Note : du love sur vous et un grand merci tout particulier à Dumini et Ayasa en guest pour vos reviews adorables !

Bêta : MAYA HOLMES J'TE KIFFE BISOUS MERCI.


"Okay…" Erik halète, à bout de souffle. "Okay, c'est une bonne idée."

Charles hoche la tête, la lèvre inférieure coincée contre ses dents. Il a posé ses mains dans le creux des reins en sueur d'Erik pour suivre le mouvement de son bassin à chaque fois qu'il s'enfonce un peu plus entre ses cuisses. Ils sont allongés sur le lit, tout le corps d'Erik contre celui de Charles, seulement retenu par ses avant-bras, son sexe glissé entre les cuisses serrées qu'ils ont recouvertes de lubrifiant. Ils se sont embrassés pendant près de vingt minutes sur le canapé avant qu'Erik ne porte Charles jusqu'au lit en projetant toutes les positions qu'ils n'ont pas encore essayées, mais Charles a simplement fait non de la tête, s'excusant de ne pas vouloir son amant en lui mais lui promettant en échange Une idée que tu pourras trouver bonne, Erik. Depuis, Erik fait aller et venir son membre entre les cuisses serrées de Charles, le souffle court et les gestes aussi lascifs que s'il le pénétrait.

"Tu sais…" commence Charles, ses doigts glissant sur la peau humide avant de la pincer plus fermement, "On appelle ça le faire à la Oxford," il rit en léchant ses lèvres, sentant le goût salé de sa peau.

"Un cours d'Histoire pendant que je te baise, Charles ? Tu m'étonneras toujours," ricanne Erik à son tour en relevant son visage pour lui offrir un sourire qui prouve qu'il lui pardonnera tout, avant de regarder à nouveau son membre disparaître et réapparaître entre les cuisses serrées.

"Techniquement tu ne me baises pas, ce qui est précisément la raison pour laquelle on appelle ça le style Oxford... particulièrement apprécié pour… garder sa virginité pour le mariage ou ce genre de… choses," il finit dans un couinement alors qu'Erik frotte son sexe contre le sien en se redressant.

"Shatzi, ta virginité a autant de légitimité que ton innocence."

"Amen," avoue Charles dans un petit rire étouffé et Erik mord son épaule pour ensuite amener sa bouche à son oreille qu'il lèche.

"Tu es terrible…" et comme les mots ont la couleur de l'éloge, Charles tourne son visage pour demander un baiser qui consiste plus à lécher la langue de l'autre qu'à réellement faire toucher leurs lèvres.

Les poings d'Erik se serrent de part et d'autre de son corps, il lève son bassin à chaque fois un peu plus haut pour revenir plus profondément entre les cuisses de Charles. Ses mains à lui glissent jusqu'aux fesses du professeur et, s'il n'ose d'abord que frôler ses doigts contre la peau qu'il n'a jamais chérie avant, le dernier coup de rein d'Erik le pousse à les y enfoncer jusqu'à en laisser des marques. Ils gémissent sans retenue, conscients qu'en ce milieu d'après-midi, ils sont les seuls à l'étage et Erik ne cesse d'embrasser le cou en sueur de Charles à chaque fois qu'il laisse échapper un son plus rauque que les précédents. Erik parfois le pince de ses lèvres jusqu'à laisser des marques mauves à l'intérieur de ses cuisses ou de ses bras, là où ils sont sûrs que personne ne pourra les voir. La preuve la plus obscène de toutes ces nuits de sexe qu'ils accumulent reste la voix de Charles, cassée, lorsqu'il répond à un professeur, à un camarade, à n'importe qui qui n'a absolument aucune idée de ce qu'il s'est passé la veille. Peut-être qu'un jour, quelqu'un comprendra mais, en attendant, Charles exhibe sans honte cette preuve de tout l'amour qu'Erik lui donne et lui arrache.

"Tu vois… pas besoin de pénétration," il lèche la tempe où glisse une perle de sueur.

