Note : Hello tout le monde. Plein de bisous sur vous et merci pour votre soutien sur cette histoire, qui est toujours une inspiration incroyable. Warning pour ce chapitre : mentions des camps.
Aussi, l'adorable Nalou a traduis un OS Cherik que j'ai écris et publié en anglais. L'histoire s'appelle "Défier les étoiles" et vous pouvez retrouver la version française sur son profil ainsi que dans mes histoires favoris !

Bêta : Comme à chaque fois, les références historiques sont validées par ma géniale bêta Maya Holmes, que je remercie énormément pour t-o-u-t.


Erik souffle légèrement pour refroidir son café. Il ne pensait pas que le livre que lui a recommandé Mrs. Smith serait aussi passionnant et il espère le finir à la rentrée pour pouvoir en parler avec elle.

Il se redresse un peu plus sur le lit et regarde à sa gauche Charles qui bouge dans son sommeil. Il est allongé sur le ventre, le visage tourné vers la fenêtre et Erik n'a pas remonté la couverture sur lui quand Charles s'est retourné vers sept heures pour pouvoir continuer à contempler son dos nu et les nombreux grains de beauté. Il pose sa tasse sur la table de chevet quand il comprend que Charles se réveille et il sourit lorsque les yeux d'un bleu terriblement clair - et terriblement fatigués - s'ouvrent.

"Bonjour…"

"'Jour…" répond Charles en se redressant sur ses avant-bras avec difficulté. Il passe une main dans ses cheveux en pagaille et Erik ne peut s'empêcher d'en faire de même pour caresser ses longues mèches brunes. "Ça sent le café."

"Une tasse de thé t'attend, ne t'en fais pas."

Charles ouvre un peu plus ses yeux et se retourne pour voir les deux plateaux posés au pied du lit.

"J'ai commandé le tien de ta chambre et je l'ai descendu ensuite," Erik explique devant son air surpris.

"Tu es bien trop parfait."

Ça fait lever au ciel les yeux d'Erik alors qu'il aide Charles à pousser les coussins contre la tête du lit en bois pour qu'il s'installe pour manger. Ils attirent les plateaux jusqu'à eux et mangent sans parler, puisque Charles ne paraît pas réellement réveillé - ce qu'Erik trouve étrangement adorable. Il lui caresse la main dès qu'il le peut, embrasse sa joue quand Charles se penche pour attraper le sucre et remarque la petite ride qui se crée entre ses sourcils à chaque fois que Charles bouge.

"Quoi… ?"

"Rien… Ça fait juste un peu mal."

Erik veut lui demander de quoi il parle mais ça lui revient en tête avec beaucoup d'insistance parce qu'il en a été l'auteur. Il repousse son plateau et se penche vers Charles pour embrasser son front.

"Je suis désolé, je n'aurais pas dû…"

Charles se recule légèrement pour lui sourire et pose son index contre sa bouche pour l'empêcher de continuer.

"Ça va, Erik."

C'est touchant la façon dont Charles veut toujours le réconforter, mais c'est aussi légèrement agaçant qu'il ne le laisse pas finir ses phrases, alors il prend délicatement sa main dans la sienne et poursuit, la voix douce :

"Je n'aurais pas dû te parler comme ça. Tu sais que je ne regrette rien de ce qu'il se passe entre nous, n'est-ce pas, Charles ?"

Rien que pour voir le magnifique sourire qui habille son visage, Erik sait qu'il a bien fait de finir ce qu'il avait à lui dire. Charles hoche la tête et embrasse rapidement ses lèvres avant de se laisser glisser pour s'allonger à nouveau sur le ventre.

"Qu'est-ce que tu veux faire aujourd'hui ?"

"Absolument pas de cheval ou de vélo en tout cas."

Ça le fait rire, c'est déjà ça, mais ça n'amuse pas Erik qui pose une main chaude dans le creux de ses reins.

"Dis-moi ce que je peux faire."

"Laisse moi juste me réveiller, ça sera un bon début. Sauf si tu as de la crème, mais j'en doute."

"J'ai de la vaseline," confirme Erik en se levant pour aller la chercher dans la trousse où il range aussi son matériel pour se raser.

"Tu as de la vaseline ?"

"Bien sûr, pour les brûlures c'est idéal."

"Rappelle-moi de te montrer une autre utilisation beaucoup plus agréable."

Erik fronce les sourcils mais Charles ne poursuit pas alors qu'il s'apprête à se lever. Il ne le laisse pas faire et l'oblige à rester allongé.

'Erik… ?'

'C'est moi qui t'ai fait mal, je peux au moins essayer de te soulager.'

Ce n'est pas une phrase particulièrement choquante, enfin, Erik ne le voit pas comme ça en tout cas, mais ça fait rosir les joues de Charles qui hoche sa tête qui frotte contre le matelas. Il la détourne, comme s'il était légèrement gêné, et baisse lui-même le drap pour dévoiler ses fesses. La mâchoire d'Erik se serre sans qu'il n'en ait conscience alors qu'il ouvre le pot. Il s'approche un peu plus et glisse ses deux doigts couverts de vaseline entre les fesses de Charles qui se tend légèrement. Il le caresse avec beaucoup d'attention en observant ses propres gestes et quand il sent avec quelle facilité ses doigts glissent contre sa peau, il sourit :

"D'accord, j'ai compris quelle était l'autre utilisation."

"Au moins je sais que je n'aurais pas à voler une autre bouteille d'huile d'olive la prochaine fois."

Erik jette un coup d'oeil à son membre qui durcit juste à l'entente de ces mots qu'il vient répéter dans le cou de son amant en l'embrassant.

"La prochaine fois…"

Il presse un peu plus ses doigts jusqu'à sentir l'entrée qui cède sous la pression mais Charles s'écarte légèrement.

"Trop tôt," il explique en mordant sa lèvre inférieure et Erik a besoin de tout son self-control pour ne pas pousser ses doigts juste un peu plus loin. Il acquiesce et se concentre pour continuer ses administrations qui ne doivent être rien d'autres que médicales alors que Charles demande, "Erik… est-ce que je suis le premier homme avec qui tu passes la nuit ?'

"Oui."

"Et est-ce que tu me laisseras être le dernier ?", demande Charles et l'obscénité de sa phrase réside dans le fait qu'il ose évoquer le futur.

C'est une boîte de Pandore que de parler de ces choses là, dans lesquelles ils avancent sans en avoir conscience. Parce qu'un jour ils se réveilleront et ils auront retrouvé Stein, Erik aura l'adresse où se cache Schmidt et il partira. Erik veut penser à Charles mais il a peur que son amant lise dans son esprit.

(Il a peur que Charles se voit rester seul à Oxford, Erik à l'autre bout du monde à la recherche de Schmidt.)

(Il a peur que Charles propose de le suivre.)

(Il a peur d'accepter.)

Erik ne peut pas être honnête à propos de ça. Il retire sa main et tapote la fesse rebondie du plus jeune.

"Ne sois pas jaloux…" il lui adresse un clin d'oeil avant de sortir le premier du lit. "Je vais te faire couler un bain."

Il vérifie la température du jet avec sa main et va prendre sur une étagère en hauteur deux épaisses serviettes - en se demandant comment les gens aussi petits que Charles auraient pu les atteindre et ça le fait sourire. Il se retourne quand son amant entre dans la pièce et le regarde s'asseoir sur le marbre entre les deux lavabos.

"Il sera prêt bientôt," il caresse sa cuisse nue en passant et va chercher le savon, mais le regard de Charles sur son corps est un peu trop insistant pour qu'il ne le remarque pas. "Qu'est-ce qu'il y a ?" il lui sourit en fronçant un peu les sourcils.

"Qu'est-ce que c'est, ton tatouage ?" demande Charles en indiquant son avant-bras d'un signe de la tête.

Erik s'arrête au milieu de la pièce. Ses pieds nus se collent au carrelage, son sang s'est perdu dans un couloir qui sent le chlore et la mort et peut-être que s'il ne bouge pas, il disparaîtra. Il a relevé son avant-bras et regarde les chiffres sans s'en rendre compte. 214782.

"Erik…" souffle Charles.

