Bonsoir à tous et à toutes! ce chapitre sera un peu plus sérieux que les autres sans doute mais très important pour la suite del'histoire. Le prochain sera plus léger, promis ! Bonne lecture! Et n'hésitez pas à reviewer !


5. Ma faute

- Gaara ?...

- Je suis là. Tu ne dors pas ?

- Non…Trop de bruits dans ma tête…

- …Tu veux rester ici avec moi ?

- Avec toi ?

- …Oui.

- Est-ce que les voix partiront ?

- Non. Elles ne partent jamais.

- Mais elles se tairont un peu si nous sommes ensemble ?

- Les miennes le font.

- Alors je peux rester ici avec toi ? Pour toujours ?

- Pour toujours ?

- Oui.

- …Bien sûr.

oOo

C'était comme un rêve devenu réalité. J'y avais tellement pensé, pensé si fort pendant toutes ces années et voilà que cela arrivait vraiment. J'avais du mal à réaliser, du mal à me dire que c'était bon, que je l'avais retrouvé, qu'il était là à portée de bras, que je pouvais le toucher quand je le voulais, me pelotonner contre lui, sentir son odeur et sa chaleur contre mon visage. C'était comme un rêve. Et comme un rêve, je savais que cela ne pouvait pas durer.

Autobiographie, de l'Avatar Taki

oOo

Gaara ne savait pas combien de temps avait passé. Tout ce qu'il savait c'est qu'elle avait cessé de sangloter dans ses bras après ce qu'il lui avait paru des heures et que depuis quelques temps, son souffle avait ralenti. Il lui semblait même qu'elle s'était endormie, éreintée par ses pleurs. Lui, il n'avait pas fermé l'œil. Dans l'obscurité de son dôme de sable, il essayait de retrouver ses esprits. Elle était bien là, dans ses bras, et pourtant il se sentait mal, très mal. Il trouvait son corps trop frêle, trop maigre pour une fille de son âge. Son souffle était rauque, comme malade, et des légers tremblements l'assaillaient de temps à autres, comme si elle était atteinte d'une fièvre. Pourtant, lorsqu'il avait posé la joue sur son front couvert de terre, il ne l'avait pas trouvé fiévreuse. Il avait enfoui son nez dans les cheveux bruns, respirant son odeur mais également la crasse et un arrière relent de fumée. Elle avait toujours été un peu sale, barbouillée de terre sur les genoux et le visage, mais là le niveau de crasse était autre. C'était comme si elle était une vagabonde, mal nourrie et déniée d'accès à l'hygiène la plus basique. Cette simple pensée fit bouillir en lui la colère sourde qui se trouvait au creux de son estomac depuis qu'il avait posé ses yeux sur elle. Comment avait elle pu en arriver là ? Que c'était il passé ?

Un son tapoté légèrement sur le dôme de sable le tira vivement de ses pensées. S'assurant que cela ne l'avait pas réveillée, il créa une légère ouverture dans sa protection découvrant comme il s'en doutait le visage de Temari. Cette dernière jeta un regard inquiet sur la forme pelotonnée contre son frère avant de reporter son attention sur lui :

- Il est tard, chuchota-t-elle. Il serait préférable de rentrer au village.

Gaara se rendit compte que derrière elle les étoiles brillaient dans le ciel. Il hésita, resserrant légèrement ses bras sur la jeune fille pressée contre lui. Elle venait enfin de s'endormir…Devait –il vraiment la réveiller ? Temari vit son trouble et s'empressa de reprendre la parole pour le convaincre, de peur qu'il ne s'enferme encore dans son dôme de protection :

- Gaara, elle sera mieux dans un vrai lit. Elle a besoin de soins et de nourriture.

Ces paroles atteignirent le shinobi aux cheveux rouges. Bien sûr. Sa sœur avait raison. Il ignorait tout de son état de santé réel. Il fallait absolument savoir le plus vite possible ce qu'elle avait et l'aider. C'était la meilleure chose à faire.

