pas les portes, parfois ne ferme pas ses paupières, c'est parce qu'il a besoin de respirer, de se sentir libre, de se sentir.
Chaque jour qui passe est la cadence donnée à sa recherche de Schmidt, pour qu'il le trouve et le tue sans le quitter des yeux, sans un mot et il ne l'enterrera pas, il ne lui fera pas cet honneur. Il laissera son corps pourrir à la vue de tous et de toutes, il le laissera être là sans l'être vraiment et personne n'oubliera ce qu'il a fait car les gens sauront. Enfin.
"... Est-ce que tu penses que le spectacle va être intéressant ?" demande Erik, ravalant sa rage derrière un sourire qui dévoile peut-être un peu trop de dents.
William s'enfonce dans ce nouveau sujet avec la maladresse ridicule d'une autruche et raconte comment l'association théâtrale s'est mise en place. Apparemment c'est une histoire drôle puisque ça le fait rire, mais Erik n'écoute plus.
Il laisse William partir pour ne pas être en retard et commande un deuxième Brandy. Il ne quitte la table que quand le troisième est fini et règle sa part de l'addition avant de rentrer à pied jusqu'à son appartement. Les trente minutes de marche ne sont pas suffisantes pour apaiser la colère en lui, l'incompréhension. Il pensait que William McClare comprenait qu'on ne pense pas à autre chose quand on a vécu ce qu'Erik a vécu. Mais, finalement, William est comme les autres, il ne sait pas. Son père n'a jamais dû lui dire. Peut-être qu'il le vaut mieux. Ou peut-être que c'est une erreur. Ça ne fait rien d'autre que rappeler à Erik combien il est seul.
Dans son salon, il repousse les dossiers en hurlant sans que sa voix ne parvienne à ses oreilles.
C'est Charles qui est chargé de porter les fleurs aux loges. Leslie et Mary sautent de joie en le voyant arriver et crient de bonheur en voyant le reste de leur groupe d'amis qui envahissent la petite pièce. Thomas a apporté du champagne - beaucoup de champagne - et Raven porte le plateau avec les petits gâteaux pour la troupe. Ils s'installent tous comme ils peuvent, certains sur les canapés d'autres par terre. Il y a une euphorie si dense que Charles se laisse légèrement fondre dedans. Il ne retient pas les barrières qu'il a bâties entre son esprit et celui des autres qui l'entourent, et laisse leur joie l'enivrer. La chaleur de Raven, le bien-être chaud et tendre qui émane de son esprit, et l'alcool n'aident pas et petit à petit, la tête de Charles tourne et son sourire semble irréversible, comme si les commissures de ses lèvres avaient trouvé place dans ses joues et ne pourraient plus jamais s'en défaire.
"Je vous remercie pour vos compliments, vraiment, mais nous ne n'y sommes pas pour grand chose. Quand on joue du Shakespeare, il y a peu de chance de se louper…" déclare Leslie en levant les mains pour retenir leur attention.
"Tu n'as pas vu la représentation de Richard III, interprétée par notre grande tante à moitié sourde et ses amis de la maison de retraite," dit Raven et ça entraîne tout le monde dans un fou rire.
Anthony attrape le costume d'un des comédiens, un long drapé qu'il portait lors du premier acte et l'accroche rapidement comme une toge par dessus ses vêtements, avant de monter sur sa chaise. Mary se penche pour tenir ses jambes, de peur qu'il ne tombe puisqu'ils sont tous un peu saouls maintenant, mais il lui fait signe qu'il va bien avant de se redresser pour déclarer avec une aisance qui les fascine tous :
"Je ne veux à l'union de deux âmes sincères admettre empêchement. L'amour n'est point l'amour s'il change en trouvant ailleurs le changement, ou s'éloigne en trouvant en l'autre l'éloignement. Oh non ! Il est un phare au regard immuable fixé sur la tempête et jamais ébranlé ! Pour tout navire errant il est l'astre qui guide, dont on prend la hauteur, mais ne sait l'influence. L'amour n'est point le jouet du Temps, dont la faucille emporte en son croissant les joues et lèvres roses ; il n'est pas altéré par les jours, les semaines, mais endure et survit jusqu'à la fin des temps. Et si j'erre en ceci, si mon tort est prouvé, je n'ai jamais écrit…" sa voix se fait plus basse, il lève les mains et l'ensemble de la pièce poursuit en choeur :
"Et nul n'a jamais aimé."
Charles connaît lui aussi ce sonnet de Shakespeare mais c'est ce soir qu'il le découvre parce que, pour la première fois, les mots ricochent en lui jusqu'à atteindre la vérité : c'est à Erik qu'il pense. Il se redresse et se retourne vers Raven.