"Immatriculation," répond-il, la gorge lourde. Il relève la tête et Charles ne l'a pas quitté des yeux, confus et si petit sur son meuble. Erik se sent trop grand, trop maigre, trop périssable. Il s'approche pour ouvrir le placard où il a vu le shampoing la veille et la main de Charles se pose délicatement sur son torse pour le retenir.

"Je ne comprends pas," murmure-t-il, la voix mangée par une douleur qu'Erik comprend comme être la matérialisation de ce gouffre qui les sépare. Bien sûr que Charles ne comprend pas, c'est incompréhensible, même pour lui.

Erik attrape sa main dans la sienne, sans la décoller de sa peau nue et le regarde avant de lui expliquer :

"Ils nous tatouaient, au camp. J'ai cru qu'ils avaient fait ça partout mais… à l'internat, à Berlin, il y avait d'autres enfants qui avaient été dans des camps et eux n'avaient pas été tatoués," il caresse la ride entre les sourcils de Charles par réflexe et poursuit, "Dès qu'on a passé les portes, ils nous ont séparés en deux groupes. Ils nous ont tatoués devant l'autre groupe qui attendait et moi je voulais être avec eux, j'ai essayé d'emmener ma mère discrètement mais elle m'en empêchait, elle pinçait mes épaules si fort que j'en ai eu des bleus ensuite. Et puis des Nazis sont venus chercher l'autre groupe et ils les ont emmené se faire gazer. C'était terrible, pour ma mère. Elle était très religieuse et la Torah interdit toute modification corporelle, dont le tatouage," il hausse une épaule et cligne des yeux, un tic dont il ne se rend même plus compte. "… Plus de nom, juste des numéros."

Les yeux de Charles sont incroyablement clairs, ses pupilles rétractées et ses sourcils fermement froncés et Erik se dit que voilà le drame que l'Humanité devra vivre désormais : même une fois expliqué, les gens ne comprendront pas. Il n'y a pas de point de comparaison possible, pas un seul autre moment dans l'Histoire où on est allés si loin, alors personne n'a les codes pour concevoir, accepter, soigner.

"Comme…" Charles commence tout haut, avant de faire disparaître sa lèvre inférieure derrière ses dents pour s'empêcher de parler.

Erik vient entre ses jambes et caresse sa joue, son pouce frôlant son menton pour l'inciter à s'exprimer - pour que plus jamais on ne se taise. Ils se regardent et Erik ne réalise pas pleinement à quel point il arrive à taire ses propres démons pour pourfendre ceux qu'il voit naître en Charles. Il hoche la tête. Dis le, Charles.

"Comme du bétail à l'abattoir."

Ses yeux se vident quand les mots sont sortis, il semble honteux d'en avoir été l'auteur mais ce n'est pas le cas, bien sûr, Charles n'est pas coupable, Charles prend juste conscience un peu plus, chaque jour, de cette vérité. Il secoue la tête et fait disparaître ses yeux derrière ses paupières en enroulant ses bras autour cou d'Erik. Ils se serrent l'un à l'autre sans bruit, sans désir, c'est un baume et un souffle d'air pur à la fois. Erik ne pense à rien, esprit vide, corps ailleurs. Il respire.

"Le bain !" s'écrie Charles soudainement et Erik se retourne pour aller stopper l'eau qui coule, à quelques centimètres de déborder. Il explose de rire et vérifie la température - acceptable, c'est déjà ça - avant de faire signe à Charles de le rejoindre. Ils y entrent un à un, en prenant garde que l'eau ne déborde pas et se font face, les jambes plus courtes du plus jeune entre celles d'Erik. Les doigts de Charles caressent instinctivement l'avant-bras d'Erik, posé sur la fonte émaillée. Erik le laisse faire, bercé par l'eau et la chaleur.

"Est-ce que je peux essayer quelque chose ?" demande Charles. "Dis-moi si ce n'est pas agréable."

Erik ouvre un oeil, la tête posée sur le rebord du bain, et hoche le visage. Charles se concentre et prend délicatement son poignet en main en posant en même temps ses doigts contre sa propre tempe. Il se concentre et Erik ferme les yeux sans l'avoir décidé. Quand il les rouvre, l'image devant lui est exactement la même, à l'exception que ses deux avants-bras sont vierges. Plus de chiffres. Il se redresse légèrement et regarde sa peau, il tourne un peu son bras mais le tatouage a disparu. Il a un demi-sourire.