"Je sais, je ne disais pas que tu serais forcément celui qui…"

Mais Erik ne finit pas sa phrase et gémit en se reculant le plus lentement possible avant de réenfoncer son membre. Charles n'a toujours pas cligné des yeux et encercle son visage de ses mains pour le forcer à le regarder, nez contre nez.

"Tu veux essayer ? Que je te fasse l'amour… Erik ?" sa voix n'est plus aussi charnelle qu'avant, elle est très claire et il scande chaque syllabe avec beaucoup de sérieux.

Erik redresse un peu plus le visage pour ne pas avoir à loucher et fronce légèrement les sourcils avant d'avouer avec une simplicité que Charles n'aurait jamais soupçonnée :

"Bien sûr… oui."

Les yeux de Charles disparaissent derrière ses paupières et peut-être qu'ils font un tour complet dans leur orbite alors qu'il laisse retomber ses mains sur le lit, à la recherche du pot de vaseline qu'ils ont pratiquement vidé. Il l'ouvre maladroitement, plonge deux doigts dedans et couine en sentant Erik mordre sa mâchoire.

"Maintenant ? Charles, je veux jouir entre tes cuisses…"

"Je sais, ne t'arrête pas."

Il encercle une des fesses d'Erik dans sa main gauche et l'écarte juste ce qu'il faut alors que les doigts de sa main droite viennent caresser la peau sensible. Erik grogne à peine et ferme les yeux alors Charles tire un peu sur sa nuque pour embrasser son menton et ses lèvres.

"Dis-moi si c'est trop…" il murmure aussi rassurant que possible en priant intérieurement de ne pas effrayer Erik avec cette envie qui paraît bien peu contrôlable.

Le professeur garde ses paupières closes et hoche la tête. Il a ralenti ses coups de reins et ne les bouge pratiquement plus alors Charles presse, juste un peu, contre son entrée et sent son doigt glisser, et tout est si chaud et bon.

"Erik… ?" il l'appelle en embrassant ses joues comme une cascade.

"Ça va… ça va," il répète avant d'ouvrir ses yeux et d'avoir un sourire bien trop suffisant pour un mec qui s'offre pour la première fois.

"Tu es…" Charles commence mais se retrouve à inspirer avant de trouver ce qu'il peut possiblement dire.

"Tu as une possibilité infinie d'adjectifs à ta disposition," Erik rit légèrement, puis il avance un de ses avant-bras sur le draps humide pour rapprocher sa main des cheveux bouclés qu'il se met à caresser.

"Je te fais signe si j'en trouve un qui peut expliquer ce que je ressens pour toi."

"Mein Gott, j'ai réellement réussi à te faire taire."

Charles ouvre grand la bouche, prêt à répliquer, mais vraiment, il n'y a rien à répondre. Alors, il la referme sur celle de son amant pour l'entraîner dans un baiser lent et tiède qu'il veut aussi rassurant que possible alors qu'il pousse un peu plus loin son doigt en lui. Erik gémit doucement, ses yeux fermement clos, puis il se recule et s'enfonce entre les cuisses brûlantes que Charles pense à serrer à nouveau. Il retrouve son rythme soutenu au bout d'une minute, chaque coup de rein le forçant à retirer puis à forcer le doigt de Charles à le pénétrer un peu plus. Charles inspecte chacune de ses réactions, le moindre petit soubresaut de muscle de son visage mais Erik se laisse prendre avec une facilité que Charles jalouse et admire à la fois.

Il lèche avidement ses lèvres sèches et les mord inconsciemment alors qu'il enfonce un deuxième doigt et, cette fois, Erik se contracte. Il se redresse un peu plus sur ses bras, comme prêt à se retirer mais la main de Charles encercle plus fermement sa fesse qu'il maintient écartée, la première phalange de son deuxième doigt à peine enfoncée à côté de son index. Il sourit à Erik pour le rassurer, puisqu'il est incapable de se relever pour l'embrasser, et hoche la tête pour l'inciter à se détendre. Erik marmonne des mots dans sa langue natale, trouve le courage de rouvrir ses yeux mais les referme tout aussitôt en se contractant à chaque fois et Charles lui murmure :

"Est-ce que tu me fais confiance… ?"

Il ne reconnaît même pas sa propre voix, merde, il a même du mal à reconnaître son propre corps. Ses bras le tirent et il se sent à la fois extrêmement léger et brûlant, et il comprend qu'il perd le contrôle à tel point que son esprit se mélange à celui d'Erik comme s'il devait en connaître chaque recoin, jusqu'au plus sombre, jusqu'au plus brut.

"Oui," gémit Erik - était-ce en allemand ? Charles ne fait même plus la différence. Il serre ses jambes jusqu'à sentir ses rotules se cogner et son corps rebondit sur le matelas à chaque nouveau coup de rein d'Erik.

Ses lèvres s'entrouvrent et il est trempé de sueur et il devrait pouvoir garder ses yeux sur Erik mais tout lui échappe. Il sent la pression tout en bas de son ventre qui pèse si fort qu'il reste immobile en attendant que l'orgasme l'atteigne - encore quelques secondes, il le sait - et force son deuxième doigt contre la peau sensible jusqu'à enfoncer ses deux doigts sans pouvoir aller plus loin, et Erik geint.

Il lui suffit d'une fois, un mot incompréhensible, une plainte longue et rauque qui a raison de la dernière barrière qui contenait l'orgasme de Charles qui se voit jouir entre leurs corps, en sentant Erik venir entre ses cuisses. Il le laisse s'allonger sur lui et embrasse la peau face à sa bouche sans savoir s'il s'agit de son front, de son épaule ou d'autre chose. Il se sent littéralement trempé, entre la sueur qui enveloppe leur corps, la vaseline et la semence sur son ventre et ses cuisses. Il attend qu'Erik reprenne son souffle et se détende pour retirer ses doigts, puis embrasse rapidement sa joue maintenant qu'il a réussi à ouvrir ses yeux pour le regarder.

"Inattendu."

"Pardon… ?" Erik halète, épuisé.

"Je crois que j'ai choisi l'adjectif. Tu es inattendu."

Erik fronce un peu les sourcils sans sembler comprendre avant qu'il ne lève les yeux au ciel en se rappelant leur conversation. Il embrasse longuement le front de Charles et l'enveloppe de ses bras.


Ils quittent l'appartement d'Erik qu'il ferme à clé en utilisant ses pouvoirs et descendent les marches en bois. Charles tient face à lui un des dix dossiers qu'ils ont emmenés avec eux. Plus que dix noms, dix possibilités de trouver Stein. Ils sont si proches du but que, paradoxalement, ils consacrent de moins en moins de temps à aller interroger les hommes et dédient leurs minutes et leurs heures aux bras et aux lèvres de l'autre. Ça serait presque sans preuve si Charles ne voyait pas ses notes passer du A au B mais aujourd'hui, tout ne semble plus tourner autour des études, comme ça a été le cas ces cinq dernières années.

Ils vont interroger Mr. Kapellush et Mr. Rogers, et ont la confirmation qu'aucun des deux n'a pu être un ancien Nazi, quand ils découvrent que le premier est nain et que le deuxième a six enfants nés à Oxford entre 1935 et 1947. Ils rayent les deux noms de leur liste et relisent les huit derniers autres quand ils approchent de Trinity College. Erik parle mais Charles ne l'entend pas alors que ses bras se couvrent d'une chair de poule qu'il n'a jamais encore ressentie. Il se stoppe, pose ses doigts sur ses tempes et se concentre pour essayer de comprendre ce qui lui fait si mal, jusqu'à ce qu'il l'entende : Raven.

"Erik, viens," il l'appelle en se mettant à courir. Ils entrent dans le bâtiment, grimpent un escalier que Charles n'avait jamais emprunté avant et entendent l'écho d'un brouhaha incessant qui les étouffe. Ils arrivent devant la porte déjà ouverte d'une classe où les élèves ne sont plus à leur table mais regroupés dans un coin. Il n'y a plus de professeur et Charles s'avance à travers les corps agglutinés pour découvrir sa sœur, recroquevillée contre le mur du fond de sa classe. Bleue.