"Je dois y aller."
"Déjà ? Il n'est même pas minuit."
Justement.
"Je suis fatigué."
"Tu es saoul, Charles. Reste, avec nous, la soirée ne fait que commencer."
"Je te vois demain."
Elle fronce les sourcils mais il détourne son attention et salue leurs amis qui l'implorent de rester. Il quitte la loge et accélère le pas. Il a oublié son manteau sur la méridienne et tout le champagne qu'il a bu n'est pas suffisant pour le couvrir du froid qui grignote sa peau. Il ne pense même pas à utiliser ses pouvoirs pour vérifier qu'il est seul et se retrouve à frapper à la porte du professeur Lehnsherr avant même d'en avoir conscience. La porte s'ouvre, par la main d'Erik, et il est si beau.
"Tu n'étais pas censé venir ce soir."
"Le sourire qui habille vos lèvres semblent vouloir me murmurer que la surprise vaut néanmoins la peine d'être vécue."
Erik fronce un peu les sourcils. Charles s'explique :
"Je viens d'assister à une pièce de Shakespeare qui a duré deux heures…"
Le professeur sourit discrètement et le laisse entrer.
"Je rentre dans vos appartements, mais je me dois d'être honnête. Je ne viens pas pour travailler. Je viens pour vous parler."
"Tu m'as l'air ivre, Charles…"
Oh, oui, ça c'est vrai. Charles se retourne pour confirmer mais sur le comptoir de la cuisine il y a une bouteille de whisky bien entamée et un verre à peine rempli.
"Je pense que vous aussi."
Erik ne le contredit pas. Charles continue d'avancer jusqu'au salon et ne prête pas attention aux dossiers qui ont été repoussés dans un coin.
"Je me suis rendu compte que je comprenais que vous n'étiez pas intéressé par mes avances. C'étaient de mauvaises avances. Vous ne savez même pas clairement ce que j'ai à vous proposer et c'est précisément la raison de ma venue."
"Tu es ici pour me faire une dissertation sur la façon dont tu pense devoir me séduire ?" rit Erik avant que la main de Charles ne se referme sur son poignet pour l'attirer jusqu'à son fauteuil fétiche où il le fait s'asseoir.
Erik s'exécute sans résistance et Charles perd un peu son équilibre. Il se retient en posant ses deux mains sur les cuisses de Lehnsherr qui s'écartent légèrement alors qu'il s'installe dans le fond de son fauteuil en cuir. Charles se mord la lèvre.
"Bien trop sexy…"
Charles s'imagine parfaitement penché sur ces genoux, la main d'Erik claquant ses fesses et le haut de ses cuisses et…
Il relève la tête pour vérifier qu'il ne vient pas d'évoquer tout haut ses fantasmes mais Erik le regarde toujours, légèrement souriant et dubitatif alors Charles ne s'est pas trahi, ce qui est un bon point. Il lâche finalement les jambes du professeur et se redresse.
"Ce que j'ai à vous proposer, donc, c'est de vous montrer ce à quoi vous pouvez avoir droit et ensuite vous pourrez pleinement estimer si vous voulez passer la nuit avec moi, ou non, sans engagement."
"Je vois que tes cours d'économie te servent à quelque chose."
Charles se penche légèrement et pose ses doigts à quelques millimètres de la bouche d'Erik pour lui demander de se taire, la sienne déformée par un sourire charmeur et charmé. Il commence lentement à déboutonner sa chemise en louchant sur ses mains qui pincent les petits boutons.
"Je vous propose un pur produit anglais dont la peau n'a jamais vu le soleil..."
Il l'ouvre, fait glisser le tissu sur ses épaules qu'il laisse tomber au sol. Ses mains s'occupent maintenant de son pantalon.
"... Seulement couverte de tâches de rousseur..."
Il se défait de ses chaussures grâce à ses talons alors que ses doigts s'occupent toujours de sa ceinture.
"... Et vous refusez, quel dommage."
Cette fois ça fait réagir le professeur qui se penche légèrement en avant.
"Tu n'as aucune cicatrice ?" demande-t-il, la voix basse.
"Non. Même pas d'appendicite - c'est Raven qui l'a eue."