"Ça va ?" demande Charles, les doigts toujours collés à sa tempe.

La réponse n'est pas évidente alors Erik continue de regarder ses bras, sa peau, ses veines. C'est étrange, assez déconcertant, mais ça ne semble pas être totalement faux non plus. C'est son corps, sa chair, sa vie. C'est lui. Au moins, pour quelques instants et c'est déjà suffisant.

"Arrête," demande-t-il d'une voix douce et ses yeux se ferment. Quand il les ouvre une nouvelle fois, les chiffres sont là. Charles lui sourit tendrement en caressant ses genoux. "Je sais que c'est compliqué mais, je ne veux pas qu'il n'y ait plus de trace. Tout comme je sais que je ne veux pas que tu saches, mais que je ne veux pas que les gens ignorent non plus. Je ne veux pas oublier. Personne ne doit oublier."

"Tu veux que les gens sachent ce qu'il s'est passé dans les camps. Mais tu ne veux pas qu'ils sachent que ça t'est arrivé à toi," Charles comprend, d'une voix très claire et tendre.

Erik fronce les sourcils et réfléchit à ce que Charles vient de dire, jusqu'à réaliser que c'est précisément le cas. Il ne commente pas tout haut cette honte qui germe en lui depuis des années, parce qu'il sait que Charles la lit et acquiesce.

"Je propose que nous ne commencions pas toutes les matinées où nous nous réveillons ensemble, comme ça," sourit Erik.

"Je propose que nous commencions toutes les matinées où nous nous réveillons ensemble, à se dire combien on s'aime," Charles hoche vigoureusement la tête.

Erik explose de rire en secouant la sienne.

"Avec une tasse de thé et le petit déjeuner au lit, j'imagine ?"

"Je n'osais pas te le demander," Charles exagère une grimace faussement gênée.

"Je suis sûr que tu pourrais me forcer à le faire sans que je m'en rende compte," Erik sourit en tapotant légèrement ses flancs avec ses mollets.

"Oh ça c'est une idée diabolique. J'adore," se réjouit Charles en se redressant pour venir dans les bras d'Erik qui le serre automatiquement contre lui, son visage contre son torse humide. "Est-ce qu'on essayera de sortir de la chambre, à un moment dans la journée ?"

"On peut."

Au bout du compte, ils arrivent à se décider à aller visiter une dernière fois la ville déserte, et découvrent des galeries d'art que l'Allemand trouve réellement immondes mais qui amusent beaucoup Charles - surtout les peintures avec des animaux pour lesquelles il semble avoir un véritable faible. Au moins, il ne propose pas d'en acheter puis ils déjeunent assez tard avant de rentrer récupérer leurs affaires.

Ils ne sont pas assis côte à côte dans le train qu'il les ramène à Oxford mais ils se font face. Charles s'endort au bout de dix minutes et pose délibérément ses pieds contre les jambes croisées d'Erik qui ne bouge pas les siennes.


Erik finit de corriger la traduction de Peas et se promet d'aller boire ensuite son poids en litre de Whisky pour se féliciter de n'avoir pas tout rayé en commentant d'un "Extrêmement mauvais". Ou bien peut-être pourrait-il passer voir Charles à sa chambre ensuite… Oui, cette perspective est définitivement plus séduisante. Février est déjà bien entamé et bien que Charles dorme plusieurs fois par semaine chez lui, ils sont d'une discrétion exemplaire. Ils peuvent passer des nuits entières à regrouper les informations qu'ils ont pu trouver sur les différents professeurs, à faire l'amour dans le salon ou sous la douche (et finissent généralement par en sortir encore couverts de savon parce qu'ils ont pris toute l'eau chaude) ou à se disputer.

C'est arrivé pour la première fois le 5 février, alors qu'Erik avait succombé au stress en évoquant la possibilité que ce n'était peut-être pas Stein lui-même mais un autre Nazi qui se cacherait à l'université.

("Qu'est-ce que disaient les lettres qui t'ont amenées ici ?"