Le sable du dôme coula lentement sur le sol, les découvrant aux regards soulagés de Temari et Kankuro. Du coin de l'œil, Gaara vit des sacs de couchage aux pieds de son frère et se sentit touché par l'attention. Ils avaient visiblement pensé rester là toute la nuit si Gaara avait refusé de rentrer à Suna. Ils ne l'auraient pas laissé seul. Cette attention le toucha mais bien moins que cela ne l'aurait fait en temps normal. Il était trop inquiet pour elle. Néanmoins, il éprouvait un grand soulagement à ne pas se trouver seul dans cette situation. Il n'avait jamais vraiment su s'occuper des autres.

Alors qu'il soulevait le plus doucement possible la jeune fille endormie dans ses bras, Temari se tourna vers Kankuro :

- Je te laisse ramener nos affaires. Je pars devant avec Gaara pour m'occuper d'elle.

- Je vous rejoins le plus vite possible, acquiesça leur frère.

Il n'avait même pas pesté à l'ordre donné par la kunoichi. Cela signifiait qu'il comprenait la gravité de la situation. Et pour cela aussi, Gaara était reconnaissant. Il n'avait pas besoin de leur parler pendant des heures, d'expliquer ce qu'il ressentait. Ils acceptaient simplement la situation. C'était tellement simple. Aussi, sans rien ajouter, Gaara les souleva, lui, Taki dans ses bras et Temari, sur son nuage de sable, et ils filèrent droit sur Suna.

A leur arrivée, Temari se précipita pour organiser les soins, appelant à plein poumons des serviteurs. Gaara s'était dirigé vers sa chambre, seul lieu de calme absolu où nul n'osait pénétrer. Il eut à peine passé le seuil que la jeune fille brune remua dans ses bras. Baissant les yeux, il vit qu'elle le dévisageait, ses yeux encore rouges et gonflés d'avoir pleuré si longtemps. Mais au moins à présent ils ne luisaient plus de larmes. C'était un piètre soulagement.

- Tu peux te tenir debout ? souffla-t-il, n'osant pas élever la voix.

Elle hocha la tête et il la déposa avec douceur sur le sol, sans pour autant la lâcher. Elle fit de même, s'agrippant à ses vêtements au niveau de la taille mais gardant son regard au sol. Il détestait ça. Pourquoi ne le regardait-elle pas dans les yeux ? Que se passait-il dans sa tête ? Avant, elle était celle qui parlait en permanence, emplissant le silence de rires et d'histoires. Là, plus un son ne sortait de sa bouche. Et ce silence poisseux les recouvrait, empêchant Gaara de réfléchir correctement, attisant sa colère de façon irrationnelle. Sentant les mains fines trembler légèrement contre lui, il resserra légèrement son étreinte sur les bras de la jeune fille, essayant de l'inciter à le regarder. Sans succès.

- Tu as mal quelque part ? demanda-t-il doucement d'une voix qu'il ne se connaissait pas.

Elle fit non de la tête, d'un mouvement saccadé. Son souffle était plus court. Et elle se rapprocha imperceptiblement de lui.

- Tu as soif ? s'enquit-il, de plus en plus perdu au fur et à mesure des secondes qui passaient. Faim ?

De nouveau, ce mouvement de tête de petite fille têtue. Jusqu'à ce qu'elle termine pressée contre lui, son visage enfoui dans le creux de son épaule. Il ne réfléchit même pas, ses bras l'entourant automatiquement et la serrant contre lui. Là, il jura l'avoir entendue soupirer. Mais il ne savait pas pourquoi. Son cerveau était en ébullition, trop d'émotions, pas assez d'informations. Il était complètement déboussolé. Seul le fait de sentir son cœur battre contre ses côtes lui rappelait qu'elle était là et que cela aurait pu être pire. Elle était là. Vivante. Au fond, peut être que cela suffisait.

Des coups frappés à la porte de sa chambre les firent sursauter tous les deux et Taki se crispa vivement contre lui. Ses doigts fragiles s'agrippèrent à ses vêtements avec une telle force qu'il les sentait s'enfoncer dans sa chair, à lui causer des hématomes. Il ne dit rien cependant et après lui avoir jeté un regard qu'elle évita, il donna l'ordre d'entrer.

