« Daphné ! T'as l'intention de m'expliquer tout ce bordel un jour ?!

-Pourquoi tu me suis Seamy Seamy Seamy chou ?

-Pourquoi tu me poses toujours la question ? »

Elle se retourna et le fixa de ce regard qui émanait d'une folie de plus en plus puissante. Le plus impressionnant c'était que plus sa folie grandissait, plus ses pouvoirs prenait de l'ampleur. Une si terrifiante beauté que Seamus ne se lassait d'admirer. Souvent il se disait qu'il pourrait passer une vie entière rien qu'à la regarder rire.

Mais il ne pouvait ainsi s'attacher à une sociopathe comme elle.

Elle était une tueuse, meurtrière. Une dangereuse assassin. Elle était monstrueusement attirante, aussi, à travers son aura regorgeant de dinguerie.

« Parce que je suis folle.

-Tu n'es pas folle.

-Et toi tu es un très vilain menteur Seamy Seamy Seamy chou. Tu mériterais une punition. »

Seamus, apeuré, recula. Généralement quand la jolie blonde parlait de punition, c'était mauvais signe pour son interlocuteur. Très mauvais signe. Elle explosa de rire en voyant ce geste du jeune homme.

Ils était assis tous deux assis autour d'un feu de camps, au milieux d'une savane africaine. Ils avait dû transplaner plusieurs fois pour y arriver. Mais finalement ils avaient atterri sans encombres dans le lieu calme et isolé.

Elle évitait son regard et continuait de fixer le feu avec envie. Elle ne rêvait que de pouvoir danser avec l'ancestral élément, se tortiller gaiement au milieu des flammes, les enlacer, les embrasser, aspirer leur énergie inépuisable.

« Tu crois que je n'ai pas conscience de ce que je fais c'est ça ? Tous ces morts, ces victimes que je crée en chacune de mes crises de folie. Tu crois que je suis totalement indifférente à la douleur ?

-Et bien...

-Tu ne comprends pas Seamy. J'adore cette douleur, tu sais, cette atroce souffrance qui fait remonter la bile dans ton estomac, qui t'immobilise, dans cette position ridicule, quand tous les muscles de ton corps se crispent et que tes yeux s'écarquillent sans raison autre que ce venin toxique qui aspire ton dernier souffle. Tes poumons se rétractent, son cœur est en pause, ce quart de seconde semble durer plusieurs années, plusieurs décennies. Tu imagines sur ton visage, des cernes qui n'ont pas lieu d'être. Tu vieilli sans que le temps ne passe, ton esprit se clarifie, ta sagesse est consciemment nourrie. Alors tu comprends. »

Un long silence poétique s'installa tandis qu'elle reprenait son souffle. Seamus, bouche bée, fixait avec un mélange de tendresse et de stupéfaction. Il aurait voulu la prendre dans ses bras, la serrer tout contre lui, la rassurer, effacer ce rictus empreint de tristesse de son visage angélique.

« Tu comprends quoi ?

-Tu comprends qu'il n'y a pas de méchants et de gentils. Juste deux groupes qui s'affrontent et se donnent automatiquement une étiquette. Ceux qui s'habillent en noir sont les méchants et ceux qui s'habillent en blanc sont les gentils. Ceux en rouge sont les héros et ceux en vert les vilains. Tu sais, souvent la réflexion humaine ne va pas plus loin.

-Et toi tu t'habilles de quelle couleur ?

-Je préfère le gris. Le gris est libre. Indépendant de toute forme de règles et d'autorité. Mais ceux en noir m'ont étiqueté comme une héroïne, ceux en blanc m'ont étiquetée comme une vilaine. Alors je porte tous les surnoms, tous les qualificatifs, je me divise en un milliards de pseudonymes jusqu'à ce que finalement on en oublie mon prénom. Seamus quel est mon prénom ?

-Daphné, répondit-il machinalement.

-En es-tu sûr ? » Il la regarda, perturbé. C'est vrai, il n'en était pas sûr …

« Non... Mais tu m'as dit que c'était vrai.

-Et si je que je t'avais dit était faux ?

-Alors je ne sais plus. Est ce que tu me mens ?

-Si je te réponds oui, alors c'est peut être un mensonge alors habituellement je te dis des mensonges, hors cette réponse ferait de moi une fille honnète. Alors que si je te répond non, je te dirais peut-être un mensonge peut-être que je te mens ce qui ferait de moi une menteuse alors qu'avant je te disais la vérité.

-Je ne comprends pas.

-Il y a plus de chances que je sois une menteuse.

-En me disant ça tu me mens ?

-A toi de voir. »

Il se tut, l'esprit embrouillé et soudainement douteux. Il se rendit compte qu'il ne connaissait rien de cette personne qu'il suivait depuis deux semaines. Était-elle folle ? Était-ce une mascarade ? Toutes ses convictions s'effondrèrent d'un coup. La jeune Greengrass rit en se rendant compte de la confusion de son camarade. Elle s'amusait bien, de le tourner en bourrique.

« Et toi, Seamus, tu me mens ?

-Je ne sais pas.

-Comment ça

-Je ne connais pas la vérité vraie des chose. Je ne peux mentir sur quelque chose que je ne sais pas.

-Il y a bien une chose dont tu es sûr non ? »

Il tarda à répondre, fixa le ciel, hésitant puis murmura. « Je suis sûr que tu me rends fou. »