"Oh mon…" il soupire tout bas mais déglutit et ne finit pas sa phrase.

Il lève sa main pour la porter à sa tempe mais s'arrête en voyant la trentaine de paires d'yeux fixés sur lui. Les étudiantes sont trop nombreux et il ne peut pas correctement penser quand il est agressé par autant d'inquiétude, prononcée tout haut ou non :

"Charles, qu'est-ce qu'elle a ?"

"Raven, ça va ?"

'C'est une putain de mutante.'

"Raven ?"

'Quand est-ce que l'infirmière arrive ?'

'Est-ce que Charles le savait ?'

"Mrs. Waller est partie chercher l'infirmière !"

'C'est un monstre.'

Charles retire sa veste et l'enveloppe autour du corps recroquevillé de sa sœur qui cache toujours son visage derrière ses doigts. Il caresse à peine son épaule, lui dont les mains tremblent. Il perce à travers les esprits pour atteindre celui d'Erik, resté en retrait.

'Aide moi, Erik.'

"Dehors," il grogne instantanément. Quelques élèves se retournent et remarquent simplement sa présence. Erik attrape une des élèves par le col et la repousse violemment vers la porte en signe d'exemple. "Dehors ! Attendez dans la salle d'en face et n'en bougez pas avant qu'on ne vienne vous chercher, c'est clair ?"

Cette fois, les élèves s'exécutent en s'excusant auprès du professeur Lehnsherr qui les regarde une à une comme pour mémoriser leur visage. Il reste près de la porte ouverte pour vérifier que personne ne rentre et Charles se penche pour venir enlacer Raven.

"Je suis là, Raven, c'est fini…"

"Elles ont crié…" elle gémit, la voix pleine de sanglots que son corps trop choqué n'arrive pas à sortir.

Charles ne prête pas attention à son cœur qui se serre et embrasse sa tempe avant de se retourner quand il entend la porte claquer. William est arrivé et Erik le suit en utilisant ses pouvoirs pour écarter les tables et faire de la place. Le doyen se met lui aussi à terre et demande sans quitter des yeux le corps de Raven caché sous la veste dont dépasse sa main bleue.

"Qu'est-ce qu'il s'est passé, Raven ?"

"Elles ont… Elles savaient… Elles ont dit… Que j'étais un monstre et j'ai voulu leur montrer."

William et Charles se sont un peu plus penchés vers elle pour la comprendre mais ça ne fait toujours pas exactement sens. Charles demande de sa voix la plus douce :

"Comment est-ce qu'elles ont su, Raven… ?"

Il faut près d'une minute avant qu'elle n'ose répondre :

"Parce que Anthony Buckley l'a vu."

William tourne sa tête déformée par l'incompréhension vers Charles qui réfléchit quand est-ce qu'il a entendu ce nom pour la dernière fois et - le restaurant, Raven. "Comme je peux te dire que moi je n'ai pas couché avec Anthony Buckley, même si j'en avais envie et que je suis toujours vierge parce que j'avais un peu peur de le faire". Il ferme les yeux et tend son visage en arrière en inspirant longuement et il fait ce qu'il peut pour ne pas imaginer Raven, sa sœur, s'offrir à quelqu'un avant de se transformer - inconsciemment ou non.

'Pas besoin de rentrer dans les détails,' lance-t-il à destination de William qui comprend et a la décence de ne pas commenter.

"Combien d'élèves ont vu ?"

"Vingt-sept," dit Erik, toujours en retrait derrière eux. "Elles sont dans la salle en face."

"Charles… ?" demande McClare sans aller plus loin, parce qu'ils savent tous qu'il ne peut pas demander tout haut quelque chose d'hautement illégal et dangereux mais Charles comprend très bien où il veut en venir.

"Elles sont trop nombreuses… Il me faudrait plusieurs jours pour pouvoir effacer leur mémoire et on ne peut pas les séquestrer pendant tout ce temps," il s'excuse en caressant le dos de sa sœur.

"Je ne veux pas…" sa voix cassée commence avant qu'elle ne retire la veste qui la couvre. Elle a cette force dans le regard que Charles trouve à la fois magistrale et totalement inquiétante - car hors de contrôle. "Je ne veux pas me cacher," elle crache le mot avec dédain, bien décidée à se défendre.

"Raven, elles ne comprennent pas…" Charles lui murmure tendrement.

"Et bien je leur expliquerai. Je vais leur dire que ça ne change rien, que je l'ai toujours été et que s'ils m'acceptaient avant, ils doivent m'accepter maintenant."

"Raven, est-ce que tu te rends compte de ce que ça signifie ?" demande William en lui souriant lui aussi.

"Ça signifie qu'elle arrête de se cacher et qu'elle devient enfin elle-même," lance une voix si claire qu'il semble, pendant un instant, que c'est la voix de la raison qui résonne.

Charles et William se retournent, Erik poursuit.

"Elle s'est transformée devant tout le monde et alors ? Qu'est-ce que vous voulez faire maintenant ? La marquer ? Ça sera quoi la prochaine couleur de l'étoile que vous accrocherez sur ses vêtements ?"

"Erik," appelle William comme s'il s'étranglait sur le mot.

Mais il ne les regarde pas et fixe Raven qui se lève. Elle tangue un peu sur ses jambes et masse fermement ses cuisses en clignant plusieurs fois des yeux. Charles et William se redressent à leur tour et l'observe, aussi inquiets l'un que l'autre, mais Raven ne semble pas perdue ou triste, seulement déterminée, accrochée au regard d'Erik comme une main tendue qui la sauverait d'une eau glaciale. Et Charles les connaît assez bien l'un comme l'autre pour savoir qu'on ne pourra pas les faire changer d'avis.

"Elle n'a pas à avoir honte. C'est vous qui devriez avoir honte d'essayer de la cacher parce qu'elle n'est comme eux."

"Les gens ne sont pas prêts !" William intervient, la voix chancelante.

"Parce que vous ne les préparez pas !" Erik lève la voix à son tour en plantant son regard d'acier dans celui du doyen.

Il y a un silence terrible qui les écrase, en semblant creuser le fossé qui maintient d'un côté Erik et Raven et de l'autre Charles et William. Raven finit par hocher la tête en direction du professeur d'allemand, puis rend sa veste à Charles en le regardant droit dans les yeux.

"Le professeur Lehnsherr a raison. Ils ne nous accepterons jamais si on reste cachés. J'en ai rien à foutre si elles me jugent ou si les autorités sont au courant." Elle ouvre la porte et traverse le couloir pour entrer dans l'autre salle, suivie des trois hommes qui n'ont aucun argument pour l'arrêter.

Quand elle affronte les regards de celles qui étaient encore ses amies il y a vingt minutes de ça, la pièce a des allures de corrida, sans savoir si Raven est le taureau ou le torrero. Elle prend son temps, les regarde une à une. Elle tremble encore un peu et ses yeux sont terriblement rouges mais elle reste d'une dignité.

"Oui," c'est tout, elle ne dit rien d'autre. Elle les regarde encore un peu et demande, "Clarisse ? On se voit toujours à 17h pour l'exposé ?"

Charles voit une jeune femme avec des cheveux noirs coupés courts ouvrir grands les yeux et hésiter un peu avant d'hocher la tête.

"Cool," conclut Raven. "Et puis on pourra aller boire un verre ensuite toutes ensemble… enfin, pour celles qui ont envie ?"

Cette fois, il faut un peu plus de temps avant que les autres étudiantes réagissent. De plus en plus de têtes acquiescent et certaines proposent un bar plutôt qu'un autre. Mrs. Waller, leur professeur de Géographie, arrive accompagnée d'une infirmière et William leur explique calmement la situation avant qu'il ne fasse revenir les élèves dans leur salle initiale. Charles attrape délicatement le bras de Raven pour la retenir juste avant qu'elle ne rentre dans la pièce elle aussi, pour lui murmurer :

"Je suis fier de toi."

Elle le regarde de haut en bas et réplique, "Depuis quand est-ce que tu te préoccupes à nouveau de moi ?"