"Que Stein a fait envoyer des affaires et une partie de son argent à l'université d'Oxford."

"Alors c'est qu'il est ici. Il ne va pas l'envoyer à un autre Nazi."

"Lui ou un autre, je les tuerai. Je les trouverai et je les tuerai.")

Les yeux azur de Charles s'étaient ouverts sous la surprise puis il s'était levé et avait commencé à faire les cent pas, répétant encore et toujours qu'Erik ne pouvait pas réellement le faire, qu'il valait mieux que ça, et Erik, encore et toujours, avait hurlé que si c'était le prix à payer pour se venger, il le ferait, sans scrupule, sans remord, sans attendre.

Chaque nuit où ils se disputent, Charles repart à sa chambre. Une fois, ils ne se sont pas parlés de toute la journée qui a suivi. Bien sûr, ils se sont retrouvés le lendemain matin, se sont cachés dans la chambre de l'étudiant pour s'embrasser et s'excuser avec toute la frustration créée de ne pas s'être aimés pendant vingt-quatre heures.

Rien que de penser à lui, Erik veut déjà aller le retrouver alors il accélère sa lecture et l'a presque finie quand la porte de son bureau s'ouvre et c'est Charles se dévoile. Il a un sourire timide et referme la porte derrière lui. Le rictus d'Erik dévoile peut-être un peu trop de dents.

"Je pensais à toi…"

Charles le regarde, toujours aussi charmeur et sa démarche est si sensuelle qu'Erik ne peut qu'en profiter pour regarder ses fesses quand il passe devant lui.

"Je finis ma page et on pourrait aller manger un morceau en ville, qu'est-ce que tu en dis ?"

"D'accord," répond Charles sans se retourner.

La patience d'Erik a atteint le point mort alors il finit par barrer le dernier paragraphe du devoir et écrit dans la marge "J'espère que c'est une plaisanterie" avant de se lever. Il s'approche rapidement du corps en contre-jour et se retient de ne pas le plaquer contre la fenêtre. Il tend lentement sa main vers sa nuque pour la caresser et respire à plein poumons l'odeur si attendrissante de Charles, qui a habituellement quelque chose qui murmure Maison, mais la sensation n'est pas la même et il ne sent pas l'esprit radiant du plus jeune. Il s'approche, le surplombe et inspire à nouveau avant de comprendre. Il l'attrape par l'épaule et la retourne de force avant de la plaquer contre le mur le plus proche pour les éloigner de la fenêtre.

"Qu'est-ce que tu fais ?"

"Quoi ? Je n'ai…"

"Arrête, Raven," il ordonne de sa voix la plus menaçante et elle doit comprendre dans son regard ce qu'il n'hésitera pas à lui faire alors elle repousse ses mains et reprend sa propre apparence humaine. Elle lui adresse un sourire mauvais, de ceux que seules les pestes savent faire et il ne sait pas ce qui le retient de la foutre à la porte.

"Vous touchez tous vos étudiants comme ça, professeur ?"

"Qu'est-ce que tu veux ?" il demande sans attendre.

"Savoir ce qu'il se passe entre Charles et vous."

"Rien," il l'aboie, le vomit.

"Il a vingt ans, il est mineur. Si ça se sait, cette histoire peut le poursuivre pendant des années et vous le savez," elle rétorque avec une hargne qui déclenche en lui tous ses réflexes les plus violents.

Il serre les poings à s'en donner mal, pour se retenir de ne pas lever la main sur elle et il inspire avant de répondre :

"Alors il vaudrait mieux que ce genre de choses ne soient pas répété, car nous ne voulons pas qu'il arrive quoi que ce soit à Charles, n'est-ce pas ?"

Elle le regarde des pieds à la tête et tente de faire un pas sur le côté mais il serre à nouveau ses épaules pour l'empêcher de bouger.

"Je ne vous fais pas confiance."

"Ça nous fait un point commun." Elle grimace comme si elle avait senti une odeur gênante et elle ouvre ses lèvres mais il poursuit, "Mais puisque tu es amoureuse de lui, j'imagine que tu garderas tes suppositions pour toi."

"Je ne suis pas… amoureuse de lui," elle ose répondre en affrontant son regard et Erik a un rictus assez triste pour elle.

