Chapitre 1

Seul le soir, Neville semble englouti par les ombres dansantes des torches qui illuminent ses pas. Mais, ce n'est pas assez clair : il murmure un lumos pour sa vision autant que pour son cœur. Ses vêtements dégouttent d'eau que Crabbe et Goyle ont utilisée pour le «baptiser» par surprise dans les toilettes du troisième étage. Il sèche quelques larmes… Il tente de s'empêcher de pleurer, mais il ne comprend pas qu'il n'y a aucune honte à être blessé par l'intimidation. Ils étaient deux, il était seul et désarmé. « Si seulement je n'étais pas aussi stupide… » Ce n'est pas de sa faute, mais il ne le comprend pas. Il est loin d'être stupide. Il a oublié les progrès qu'il a faits avec l'Armée de Dumbledore il y a quelques mois. Depuis le début de sa sixième année, il a accompli de véritables prouesses avec sa nouvelle baguette, mais cela peine à remonter à sa conscience. Son état mental tremble tout comme ses mains alors qu'il essaie de nouveau le charme Air-Chaud que lui avait montré Hermione. « J'ai besoin de quelqu'un… n'importe qui! songe tristement Neville en s'arrêtant devant un mur de pierre. » Un jet de fumée chaud s'attaque à ses vêtements. Neville ferme les yeux lorsqu'il pointe sa baguette à la hauteur de son visage.

Crac.

Le sort se meurt et il ouvre les yeux devant une fissure qui s'agrandit dans le mur. « La Salle sur Demande! réalise-t-il. » Il jette un coup d'œil des deux côtés de l'allée du cinquième étage où il se trouve. Aucun préfet en vue. Parfait.

Les portes sont noires et plus lourdes cette fois. Elles semblent remplies de ténèbres. « Ou de secrets? » La salle, plus grande qu'à l'ordinaire, baigne dans la pénombre.

- Lumos Maxima!

Un ballon d'énergie lumineuse surgit de sa baguette. Il se brise en petites boules qui se répartissent un peu partout dans la salle. Neville fait un pas de plus à l'intérieur et la sortie se referme dans son dos. L'atmosphère est bizarre, un peu étouffante, presque vivante, malicieuse, mais invitante : il comprend qu'il ne sortira pas d'ici avant d'avoir trouvé quelque chose.

Neville s'écarte des montagnes de chaises pour se diriger vers l'allée la moins étroite. Des vêtements poussiéreux jonchent les rebords de vieilles tables de bois. Un encrier découle son flot sec sur le plancher. Des armoires narniennes le saluent pendant qu'il observe son reflet dans quelques miroirs. Les meubles s'espacent pour le laisser passer, le menant tout au bout de la pièce. Là, entre quelques sofas délavés, une silhouette bizarre serpente sous une vieille couverture. L'air s'électrifie.

Ses mains picotent. Il tire sur le drap et la forme humaine se dévoile.

Figée en pleine action, Valérya Selwyn élève sa baguette vers un ennemi invisible. Une mince couche vaporeuse scintille comme si de minuscules petites étoiles abritent sa peau. Neville contourne l'être et touche l'écorce blanche avec sa baguette.

Rien ne se passe. Alors, il tapote légèrement la main crispée de la jeune fille. Sa peau est dure comme de la pierre et… si glacée… Elle ne semble pas réelle, mais quelque chose lui glisse qu'elle n'est pas une mannequin. Il y a tant de déception dans ses yeux que Neville sent un coup au cœur. La personne qui lui a fait ça l'a trahie. Ou bien, c'est le contraire et c'était une mesure nécessaire. Mais, mauvaise ou pas, personne ne mérite de rester figé pour l'éternité. Rassemblant son courage, Neville hurle de toute sa puissance :

- