Note : Hello everybody ! Nouveau chapitre, nouveau warning. Smut. Bisous.

Bêta : MamamamamaamamamMayaaaaaaa Holmes.


Dans le taxi qui l'amène au Langtry Manor, Erik contemple les rues vides. La ville n'a pas un très grand charme mais il suspecte Charles d'avoir choisi Bournemouth parce qu'il n'y a personne en ce premier janvier 1961.

À la réception de l'hôtel, il donne son nom et la femme lui confirme sa réservation. Elle appelle un jeune garçon habillé d'un costume très chic qui l'amène à la King's Room. Pas de trace de Charles, Erik ne s'en fait pas. Il range les vêtements qu'il a amenés dans l'immense penderie et fait le tour de la chambre. Il sourit devant la taille du lit à baldaquin, passe sa main sur la cheminé en bois sculpté et jette un oeil à la salle de bain. Le téléphone dans le petit salon sonne, il décroche.

"Monsieur Lehnsherr ? Votre rendez-vous est arrivé et vous attend au salon de réception."

Dans le salon, il y a d'épais canapés dans lesquels quelques groupes sont déjà installés pour prendre le thé, mais les yeux d'Erik cherchent Charles. Et quand il le voit, il respire.

Charles porte un nouveau pull, beige, une écharpe en tartan qui semble aussi douce que lui et un sourire qui vaut toutes les promesses du monde. Il se lève pour le saluer et ils se serrent la main.

'Je me concentre pour ne pas t'embrasser ici et maintenant,' sourit Erik.

'Je me concentre pour ne pas te déshabiller et me mettre à genoux ici et maintenant,' lui répond Charles.

'Okay. Tu gagnes.'


Ils ont bu un thé et un café à l'hôtel avant de décider d'aller à pied jusqu'à la plage. Charles a expliqué à Erik qu'il leur a réservé deux chambres séparément et que la sienne est au dernier étage. C'est plus prudent.

"Comment c'était Noël chez ta famille ?"

"Comme à chaque fois très…" il secoue la tête en cherchant le bon mot. "Bruyant."

Il remonte son écharpe, sent qu'Erik se retient de l'entourer de son bras pour le réchauffer et ils descendent le long d'un escalier en béton pour rejoindre le sable.

"Tout s'est bien passé à Oxford ?"

"Je me suis beaucoup promené."

"Est-ce que tu as avancé ?"

"J'ai pu ranger vingt dossiers."

C'est peu pour le temps qu'ils ont passé loin de l'autre. Charles ne commente pas, il sait qu'Erik a besoin de souffler. Ils avancent sur le sable de plus en plus humide, se fichant bien de ruiner leurs chaussures, seulement motivés par l'idée d'être seuls.

"Tu m'as manqué, Charles," avoue Erik qui s'arrête et cache ses mains gelées dans les poches de son grand manteau. Charles regarde autour d'eux, il y a bien un homme qui promène son chien plus loin mais il semble trop vieux pour avoir une bonne vue. Charles s'approche, se met sur la pointe des pieds et pose doucement ses lèvres sur celles d'Erik en fermant les yeux.

'Tu es sûr ?'

'Oui.'

Erik l'encercle d'un bras, l'autre main venant caresser ses cheveux tendrement. Ils entrouvrent à peine les lèvres et le baiser n'en est que plus obscène. C'est Charles le premier qui glisse sa langue contre celle de son aîné et il sent encore le goût du café qu'Erik a bu. Il se recule d'un pas quand il sent l'esprit de l'homme avec son épagneul breton se rapprocher et Erik se penche en resserrant plus fort sa main dans ses boucles brunes mais Charles lui fait non de la tête. Erik se retourne, voit l'homme qui s'avance vers eux et grogne en levant les yeux au ciel. Ils recommencent à marcher, croisent le chien et son maître qui les salue et n'osent plus se toucher alors qu'ils rencontrent de plus en plus de familles venues fêter la nouvelle année au bord de mer.

Ils remontent un peu plus loin sur un ponton couvert de boutiques pour touristes et Charles l'y entraîne même si Erik ne semble pas emballé à l'idée de visiter des magasins de porcelaines. Ils s'arrêtent dans une échoppe tenue par une Française assez forte, à côté de laquelle Charles se sent vraiment minuscule. Il se renseigne sur les bols aux rebords épongés de bleu qu'ils ont vus en vitrine et elle leur explique que c'est une tradition bretonne du XVIIIe siècle. Elle lui demande son prénom et lui en sort un d'un carton où est peint à la main Charles.

"J'adore, je vous le prends. Est-ce que vous en avez un avec écrit Erik, aussi ?"

