J'en ai marre. Ça fait deux heures que je me balade dans le blizzard avec Boris pour trouver cette foutue pierre glacée et je n'ai même pas un indice sur où elle se trouve. Gladys, la Championne, sait exactement où elle est, mais elle n'a pas voulu m'aider. Mes parents le savent aussi, mais c'est la même chose avec eux. Il paraît que "seuls les dresseurs méritants la trouvent". Merci, les amis.
J'ai décidé de la chercher car je n'ai pas envie d'attendre que Boris évolue de lui-même. C'est vrai qu'on a déjà eu des cas, ici à Frimapic, d'Évolis qui se transforment en Givrali sans l'intervention d'une certaine saleté de pierre introuvable, mais ça prend longtemps. Et quand je dis longtemps, je ne parle pas de quelques mois, ni de quelques années, mais plutôt de quelques décennies. Je me vois mal attendre jusqu'à mes cinquante ans pour que Boris évolue. En plus, on est tellement proche lui et moi qu'il pourrait évoluer en Mentali ou Noctali voire même un Nymphali, ce qui serait dérangeant car on vit dans le froid, et j'ai besoin de pokémon qui survivent à nos conditions de vie. Il a déjà du mal avec ces températures en tant qu'Evoli alors qu'il a une longue fourrure. Je le vois mal avec le poil ras.
Au moins, ces deux heures n'auront pas servi à rien. On a combattu plein de Blizzis, de Farfurets, on a réussit à fuir un Blizzaroi en colère sans être blessés et on n'a pas rencontré de pokémon extrêmement dangereux. Tout va bien.
Boris est en train de creuser dans la neige à quelques mètres de moi. Il le fait assez souvent, d'ailleurs . C'est adorable, mais je ne sais absolument pas à quoi ça sert. Ce n'est pas comme s'il trouvait des petits pokémons qu'il pourrait manger, ou des racines comestibles. Tout de même, ça me fait fondre (jeu de mots haha je suis toujours hilarante quand il n'y a personne pour m'entendre). Le plus mignon, c'est quand il a finit de creuser et vient vers moi, la tête pleine de neige. Enfin, avec ce qui tombe du ciel, on ne voit pas tellement la différence aujourd'hui.
Soudainement, j'entends du bruit derrière moi. Une branche qui craque. Il ne faut jamais baisser sa garde ici, cela peut-être fatal. Un Momartik, un Héxagel ou un Ursaring sauvage et c'en est finit de vous. Soit on vous retrouve sous forme de glaçon, sois sous forme de tartare à la Ursa.
Pas le temps de réfléchir, je me mets de suite à sprinter en criant à Boris de me suivre. Me retourner pour voir ce que c'est, ça prend trop de temps et aurait pu me tuer. Dire à mon Évoli d'attaquer, c'est aussi trop risqué. J'ai beau l'entraîner, certains (la plupart des) pokémon sauvages sont trop puissants pour lui. La seule solution raisonnable, c'est de courir et de prier.
Le seul point auquel je n'ai pas pensé, c'est de regarder par où je cours. Je m'arrête après deux minutes de course intense, Boris sur mes talons, et regarde les alentours. La chose ne nous a pas suivis. Il se peut que c'était un simple Vivaldaim, comme il se peut que c'était un Momartik. Peu importe, je pense être perdue et c'est ça qui devrait m'inquiéter désormais.
Autour de nous, le nombre d'arbres m'indique qu'on a avancé dans la forêt et qu'on a donc quitté le chemin (génie). La tempête s'est calmée, c'est déjà ça. Il ne tombe que quelques flocons tout doucement. C'est assez joli mais je n'ai pas le temps d'observer la beauté de la nature. J'ai des choses plus importantes à faire, puis il neige tout le temps ici, ça retire de la magie. A force, on s'en fout de cette eau glacée.
Je marche dix bonnes minutes dans ce qu'il me semble être la bonne direction (j'espère) et arrive dans une grande clairière que je n'ai jamais vue. Génial, je suis vraiment perdue. Autant visiter, parce que logiquement, je ne suis pas loin de Frimapic, à une heure de marche tout au plus. Après dix-huit ans de vie ici, c'est étonnant d'arriver à un endroit inconnu.
La nuit commence à tomber... Ce n'est peut-être pas une bonne idée. Je vais retrouver mon chemin et reviendrai fouiner cet endroit un autre jour, quand il y aura de la lumière. Quand j'y pense, il y a une carte sur mon Pokédex. Je vais l'utiliser, mais je vais devoir arrêter de me vanter auprès des autres comme quoi je ne l'ai jamais utilisée.
J'avance au beau milieu de la clairière, Boris collé à ma jambe droite, quand un bruit que je n'ai jamais entendu retentit. Un bruit qui en lui-même résonne, comme s'il venait de quelque chose d'énorme mais lointain. Et soudainement, le ciel s'illumine.
Des aurores boréales. Honnêtement, je crois que j'en ai vu trois fois dans ma vie. Ça annonce la proximité de certains pokémons très rares. Les seules nuits où je les ai vues, j'étais partie en randonnée loin dans la forêt avec des dresseurs très puissants qui organisait tout. Ça devait être à un jour de marché de Frimapic, encore plus au nord. Les pokémons qui créent ça vivent normalement loin de la ville et voyagent la nuit.
