Note : Très chères lectrices et lecteurs de cette histoire, voici le chapitre qui a été le point de départ de la conception cette fic. Je suis émue de le publier aujourd'hui et j'espère qu'il vous plaira autant qu'il m'a plu de l'imaginer et de l'écrire. Plein de bisous sur vous et n'oubliez pas d'écrire une review à la fin de votre lecture, si le chapitre vous a plu.

Bêta : Maya Holmes, bien sûr, parce que je ne pourrai pas publier, ni écrire, sans elle. Merci ma Jambe-de-Bois.


Charles laisse Raven faire le nœud de sa cravate, puisque lui tremble trop pour y arriver. Elle lui répète que tout va bien se passer, qu'il n'a pas à être stressé comme ça et il lui sourit. C'est bien les sourires, ça rassure ceux qui les voient et ça cachent ceux qui les font.

Raven est arrivée chez les McClare une demi-heure après lui, pour qu'ils se préparent tous ensemble et elle n'a toujours pas repris sa forme humaine. Charles n'a pas besoin de lui demander, ni de fouiller dans son esprit, pour comprendre qu'elle ira à la cérémonie sous sa vraie forme. Elle embrasse sa joue et lui dit qu'il est beau avant de rejoindre Lina, la femme de William, dans la salle de bain, où elle coiffe leurs filles Judy et Emma. Charles se regarde à nouveau dans le miroir et sourit encore - il s'entraîne. Plus que deux heures avant la remise des diplômes et il devra faire face à des centaines d'élèves, de professeurs, à Erik. Aucun des deux n'a essayé de contacter l'autre depuis la soirée chez Sachls. Charles ne connaît pas les raisons d'Erik, mais les siennes sont évidentes : il n'a jamais su dire au revoir. Après tout, Charles a été un enfant incroyablement gâté, ça ne sert à rien de le cacher. Beaucoup de gens disent que l'argent n'achète pas le bonheur mais Charles a grandi dans le luxe et il n'a manqué de rien. Il n'a jamais pleuré, jamais haï. Jamais envié. Et puis une voiture a emporté Kurt et sa mère a développé cette saloperie de maladie et elle lui a dit un jour, en serrant sa main :

"Tu vas aller à notre manoir dans le Westchester. Visite New York. Je t'ai laissé les papiers du compte de la Bank of America. Il paraît qu'il y a des comédies musicales assez extraordinaires à Broadway. Sors et fais la fête dans les meilleurs bals. Et quand tu reviendras, je me serai occupée de tout."

Charles ne sait toujours pas s'il a réellement cru qu'il reviendrait et verrait sa mère guérie. Mais il a pris le billet qu'elle lui avait réservé, a passé avec Raven presque cinq mois entre New York et le manoir familial avant de revenir dans une Angleterre qui avait été le seul témoin de la mort de sa mère. Elle s'était occupée de tout, comme elle l'avait dit, si bien qu'il n'eut qu'une dizaine de feuilles à signer chez le notaire, et la fortune était à lui et tout était fini. Parfois, Charles hait sa mère de lui avoir fait croire que la vie s'arrête aux portes de leurs demeures, que le liquide qui coule dans leurs veines a des bulles et que l'or couvre leur peau comme un bouclier. Le reste du temps, elle lui manque terriblement.

"Je peux entrer ?"

Charles se retourne et acquiesce. William ferme derrière lui et s'approche, les mains dans les poches de son costume. Il ne porte pas encore sa tunique, ni sa toque avec le pompon doré que Charles a vu posées dans le salon.

"Prêt ?" demande-t-il en l'observant à travers le grand miroir et Charles hoche la tête. "Tu es très beau. Tes parents seraient tellement fiers de toi."

Charles veut dire merci. Peut-être plus tard.

"Mon père vient ce soir. Ma mère et lui ont longuement hésité, vu son état, mais il a dit qu'il voulait être là. C'est un grand soir pour tout le monde, Charles."

Cette fois, il y a un sourire honnête qui creuse ses lèvres lorsque Charles lui rend son regard. Mais il n'arrive toujours pas à lui parler. William continue, lui, de sourire fièrement. Il hoche la tête plusieurs fois, il doit chercher un nouveau sujet de discussion mais il n'en trouve pas et il finit par repartir. Il a presque fermé la porte derrière lui quand il l'ouvre à nouveau.

"Je sais que tu m'en veux encore pour ce qu'il s'est passé avec Erik, mais je n'avais pas d'autre choix possible. Un jour, tu comprendras que j'ai fait ça pour te protéger."

Me protéger. Charles se retourne, plie ses affaires qu'il a portées aujourd'hui et les met dans son sac en cuir avant de se diriger face à William à qui il répond de sa voix la plus neutre :

"Il serait impoli d'être en retard."

William l'observe encore quelques instants et finit par le laisser passer. Toute la famille McClare, Raven et Charles mangent des petits sandwiches que la gouvernante a préparés, puis ils vont ensemble au Sheldonian Theatre.


À l'intérieur, les invités sont installés sur les tribunes en hauteur. Charles a utilisé une de ses deux invitations pour Raven et a donné l'autre à Peas pour qu'il puisse convier ses parents et son petit frère à la fois. Il fait un signe à sa sœur, assise malheureusement un peu trop derrière lui pour qu'il puisse regarder son visage pendant toute la cérémonie puis il se retourne pour saluer les quelques professeurs qui viennent d'entrer. Hopper, Lamond, Lehnsherr. La même poignée de main pour tous. Les immenses portes se ferment et William monte sur la petite estrade avant de commencer son discours, en latin, comme la tradition l'exige. Charles sourit malgré lui en sentant les esprits paniqués des familles qui n'avaient aucune idée que pas un seul mot de la cérémonie ne serait prononcé en anglais. Il essaye d'écouter au début, mais ses cours de latin sont trop loin pour qu'il comprenne ce qu'il se dit. Il se concentre sur son discours et quand son nom résonne entre des mots qui n'ont pas de sens pour lui, il se lève par réflexe et s'avance vers la petite estrade.

La salle retient son souffle et parmi toutes les pensées oppressantes, il y a la voix de Raven et celle d'Erik mais Charles est trop impressionné par les centaines de paires d'yeux sur lui pour comprendre ce qu'ils ont à lui dire. Il se met devant le pupitre, salue la salle d'un signe de la tête et retire de sa toge le papier qu'il a plié, même s'il connaît son discours par cœur.

"Bonsoir à tous. Doyen McClare, chers professeurs, chers proches, chers amis, je suis très honoré et ému de recevoir aujourd'hui le prix du Major de Promotion de l'année 1961. Ce soir n'est pas un soir comme les autres, il marque la fin d'une période de notre vie. Ces années passées à Oxford furent intenses, non seulement en apprentissage mais également en…." Il s'arrête, lit le mot qui est intimement lié à celui qui se tient assis à quelques mètres derrière lui, "... rencontres. Nous pouvons être fiers de notre formation qui saura nous guider dans ce que la vie nous réserve encore. L'ensemble des étudiants et moi-même remercions tout d'abord le Doyen William McClare, ainsi que les enseignants et les membres de l'administration. Je remercie particulièrement le Professeur Hopper et…" Charles s'arrête sur le nom de Montgommery qu'il s'est senti obligé d'écrire, puisque la tradition veut que le major remercie deux professeurs, même si Montgommery n'a pas été d'une aide incroyable, contrairement à Hopper, et n'a pas été lui-même incroyable, contrairement à Erik. Charles relève son regard, "... et le Professeur Lensherr pour m'avoir accompagné, jour après jour et pour m'avoir fait grandir même quand je pensais que ça n'était plus possible. Je n'oublie pas nos proches, nos parents, nos sœurs et frères, nos amis, qui nous ont soutenus toutes ces années et sans qui nous ne serions pas là. Alors, non, ce soir n'est pas un soir comme les autres et je nous souhaite de ne jamais oublier ce qu'il symbolise : le début de notre nouvelle vie."

Charles replie son papier et les applaudissements explosent à lui faire chavirer le cœur. Il se tourne vers William, lui serre la main comme l'exige la tradition et il ne manque pas l'étincelle de fierté dans ses yeux avant qu'il ne le serre contre lui, dans une étreinte paternelle que Charles accepte. Je te pardonne.

Puis il s'approche du box légèrement surélevé où sont les professeurs qui se sont mis debout pour l'applaudir. Il serre leur main à tous, leur sourit et les remercie pour leurs félicitations. Et c'est inévitable, il finit par faire face à Erik, qu'il a remercié devant une salle bondée, alors qu'il n'a même pas eu cinq cours avec lui, mais qu'importe ce genre de détail, puisqu'ils se quitteront ce soir.

'Tu es fou, Charles,' lui projette Erik.

'Je sais. Ça fait du bien, parfois,' il confesse, serein.

Erik secoue légèrement la tête, sourit et même s'il y a sa tendre fossette qui perce sa joue, Charles ne la remarque pas puisqu'Erik s'est déjà penché en avant pour le prendre contre lui, à la manière de McClare.

'Et où que je sois demain, après-demain, quoi qu'il se passe, je t'aime et je ne cesserai jamais de t'aimer. '

Il se recule et Charles ne bouge pas. Ils se serrent la main.


La musique est bien plus forte que l'administration ne l'avait autorisée, mais ça ne choque personne puisque l'ambiance est à la fête. La soirée a lieu dans le Higram Building, décoré de fanions et des ballons de toutes les couleurs qui couvrent les murs. Un immense buffet a été installé le plus loin possible de la piste de danse où des couples sont déjà lancés dans un rock, encouragés par l'orchestre sur scène. Raven est accrochée au bras de Charles. Ils sont en train de boire du punch, accompagnés de Lina McClare lorsque Erik estime avoir laissé passer assez de gens avant lui pour s'approcher enfin.

"Bonsoir, Professeur Lehnsherr, comment allez-vous ?"

"Bien et vous Lina ? Comment vont les filles ?"