C'était Temari. Derrière elle dans le couloir, trois servantes se tenaient là avec de grandes serviettes propres dans les bras. Elles jetèrent des regards curieux dans la chambre avant que la kunoichi blonde ne referme la porte derrière elle. Gaara vit clairement la surprise dans ses yeux de le trouver dans une telle position de proximité avec une autre personne. Néanmoins, à son grand soulagement, elle ne fit aucune remarque.

- Le bain est prêt, dit-elle simplement. J'ai pensé que ce serait une meilleure idée de se laver avant de voir les médecins.

Voyant la jeune fille tressaillir, elle ajouta rapidement :

- Bien qu'ils puissent attendre demain si besoin.

Gaara hocha la tête, pas vraiment convaincu. Il aurait vraiment mieux valu qu'elle soit examinée le plus vite possible. Mais ses tremblements contre lui étaient tels que ce n'était certainement pas une bonne idée. Il essaya de se détacher d'elle mais elle resserra son étreinte et il retrouva littéralement pris dans un étau. Il s'étonna un court instant de la force qu'elle possédait dans de pareilles circonstances avant de revenir au problème qui l'assaillait.

- Taki, souffla-t-il en ôtant ses mains de la taille fine pour les poser légèrement sur les épaules de la jeune fille.

A l'entente de son nom, elle frissonna mais garda obstinément son visage enfoui tout contre lui. Il jeta un coup d'œil à sa sœur qui l'encouragea en silence à persévérer.

- Taki, répéta-t-il d'une voix un peu plus forte. Un bain te fera du bien.

Elle demeura immobile une longue minute avant de se détacher lentement de lui, jetant un coup d'œil à Temari. Encouragée face à cette réaction, celle-ci afficha un petit sourire :

- Un bain à l'huile de patiga. Excellent pour délier les muscles et apaiser les douleurs.

Gaara la sentit se détendre contre lui alors qu'il essayait toujours désespérément d'attirer son regard. Sans s'en rendre compte, il s'était mis à caresser gentiment ses bras pour l'apaiser. A son toucher les muscles tendus se relâchèrent peu à peu jusqu'à ce qu'il fasse glisser ses mains jusqu'aux siennes. Elle s'y agrippa aussitôt, gardant cependant toujours son regard sur la porte de la chambre. Bien qu'il eut souhaité rester à ses côtés, il savait que de se laver lui ferait du bien.

- Va, dit-il en pressant gentiment ses mains dans les siennes avant de les relâcher. Je t'attends ici.

Elle lui jeta alors un regard, rapide et apeuré. Et il comprit alors. Bien sûr. Comme il pouvait être bête.

- Temari est ma sœur, lui apprit-il en posant sa main contre ses reins en un geste rassurant. Elle s'occupera bien de toi. Juste elle, ajouta-t-il en lisant la panique sur le visage couvert de terre. N'est-ce pas ?

La kunoichi blonde qui avait froncé les sourcils à l'entente de ses mots hocha la tête, se radoucissant face à l'évidente angoisse de la jeune inconnue. En temps normal et dans toute autre situation, elle aurait catégoriquement refusé de participer à une telle tâche. Ils avaient des dizaines de serviteurs pour faire des choses pareilles ! Ce n'était vraiment pas de son ressors ! Seulement voilà, la situation était toute sauf normale. Jamais elle n'avait vu Gaara se comporter ainsi, avec qui que ce soit. Cette fille dont Kankuro et elle-même avaient fini par questionner l'existence était bien réelle. Et si Gaara tenait tant à elle, au point de la chercher durant des années sans jamais désespérer et surtout, de la faire pénétrer ainsi à l'intérieur même de sa défense ultime, alors elle se devait de faire un effort de la connaitre. Pour comprendre qu'elle était leur lien. Et si elle représentait un danger quelconque pour son petit frère.

- Juste toi et moi, déclara-t-elle alors, un doux sourire sur les lèvres. Promis.