"Bien sûr !" s'enchante-t-elle avec un accent assez fort.

Charles fait signe à Erik de s'approcher, lui qui est resté au fond de la boutique. Il sourit, même s'il semble trouver ça un peu ridicule et quand la femme revient, elle leur montre le bol mais Erik la corrige en lisant l'orthographe du prénom :

"C'est Erik avec un K, pas un C."

"Avec un K… ?" elle grimace et regarde Charles mais Erik poursuit :

"Oui, c'est l'orthographe allemande."

La Française se renferme en un instant et range le bol dans le petit carton. Son regard se fait si dur qu'elle semble regarder quelqu'un d'autre qu'Erik et elle grince entre ses dents serrées :

"Nous ne faisons pas de nom de boche, ici."

Charles décolle ses coudes du comptoir pour se redresser et regarde alternativement Erik et la femme.

"Attendez, ce n'est pas…" commence-t-il sans savoir comment il peut possiblement finir sa phrase.

Erik plonge à nouveau ses mains dans son manteau et se dirige vers la porte en l'appelant, sans vouloir se défendre, "Viens, Charles."

"C'est ça, allez vous-en…"

"Non, vous n'avez pas à nous parler comme ça, de quel droit est-ce que…"

La main d'Erik entoure lentement son avant-bras avant qu'il ne plonge son regard dans le sien le plus doucement du monde et ses lèvres s'étirent dans un très tendre sourire, "Viens." 'Ça n'a aucune importance,' il ajoute alors Charles laisse sur le comptoir le bol à son nom puis le suit, le coeur meurtri et soudain si vide.

À peine sortis, Erik l'entraîne vers une autre petit magasin de thé et lui conseille de s'en acheter pour qu'il puisse le laisser chez lui - car il a enfin compris que Charles ne boit pas de café. C'est lui qui fait la conversation maintenant et il décide même du restaurant dans lequel ils dînent, un petit troquet près du port qui sert du poisson frais. Charles arrive globalement à prétendre qu'il va bien jusqu'au dessert où il finit par avouer quand le serveur est assez loin pour ne plus les entendre :

"Tu aurais dû lui dire, Erik."

"Lui dire quoi ?" il sait de quoi il parle, Charles en est persuadé.

"Que tu es juif. Que tu n'étais pas... un Nazi."

Ça fait légèrement sourire Erik qui hausse les sourcils.

"Pour avoir sa pitié, tu veux dire ?"

"Non, bien sûr que non, mais pour qu'elle comprenne."

Cette fois, Erik redevient sérieux et se penche un peu plus pour lui murmurer :

"Parce que tu penses qu'elle aurait pu comprendre ? Charles, tu es trop optimiste, tu vois les gens comme tu voudrais qu'ils soient."

"Et toi tu les vois comme tu as peur qu'ils soient."

Ils se reculent au même instant sans se quitter des yeux, désorientés d'avoir entendu tout haut leurs travers dont ils ont à peine conscience mais qui forment pourtant ce qu'ils sont. Ils ne parlent plus vraiment après ça. Ils payent chacun leur tour et refusent le taxi qu'on leur propose pour rentrent à pieds, leurs épaules bien plus proches que nécessaires.

"Tu as choisi la ville du Royaume-Uni la plus déserte, je crois," sourit Erik en lui lançant un regard entendu.

"Je voulais du calme, c'est vrai, mais je ne pensais pas que ce serait si calme," avoue Charles en s'arrêtant. Il regarde autour d'eux et finit par descendre du trottoir pour marcher au milieu de la route éclairée d'une lumière orangée. Ils n'ont croisé qu'une voiture depuis qu'ils ont quitté le restaurant et la majorité des maisons ont les volets fermés. Charles ralentit ses pas, la sensation de pouvoir marcher au milieu de la route lui procurant le sentiment aussi éphémère qu'enfantin qu'il transgresse les règles très étriquées qui le gardent du côté sécurisé de la vie.

"Qu'est-ce que tu fais ?" demande Erik qui avance toujours sur le trottoir à quelques mètres de lui.

"Je me prends pour le roi du monde," s'amuse Charles en levant les bras pour prendre plus d'espace encore.

"Ah parce qu'il y a des moments où ce n'est pas le cas ?"

Charles lui adresse un sourire forcé et s'arrête au milieu de la route.

"Viens," il lui demande d'une voix douce.

"Pour quoi faire ?" interroge Erik en s'arrêtant lui aussi.

