Pi zigzague.
"Fluvi, finit le avec Écho." Valériane dit ces quelques mots avec une voix douce et calme, comme si elle ne venait pas de détruire mes rêves une fois de plus.
Le Fluvetin œuvre grand son bec et crie. Cette fois-ci, il a bel et bien mit mon Togepi K.O. Il tombe la tête la première et ne se relève pas, comme à chaque fois. Je ne devrai plus être surpris ni blessé.
Un silence de mort règne sur l'arène de Romant-sous-Bois. Des feuilles oranges virevoltent un peu partout. Qu'est-ce que je fais ? Pourquoi est-ce que je m'acharne ? Je ne suis pas fait pour ça, autant abandonner.
"Togepi n'est plus en capacité de se battre. Valériane remporte la victoire !" Je peux presque entendre le "encore" dans le ton de l'arbitre, une jeune fille brune habillée d'un furisode rose très élégant. Elle s'appelle Lizzy, je crois.
Les premières fois où j'ai combattu Valériane, mes parents étaient là pour me consoler. Aujourd'hui, après 12 matchs contre elle en un peu plus d'un an, ils ont décidé de ne plus m'accompagner. J'imagine que je les ai déçus trop souvent. Personne n'a regardé le match sauf l'arbitre et les quelques jeunes filles habitant l'arène qui se baladaient. Elles ne se sont même pas arrêtées cinq secondes car elles connaissaient déjà l'issu du combat.
L'arbitre part directement après son annonce, sûrement par manque d'intérêt. Peu de gens gagnent contre Valériane, et je comprend pourquoi. Lizzy ne va pas rester se taper la causette à un gamin de quatorze ans qui a encore perdu. Elle a des trucs plus importants à faire, comme refaire son vernis ou respirer de l'air ailleurs.
La championne rappelle son pokémon dans sa pokéball, l'air ennuyé.
"Écoute, William, tu devrais peut-être essayer une autre arène, non ?'' C'est facile à dire (crier, en fait, elle est à l'autre côté du terrain) pour elle. J'ai dit à tout le monde dans la ville que je la battrai, et que je ne partirai pas avant d'avoir réussit. Il en va de mon honneur. Si je pars, on m'appelera Will le Faible ou le Lâche. On m'appelle déjà Billy la Fée, j'ai pas envie que ça devienne Billy le Féebrile (je sens les jeux de mots pourris arriver).
Face à mon absence de réponse, Valériane s'approche de moi. Je ne sais pas comment elle fait, il paraît que sa tenue pèse quinze kilogrammes et en plus elle marche avec des talons super hauts. Quand elle arrive près de moi (après une longue minute inconfortable passée à la regarder traverser le terrain), elle s'arrête et me fixe. J'arrive à voir ses yeux noirs. Je me demande s'ils sont vrais ou si elle porte des lentilles. Quoiqu'il en soit, elle est magnifique et je suis toujours aussi fou amoureux d'elle. C'est ma passion pour cette femme qui m'a fait aimer les pokémon fées. C'est ma passion pour cette femme qui me fait faire du sur place depuis mon début de vie tardif en tant que dresseur (et mon honneur... Qui est plus une excuse qu'autre chose, je pense).
"Ne pleure pas, tu n'es pas beau quand tu fais ça." Je ne sais pas si elle essaie de me faire aller mieux, mais si c'est le cas, elle ne réussit pas. En plus, quand on me dit de ne pas pleurer, je pleure, d'autant plus qu'elle m'impressionne, ce qui me rend émotionnellement vulnérable. Je baisse vite la tête pour ne pas qu'elle le voie, je sais qu'elle déteste tout ce qui est laid et que ça lui fais presque mal physiquement.
"William, tu as le potentiel pour devenir un dresseur de mon arène, tu sais ?" Là, par contre, elle me remonte le morale.
"Il faudrait juste que tu soignes ton physique, que tu entraînes tes pokémons, en capture peut-être encore un ou deux et revienne ici avec... On va dire quatre badges ? J'y ai beaucoup réfléchi depuis notre dernier match, celui d'il y a deux semaines. Quand tu auras rempli ces conditions, tu reviendras ici me voir, on combattra et je jugerai si tu es assez beau et fort pour travailler pour moi. Tu serais le premier garçon ! Si tu réussis, on organisera une grande fête dans la ville rien que pour toi. Je suis sûre que les filles de l'arène apprécieraient la compagnie d'un membre de la genre masculine. Bref, pars de Romant-sous-bois. Je ne veux pas te voir avant que tu sois prêt. Mais fais attention, je ne te laisse qu'une seule et unique chance. Tu connais la sortie."
Je reste bouche bée. Comment elle peut me lâcher tout ça d'un coup ? C'est dur à avaler.
Elle passe à côté de moi, marche sur le petit pont en bois derrière et disparaît dans l'ombre. Son annonce me fait oublier de regarder son déhanché.
Je passe un moment à contempler l'arène. Je ne sais pas si j'y suis resté une minute ou une heure, mais c'était le temps pour sécher mes larmes, inspirer une dernière fois l'odeur de fleurs de cet endroit magnifique et attraper ma paire de couilles pour finalement quitter cette ville.
Je cours prendre Pi à bras et file chez moi à la vitesse de la lumière. Pas le temps de penser à Snubby dans sa pokéball qui s'est aussi évanoui, je suis trop obnubilé par la nouvelle.
Je m'imagine déjà passer ma vie dans cette arène, entouré de Valériane et les autres dresseuse, toutes fans des pokémons fées. Ce serai une vie de rêve. Peut-être que Valériane voudra épouser son premier dresseur d'arène masculin...
J'ai des courses à faire avant de partir en direction de l'aventure et de ces quatre badges !
Et des pokémon à soigner, optionnellement.