"Quand êtes-vous venu manger pour la dernière fois à la maison ? En février ? Et bien elles ont déjà pris quelques centimètres ! Vous devriez venir samedi prochain pour… Ah, j'oubliais, William m'a dit que vous partiez demain matin ? Quel dommage !" elle grimace, réellement peinée et Erik acquiesce avant de regarder Charles.

"Félicitations pour votre diplôme, monsieur Xavier." 'Est-ce qu'on peut parler ?'

"Merci, professeur Lehnsherr," répond poliment Charles. 'Si tu veux. Suis moi.',' "Raven, je vais voir John, je lui ai promis de rencontrer ses parents, et je reviens."

"Oh, Charles, reste, Georges est là !" s'écrie Lina et le groupe se retourne pour regarder le vieil homme s'approcher.

Ils ne se sont pas vus depuis dix ans et Erik trouve ça dégueulasse que les années se soient acharnés sur un homme aussi bon que Georges McClare. Il marche difficilement, la main gauche (ridée et marquée de veines épaisses) accrochée à une canne, le bras droit tenu par son fils William. Ses cheveux sont rares au sommet de son visage fin, et la partie gauche de son front est couverte de taches brunes de vieillesse qui ressemblent à la fois à une constellation et à du sang qui n'aurait jamais séché. Il a les mêmes yeux bruns que son fils et ils s'illuminent en voyant le groupe qui l'attend, mais pas autant que quand il croise le regard d'Erik.

Erik hoche la tête pour le saluer - mais ça ne suffit pas. Il s'approche de lui-même, tend sa main pour serrer celle que Georges a libérée en lâchant son fils et tout de suite sa voix qui - Dieu merci - n'a pas changé, se réjouit :

"Je suis très heureux de te voir, Erik."

"Moi aussi, Georges."

"J'ai quand même le droit à une accolade, non ?"

Erik explose d'un rire vibrant et se penche en avant pour prendre dans ses bras cet homme qui un jour s'est lui-même penché pour le relever. La main de Georges tapote son dos et Erik se sent bien plus petit, bien plus vivant. Il serre plus fort le corps frêle jusqu'à entendre faiblement le battement d'un cœur qui s'est amusé à lâcher sans raison par deux fois, et Erik prie intérieurement : Ne lâche pas, ne lâche jamais cet homme, laisse-le avec nous, je t'en supplie, ne nous l'enlève pas.

Il sent une main qui se pose gentiment sur son avant-bras. On doit être en train de lui demander d'étreindre moins fort le vieil homme, mais la voix de Georges murmure un "Ça va" alors, ça va.

Quand ils se séparent, leurs gestes sont très lents, parce qu'ils n'en ont pas vraiment envie tous les deux. Ils retrouvent les regards émus de ceux qui les entourent et Georges est le premier à parler en s'exclamant :

"Charles ! Mon Dieu, comme tu as grandi ! Et tu es Major, nous sommes tellement fiers de toi !" il trottine en direction de Charles qui réduit la distance de deux pas pour qu'ils s'enlacent rapidement. "C'est une très belle soirée mes enfants, je suis heureux de tous vous voir. Qui vient danser un rock ?"

"Papa…" gronde gentiment William en riant.

"Moi !" se propose Rave, radieuse.

Ils se retournent vers elle et Georges et sa femme Daphne remarquent enfin qu'elle est - en public - dans son apparence de mutante. Daphne a un sourire ému alors que George enveloppe délicatement ses doigts pour lui faire un baisemain.

"William nous avait prévenus. Je suis ravi de te voir ici. Comme ça," il regarde le reste du groupe et sourit, "Les choses changent."

"Georges ne peut pas danser, ma chérie, mais j'adorerais faire un rock avec toi !" s'enthousiasme Daphne.

"Les choses ne changent pas à ce point," s'amuse Georges avant de prendre leurs deux avant-bras pour se tenir.

William, Charles et Erik échangent un regard. Le petit groupe se disperse pour se faire servir des verres au bar et Erik commande un Brandy sans jamais quitter des yeux Charles qui a retiré sa toge et dévoilé le costume qu'il porte. Il a mis une cravate d'un gris très foncé et il se demande si c'est la sienne, celle qu'il lui avait noué autour des yeux lors de leur première fois. Ça serait bien le genre de Charles, à la fois mielleusement romantique et tout juste aguicheur.

Ça fait six mois qu'ils se sont retrouvés à Bournemouth et les choses ont bien changé. Erik sourit amèrement derrière son verre quand il repense à ces longs mois durant lesquels il a caché son corps, ses cicatrices et le tatouage à Charles, alors que maintenant il le laisse les voir, les toucher, les embrasser. Maintenant. Erik devrait dire avant.