Parce que tu es à quatre mètres de moi et que c'est déjà trop, veut dire Charles, mais il lève sa main pour l'inviter à le rejoindre et Erik regarde à droite et à gauche de la route pour vérifier qu'il n'y a pas de voiture (il n'y en a aucune).Trois enjambées, c'est ce qu'il faut avant qu'il ne se retrouve à quelques millimètres de sa bouche.

"Pas ici…" murmure Erik et c'est une supplique, puisqu'il est clair qu'il n'est pas celui qui pourra les retenir.

"Il n'y a personne…" le rassure Charles en levant ses mains pour caresser ses pommettes rosies par le froid.

"Tu n'as vraiment pas peur que l'on nous voit ?"

Ça fait sourire Charles qui secoue doucement la tête avant d'enrouler ses bras autour de sa nuque.

"Je suis trop optimiste, tu te rappelles ?"

Les mains d'Erik se posent sur ses hanches et serrent, fort, peut-être un peu trop ; Charles ne sait pas s'il essaye de le repousser ou de l'attirer à lui. Ils sont si proches qu'ils louchent un peu pour continuer à se regarder droit dans les yeux, l'esprit de Charles littéralement enseveli sous les -Non. -Pas ici trop dangereux. -Charles. -Personne ne doit voir. -Embrasse le. qu'Erik expire inconsciemment. Ses sourcils se froncent et ses yeux se ferment ; Charles sait qu'il a gagné. Il ferme les siens aussi et se met sur la pointe des pieds pour se rapprocher des lèvres ouvertes. C'est si chaud alors que tout est si froid autour d'eux, et Charles se serre un peu plus contre lui en réalisant qu'il l'embrasse un homme au milieu de la route et qu'ils sont entourés de maisons et pendant quelques secondes, il y a l'utopie que ce qu'ils font n'est pas une raison suffisante pour les faire passer cinq ans en prison. Charles refuse de penser à ça.

Ils séparent leurs lèvres quand un bruit résonne plus bas dans la rue et Erik est le premier à réagir en tirant Charles hors de la route. Ils se réfugient et s'accroupissent derrière une Jensen grise garée, alors qu'une autre passe quelques secondes après à l'endroit même où ils se sont embrassés en oubliant tout le reste. Erik hausse un sourcil vers Charles qui ne retient pas une ultime preuve de mauvaise foi :

"On ne craignait rien."

"On a failli être vus, avoue le," dit Erik en caressant ses lèvres de son pouce.

"Ce n'est pas très grave, j'aurais juste eu à effacer la mémoire du chauffeur…", il s'apprête à se relever mais les yeux d'Erik scintillent étrangement et son pouce ralentit. "... Mes pouvoirs t'excitent ?"

Ça fait cligner des yeux l'Allemand qui arrête de toucher son visage, soudain concentré à remettre en place son manteau avant de se lever, mais Charles se dépêche de se mettre à califourchon sur lui pour l'en empêcher. Erik le regarde, surpris et légèrement amusé mais Charles poursuit :

"C'est vrai ? Ça t'excite ?"

"Ça ne me laisse pas indifférent," corrige le professeur et Charles est ravi de voir qu'il n'est pas le seul à se réfugier derrière des euphémismes quand ça l'arrange.

Il caresse ses cheveux courts quelques instants avant de porter sa main à sa propre tempe et ainsi cachés derrière la voiture, la lumière des lampadaires ne les atteint pas. Charles se concentre.

'Regarde.'

Il inspire et projette une image qu'il jurerait être réelle s'il n'en était pas le créateur : ils sont dans le salon d'Erik, sur son canapé, à peine déshabillés, il y a des copies sur la table basse et ils savent tous les deux que Charles a interrompu Erik pendant qu'il les corrigeait. Ils s'embrassent, aspirent la langue de l'autre, gémissent. La main d'Erik encercle le membre de Charles, la main de Charles celui d'Erik, dans des gestes pressés et moites. Puis ils sont dans une chambre, celle de Charles dans le manoir du Hampshire. Erik est allongé sur le lit, Charles entre ses jambes et il le suce lentement, comme une danse hypnotique et les doigts d'Erik sont perdus dans ses cheveux, créant un étau autour de son crâne, le forçant à aller plus vite. Il fait jour cette fois et c'est dans une salle - celle où Erik donne cours à Oxford - qu'ils tentent de faire le moins de bruit possible. Charles est coincé dans le coin d'un mur, son pantalon baissé pas plus bas que ses genoux. Erik a glissé son membre entre ses cuisses qu'il tient fermement serrées et va-et-vient en grognant tout bas des mots en allemand que Charles ne comprend pas mais qu'il sait obscènes.