Conclusion de mon monologue : ce n'est pas normal et ça sent mauvais. On m'a toujours dit que ces pokémons sont extrêmement dangereux et bien sûr, je ne sais ni comment ils s'appellent, ni à quoi ils ressemblent. Je sais juste qu'ils sont énormes (et comme je l'ai dit précédemment, qu'ils sont dangereux).
Je n'ai pas le temps de me dire que je devrai partir avant que la terre (enfin, la neige/glace sous mes pieds) tremble un peu une fois... Deux fois... Trois fois... Et qu'ils sortent de la forêt pour s'avancer dans la clairière.
Il neige doucement sur le dos du premier dinosaure. Sa tête doit être à environ quatre mètres de haut, mais son corps à seulement deux mètres. Il me semble qu'il est plus grand que les autres de son espèce. Il s'avance paisiblement dans la prairie, comme s'il n'avait pas remarqué la présence de Boris et moi. Je ne vais peut-être pas mourir.
En tout cas, une chose est sûre : ils sont magnifiques. Ils avancent majestueusement mais aussi humblement. On pourrait avoir l'impression qu'ils ne savent pas qu'ils sont gigantesques et très puissants. Le tableau que je vois est digne du meilleur peintre : les dinosaures bleus avec leurs deux crêtes longues aux couleurs pastels, la neige fine, comme en suspens, autours d'eux, les aurores dans le ciel, la forêt, tout.
Le premier, le chef j'imagine, se rapproche de plus en plus de moi. Derrière lui, une dizaine d'autres grands pokémons. Mon regard se pose à leurs pieds. Je peux ajouter cinq ou six dinosaures, mais ceux-là sont plus petits et n'ont pas les longues crêtes des adultes. Des bébés, j'imagine, qui n'ont toujours pas évolué.
Le chef s'arrête à cinq mètres de moi. Il me jauge. Il doit se demander ce que je suis, une proie ou un prédateur. Je suppose que, vu ma taille, il va vite se décider. Ou seraient-ils herbivores ?
Boris décide alors de ne pas rester passif et lance des météores au grand dino. Celui ne fléchit pas. Avant que les étoiles arrivent sur leur cible, un grand mur de glace se forme entre nous et le pokémon. Il crit alors, et le reste du troupeau s'y met aussi. Ça fait comme trembler mon cerveau et me donne mal à la tête. Ça doit être le bruit le plus fort que j'ai entendu de ma courte vie.
Je ne vais pas attendre qu'ils chargent une attaque super puissante ou que je meurs à cause de leur crie (mon cerveau pourrait exploser, j'en suis sûre). Je prends Boris dans mes bras et ni une ni deux, je galope jusqu'aux arbres.
Je suis poussée par quelque chose de très puissant et de chaud à la lisière. Comme un courant d'air. Et il y a une lumière blanche et un bruit encore plus fort que leurs cris. Ça dure deux secondes puis plus rien. J'imagine que c'est ce qu'ils chargeaient. J'ai les oreilles qui sifflent et je suis aveuglée. J'ai aussi lancé Boris sans faire exprès devant moi. J'espère qu'il va bien.
J'attends une trentaine de secondes et sens le sol qui secoue encore une fois au rythme de leurs pas. Ils se remettent à marcher. S'ils se dirigent vers Frimapic, je ne sais pas ce qu'on va faire.
J'ai regagné la vue et le sifflement s'est calmé. Mon cœur bat à du deux-cents à l'heure. Boris est contre ma jambe, je sens un peu de son poids appuyé contre elle. Il va bien. Même couchée, il s'appuie contre moi, à sa place habituelle.
Je me retourne en rampant pour ne pas les attirer. Ils marchent comme si rien ne s'était passé et contournent le cratère laissé par leur attaque combinée. Et dire que ça aurait put être Boris et moi...
J'attends qu'ils soient partis, puis encore dix minutes pour être sûre. Je commence à avoir les jambes engourdies, il fait nuit et je me suis faite attaquée par des pokémons disparus il y a des millénaires mais ressuscités et réintroduits par une bande d'idiots il y a dix ans. Chouette journée.
Je me relève, bouge mes jambes dans tous les sens, plie les genoux et part en diagonale par rapport à la direction que le troupeau a pris, comme la carte de mon Pokédex indique. J'espère vite rentrer chez moi.
Mais à peine j'avance que j'entends un cri derrière moi. Un peu comme celui des gros dinos mais en plus aigus. Je me retourne et vois un de leurs bébés qui essaie de les suivre. Il a l'air mal en point. Il est tout sale et boîte. Il a aussi plein de plaies sur son corps qui ressemblent aux marques qu'un Farfuret ou un Dimoret aurait pu laisser.
Il réussit à traverser un quart de la clairière lentement avant de tomber comme mort (de fatigue, j'espère).
Il neige encore et les aurores brillent toujours aussi fort que tantôt. J'ai peut-être eu droit à un tableau fabuleux tout à l'heure dans cette clairière, mais celui-ci me brise le cœur
Je m'approche de lui doucement, en surveillant bien l'endroit par où le troupeau est parti. Une fois tout près de lui, je m'accroupis. Il a les yeux grands ouverts et respire rapidement. Il pousse un petit cri, plus rauque que tantôt et commence à faire bouger ses pattes dans tous les sens.
Il est vraiment mal en point.
Je ne sais absolument pas quoi faire.