Depuis qu'ils se sont quittés après leur passage chez Sachls, Erik ne s'est toujours pas fait à l'idée - non, il n'a toujours pas accepté - qu'ils ont atteint la fin de leur histoire, qu'importe qu'elle ait été, à elle seule, le Calice qui a su le ramener à la vie. Oxford, cette enquête, Charles ont été une pause. Une perte de temps dans sa quête. C'est ce qu'Erik doit se répéter, quotidiennement. Une perte de temps. Il relève la tête quand il avance et croise Charles, seul, puisque sa sœur a finalement accompagné Georges McClare au milieu de la piste pour improviser quelques pas. William n'a pas l'air dans les parages, alors, Erik se met devant l'étudiant pour lui demander.

"Est-ce que tu passes une bonne soirée ?"

"Disons que j'ai beaucoup de sentiments contradictoires. D'un côté, je suis heureux d'être diplômé, j'ai l'impression d'être sur un nuage et de l'autre, je suis… dévasté," il hoche la tête, comme s'il confirmait ce choix de mot violent avec un sourire mi-poli, mi-triste, qui étire ses tendres lèvres.

"Pourquoi ?"

"Parce que tu pars demain", répond Charles avec l'évidence la plus diabolique du monde.

Pendant un instant, Erik se dit que ces mots devraient former un hameçon et lui arracher le cœur, mais il y a déjà trop de choses qui font souffrir Erik et il refuse que Charles en fasse partie. Il acquiesce et reprend, la voix plus basse.

"Je me doute que tu as des choses de prévues et je comprendrais que tu dises non, mais, est-ce que tu veux dormir chez moi, ce soir ?"

Les sourcils de Charles se redressent douloureusement et ses narines se gonflent. Il referme sa main autour de sa flûte de champagne et il répond d'une voix légèrement brisée.

"Je ne pense pas que ce soit une bonne idée."

Pourquoi ? c'est le seul mot qui traverse l'esprit d'Erik, mais il n'a pas la force de le projeter et c'est sans doute mieux comme ça. Peut-être qu'il vaut mieux qu'ils ne se disent pas au revoir. Peut-être qu'ils se reverront un jour. Peut-être.

"Je sais que c'est compliqué, mais, juste pour ce soir, est-ce que tu veux bien, qu'on ne parle pas de Stein ?" murmure Charles en levant sa main pour remettre en place le col d'Erik qui doit serrer violemment son verre pour s'empêcher de ne pas se pencher et embrasser les doigts de son amant.

"Bien sûr, je n'y pensais même pas. Ce soir, c'est toi qui compte," il chuchote à son tour en faisant un demi pas en avant pour respirer l'odeur des cheveux de Charles.

Charles relève ses yeux bleus et le regarde par-dessous ses longs cils et Erik se demande si un jour, les choses auront assez changé pour qu'il puisse se pencher et l'embrasser, aussi simplement que ça, parce qu'ils s'aiment et qu'il n'y a rien de plus naturel que l'amour.

"Tu n'y penses pas ?" répète-t-il, la voix un peu plus forte.

"Non…" Erik se penche pour frôler une mèche du bout de son nez… puis il recule son visage et le regarde à nouveau quand il comprend.

Charles tourne automatiquement la tête et finit d'un trait son champagne, les yeux scannant la foule à une vitesse impressionnante, "Quelqu'un pense à Stein. Je l'entends."

"Tu es sûr ?" il le grogne, sans s'en rendre compte. "Qui ?"

"Je ne sais pas, il y a trop de bruit - trop de pensées. Laisse-moi juste…" il pose son verre vide et colle ses doigts à sa tempe sans tenter de cacher le geste et Erik finit son verre à son tour avant d'observer la salle comble. Ils sont des centaines ici ce soir, il n'y a pas tous les membres de l'administration mais il y a incroyablement de familles et le cœur d'Erik commence à suivre un rythme militaire à l'idée que c'est un cousin, un oncle ou un frère qui puisse être Stein, depuis tout ce temps. "Merde, il y a trop de bruit !" répète Charles en se tournant sur lui-même et Erik l'attrape immédiatement par le coude.

"Viens," il l'entraîne le long des murs pour éviter les regards. Ils prennent une porte de secours et remontent un couloir jusqu'à rejoindre les coulisses de la scène où le groupe joue encore plus fort. Il tire Charles entre les machinistes et les décors qui attendent dans la pénombre, en cherchant un coin assez sombre pour le pousser entre deux immenses rideaux noirs. Il le retourne pour le faire regarder la salle à travers un interstice si fin qu'ils ne peuvent pas être vus, et il reste dans son dos, son torse collé contre lui, pour faire barrage de son corps par réflexe. "Concentre-toi, tu peux le faire," il murmure extrêmement attentif, puis il pose ses mains sur les oreilles de Charles pour couvrir les bruits inutiles, au même instant où le plus jeune pose ses doigts contre ses tempes.

Ils respirent très lentement, Erik calque son rythme sur celui de Charles pour ne pas le déconcentrer. Ça dure plusieurs minutes et les chansons s'enchaînent ; devant eux, les couples dansent, rient, des groupes se forment et se dispersent. Charles se retourne enfin et Erik ne se recule pas, "Les affaires de Stein sont dans un casier."

"Il est ici ?"