Il décolle ses doigts, inspire profondément par le nez et ouvre les yeux. Le spectacle dont il est l'auteur est absolument captivant : Erik, appuyé contre la voiture, a l'air hagard, les yeux sombres et la bouche entrouverte, la respiration bruyante et impudique. Ça fait sourire Charles qui caresse sa joue avant de projeter :

'À toi.'

Il ferme les yeux à nouveau et appuie ses doigts plus fort contre sa tempe. Il pénètre l'esprit d'Erik avec un peu plus de mal, mais quand ce dernier se laisse enfin faire et l'accepte, la sensation est magnifique ; il voit les fantasmes qu'il lui a projetés s'effacer très lentement. Ils sont plus flous que lorsque Charles le lui a fait voir parce que l'esprit d'Erik ne semble pas habitué aux désirs. Charles se concentre pour aller plus loin que ses propres images. Il se sent avancer dans des passages si étroits qu'il comprend qu'Erik n'accède jamais à ces pensées là. La main de Charles se resserre plus fort autour de sa chemise pour se tenir à quelque chose, il en est conscient et à la fois la sensation paraît extrêmement lointaine. Il accède enfin à une image mais c'est un souvenir : il se voit, en décembre, à travers les yeux d'Erik, à quatre pattes sur le sol, sa bouche étirée autour de son membre. Il voit la main d'Erik qui le caresse. Il voit Erik, face à un miroir qui lèche sa main.

Charles gémit.

Il serre si fort la chemise de son amant désormais qu'il ne se rend pas compte qu'il pince sa peau, puis il va plus loin. Ça lui fait mal, son crâne le tire et brûle mais il sent qu'il y est presque, qu'il peut accéder aux fantasmes qu'Erik garde cachés en lui, derrière des souvenirs et des mots qui portent tous le poids de la honte et du secret. Charles ne le laissera pas croire que ce qu'ils font, ce qu'il veut, n'est pas la plus belle preuve d'amour au monde. Un dernier effort, un dernier souffle et enfin l'image prend forme, elle grandit et grandit encore jusqu'à ce que Charles se sente tomber dedans, incapable de garder le contrôle de sa conscience.

Il se voit, allongé sur le dos. Ses joues sont rouges, mais pas autant que ses lèvres. Elles sont humides, comme ses yeux. Des mèches sont collées à son front par la sueur qui couvre son visage et son torse. Il gémit, sa voix cassée alors qu'il tente de ne pas faire de bruit - sans y arriver. Les mains d'Erik apparaissent et caressent son torse, son ventre. Son regard descend et regardent les cuisses écartées, offertes. Il se recule très lentement et le pénètre à nouveau. Erik est en lui.

Il sent une main sur son épaule. Son torse est si rouge. Il prend appui sur la carrosserie de la Jensen. Erik donne un coup de rein plus profond. Il inspire, inspire, inspire. Il arrive à ouvrir les yeux et même s'ils lui brûlent, même si sa vision n'est pas aussi nette qu'elle devrait l'être, il voit Erik face à lui qui a enserré son épaule et sa joue de ses grandes mains. Ils sont tous les deux à bout de souffle, Charles sent l'érection d'Erik contre lui et la sienne est tout aussi dure.

"Ce soir ?" arrive-t-il à haleter de sa voix cassée.


Erik le regarde, le souffle court, et hoche la tête :

"Ce soir."

Ils se redressent rapidement même si leurs jambes grincent. La main d'Erik enveloppe celle de Charles et l'attire. Ils atteignent le manoir Langtry et récupèrent leurs clés, prêts à se réfugier au premier étage mais Charles l'arrête.

'Attends.'

Il lui fait signe de la tête de le suivre et utilise sa télépathie pour vérifier qu'il n'y a personne derrière la porte estampillée Privé, avant de la pousser. De l'esprit d'Erik émane un mélange de désirs et de questions, alors Charles se dépêche de se rendre dans un cellier qu'il trouve près de la cuisine où il récupère une bouteille d'huile. Il reprend la main d'Erik dans la sienne et les amène à la chambre réservée pour l'Allemand. À l'intérieur, Erik encercle son visage de ses mains, ouvre ses lèvres sans attendre pour l'inciter à en faire de même et glisse sa langue contre la sienne pour le sentir, enfin. Charles se laisse faire, Charles se laisse toujours faire, alors les doigts d'Erik s'enfoncent dans ses cheveux pour le tenir face à lui même quand il se recule. Il regarde les yeux d'un bleu si pur et lèche sa propre lèvre. Charles pose ses mains sur le bas de son pull en cachemire pour se déshabiller et Erik lui fait non de la tête. Il garde une main sur la nuque de son amant et de l'autre dénoue la cravate qu'il porte. Il la lève devant les yeux de Charles et projette :

'Est-ce que…'

'Oui,' répond-il comme un souffle qui vient balayer tous les doutes d'Erik. Mais ils doivent en parler alors il finit sa phrase :

'Est-ce que tu me fais confiance ?'