"Oh, Raven, il n'y a que Charles pour ne pas comprendre que tu l'aimes bien plus qu'une soeur est supposée aimer son frère."

"J'ai été adoptée," elle réplique en essayant réellement cette fois de quitter son emprise mais il serre plus fort ses épaules et tant pis s'il lui fait mal.

"Oui, je sais, et c'est la seule raison qui te fait croire que ce que tu ressens pour lui n'est pas malsain, mais ce n'est pas comme ça qu'il te voit, bien sûr. Il te voit comme la gamine qu'il a prise sous son aile, comme la petite soeur un peu gênante mais qu'il apprécie quand même."

"Et vous, comment est-ce qu'il vous voit ?" elle plaque ses mains contre son torse pour le repousser et il la relâche violemment en la jetant vers la porte.

"Comme rien d'autre qu'un enseignant. Maintenant dégage, Raven, avant que je ne puisse réellement pas me retenir de te faire du mal."

Elle remet en place son chemisier et passe une main dans ses cheveux avant de marcher vers la sortie.

"Vous n'aurez pas Charles."

"Toi non plus," et c'est une promesse.

Ils se regardent encore quelques secondes avant qu'elle ne tourne son visage et disparaisse dans le couloir.

Il ne rejoint finalement pas Charles ce soir-là et va seul dans un pub loin du centre pour être sûr qu'il ne pourra pas le retrouver. Perdu dans une heure qui n'appartient plus à la nuit et pas encore au petit matin, il repense aux mots de Raven, à la menace qui pèse sur leur relation, à laquelle ils ne pensent absolument jamais, et à tout le tort qui pourrait leur être causé si ça se savait. Tout serait tellement plus simple si sa seule raison d'exister n'était encore que son obsession de retrouver Schmidt, mais désormais, Charles Xavier fait partie de sa vie.


Mars est le mois préféré de Charles Xavier. Chaque année c'est le même rituel : de janvier au printemps, il s'emmitoufle dans de longues écharpes, boit des thés par dizaines et passe les weekend de son lit à son canapé où il retrouve des plaids sous lesquels il se glisse pour dévorer James Joyce. Passé le 10 mars, il ouvre généralement une fenêtre pour aérer son appartement et se rend compte que le soleil est revenu et que la température extérieure est plus élevée que celle de son propre salon. Il oublie ses écharpes et ses mitaines et va chercher Raven pour l'entraîner dans une longue balade passée bras dessus bras dessous.

Cette année n'est pas comme les autres, cependant, et comme Charles n'est pas le genre d'hommes à trouver son bonheur dans l'habitude, ça ne le dérange pas que, ce qui le réchauffe cette fois-ci, soient les mains et les caresses d'Erik et que ce n'est pas aux côtés de Raven qu'il se promène, mais avec le professeur d'allemand.

Aujourd'hui, à cause des travaux de rénovation, les cours de l'après-midi ont été exceptionnellement reportés à l'extérieur de quinze à dix-sept heures. Les professeurs ont amené leurs élèves dans les différents parcs et font mine de ne pas voir que la moitié d'entre eux ne lisent pas les exercices donnés mais parlent avec leurs amis et somnolent au soleil. Charles est en cours avec Mrs. Hopper, son livre de Génétique Avancée sous les yeux. Il est allongé sur le ventre dans l'herbe et parfois il répond aux questions qu'Irma et Stacey se posent sur le mécanisme de réplication de l'ADN. Il reste aussi concentré que possible pour ne pas attirer l'attention, mais à quelques mètres de là, il y a une autre classe qui s'est installée et c'est celle d'Erik. Il est debout et parle avec M. Montrey et la façon dont son polo blanc dessine ses pectoraux est suffisante pour que Charles se félicite de s'être allongé sur le ventre.

'Tu es très sérieux,' le complimente Erik.

'Fais comme si je n'étais pas là,' supplie Charles en retour, avant de lui adresser un sourire complice.

'Dans cette position ? Je ne pense pas que ce soit possible.'