"Non… Je ne crois pas, je ne l'ai pas senti. Mais quelqu'un ici le connaît et il a pensé à un casier. Je crois qu'il y a de l'argent dedans… c'était très flou."

"Où est le casier ?" demande Erik en enveloppant doucement ses joues de ses mains et Charles cherche manifestement à donner un sens à ce qu'il a vu, avant qu'il n'énonce :

"Une salle avec beaucoup d'étagères et de dossiers. Pas de lumière, personne n'y travaille. Un dernier étage… Je ne connais pas le bâtiment."

"C'est très bien, Charles, continue. Dans ta vision, est-ce qu'il y a une fenêtre ?" Charles ferme ses paupières un peu plus fort et acquiesce. "Bien, qu'est-ce que tu vois par la fenêtre ?"

Il pose ses mains sur celles de son professeur et réfléchit avant de répondre, "Un bâtiment en briques orange… Avec un fronton. Et une porte avec… une espèce de coupole dessus. Et un clocher blanc."

"Lady Margaret Hall," souffle Erik immédiatement. Il connaît les bâtiments par cœur, il n'a aucun doute. Charles ouvre les yeux et Erik lui sourit, "Tu as trouvé, Charles. Tu as trouvé." Il se penche et l'embrasse, lèvres contre lèvres, cœur contre cœur. Il rapproche leurs fronts avant de lui prendre la main, "Viens."

Ils font demi-tour et quittent le bâtiment. Il faut plus de dix minutes de marche pour arriver au Lady Margaret Hall mais ils ne parlent pas, ce n'est pas nécessaire. Erik ne réalise même pas que ce qui le fait avancer n'est ni la colère, ni la haine, c'est la promesse d'un point final. Quand ils arrivent face au bâtiment, ils entrent par la porte principale parce que l'Université en entier est visiblement en train de danser de l'autre côté du campus.

Ils grimpent jusqu'au dernier étage et Erik tient sa main face à lui pour sentir les échos que des dizaines de casiers en métal lui renvoient, jusqu'à ce qu'ils arrivent devant une porte dans un minuscule couloir qui ne semble jamais être emprunté. Erik la déverrouille grâce à ses pouvoirs et l'air irrespirable, chaud et étouffé par la poussière, les envahit.

"C'est là," confirme Charles et c'est suffisant pour les faire respirer à nouveau.

Ils entrent, allument toutes les lumières qu'ils trouvent, même si ce n'est pas énorme, et ouvrent les fenêtres. Charles se tient devant plusieurs casiers jusqu'à ce qu'il hoche vigoureusement la tête en en pointant un du doigt. Erik tend la main en avant pour arracher la porte qu'il envoie voler de l'autre côté de la pièce. Charles le regarde avec des yeux énormes et Erik s'excuse du bout des lèvres avant de s'approcher pour vérifier l'intérieur.

Il y a quatre étagères avec différents cartons qui ne sont pas libellés et Charles prend automatiquement l'un d'entre eux qu'il regarde longuement avant de relever ses yeux vers Erik.

"C'est cette boîte là. Ce sont les affaires de Stein."

Erik hoche la tête, de plus en plus fort, ses narines se gonflant sous l'excitation. Il veut l'ouvrir, la déchirer, voir ce qu'elle contient et tuer Schmidt avec la même force, mais Charles la garde entre ses bras et ne bouge toujours pas.

"Je ne sais pas si nous devons l'ouvrir."

"Je peux le faire, ne t'en fais pas, pose la," le rassure Erik en levant ses mains pour caresser son visage, mais il est trop excité et tremblant pour y arriver.

"... Quelque chose ne va pas, Erik," il murmure, en décomposant chaque mot et presque imperceptiblement, il se recule d'un pas.

Erik ne se rend pas compte qu'il s'est avancé tout aussi vite et cette fois ses mains se posent sur celles de Charles. Il lui sourit en lui montrant toutes ces dents, son visage le brûle parce qu'il voudrait pleurer, ils y sont, ils ont trouvé Stein, et il commence à tirer la boîte vers lui, avant que Charles ne lui demande d'une voix absente :

"Qu'est-ce que tu vas faire quand tu sauras ?"

"De quoi tu parles ? Quand je saurai où est Stein ? Ou Schmidt ?"

Charles le regarde encore quelques secondes avant de cligner des yeux et de lâcher le carton qu'il laisse à Erik, et ses sourcils se froncent comme s'il ne comprend pas ce qu'il vient de dire lui-même. Erik s'assoit par terre et retire le couvercle avant que son cœur ne fasse un bond immense. Il y a des dizaines de lettres, quelques dossiers en cuir, des enveloppes ouvertes, des photos. Pas de lingot. Charles s'assoit en tailleur à son tour et ils commencent à sortir des lettres qu'ils lisent avidement.

"C'est en allemand…" grogne Charles faiblement, mais ça ne l'empêche pas d'essayer de les décrypter quand même.

"Lis les dates, essaye de reconnaître le nom d'une ville ou d'un pays," le renseigne Erik, par habitude.

