J'ai appris la nouvelle via le journal télévisé. On parlait d'un accident assez sanglant entre un enfant de huit ans qui avait échappé à la surveillance de ses parents et un gang de Racaillous dangereux. Le garçon est en vie mais avec un bras en moins. Enfin, ce n'est pas le plus important. Des accidents comme ça, il y en a tous les jours ou presque.
J'écoutais à moitié, vautrée dans mon canapé, Paula couchée sur mes genoux, quand j'ai vu sa photo. Avec le mot "décès" écrit en grand en-dessous. Il était tout souriant sur cette photo, sans son costume habituel, chapeau, lunettes de soleil et fausse moustache. Sans artifices.
J'ai eu dix secondes où je me sentais comme spectatrice, où je ne me rendais pas compte de ce qui était arrivé. Où je ne pensais pas que c'était fini, que plus jamais je ne le reverrai, plus jamais je ne lui parlerai. Dix secondes où la décès du champion Auguste ne voulait rien dire pour moi.
Puis je m'en suis rendue compte. Ça m'a fait comme un coup de poing à la figure. Puis un autre dans le ventre. J'ai eu du mal à respirer, à penser, à contrôler mon corps. Je ne sais même pas comment je me suis retrouvée à terre. C'est là que les sanglots sont violemment arrivés. Paula, mon Pyroli, frottait sa tête chaude dans mon cou, mais rien à faire. Je suis restée comme ça une heure, à pleurer dans mon appartement luxueux. Je ne me suis jamais sentie aussi seule. Je ne me rappelle que de bribes de ce moment.
Puis je suis restée comme vide le reste de la soirée. J'ai sorti mon ordinateur portable pour voir les détails que j'avais manqué à la télévision. J'ai lu qu'on l'avait retrouvé mort dans son lit, comme endormi. Au moins, il est parti comme il le méritait, en se faisant ce qu'il aime (aimait) et avec dignité.
Ce qui m'a dérangée, c'est que personne ne m'ai appelée pour m'annoncer sa disparition. Pas ma mère, pas ma sœur, pas un vieil ami de là-bas. Personne.
Ce n'est que le lendemain que j'ai reçu un coup de fil qui a certainement changé ma vie. Sa secrétaire. Elle m'a dit que mon nom apparaissait dans son testament. Au fond, c'était prévisible, je ne comprends pas pourquoi j'étais surprise. Il n'avait pas d'enfants, plus de femme, pas de frères ni de sœurs. (ça me détruit de penser que je l'ai abandonné, je l'ai laissé seul).
J'étais la personne la plus proche de ce qu'on peut appeler "famille" pour lui. Pour moi, il était un mentor, un ami, mais pas vraiment un père. Pourtant, quand j'y repense, je devais peut-être être pour lui une descendance qu'il n'a jamais eu.
Dans son testament, il ne m'a pas laissé une maison, pas d'argent, pas d'objet de grande valeur marchande. Il m'a "juste" donné un trousseau de clés et six pokéballs.
On a dû les lui prendre sur son corps encore chaud. Il les avait toujours avec lui.
Aujourd'hui, je reviens chez moi pour la première fois depuis l'éruption, il y a huit ans. Elle avait tout détruit, maisons comme arène. Aujourd'hui, tout est reconstruit, exactement comme avant ou presque. A la place du manoir, on a installé une grande maison. Une nouvelle famille y habite désormais, des gens venus de Johto, si ce que ma mère m'a raconté est vrai. Il faut dire qu'on ne discute plus tellement, elle ne m'en a parlé qu'une seule fois.
A la place de me diriger vers ma maison, comme avant, je pars du ferry jusqu'à l'arène. Je croise quelques personnes sur le chemin, des vieux visages qui ont l'air d'avoir vu un fantôme. Moi qui espérait que personne ne me reconnaisse pour l'instant.
Une fois arrivée devant le grand bâtiment blanc, je me retourne et observe la ville. Ma ville. Tout est comme dans mes souvenirs, à part quelques gravats par ici, quelques maison repeintes par là. Il paraît que le volcan s'était réveillé à cause d'un groupes de dingues qui avait essayé de jouer avec un pokémon légendaire (bande d'idiots, on ne joue pas avec les dieux). Normalement, plus rien ne devrait se passer avec cette machine à lave qui vit sous nos pieds.
Je m'avance vers les grandes portes et sort le trousseau de clés. Je choisi la plus grosse clé, celle avec les flammes gravées dessus, et l'approche de la serrure la main tremblante.
Elle rentre dedans immédiatement, pas besoin de forcer ni de la secouer. A croire qu'elle n'attendait que ça.
Je tourne la clé et j'entends le loquet faire son petit bruit de porte qui s'ouvre. Je transpire, je ne sais même pas pourquoi. Je suis pourtant habituée à la chaleur, je n'ai que des pokémons de type feu. (comme lui)
J'ouvre la porte et ressent les odeurs qui ont bercé mon enfance et qui me rappelle mon cher mentor et meilleur ami. Pourtant, ce n'est pas la même arène, juste une copie vieille de quelques années.
J'allume les lumières et dévoile le terrain. Pas d'artifices dans son arène, juste des combats spectaculaires.
Je m'occuperai bien de ta ville, Auguste, et je serai la meilleure championne que Kanto ait vu. Je te le promets.