Il se glisse hors de son pantalon pour entraîner en même temps son boxer et ses chaussettes et le voilà nu face au professeur. Il se redresse et croise enfin le regard d'acier d'Erik qui scrute son torse avec une curiosité qui n'est en aucun cas sexuelle. Erik attrape son avant-bras avec force et le pousse plus loin jusqu'à le faire tenir debout près de la grande lampe, avant de s'agenouiller face à lui. Il le regarde avec une espèce d'obsession que Charles n'a jamais connue avant et la sensation est assez pour lui glacer le sang même si l'ampoule chauffe sa peau. Il ne se rend compte qu'à cet instant, qu'il est nu, totalement, face à son professeur. Qu'il s'est offert.
"Aucune… ?" répète Erik, les yeux scrutant chaque infime parcelle de ses clavicules, de son sternum et le long de son ventre.
Son visage redescend jusqu'à ses hanches, ses yeux frôlent son membre sans qu'il ne semble être gêné par une telle promiscuité et Charles ne comprend pas ce qu'il se passe. Il faudrait qu'il presse ses mains contre sa tempe, qu'il essaye de déchiffrer ce qui traverse l'esprit d'Erik à ce moment précis, mais il ne peut pas bouger, comme lors de leur première vraie rencontre, lorsque le professeur avait levé la couverture et avait découvert Charles dans tous les sens du terme.
Erik attrape ses hanches et le force à se tourner. Charles sent maintenant son regard sur ses fesses et sur ses jambes que ses mains frôlent à peine. Il concentre à nouveau son attention sur le bassin du plus jeune et le retourne encore. Face à face, Charles se rend compte des yeux rouges d'Erik, de ses lèvres entrouvertes dans un son silencieux.
"Aucune," il conclue, la voix brisée et Charles comprend.
Il comprend sans les voir, les cicatrices qui strient le corps d'Erik. Son âme. Son peuple. La main d'Erik attrape son poignet gauche pour doucement le tourner. Il regarde son avant-bras, la peau blanche, un grain de beauté à peine visible.
"Si pur… " il murmure d'un souffle que seuls les morts peuvent entendre avant de fermer ses yeux et ses lèvres juste au-dessus de son poignet.
Il n'y a pas un bruit dans le salon d'Erik Lehnsherr, pendant près d'une minute. Avant qu'il n'inspire et que les larmes couvrent ses joues et ses plaies. Ses bras se referment autour des hanches de l'étudiant. Il presse son visage contre le ventre nu et pleure tout bas, une douleur que Charles n'a jamais ressentie chez personne d'autre avant. Elle est trop grande pour qu'Erik la contienne mais Charles s'en préserve et la tient éloignée de son propre esprit. Il doit tenir. Pour Erik, il doit tenir.
Très lentement, il se laisse glisser sans se défaire de l'étreinte imposée à son corps. Ses genoux se posent eux aussi au sol et il fait face au visage défait qui le regarde sans le voir. Lentement, il met ses mains sur ses joues et repousse les larmes de ses pouces. Il ne cligne pas des yeux, il maintient le contact jusqu'à ce qu'il sente Erik revenir à lui, à la vie. Ses paupières tressautent plusieurs fois tandis que sa respiration se calme. Il rend enfin son regard à Charles et ne pleure plus. Charles le maintient. Charles est là. Alors Charles lui sourit, tendrement. Puis il se penche. Et l'embrasse.
Il pose ses lèvres sur celles humides au goût légèrement salé et y reste le temps d'un battement de coeur. Ses lèvres s'ouvrent à peine, guident, attendent. Il sent contre lui Erik se concentrer sur sa propre respiration qui se fait plus profonde, jusqu'à ce que sa bouche s'entrouvre aussi. Chaque mouvement de Charles est lent. Il fait glisser sa langue entre les lèvres ouvertes et peut-être que ses mains se referment un peu plus sur les joues d'Erik mais il est trop focalisé sur la timidité du professeur qui répond au baiser. Sa langue caresse celle de Charles et ses lèvres se pressent un peu plus contre les siennes avant qu'il ne se recule légèrement. Charles n'approfondit pas ce baiser qui symbolise à lui seul toute cette tendresse qui les lie. Il rouvre les yeux, découvre que ceux d'Erik sont restés ouverts et regarde son corps encore habillé. Il pose ses mains sur les boutons fermés de la chemise d'Erik qui murmure :
"Non."