Joignant les gestes à la parole, la kunoichi blonde ouvrit la porte pour renvoyer les servantes, attrapant au passage les serviettes de leurs mains. Puis elle attendit, invitant la jeune fille à la suivre. Cette dernière sembla hésiter de nouveau mais Gaara la poussa gentiment de sa main toujours située au creux de son dos et elle obtempéra. Il les regarda sortir, le cœur lourd, et du s'empêcher d'arracher la porte de ses gonds lorsque celle-ci se referma sur elle, la cachant de nouveau à sa vue.

oOo

Gaara essayait vainement de méditer depuis plus d'une demi-heure. Une envie folle le démangeait de quitter sa chambre pour aller se planter devant la porte des bains. Mais il savait bien que c'était inutile. Il ne pouvait pas y pénétrer et attendre comme une statue dans le couloir le ferait passer pour un pervers fini. Il avait déjà bien assez d'étiquettes accolées à son nom, il n'avait pas besoin de celle là. Aussi, il tentait désespérément de vider son esprit, sans succès. Les mêmes questions revenaient sans cesse. Et surtout, il ne savait pas comment il allait lui faire face la prochaine fois qu'il la verrait. Il redoutait de la voir, ne sachant plus comment lui parler, ni même lui tirer un regard. Et en même temps, être loin d'elle le rendait fou d'angoisse. Il voulait l'avoir là, à portée de regard, à portée de ses bras. Pour pouvoir étouffer ses tremblements et sa frayeur. Il fallait qu'il y arrive. Peu importait comment.

De légers coups frappés le firent sursauter et en un instant, il ouvrait la porte à la volée, son cœur cognant vivement dans sa poitrine. Face à lui, Temari avait la main tendue, visiblement prête à tourner la poignée, et le regardait avec des yeux ronds. Un léger sourire apparut sur ses lèvres cependant lorsqu'elle vit Gaara jeter des coups d'œil dans le couloir désert :

- Elle arrive, le rassura-t-elle en le repoussant gentiment dans la chambre. Elle voulait être seule quelques minutes.

Voyant les sourcils de son petit frère se froncer et l'angoisse apparaître sur son visage, elle secoua la tête :

- Ne t'inquiète pas. Tout s'est bien passé. Je crois qu'elle se sent mieux.

Gaara poussa un soupir de soulagement, ne s'étant même pas rendu compte qu'il avait retenu son souffle. Néanmoins, ce sentiment ne fut que de courte durée lorsqu'il vit le visage Temari s'assombrir. Il attendit dans un silence fébrile qu'elle parle, qu'elle lui dise ce qui n'allait pas. Ce qu'elle fit après avoir inspirée profondément :

- Son corps est couvert de brûlures, lâcha-t-elle crument.

Voyant le visage de son frère se décomposer, elle tendit la main pour la poser sur son bras en signe de réconfort mais continua néanmoins :

- Elle en a partout, de tailles et de sévérités différentes. Elle porte aussi des traces de coups et je trouve qu'elle est bien trop maigre pour une fille de son âge. J'ignore ce qu'elle a subi avant d'arriver ici, gronda-t-elle d'une voix sombre, mais je sais qu'il n'y a pas que sa chair qui a été meurtrie.

Face au regard perdu de Gaara, elle ajouta du ton le plus apaisant qu'elle put :

- Tu vas devoir être patient avec elle.

Les yeux turquoises s'agrandirent légèrement et elle vit clairement le trouble sur son visage. La réponse qu'elle reçut n'eut cependant rien à voir avec celle à laquelle elle s'attendait.

- Bien sûr, fit-il en continuant à la regarder comme si elle avait dit une aberration. Pourquoi veux-tu que je la traite autrement ?