Lui ne tombe que sur des lettres qui datent d'avant 1942, où Stein donne des ordres ou en reçoit, concernant ses troupes, les ravitaillements et les centres où ils pourront se faire soigner et se reposer avant de repartir sur le front, du côté de la Belgique et de la France. Dans les photos, il tombe sur le portrait d'un couple en tenue de mariés, qui date de 1901, sur une photo d'une ferme et de paysages qui ne lui évoquent rien. Il y a quelques carnets écrits à la main, où Stein a retranscrit des listes de courses et ce qui semblerait être des notes pour des futures lettres où il parle de sa vie à Paris, sans évoquer la guerre (alors, les carnets sont plus anciens que 1939). Il ne comprend pas pourquoi tout ce qu'il trouve s'arrête à 1942 et ne mentionne en rien ses connaissances Nazies, lorsque Charles demande :

"Qui est Shaw ?"

Erik repose le carnet qu'il est en train de lire. Le nom lui dit quelque chose mais… rien. Fausse alerte.

"Aucune idée," il replonge dans sa lecture.

"Erik… Qui est Shaw ?" répète Charles en attrapant son poignet qu'il encercle avant de planter son regard azur dans le sien. "Tu le connais. Je le sens."

"Non ça ne me dit rien."

"C'est inconscient, mais tu as réagi quand j'ai dit son nom. Concentre-toi."

Erik fronce les sourcils, il ne comprend pas pourquoi Charles insiste puisqu'il n'a aucune idée de quoi il s'agit. Il veut le repousser et lui demander de se focaliser sur la dizaine de lettres qui leur reste à lire mais Charles a l'air terriblement sérieux, alors, il accepte et ferme les yeux.

Abyssal.

C'est étrange comme sensation, il s'est senti tomber, en lui-même. Et puis soudain il voit, sans ouvrir ses yeux, et il est là-bas. Il est dans la salle où Schmidt fait ses expériences, il y a encore le corps sans vie de Ruben, attaché sur le fauteuil en cuir, et Erik regarde le sang qui strie son visage immobile. La mort sent si fort.

"Vous me ferez nettoyer ça et puis vous préparerez Erik. Tu es prêt Erik, n'est-ce pas ? Tu as bien travaillé, j'en suis sûr," c'est Schmidt qui parle, il sourit en lui jetant un coup d'œil par-dessus ses petites lunettes, alors qu'il signe un papier qu'une secrétaire lui tend. Elle le salue en s'inclinant légèrement et se retourne pour quitter la pièce. Elle ne regarde pas Erik, puisque personne ne regarde jamais les cobayes, qu'ils soient vivants ou non, et Erik baisse les yeux. Devant lui, le papier passe. Signé Sebastian Shaw.

"Erik !"

Erik ouvre les yeux et tend sa tête pour ne pas se noyer, pour respirer et Charles nage jusqu'à lui et le maintient.

"Erik, je suis là," Charles le tient et il faut quelques secondes à ses yeux pour voir qu'il n'est pas dans une eau sale mais dans le bureau vide, assis par terre et que Charles caresse son visage et son torse tremblant. "Tu as vu ?" Erik acquiesce, la tête lourde de larmes qui ont vingt-cinq ans.

"C'était son pseudonyme... "

"La lettre a été envoyée d'Argentine, en 1948, regarde," il vient s'asseoir contre Erik et lui tend le papier que l'Allemand traduit rapidement :

"Il est installé là-bas… il a utilisé son pseudonyme Sebastian Shaw. Il s'est marié avec une américaine… Il dit à Stein qu'il peut le rejoindre, en prenant un avion jusqu'à Viedma… Mon Dieu Charles, on sait où il habite, on peut aller le trouver…" il réalise, à bout de souffle.

"On ?" murmure Charles, une simple question.

Erik relève les yeux et regarde ceux de Charles, qui attendent, sans rien forcer. Et Erik réalise que peut-être que si la douleur de quitter ce mutant qu'il aime plus que tout n'a jamais été forte, c'est qu'il n'a jamais considéré le fait de le faire réellement. Il repose la lettre et attrape le visage de Charles.

"On," il confirme avant de l'embrasser possessivement, "Toi et moi," il répète quand ils se séparent pour respirer une seconde avant de se serrer à nouveau pour l'embrasser encore, encore, encore. Charles rit contre ses lèvres jusqu'à ce qu'Erik se redresse pour partir préparer leurs affaires et Charles le retient, toujours assis par terre :

"Attends, il reste des lettres !" s'exclame Charles, plus qu'heureux, mais déterminé à faire son élève modèle jusqu'au bout. Erik le laisse faire en ramassant leurs vestes.

Il voit du coin de l'œil Charles ranger les lettres les unes après les autres (puisqu'elles ne sont pas aussi importantes que celle signée Shaw) jusqu'à ce qu'il reste focalisé pendant près d'une minute sur un papier plus épais, sûrement un télégramme. Erik vérifie dans le couloir qu'il n'y a personne et revient le chercher, prêt à déguerpir, mais Charles est toujours assis en tailleur, concentré sur la même feuille.