Charles n'insiste pas. Il laisse ses mains descendre et s'arrête sur le pantalon qu'il déboutonne. Erik tente de l'en empêcher mais Charles le rassure d'un regard. Il finit d'ouvrir son pantalon et le baisse à peine avant de glisser sa main sous l'élastique de son boxer pour en sortir son membre pas encore dur. Il referme un peu ses doigts et les fait aller et venir sur le sexe qui durcit lentement. Erik souffle alors Charles relève la tête pour vérifier s'il doit tout arrêter mais le professeur Lehnsherr garde ses yeux fermés, concentré. Charles se retient de ne pas l'embrasser à nouveau et le caresse un peu plus vite cette fois. Sa langue mime, sur sa lèvre inférieure, le passage que son pouce exerce sur le bout humide du membre dans sa main, alors, Charles ne se retient plus. Il se penche, lentement, se tient d'une main au sol et garde la base du sexe du professeur dans l'autre avant d'ouvrir ses lèvres au même rythme où il ferme les yeux. Il entend au-dessus de lui Erik gémir et glisse le membre entre sa langue et son palais.
"Mein gott, Charles, mein…"
Il entend la main du plus vieux se poser sur la table en verre pour se tenir, l'autre grincer sur le fauteuil en cuir. Ça ne le dérange pas qu'Erik ne le touche pas. Ce n'est pas à propos de lui, ce soir.
Il recule sa tête et l'avance à nouveau et Erik grogne. Charles ne sait pas si quelqu'un a déjà fait ça à Erik alors chaque geste a la lenteur nécessaire de la première fois. Il ne le caresse pas en même temps mais tient à peine sa base entre ses doigts pour mieux le sentir. Il garde ses yeux fermés, se concentre à faire aller et venir sa bouche en sentant le précome toucher sa langue.
"Stopp, bitte…"
La main d'Erik appuie sur son crâne alors qu'il tente de se reculer et Charles avance pour ne pas le laisser partir. Il pose sa main droite au milieu du torse du professeur et projette :
'Erik, laisse-toi faire.'
Il sent qu'il secoue la tête à la négative, une vague de honte et d'un dégoût à peine assumé s'imprégnant dans l'esprit de Charles sans que celui-ci ne sache si Erik ait voulu lui transmettre consciemment ou non.
'S'il te plaît, Erik, laisse-moi faire ça. Pour toi, Erik…' il répète sans arriver à se retenir et la tête d'Erik ne s'arrête pas non plus de se secouer. Erik se recule assez pour qu'il n'y ait plus que le bout de son membre entre les lèvres de Charles.
Il ne bouge plus, gémit à peine, sa main encerclant durement le crâne de son étudiant pour l'empêcher de bouger. Son esprit renvoie tellement de questions que Charles n'arrive pas à en discerner, trop captivé par la sensation de son membre tout contre sa langue qu'il garde immobile. Mais les questions disparaissent en poussière et la main d'Erik s'accroche une fois à la chevelure brune avant qu'il ne s'avance durement, forçant Charles à ouvrir la bouche autant qu'il peut, alors qu'il jouit dans un long gémissement à peine compréhensible, mélange d'Allemand et de grognements.
Charles détend sa gorge autant que possible et compte les secondes où il ne respire pas. Dans sa bouche, le goût n'a jamais été aussi fort parce que Charles n'avait jamais laissé personne venir entre ses lèvres. Mais il n'aurait jamais reculé pour Erik. Il ne bouge plus, avale par réflexe tout en maîtrisant sa mâchoire comme il peut pour que ses dents ne frôlent pas Erik qui commence à se reculer doucement. Il se laisse retomber par terre, les jambes lourdes et les gestes mous. Il appuie son dos contre son fauteuil et frotte lentement son visage entre ses mains. Charles respire bruyamment, il essuie ses lèvres et son menton avec son avant-bras gauche et se laisse retomber lui aussi sur la moquette qu'il a chauffée par sa présence. Il s'appuie contre la table en verre et ne regarde rien de précis, trop dépassé par ce qu'ils viennent de faire pour que ses yeux ne s'accrochent à la réalité.
Erik garde ses yeux ouverts derrière ses paumes. Son cœur bat si fort contre sa cage thoracique qu'il pourrait presque sentir chaque artère, chaque ventricule. Il baisse lentement ses mains et se regarde avant de se rhabiller sommairement. Il ne referme qu'un bouton de son pantalon et tourne la tête vers Charles, les yeux dans le vague, nu.
Et finalement, Erik le voit.
Il s'approche sur la moquette et glisse sa main sur la nuque de Charles pour retenir son attention. L'étudiant tourne la tête vers lui avec une seconde de décalage et ses yeux sont rouges, son souffle encore un peu erratique. Le pouce d'Erik caresse son menton, ses lèvres qui l'ont touché comme il n'a jamais été touché avant, puis il passe ses bras autour du corps du plus jeune et le soulève lentement. Les jambes de Charles s'enroulent autour de son bassin et il marche jusqu'à sa chambre. Il le pose sur le lit, laisse la petite lampe sur la table de chevet allumée et grimpe entre ses jambes jusqu'à le surplomber de sa présence.