Il fronce les sourcils et expire un petit rire nerveux, "Pourquoi est-ce que tu dis ça ?"

"Parce que ça fait des mois que je ne te vois plus, que tu n'es jamais à ta chambre et que tu ne me dis plus rien. Mais j'imagine que maintenant, c'est avec lui que tu passes ton temps," elle lâche en regardant Erik par-dessus son épaule et le regard du frère et de la sœur s'accroche à William, juste derrière eux sans qu'ils n'en avaient conscience.

Charles inspire profondément, expire et il sait qu'il n'a pas le temps de réfléchir alors il ment:

"Non, bien sûr que non..."

Il remarque dans les yeux de sa sœur qu'elle est désolée d'avoir lâché cette information tout haut devant McClare sous le coup de la colère. Elle projette un 'Charles' faible alors qu'elle s'empresse de rajouter, à destination du doyen qui se penche vers eux, plus menaçant qu'une ombre :

"J'ai dit ça comme ça, je ne…"

"Qu'est-ce qu'il se passe avec le professeur Lehnsherr, Charles ?" William grogne, les dents serrées.

"Rien !" il se défend mais sa voix le trahit et se brise.

William ouvre grand les yeux et les regarde, Erik et lui, tour à tour tandis que sa mâchoire se serre.

"Raven, va en cours. Vous deux, dans mon bureau, maintenant."

"William…" appelle Erik d'une voix basse en s'approchant de lui.

"J'ai dit maintenant, professeur Lehnsherr."

Ils n'osent plus parler et Raven tente de serrer la main de Charles mais ils s'observent tous alors elle se retient manifestement. Elle rentre dans sa classe et les deux hommes suivent William. Charles sent l'esprit d'Erik qui s'alourdit de questions, de remords et d'idées pour les sortir de là. Il y a les mots Effacer et Mémoire qui reviennent en boucle mais Charles est paralysé de l'intérieur ; il n'oserait pas. Ils atteignent le bureau et William demande sèchement à Martha qu'elle ne les dérange pas. Il ferme la porte derrière eux et passe sa main sur son visage en accélérant le pas jusqu'à sa fenêtre, pour éviter leur regard sûrement.

"William, je…" commence Erik, debout au milieu de la pièce, mais William se retourne et hurle :

"Avec un étudiant, Erik ? Nom de Dieu, avec une étudiante j'aurais essayé de fermer les yeux, mais avec… Charles ?" il ponctue en le pointant du doigt, lui qui est resté près de la porte, prêt à fuir à la moindre occasion.

"Personne ne sait," grogne Erik en retour.

"Raven est au courant. Est-ce que tu lui as dit ?" William demande en regardant Charles qui s'empresse de se défendre.

"Non ! Non je ne lui ai rien dit."

"Alors elle l'a compris, c'est pire. Mon Dieu, Erik, comment est-ce que tu as pu faire ça ? Je t'ai fait confiance, je t'ai accueilli ici et tu…"

"William," appelle Erik en faisant des grandes enjambées pour se retrouver face au directeur. "Laisse-moi juste finir l'année et je poserai ma démission, d'accord ?"

"Ta démission ? Mais tu es viré, Erik," William crache en secouant la tête, le visage méconnaissable, si pâle.

Erik l'attrape par le bras et le secoue une fois, violemment. Charles quitte enfin sa place pour se rapprocher d'eux, il l'appelle mais Erik ne semble même pas l'entendre.

"Après ce que Raven vient de faire ? Ça serait trop suspect. Tu vas déjà avoir les journalistes au cul, alors s'ils apprennent qu'un de tes professeurs a démissionné suite à ça, ils ne te louperont pas. Laisse-moi finir l'année."

"Mais tu crois que ça a simplement un rapport avec mon rôle de doyen ? J'ai la responsabilité de Charles depuis que sa mère est morte. Je ne te veux pas près de lui, comme ça. Tu ne sais pas ce qu'il…"

"Laisse-moi finir l'année," Erik crie à nouveau en le secouant plus fort et Charles intervient en pressant ses mains sur les avant-bras d'Erik pour l'obliger à le lâcher.