"Tu viens ? La soirée va se finir, il ne faut pas qu'on nous trouve ici."

"C'est en anglais," dit simplement Charles et sa voix n'a plus rien de vivant.

"D'accord, allez, viens," il répète en perdant patience, même si son euphorie l'excite toujours autant.

"C'est ma mère qui l'a envoyé."

Cette fois, Erik refait un pas dans la pièce et regarde Charles.

"Sharon Xavier," il lit, son doigt posé sur le bas de la feuille. "C'est ma mère qui a envoyé le télégramme, le 28 août 1949."

Erik s'avance, lentement.

"Elle l'a envoyé à Georges," il lit de façon mécanique, "Appris pour mort de Stein. Secret bien gardé. Sera à Oxford dans quelques années. Ne rien lui dire. Testament réglé. Argent légué à ma mort."

Erik est debout, face à Charles. Il le voit poser très délicatement le télégramme, puis ouvrir une des pochettes en cuir dont la petite corde noire lâche presque sous ses doigts, malgré sa douceur. C'est impossible de ne pas remarquer l'aigle et la svastika en haut à droite de la première feuille.

"Charles…" appelle Erik, la voix lourde de pensées qu'il ne veut même pas conscientes. "Est-ce que tu as connu ton vrai père ?"


Charles ne répond pas, il lit les feuilles en allemand et les tourne les unes après les autres. Il arrive à la dernière page où est tapé à la machine, noir sur blanc, le nom de Sharon Xavier.

"Non," lui répond-il finalement, en levant ses yeux vers lui, et tout s'écroule.


Erik recule, un pas, un autre. Il secoue la tête, lentement. Il faut qu'il respire. Il faut qu'il réfléchisse.

"Comment est-ce que ta mère a rencontré Georges ?"


Charles hoche la tête sans s'en rendre compte, il sait répondre à cette question, c'est facile :

"En 1939, en France. Elle finissait ses études aux Beaux-Arts quand la guerre a commencé. Il était en mission diplomatique et ils sont rentrés par le même bateau, en partant du Havre."

"Qui était ton père ?"

"Il s'appelait Brian Xavier. Ma mère et lui étaient amoureux depuis qu'ils avaient seize ans. Il l'avait suivi en France mais il est mort en juillet 1940 d'un accident. Ma mère m'a dit que c'était un accident," il répète même s'il y a une boule lourde et brûlante qui grossit contre sa glotte.

"Et quand est-ce que tu es né ?"

Pourquoi est-ce qu'Erik pose la question alors qu'il le sait ? Pourquoi est-ce qu'il ose sous-entendre qu'il pourrait y avoir dans cette histoire une autre issue que Charles exècre de toute son âme ?

"... En mars 1940," il murmure, à peine audible, avant de secouer la tête, "Non. Non, Erik, non," il y a des larmes, terribles et brûlantes qui commencent à envahir ses yeux, mais il ne pleurera pas, puisqu'il le sait, ce qu'Erik prétend est faux.


Mais comment Charles peut dire non alors que tout est là ?

"Lis les carnets de Stein, il était en France en 1939 ! " il crie et attrape le télégramme pour le mettre devant les yeux de Charles, en lisant tout haut "Sera à Oxford dans quelques années, ne rien lui dire, testament réglé, argent légué à ma mort, elle parle de toi, c'est pour toi que ses affaires sont ici !" Erik hache chaque mot pour ne pas les vomir.

"Non !" hurle Charles, en avançant sur le sol avant d'essayer de se tenir à une jambe d'Erik pour le retenir, mais tout le corps d'Erik le rejette violemment et tremble de dégoût et de honte, quand il réalise qu'il a tenu dans ses bras, et aimé, le fils d'un Nazi.

"Je t'interdis de penser ça !" Charles hurle de toutes ses forces, lui qui doit percer ses pensées sans retenue et qui le regarde de ses yeux si bleus. "Ce n'est pas possible, Erik, je t'en supplie, crois-moi, c'est impossible, impossible…" il répète si vite que ça ne veut plus rien dire.

Il pleure comme des torrents se déchaînent et il se met à tenir son visage entre ses mains, à le griffer si fort… et Erik le laisse faire, sans bouger, sans parler. Il voit ses ongles percer la peau de son front et il souffre avec lui, mais pour la première fois depuis qu'ils se connaissent, c'est sans nul doute Charles qui a le plus mal. Erik tient, dans cette petite pièce merdique et sans âme sa vengeance, il doit faire ce qu'il se promet depuis des années et tuer tous ceux qui ont tué un jour. Même leurs proches.

'Je sais que tu m'as entendu,' il lui projette mais Charles ne se défend même pas, recroquevillé et en pleurs au milieu de cette pièce qu'ils auraient dû brûler plutôt que d'y entrer.

Il se laisse tomber au sol à son tour, à genoux face à Charles et il repousse violemment ses mains pour découvrir son visage, rouge, baigné de larmes et d'un filet de sang qui part de son front. Il pose une main sur son front pour le caresser, l'autre sur son cou pour le serrer.