Erik n'a jamais touché un homme avant ce soir mais ça n'empêche pas son regard d'être fixé sur le membre dur et non circoncis de Charles qui resserre un peu ses jambes, sans doute gêné. Erik pose une main sur une de ses cuisses pour l'en empêcher et la remonte jusqu'à ce que ses doigts ne se referment autour de son membre.
"N-non, Erik, tu n'as pas à…"
Il ne finit pas sa phrase et Erik ne s'arrête pas pour autant. C'est étrange de tenir l'érection d'un autre homme dans sa main. Ce n'est définitivement pas de l'ordre de l'évidence et pourtant, ça a un arrière goût de naturel dont Erik n'arrive pas à se défaire. Il forme un poing autour de la peau douce et regarde le mouvement de ses doigts lorsqu'ils remontent jusqu'à ce que son pouce passe légèrement sur sa fente. Il entend Charles geindre et redresse tout aussi vite la tête pour vérifier son expression mais les joues de l'étudiant sont rouges et ses pupilles dilatées alors Charles ne souffre pas. Erik ne veut jamais voir Charles souffrir, c'est une promesse. Peut-être, une obsession. Il s'allonge à côté de lui et colle son corps au sien sans jamais arrêter les mouvements de sa main. Il effectue les mêmes qu'il utilise rarement sur lui. Les yeux de Charles sont perdus entre ceux d'Erik, sa main et derrière ses propres paupières. Il se retient de bouger les hanches, Erik le comprend sans savoir la raison. Mais il n'arrive pas à lui parler, alors il colle son front contre la tempe en sueur et accélère sa main.
Charles se cambre, sa tête se tend en arrière, il gémit d'une voix brisée qu'Erik adore d'une tendre dévotion. Il suit le mouvement de son corps qui se perd dans le plaisir, sans décoller leurs visages, sans arrêter sa main. Les doigts de Charles se referment sur sa cuisse encore habillée et ses hanches sursautent à peine alors Erik comprend et ouvre les yeux pour regarder Charles jouir entre ses doigts : un premier jet tombe sur le ventre du plus jeune avant que le deuxième ne coule jusqu'à sa main.
Erik arrête de se toucher dans la seconde où il a jouit, à chaque fois, mais ce n'est pas quelque chose dont semble avoir besoin Charles puisque sa main à lui encercle encore avec force la cuisse d'Erik. Ça dure à peine une minute avant que son corps ne se détende, ses yeux toujours fermement scellés. Erik le lâche et se décolle très lentement du corps en sueur. Il garde sa main ouverte et utilise celle qui n'est pas salie pour ouvrir la porte de la salle de bain qu'il referme derrière lui. Il se dirige jusqu'au lavabo, enclenche le robinet et redresse le visage.
L'image que lui renvoie le miroir ne semble pas être celle de la vraie vie. Sa peau est rouge mais pas de celui qui peut colorer sa peau après un coup. Ses yeux sont sombres mais ne crient pas sa haine. Sa main est toujours ouverte, couverte du sperme de Charles. Il la regarde à travers le miroir comme si la distance lui permettait de réaliser ce que ça signifie. Et dire qu'Erik pensait tout savoir du corps, le sien ayant subi trop de sévices pour que l'humanité ne puisse vraiment le croire. Mais Erik ne connaît même pas ça. Lentement, il remonte sa main jusqu'à sa bouche et lèche sa paume. Charles.
Il ferme les yeux, inspire et passe sa main sous l'eau chaude. Il la lave avec du savon, la rince longuement, puis il se penche pour passer de l'eau sur sa nuque. Il se sèche rapidement avec une serviette verte épaisse et sort de ses vêtements qui sentent l'alcool et le sexe pour enfiler un tee-shirt et un pantalon lâche en toile fine. Quand il ressort de la salle de bain, Charles est assis sur le lit, le regard dans le vide. Il tourne lentement sa tête vers lui pour lui expliquer :
"J'essaye de trouver la force de me lever."
Ça fait sourire Erik, parce que Charles ne paraît même pas en état de bouger son petit doigt. Il prend place sur le lit après avoir défait la couverture et la repose sur leur deux corps. Il presse doucement Charles à s'allonger dos à lui et éteint la lumière de la table de chevet. Il se blottit contre son corps, respire l'odeur entre ses cheveux et la naissance de sa nuque et Charles murmure :
"Tu veux que je dorme ici… ?"
Ça semble plutôt clair selon Erik, alors il ne répond pas. Mais il le serre plus fort contre lui.
Erik n'est pas seul. Erik dort cette nuit là.