'Oui,' répète Charles avec la même force.

Erik regarde le tissu d'un gris très sombre dans sa main. Il n'est pas sûr ; de lui, de ça. Avant que Charles ne perce son esprit ce soir, il n'avait pas conscience d'à quel point il en avait envie. Il doit se convaincre que c'est vrai, qu'ils vont le faire. Il regarde une dernière fois le bleu enivrant des yeux de Charles et l'éteint en nouant la cravate derrière sa nuque.

Erik expire.

C'est vrai.


Charles inspire.

Ses paupières se lèvent par réflexe mais il ne voit rien. Il pourrait paniquer, finalement, lui qui n'a jamais été autre chose que parfaitement au contrôle de sa vie - et même au courant de celle des autres. Mais parfois, le rien n'est pas le vide. Ce soir, le rien ressemble même à une promesse.

Il entend Erik s'asseoir sur le bord du lit et sent ses mains attirer les siennes pour les poser sur son propre haut. Charles déboutonne les premiers boutons de la chemise de son amant et se concentre sur le ressenti des petits cercles de nacre qu'il écarte un à un. Le tissu est moins fluide qu'il ne le pensait, à moins que toutes ses sensations soient exagérées parce que sa vue n'est plus sa meilleure alliée. Il descend si bas qu'il sent que la chemise est enfoncée dans le pantalon d'Erik qui s'allonge. Charles s'approche et finit par grimper à califourchon sur ses cuisses. Il tire un peu la chemise qui lui résiste. Il y a le rire d'Erik qui résonne et ça le fait sourire aussi. C'est assez incroyable la façon dont tout est si beau quand ils sont ensemble.

Il descend un peu plus ses mains pour défaire le bas de la chemise et Erik est torse nu, il le sait mais il ne le voit pas. Lentement, il remonte ses mains au-dessus du torse dont il ressent la chaleur puis Erik inspire et sa cage thoracique se lève, et leurs peaux se touchent. Sous ses paumes, il sent les côtes d'Erik. Sous son annulaire gauche, l'auréole sensible de son téton. Sous son auriculaire droit, une petite boursouflure qu'il ne comprend pas. Il décale sa main pour en faire le tour : la boursouflure trace une ligne droite, horizontale, qui court jusqu'au flanc et Charles détache sa main du corps qui s'est offert lorsqu'il comprend qu'il touche une cicatrice.

Il entend le souffle de son amant toujours aussi régulier et reprend ses esprits avant de poser à nouveau son index sur la cicatrice. Il la suit comme s'il écoutait une histoire qui n'a pas de mots et se laisse porter par ce qu'elle a à dire. La boursouflure continue jusqu'au dos d'Erik empêchant Charles de continuer à la toucher. Il fronce malgré lui ses sourcils. La cicatrice est si droite, si mécanique… Il pose aveuglément son index gauche sur l'autre côté du torse et trouve la même.

Voilà quatre mois qu'ils se fréquentent, qu'ils apprennent à ne plus pouvoir se passer l'un de l'autre au même rythme que leur enquête avance mais Charles ne sait pas à quoi Erik ressemble. Alors, en attendant qu'il le laisse entrer dans les recoins de sa vie que la lumière du jour n'atteint pas, il laisse sa bouche, ses doigts et tout son amour conquérir son corps pour lui arracher grâce à une impitoyable tendresse ce qui a pu le marquer un jour. Charles est persuadé que son amour peut réparer Erik.

Il se penche et pose ses lèvres sur la cicatrice de son flanc droit. Le souffle d'Erik se coupe un instant et ses doigts caressent la joue de l'étudiant avant qu'il ne se redresse pour lui retirer son pull en cachemire. La main d'Erik descend de son cou à son ventre avant de s'arrêter aux premiers boutons de son pantalon qu'il ouvre. Il le repousse pour l'allonger sur le lit et le déshabille entièrement, sa bouche embrassant ses cuisses et ses mollets qu'il découvre.

"Dis-moi si tu as froid," Erik murmure, son pouce caressant doucement sa lèvre inférieure. Il sent le visage d'Erik se rapprocher de son oreille et son souffle envahir son cou quand il ajoute, "Tu es magnifique… Quand tu souris, Charles, mon Dieu si tu savais…", il murmure sans réussir à finir sa phrase et Charles sent déjà sa langue presser ses lèvres alors qu'il les entrouvre à peine mais Erik s'en empare sans plus attendre. Il la fait aller et venir contre la sienne avec une telle envie et une telle application qu'elle ne peut que mimer l'acte sexuel comme dans la vision d'Erik.