Ce fut au tour de Temari de rester sans voix, incapable de détacher ses yeux de son jeune frère. Avait-il vraiment prononcé ces mots ? Elle savait qu'il avait changé ces dernières années mais elle ne pensait pas à ce point. Bien sûr, avec elle et Kankuro, c'était différent d'avec les autres. A moins que ce ne fût à cause d'elle qu'il était désormais comme ça…Elle était la raison de sa transformation. Pas eux. Une étrange jalousie pointa dans la poitrine de la kunoichi alors que Gaara continuait à la dévisager, de plus en plus mal à l'aise. Ce fut alors que la porte de la chambre s'ouvrit et Temari se recula, essayant de garder le contrôle de cette nouvelle émotion qui la dérangeait vivement et voulant surtout observer la scène.

Gaara n'osait pas bouger. Il avait posé ses yeux sur Taki qui se tenait encore derrière la porte et attendait avec une agitation difficilement contenue qu'elle fasse un geste vers lui. Le moindre mouvement dans sa direction, même minuscule, lui suffirait. Elle fit mieux que cela. Elle leva les yeux vers lui, plongeant son regard dans le sien. Et Gaara sentit un poids énorme tomber de ses épaules.

- Je…Je peux entrer ? demanda-t-elle d'une petite voix, passant une mèche de cheveux encore mouillés derrière ses oreilles.

La vue de ce geste si familier et le son de sa voix finirent de faire fondre ses craintes. Tour irait bien. Elle était là. Elle était encore là, malgré ce qu'elle avait vécu. Et il l'aiderait du mieux qu'il pouvait. Aussi, il franchit les quelques pas qui les séparait, les yeux caramels le suivant avec une légère appréhension, jusqu'à ce qu'il s'arrête face à elle. Elle revêtait une grande chemise blanche à longues manches et un pantalon de toile légère. Tout son corps était recouvert, nul doute pour cacher au mieux ses blessures. Il n'osait pas la toucher, il avait peur de lui faire mal. Aussi, avec le plus de douceur qu'il put, il prit ses mains dans les siennes et les pressa gentiment, comme elle l'avait fait pour lui il y avait si longtemps.

- Tu seras toujours la bienvenue ici, lui dit-il. Tu es chez toi.

Elle le dévisagea un instant, les yeux brillants de larmes, avant qu'enfin un sourire, ce si beau sourire qu'il attendait depuis qu'elle était revenue, apparaisse sur ses lèvres.

- Oui, souffla-t-elle en faisant un pas vers lui pour entourer la taille de Gaara de ses bras, le visage tout contre son cou. Je suis chez moi.

Il referma ses bras autour d'elle, fermant les yeux à son tour et respirant son odeur, le nez tout contre ses cheveux. Il ne remarqua pas Temari quitter la pièce et fermer la porte en silence. Non. Juste la fille dans ses bras comptait. Et il ne la lâcherait plus. Plus jamais.

oOo

Ils se couchèrent quelques instants plus tard. Taki n'avait pas faim et Gaara ne voulait pas la forcer à quoique ce soit. Allongés tout près l'un contre l'autre sur le grand lit que Gaara n'utilisait jamais, il les avait recouverts de son dôme de sable et, comme il y avait des années de cela, elle faisait léviter sa pierre, projetant une lueur bleutée dans leur abri. Lui, il se contentait de la dévisager, imprimant ses nouveaux traits dans son esprit. Il ne tressaillit même pas lorsqu'elle releva ses yeux sur lui, le prenant en flagrant délit. Mais elle ne dit rien à ce propos non plus.

- Je suis contente que tu l'aies gardée, souffla-t-elle enfin avec un léger sourire.

Il tenta de réprimer le violent sentiment de culpabilité qui le submergea mais il échoua lamentablement. Sa voix tremblait, teintée de remords, alors qu'il détournait le regard, feignant de s'intéresser à la pierre bleutée :

- Je l'ai perdue, avoua-t-il dévoré par la honte et les regrets. Je ne l'ai retrouvée que peu de temps avant que tu ne réapparaisses.

- C'est donc ça…murmura-t-elle en posant à son tour son regard sur la pierre.