Charles redresse un peu le visage et se regarde par-dessus son épaule pour vérifier ce que sa position a de particulier et c'est peut-être la façon dont ses fesses sont légèrement rebondies qui fait sourire Erik ainsi. Il tourne la page qu'il n'a pas lue, juste pour se donner contenance.

'Est-ce que je peux te raconter ce que j'ai prévu pour ton anniversaire ce soir ? Vingt-et-un ans, ça doit se fêter… dignement.'

'Raven organise une soirée surprise chez elle. Elle n'a toujours pas compris à quel point les gens qui ont des secrets les hurlent en boucle dans leur tête.'

'Je sais, pas besoin d'être télépathe pour comprendre ce qu'ils te préparent. Mais après tu viendras chez moi et je te…'

'Je dois finir cet exercice.'

'Non. Plus personne ne prétend travailler, même Mrs. Hopper dort, regarde.'

Charles tourne la tête et voit sa professeur, assise sur une chaise en toile, la tête dépassant du dossier, la bouche ouverte de façon très peu sophistiquée. Il ne peut s'empêcher de rire et se dépêche de cacher sa bouche derrière sa main.

'Je n'ai qu'à prétendre avoir besoin de ton aide pour apporter des livres, t'emmener avec moi et te pousser derrière le premier arbre qu'on croise pour baisser ton pantalon, te caresser et te faire jouir avant même que tu ne comprennes ce qu'il se passe.'

'Professeur Lehnsherr, vous me déconcentrez…' sourit Charles aussi charmeur que possible, en encerclant le bout de son crayon de sa bouche.

Il voit la mâchoire de son amant se serrer avant qu'Erik ne s'approche des chaises pliées pour s'en prendre une. Il y prend place, croise les jambes et masse les coins de sa bouche en ne quittant pas Charles du regard.

'Et toi tu me tortures. La gomme de ton crayon est tenue par une bague en métal.'

Charles fronce un peu les sourcils avant de comprendre. Il sort le crayon de sa bouche, regarde la gomme rose et la petite bague métallique avant de sourire de façon absolument radieuse :

'Tu peux sentir ma langue dessus ?'

'À ton avis, pourquoi est-ce que je me suis assis ?'

Cette fois, Charles se permet un coup d'oeil vers son amant dont il remarque les traits légèrement tendus - qu'il a déjà vus plus d'une fois dans la chambre d'Erik. Il le regarde droit dans les yeux et commence à faire lentement entrer le crayon entre ses lèvres mais Erik fait un léger geste de la main et le crayon vole à deux mètres de là. Charles regarde tout autour de lui mais personne n'a remarqué leur petit jeu qu'il a bien décidé de ne pas perdre. Il se redresse et marche à peine à quatre pattes avant d'étendre le bras pour récupérer son crayon, creusant juste ce qu'il faut son dos pour aguicher Erik jusqu'à entendre son amant grogner :

'Tu es obscène, Charles,' et chaque mot emmène avec lui tellement d'amour que Charles sourit.

"Joyeux anniversaire, Charles."

Charles relève la tête et découvre Denis Patmore qui le surplombe. Il se dépêche de poser ses fesses contre ses talons pour reprendre une position moins… moins.

"Salut Denis, merci... toi aussi tu as cours dehors ?" il a bien conscience d'énoncer une évidence mais c'est la première chose qui lui est passée par la tête.

"Ouais, enfin si on peut dire cours," il se retourne pour lui montrer sa classe plus loin, dont la moitié dort et l'autre joue aux cartes.

Charles force un sourire très poli et se retient de ne pas se retourner pour regarder Erik dont il sent le regard dans son dos.

"Comment ça va ? Ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vus…" demande Denis en s'asseyant à son tour face à Charles, les jambes étendues devant lui, si proches que Charles a le réflexe de s'écarter de quelques centimètres.

"Ça va, je te remercie."

'J'étais à deux doigt de venir lui enfoncer la tête dans un pot de fleur, mais quand je vois ton air paniqué, je me dis que je peux te laisser essayer de t'en débarrasser encore un peu,' résonne la voix d'Erik avec un amusement éclatant.