Ils arrêtent au bout d'un moment pour qu'Erik se redresse et se déshabille entièrement avant de revenir s'allonger de tout son long sur le plus petit corps sous lui et quand leurs membres se touchent Charles sourit une seconde avant de mordre sa lèvre inférieure.

"Recommence," disent-ils à l'exacte même seconde.

Charles fronce les sourcils et rit en entendant l'écho créé par Erik qui s'explique en caressant la commissure de ses lèvres de son doigt.

"Ce sourire, refais-le."

"Alors mets-toi contre moi, encore."

Il sent les bras d'Erik se poser de part et d'autre de son corps avant de coller leur bassin ensemble. Il ondule, presque hésitant, et leurs sexes se touchent encore. Charles se met à bouger lui aussi en posant ses mains sur les épaules de son amant pour se tenir.

"Charles, tu devras me dire…"

Il ne finit pas sa phrase et secoue sa tête. Charles halète.

"Quoi ?"

Erik n'arrive pas à poursuivre alors c'est par la pensée qu'ils communiquent, 'Erik…'

'Comment faire, dis-moi comment faire,' il supplie.

Charles hoche la tête et se concentre pour lui répondre.

'L'huile. Prends-la.'

Il se recule pour aller la chercher et Charles en profite pour remonter un peu plus dans les draps. Il ne prend même pas la peine de poser un oreiller sous sa tête et écarte les jambes, les genoux redressés. Il entend le souffle d'Erik se faire plus animal quand il s'installe entre ses jambes à nouveau et ressent dans son esprit à quel point il est à la fois terriblement excité et gêné par la façon dont Charles se dévoile et s'offre. Charles écarte un peu plus ses genoux avec une facilité qu'il espère assez communicative pour son amant qui caresse l'intérieur de ses cuisses.

'Mets-en, beaucoup,' il sourit.

Erik ne fait plus trop de bruit maintenant alors Charles ne peut qu'attendre sans prévoir ce qu'il va suivre. Il sait qu'Erik ne peut pas accepter son regard sur son corps meurtri et Charles sera patient. Il ne subit rien ce soir, il guide Erik sans avoir besoin de ses yeux. La confiance est un aphrodisiaque dont il avait sous-estimé la puissance. Il hoquette quand il sent le doigt d'Erik doucement presser son entrée et se redresse un peu :

'Beaucoup plus,' il précise.

'Désolé,' souffle Erik avant de revenir presser plus fort son doigt lubrifié jusqu'à le faire rentrer, juste la première phalange.

Charles geint à peine et repose sa tête contre le matelas. Il se détend, laisse ses jambes retomber mollement et se concentre sur la sensation du doigt qui s'enfonce en lui.

'Parfait, Erik… Rajoute de l'huile dès que tu peux.'

Erik ne répond pas et fait aller et venir son doigt avec une application touchante. Il le retire parfois entièrement et le ré-enfonce encore plus humide, si bien que la douleur ressentie par l'étudiant s'estompe petit à petit. Il ne parle pas, ne projette rien, et caresse la paume d'Erik et lui faire comprendre qu'il peut rajouter un doigt. Il le sent prendre de l'huile, qui coule jusqu'à sa propre main et écarte un peu plus les jambes quand il sent le bout de ses deux doigts tenter d'entrer en lui.

'Tu es trop serré...' souffle Erik sans insister.

"Non," couine Charles en se redressant par réflexe. 'Non, ça va aller, continue…'

La main libre d'Erik caresse sa joue alors il tourne la tête pour embrasser sa paume. Il s'accroche aux draps quand il le sent le pénétrer de deux doigts, avec une lenteur à la fois nécessaire et douloureuse. Charles se détend, autant que possible, et ne fait aucun bruit. Il sent Erik les enfoncer entièrement et bouger les premières phalanges avant qu'il ne les retire et recommence le même mouvement. C'est si rare que Charles se laisse pénétrer : quand il le fait, c'est toujours sans réelle envie, parce que les autres étudiants qui partagent son lit le supplient de les laisser le baiser mais ce n'est pas toujours plaisant. Ça fait mal, à chaque fois, et rarement ça a suffit à faire jouir Charles. Mais si Charles n'accepte pas aussi souvent qu'il le voudrait, c'est parce qu'il sait que les autres garçons veulent juste jouir en lui, rapidement, bestialement. Ce soir est différent, puisque Charles a senti dans l'esprit d'Erik son envie d'être en lui pour qu'ils soient un, enfin.