Il braqua ses yeux turquoise sur elles, une terrible nausée pointant dans son estomac. Qu'avait-elle voulu dire par là ? Le tenait-elle pour responsable de n'avoir pu rentrer plus tôt ? Bien sûr, il ne pouvait pas le lui reprocher, après tout ce n'était que la vérité. Il avait perdu la pierre comme l'imbécile qu'il était. Non. C'était un mensonge. Il ne l'avait pas égarée. Il ne pouvait pas lui mentir. Pas à elle. Aussi lorsque le regard caramel se releva vers lui et qu'il la vit prête à ouvrir la bouche, il ne put retenir ces mots :

- Je l'avais jetée, s'exclama-t-il presque, le souffle court. J'étais stupide, en colère de ne pas te voir revenir et je l'ai jetée dans le désert. J'ai essayé de la retrouver, vraiment, vraiment essayé, pendant des années, mais je n'ai pas réussi. J'ai échoué, je t'ai laissée seule de l'autre côté, tu ne pouvais pas me retrouver sans, tu me l'avais dit. C'est ma faute, ma faute si tu étais coincée là bas.

Il n'arrivait plus à s'arrêter, les mots se déversaient seuls et il entendit bien que sa voix se brisait petit à petit, que son ton devenait de plus en plus pathétique, mais c'était plus fort que lui. Sa gorge brûlait, ses yeux brûlaient, ses poumons aussi. Mais il continuait à répéter la même rengaine. Face à lui, Taki le dévisageait, légèrement étonnée sans doute, mais calme et posée. Alors qu'il se lançait de nouveau dans sa tirade, elle s'approcha de lui, posant sa main sur sa joue et pressant son front contre le sien. Le souffle manqua à Gaara et il se tut à l'instant, en plein milieu d'une phrase. Là, incapable de respirer, il regardait ses fines paupières closes, si près de lui, sentait la douce chaleur de sa main sur sa joue humide et son souffle régulier sur son visage. Il ne sut combien de temps ils demeurèrent ainsi mais quand elle s'écarta légèrement de lui pour le dévisager, il murmura enfin ces mots qui l'avait torturé toutes ces années :

- Je suis désolé…

Elle ne répondit pas tout de suite, caressant avec tendresse la joue mouillée du jeune homme, le regardant avec intensité, comme si c'était la première fois qu'elle le voyait. Et quand elle poussa un petit soupir, le cœur de Gaara se broya dans sa poitrine. Qu'allait-elle dire ? Allait-elle se mettre en colère, l'accuser de l'avoir laissé seule, lui reprocher sa lâcheté ? Ou pire, allait-elle quitter ce lit, cette chambre, en silence, et ne plus jamais lui parler ? Il préférait la première situation. Qu'elle hurle, qu'elle le gifle, n'importe quoi. Mais pas l'abandon. Pas elle. Lisant certainement l'angoisse sur son visage, elle esquissa un léger sourire, sans cesser de gentiment caresser sa joue :

- C'est moi qui suis désolée, répondit-elle d'un ton doux. Je t'ai laissé seul. Je t'avais promis de revenir.

Il fronça les sourcils, désarçonné. Il ne s'attendait pas à ça. Et surtout, elle n'avait rien à se reprocher. Rien du tout. Le voyant en proie à une grande confusion, elle retira sa main de sa joue pour prendre la sienne entre ses doigts et la presser gentiment, captant de nouveau son attention.

- Ce n'est pas la pierre qui m'a permis de te retrouver, expliqua-t-elle lentement. Du moins, je ne crois pas…

Elle sembla hésiter, réfléchissant à ses mots, mais elle continua rapidement pour ne pas laisser la panique s'installer, autant de son côté que du sien :

- Je ne sais pas comment j'arrive ici. Je n'ai jamais su. J'allais dans la caverne, je souhaitais venir ici pour te voir et il y avait cette brèche qui apparaissait à chaque fois. Le jour où…où je t'ai laissé, mon père m'a emmenée à Sen Be, la plus grande ville de notre région. Ils voulaient…savoir si je pouvais reproduire ce que j'avais fait en classe. Je…Je n'ai pas réussi immédiatement.