Charles prétexte une légère crampe dans le mollet pour se retourner et fusiller son amant du regard. Denis lui parle de ses matchs de cricket avec la fierté d'un coq en rut qui excitait Charles à une époque mais qu' il trouve aujourd'hui absolument risible. Depuis qu'il est avec Erik, il comprend la différence entre un homme qui prétend et un homme qui est, et chaque jour il réalise un peu plus sa chance d'avoir pu croiser le chemin d'Erik Lehnsherr. Il se retourne plusieurs fois pour le regarder et si les premières fois il croise ses yeux rieurs, depuis que Montrey lit un journal aux côté d'Erik, ce n'est plus le cas.

'Qu'est-ce qu'il se passe, Erik ?'

'Viens.'

Il hoche la tête et se lève, suivi de Patmore qui continue son autobiographie en trois volumes, et s'approche des deux professeurs alors que Montrey grommelle :

"Sale histoire… Le procès va commencer le 11 avril prochain à Jérusalem et sera retransmis dans trente-sept pays. Apparemment, depuis son arrestation grâce à Wiesenthal, il n'a absolument rien dit et plaide non-coupable alors que les témoignages des victimes s'accumulent. Le type aurait été un des organisateurs de ce que les spécialistes appellent 'la Solution Finale'. Les Nazis auraient orchestré l'anéantissement de tous les Juifs d'Europe à partir de 1942 dans des camps de déportation construits pour les tuer… Et d'après le journaliste, les survivants commencent tout juste à vouloir en parler vraiment, justement avec l'ouverture du procès. C'est horrible. "

'Schmidt ?' Charles demande à Erik, le cœur cognant si fort qu'il semble vouloir remonter dans sa gorge.

'Un autre. Eichmman.'

"Il y aurait des centaines de Nazis impliqués dans le génocide recherchés. La plupart serait en Amérique du Sud mais certains n'ont pas réussi à quitter l'Europe."

"Mon père m'en a parlé la dernière fois," confirme Patmore en hochant la tête, "Il y en aurait même qui se cacheraient en Angleterre."

Charles tente de calmer sa respiration mais elle est hors de contrôle et douloureuse. Il y a quelque chose de terrible à entendre tout haut ce secret qu'ils protègent depuis des mois. Erik est extrêmement calme, il ne bouge pas sur son siège en toile et semble à peine touché par ce qu'il entend. Si Charles se concentre, il sait qu'il sentirait la tempête de larmes et de lames qui se déchaînent en lui.

"Si vous aviez été un peu plus vieux, professeur Lehnsherr, on vous aurait regardé de travers !" s'amuse Montrey sans beaucoup de conviction, dans un essai un peu maladroit de détendre l'atmosphère.

"Vous pensez qu'il va y avoir des enquêtes pour essayer de trouver les anciens Nazis qui se cacheraient au Royaume-Uni ?" Erik s'informe avec un désintéressement parfaitement feint dans la voix.

"C'est ce que dit l'article en tout cas. Les services secrets seraient en train d'éplucher les dossiers de certains Allemands arrivés après 1946."

"Et s'il les trouvent ?" demande Charles.

"J'imagine qu'ils seront protégés en premier lieu et puis jugés," répond Montrey en relevant son visage rougi par le soleil vers lui.

"Protégés ?" il répète, le mot butant dans gorge.

"L'article dit que certains anciens Nazis ont été tués lors de vendettas personnelles. À croire que certaines personnes ne peuvent pas se contenter de la justice."

Ils ne disent plus rien et se regardent tous avant que Patmore ne reparte du côté de sa classe et que Montrey se décide à lire l'article sur Yuri Gagarine qui l'enchante au plus haut point. Charles en profite pour regarder Erik sans arriver à se reculer.

'Est-ce que ça va ?'

'Il faut le trouver, Charles. Et vite.'

Il inspire et expire, et c'est douloureux. Il sait pourquoi Erik veut qu'ils accélèrent leurs recherches, parce qu'il fait partie de ces gens qui ne peuvent pas se contenter de la justice et peut-être même qu'il est déjà lui même l'auteur de vendettas et qu'il tuera Stein avant de tuer Schmidt, ça c'est une certitude. Charles devrait lui dire qu'il ne veut pas, il devrait l'en empêcher. Mais il répond :

'On va le retrouver. Je te le promets.'