"Je suis désolé, Charles… Je suis désolé de t'avoir entraîné là-dedans," il gémit, ignorant ses propres larmes qui grincent sous ses paupières, "Je suis désolé, je suis désolé…" il ferme ses yeux et ne réfléchit plus.

Il laisse toutes ces années qui ont fait ce qu'il est aujourd'hui, prendre le dessus sur sa raison, et il laisse ses réflexes l'emporter. Il serre sa main aussi fort que possible. Il ne bouge plus, ne respire plus.

Il y a quelque chose qui le touche et ce sont les lèvres de Charles sur les siennes. Il ouvre les yeux et ils se regardent. Sa main a serré mais elle a glissé jusqu'à sa nuque. Et c'est Erik qui s'est penché pour l'embrasser.

Toutes ces années qui ont fait ce qu'il est aujourd'hui ont pris le dessus sur sa conscience, et ses réflexes l'ont fait embrasser Charles. Plus rien, à ce moment précis, n'a plus d'importance que lui. Pas même Schmidt. Pas même la vengeance. Et pour la deuxième fois de sa vie, Erik se sent libéré.


Charles respire, la nuque brûlante à cause de la pression de la main d'Erik, les lèvres gonflées par un baiser qui n'a jamais été aussi douloureux.

"Efface ta mémoire."

"Quoi ?" halète Charles, à bout de souffle.

"Efface ta propre mémoire, toute cette soirée. Oublie tout ça. Et je serai là, Charles, je te le promets."

"Non Erik, je…"

"Tu ne peux pas vivre avec ça," il grogne en encerclant son visage entre ses mains, leurs fronts collés.

"Et toi tu pourras ? Erik, c'est impossible, ce n'est pas mon…" il secoue la tête de dégoût, sans finir sa phrase.

"J'apprendrai à vivre avec… pour toi, je peux le faire. Mais je ne peux pas te laisser vivre avec ça. Efface tout, je te dirai que j'ai trouvé l'adresse de Schmidt et on partira ensemble, je te le promets."

Charles regarde autour d'eux, il lève lentement ses mains vers sa tempe. C'est un cauchemar, se dit-il quand il se concentre sur ses pensées plutôt que sur cette salle immonde. C'est un cauchemar, ce n'est pas vrai, je vais me réveiller. Mais les minutes passent et la douleur est la même, et tout ce que l'esprit d'Erik projette c'est à quel point les yeux de Charles sont bleus, comme eux. Charles presse plus fort ses doigts à sa tempe et repasse le souvenir de la soirée –

La cérémonie. L'étreinte de McClare. Charles, je ne te dénoncerai jamais, tu es comme un fils pour moi. Raven, à son bras. Tu disais qu'il y avait la mort, partout autour de lui. Georges. Erik et Georges. La fierté de Georges. La peau triste de Georges. Erik. Tu es prêt Erik, n'est-ce pas ? Tu as bien travaillé, j'en suis sûr. Bournemouth. 214782. Comme du bétail. Je ne veux pas que tu aies à vivre avec ça, toi aussi, Charles. Est-ce que tu comprends ? Shaw, l'Argentine. Qu'est-ce que disaient les lettres qui t'ont amenées ici ? Que Stein a fait envoyer des affaires et une partie de son argent à l'université d'Oxford. Alors c'est qu'il est ici. Il ne va pas l'envoyer à un autre Nazi. Lui ou un autre, je les tuerai. Je les trouverai et je les tuerai. Stein. Lady Margaret Hall. Les casiers. Je sais pourquoi vous êtes là. Et je veux vous aider à le retrouver. Le télégramme. Bonjour, monsieur Xavier. Bonjour professeur Lehnsherr.

Charles se penche en avant et respire aussi fort que possible, "Je n'y arrive pas... Tous mes souvenirs avec toi sont trop liés, j'ai peur de tout effacer... "


Effacer notre rencontre, Erik comprend. Effacer leur histoire. Un risque à prendre. Il attrape la main de Charles et la colle de force à sa tempe, près des boucles brunes accrochées à son front par la sueur, et bien sûr qu'il ne peut pas penser à autre chose qu'à la fois où il lui avait fait faire le même geste en décembre, lorsqu'il lui avait avoué tout son amour inconscient et Erik est persuadé que ce qu'il lui demande de faire ce soir est la plus belle preuve qu'il pourra jamais lui offrir. Il le serre contre son corps de son bras libre et ordonne dans un murmure contre son oreille.

"Fais-le."


La tête lourde et le corps sans force, Charles étouffe dans les bras d'Erik. Il veut vomir, hurler. Mais il n'arrive à rien, il peut à peine à garder ses doigts contre sa tempe - Erik les force contre sa peau un peu plus.

En Charles, il n'y a rien d'autre qu'un vide et il ne semble pas y avoir de matière au monde qui pourra le remplir à nouveau.

Il faut qu'il répare ce qu'il s'est passé ce soir.

Il ferme les yeux, maintient son index et son majeur contre sa propre tempe et il se concentre.