Erik l'écarte un peu plus maintenant qu'il rentre un troisième doigt et Charles se tend en arrière à en faire craquer sa nuque. Il garde ses lèvres pincées, tente d'écarter ses jambes encore plus, comme si ça pouvait l'apaiser.

'Parle moi, Charles,' lui demande Erik.

'Continue,' il arrive à répondre avec plus de peine qu'il ne l'aurait imaginé.

'Ça te fait mal,' ce n'est pas une question, ni une affirmation.

'Oui, mais ça va, continue, Erik.'

Tout le corps brûlant de son amant s'allonge sur lui pour embrasser son cou, une clavicule, un téton.

'Quand tu vas venir en moi ça me fera mal, Erik, mais ne t'en fais pas, c'est normal.'

'Tu me le jures ?'

'Oui, mille fois oui…'

Il hoche la tête pour insister et lui offre son sourire le plus sincère (quoi qu'un peu coincé) et gémit quand il sent les doigts le quitter. Il ne pensait pas qu'Erik serait prêt aussi vite, mais il en a terriblement envie, alors il pose ses mains sur ses épaules et inspire profondément. Le bout de son membre presse contre sa peau sensible et Charles se maudit de n'avoir pas dit à Erik qu'il lui fallait beaucoup plus de préparation. Il ne dit plus rien, oublie même parfois de respirer et sent tout son bassin s'immobiliser alors que la pression en lui se fait si forte qu'elle le brûle. C'est comme si ses doigts ne l'avaient pas caressé avant et Charles se demande si sa première fois avec James Drancy avait été aussi forte mais la réponse a bien l'air d'être Bordel non.

Erik ne se recule pas, comme il le faisait en le préparant. Il s'enfonce centimètre après centimètre dans un long mouvement que Charles déteste et adore à la fois. Et quand, enfin, Erik ne bouge plus, quand, enfin, il est totalement en lui, Charles sait qu'il n'a en fait jamais rien détesté chez Erik Lehnsherr, puisque chaque infime parcelle de son corps et de son âme le chérit plus que sa propre vie.

Ils ne bougent plus et se concentrent chacun sur les nouvelles sensations qui semble les tirer hors de la vraie vie, avant que la main d'Erik ne caresse la joue de Charles. Il sourit, se laisse bercer par le moment et sent les doigts glisser jusqu'à ses cheveux puis sa nuque. Et le noeud de la cravate se détache. Le coeur de Charles loupe un bond qui n'était pas si nécessaire, finalement.

La lumière est la première chose qui couvre ses yeux. Elle est douce mais suffit à l'aveugler encore quelques secondes. Il observe le plafond du lit à baldaquin avant de baisser son visage vers celui qui le surplombe et rien ni personne n'est plus beau qu'Erik Lehnsherr. Ses cheveux courts sont légèrement en pagaille, ses joues un peu rosies alors que sur ses tempes et son front il y a une trace à peine visible de la sueur qui le couvre. Il sourit, de ces sourires qui fait que tant qu'il existe, tout ira bien, puis il murmure :

"Bonjour…"

"Je crois qu'on dit bonsoir, à cette heure là…"

"Quelle heure est-il, d'ailleurs ?", Erik demande en fronçant les sourcils, faussement sérieux, et il tourne son poignet pour regarder sa montre. Le geste est suffisant pour retourner l'estomac de Charles alors qu'il poursuit, "Presque minuit."

"Oh, Erik…" Il glisse ses mains dans ses cheveux qu'il cajole avant de sourire, "Bonne année."

Ça fait réfléchir quelques secondes son amant qui réalise lui aussi que c'est encore le premier janvier et qu'ils ne le se sont pas souhaités, avant de répondre :

"Bonne année, Charles."

Il l'embrasse tendrement puis se redresse. Charles ne peut que comprendre que ce n'est pas qu'un simple geste, c'est un cadeau : Erik se dévoile à lui. Charles se relève sur ses coudes et l'observe enfin.