Gaara l'écoutait avec tant d'attention qu'il lui fallut quelques secondes pour se rendre compte qu'elle tremblait. De tous ses membres. Sans même réfléchir, il la prit dans ses bras et l'attira vivement contre lui. La lumière bleutée disparut lorsque la pierre se retrouva prisonnière entre eux, les plongeant dans le noir. Mais peu importait au fond. Car Taki ne l'avait pas repoussé. Au contraire, elle s'était blottie tout contre lui, fourrant son visage contre son cou. Il resserra doucement son étreinte, appuyant son nez contre ses cheveux, respirant son odeur, tout comme elle le faisait elle aussi. Il ne savait pas s'il voulait qu'elle continue à parler. Cela avait l'air tellement douloureux. Il aurait préféré qu'elle se taise, qu'elle oublie tout ça. Mais elle avait besoin de raconter ce qu'il s'était passé. Besoin de lui dire. Aussi, lorsqu'elle reprit la parole, il écouta, essayant de ne pas se laisser distraire par son souffle contre son cou ou même ses lèvres qui frôlaient sa peau à chaque mot prononcé.

- Ca m'a pris deux mois, murmura-t-elle. Je pensais qu'ils me laisseraient tranquille une fois cela fait. Mais non…La suite fut pire. Ils voulaient plus, toujours plus. Et moi je ne voulais qu'une chose…revenir ici.

Elle passa son bras autour de sa taille et se pressa encore plus contre lui, si cela était possible. Il fit de même, se fichant éperdument de savoir si elle pouvait respirer ou même si lui-même pouvait le faire. Il fallait étouffer sa douleur. Il le fallait.

- Après ce qui m'a semblé une éternité, des mois, des années peut être, je me suis enfuie. Je suis retournée à la grotte. Mais…mais je n'ai pas réussi à faire réapparaitre la brèche.

Sa voix se brisa alors qu'elle empoignait la tunique de Gaara entre ses doigts fins, pinçant sa peau en même temps à lui causer des hématomes. Il ne dit rien. Il essayait de comprendre, désespérément. Elle pleurait à présent. Et lui, imbécile, ne comprenait pas pourquoi !

- Je savais …sanglotait-elle. Je savais que tu m'attendais de l'autre côté….je t'avais promis de revenir…Et je n'ai pas réussi à faire apparaitre cette maudite brèche ! J'étais trop faible ! J'ai échoué, encore et encore ! Je suis faible ! Je suis tellement désolée ! Tu es resté si seul, si longtemps, je le sais ! Tout est de ma faute !

- Non ! lâcha-t-il vivement, ses bras se crispant autour d'elle. Non, ne dis pas ça. C'est moi…je…

- Tu n'y es pour rien ! J'aurais du pouvoir…C'est mon rôle de pouvoir… Si seulement j'étais plus forte…

- Tu n'as pas besoin de l'être.

Il avait prononcé ces derniers mots avec une farouche détermination d'un ton extrêmement ferme qui ne lui ressemblait pas avec elle et elle cessa soudainement de pleurer. Il sentait son cœur battre la chamade dans sa poitrine, tout comme le sien. Mais à cet instant là, il n'en avait que faire. Il avait compris. Tout compris. Elle se blâmait autant qu'il se blâmait pour ce qu'il s'était passé. Elle ne lui en voulait pas, pas même une seconde. Et lui non plus. Ils étaient tellement semblables. Mais surtout, ils étaient là, ensemble. Il ferait tout pour la garder près de lui comme ça. Absolument tout.

Resserrant son étreinte, il posa doucement ses lèvres contre le front pâle, ses yeux turquoises braqués résolument dans le noir, droit devant lui.

- A partir d'aujourd'hui, je te protègerai. Et cette promesse là, je te jure sur mon âme que je compte bien la tenir.

Elle écouta en silence, ses sanglots totalement apaisés. Puis, après de longues minutes où il la croyait enfin endormie, elle pressa son petit nez froid contre son cou et il l'entendit chuchoter :

- Pareil.

A suivre…

6. Une journée parfaite


Une petite review s'il vous plait ! :)