Charles regarde William et veut lui demander de finir sa phrase mais il n'en a pas la force alors que William le contemple, les yeux remplis d'une déception qu'il ne pense pas pouvoir oublier un jour.

"Tu ne sais pas dans quoi tu t'embarques, Charles. Le rapport Wolfenden n'est pas passé, les relations… ces relations restent illégales. Ce n'est pas une vie… normale."

"Est-ce que tu penses réellement que je peux avoir une vie normale ?" rit amèrement Erik en faisant les cent pas dans le bureau après s'être dégagé de l'étreinte forcée de Charles.

"Toi peut-être, mais tu n'as pas à entraîner Charles là-dedans !" hurle William à nouveau, une colère indescriptible émanant de son esprit, et malgré tout teintée d'une réelle affection pour le plus jeune qui s'explique sur le champ :

"Il ne m'a pas entraîné. William, je suis désolé que tu l'apprennes comme ça et je suis désolé que tu ne comprennes pas, mais… je serai diplômé en juin et ensuite Erik et moi nous disparaitrons. S'il te plaît, ne nous dénonce pas à la police, je t'en supplie…"

McClare le regarde, les sourcils si hauts sur son front avant qu'il ne secoue la tête et se place devant Charles pour poser sa main sur son épaule.

"Charles, je ne te dénoncerai jamais. Tu es comme un fils pour moi," son esprit cogne si fort que Charles en ressent l'écho et McClare reprend, confus, "Désolé, je n'aurais pas dû dire ça..."

Il y a un vide entre William et Charles et de s'en apercevoir crée en l'étudiant une douleur amère entre ses poumons. Il suffirait que le pouce de William soit un tout petit peu plus haut pour que leur peau se touche et que Charles puisse lire ce qu'il lui cache et pour comprendre pourquoi c'est si douloureux pour William de se comparer à son père, mais le directeur le lâche et va s'appuyer contre son bureau.

"Personne ne doit savoir. Si quelqu'un l'apprend, Charles, tu viens m'en parler et selon la situation…"

"... Tu utiliseras tes pouvoirs pour effacer leur mémoire," comprend Erik qui finit la phrase en hochant la tête.

Charles les regarde tour à tour et cette fois il sait qu'il ne pourra pas faire autrement, lui qui ne veut pas utiliser ses pouvoirs pour des choses aussi graves. Il hoche la tête.

"En attendant, je t'interdis d'approcher des appartements d'Erik jusqu'à ton diplôme. Est-ce que je suis clair ?"

"Je n'ai…" commence Charles, prêt à user d'un petit mensonge même si ses joues légèrement rouges sont une preuve suffisante.

"Raven a dit que tu ne dormais pas dans ta chambre ces derniers temps et je ne veux pas savoir ce qu'il se passait. Je vais prévenir les autres professeurs que des élèves ont été aperçus traînant dans les couloirs pour qu'ils redoublent de vigilance et si j'apprends que quelqu'un t'a vu, ou si j'apprends que quelqu'un t'a vu toi, Erik, dans le bâtiment de Charles, je vous vire tous les deux. Est-ce que c'est compris ?"

Erik inspire profondément, ses narines se gonflant sous l'effort et Charles hoche la tête pour eux deux.

"Maintenant, sors, Charles. Et concentre-toi sur tes examens. Tes professeurs m'ont dit que tes notes étaient passées d et que ton attention faiblissait. Je pensais que tu étais simplement fatigué mais maintenant que je sais que…" il ne finit pas sa phrase et fait un geste vague de la main qu'ils comprennent tous les deux.

Erik lui lance un regard à la fois choqué et plein de reproches, puisque Charles a bien évidemment gardé secret l'état de ses notes qui ont dégringolé à mesure que leur enquête avançait et Charles baisse le visage. Il récupère son sac posé à terre, où sont cachés les huit derniers dossiers puis il sort de la pièce en contemplant une dernière fois le regard, plein de non-dits, qu'Erik et William se lancent.

Huit dossiers. Il enquêtera seul.