Le corps d'Erik est fin et musclé. Ses os sont saillants, sur son torse se dessinent les contours de ses côtes. Il n'y a que quelques poils blonds et légèrement roux entre ses pectoraux et un autre petit sillon qui court de son nombril à son sexe. Sa peau n'est pas aussi blanche que celle de Charles et les auréoles de ses tétons sont plus petites que les siennes. C'est un peu difficile à voir à cause de l'angle, mais il y a des taches sombres sur l'avant-bras, peut-être un tatouage - des chiffres ? Mais ce qu'il est impossible de louper ce sont les cicatrices qui strient son corps. Charles voit pour la première fois celles qu'il a senties tout à l'heure, elles rayent ses flancs horizontalement, la peau est rouge et boursouflée. C'est une cicatrice qui n'a pas été soignée, Charles n'est pas expert mais ça se voit. Il y en a une autre verticale entre ses pectoraux qu'il n'avait pas sentie, mais elle est un peu cachée par les poils. Puis, il y en a deux autres autour de ses bras, hautes, près de ses aisselles. Charles se redresse un peu plus pour continuer de voir et il y a encore et toujours deux cicatrices symétriques sur ses cuisses. Ce ne sont pas des preuves d'accident ; ce sont des cicatrices d'expériences. Charles dit la seule chose qui traverse son esprit vide :

"Je ne pense pas pouvoir arrêter de t'aimer un jour."

Les mots sont sortis. Peut-être que c'était trop (trop tôt, trop vrai) mais c'est arrivé et Charles ne peut pas prétendre le contraire. Le regard d'Erik se fait plus sérieux, il attrape son visage entre ses mains pour le rapprocher du sien, si haut que Charles est obligé de se tenir maladroitement, les mains posées derrière lui. Il écarte un peu plus les cuisses pour tenir cette nouvelle position et si Charles trouvait le regard de son amant dur, ça n'est rien en comparaison du coup de rein qui le fait gémir à voix haute.

Il regarde Erik, légèrement confus et désolé d'avoir fait autant de bruit, mais son visage est toujours aussi impénétrable. Trop tôt, trop vrai, se répète Charles alors qu'un deuxième coup de rein le fait geindre et mouiller ses yeux à la fois. Ses mains se resserrent autour des draps auxquels il s'accroche pour ne pas glisser. Ils sont si proches que Charles louche légèrement pour continuer de regarder Erik dont les doigts sont toujours serrés comme un étau autour de son crâne, pressant ses tempes, peut-être comme une menace, peut-être comme une caresse. Il pénètre l'étudiant avec plus de force maintenant, de coups de reins plus durs, plus rapides, le souffle court et rauque.

'Ça n'était pas prévu…,' son esprit projette si fort que Charles tente de se reculer. 'Ça n'était pas prévu que je te rencontre, Charles. Je devais trouver Stein, le faire parler, le tuer et retrouver Schmidt. Et tu es arrivé et maintenant il n'y a que toi, que toi, et je veux que tu sois heureux et je veux que tu sois à moi et plus jamais je ne veux te quitter et je ne pensais pas pouvoir aimer quelqu'un un jour. Ça n'était pas prévu que je tombe amoureux de toi.'

Les mots et la voix combinés sont si forts que Charles relâche ses mains et les bras d'Erik l'entourent pour le retenir. Erik, à genoux sur le lit, tient ses fesses et le fait aller et venir sur son membre sans le quitter des yeux et Charles ne pense plus, ne respire plus, il se laisse juste sombrer dans le regard d'Erik qui lui confesse tout son amour, consciemment, inconsciemment, avant qu'une de ses mains s'enroule autour de son membre pour l'obliger à jouir, maintenant.

Charles ferme les yeux, alors que la pression entre ses jambes et dans son membre se cristallise mais la main libre d'Erik le force à baisser le visage pour pouvoir le regarder quand il jouit, ses lèvres si rouges et ses yeux humides. Il gémit longuement quand il se sent se déverser entre les doigts serrés de son amant, sans contenir sa voix, et garde ses yeux ouverts assez longtemps pour voir la façon dont le visage d'Erik se tend, sa bouche ouverte, dont il voit les dents de sa mâchoire du bas percer légèrement, et ses sourcils se froncer au-dessus de ses yeux sombres quand il le fait s'asseoir une dernière fois avant de jouir en lui.

Charles inspire profondément et relâche tous ses muscles. Il sent plus que jamais la façon dont le membre d'Erik l'écarte et s'accroche à lui en entourant sa nuque de ses bras. Il ose délicatement s'approcher pour embrasser ses lèvres, même si Erik ne répond pas. Il le frôle de ses baisers, sur tout son visage et son cou avant qu'Erik ne le fasse s'allonger. Ils gémissent tous les deux quand il se retire de lui et Erik s'apprête à se lever mais Charles murmure :

"Reste."

Erik le regarde encore quelques instants avant que les muscles de son visage s'étirent dans un sourire qui semble de plus en plus sincère. Il s'allonge tout contre Charles et l'englobe de se bras et de ses jambes, jusqu'à ce qu'ils soient si serrés l'un contre l'autre qu'ils ne semblent plus être capables de se séparer.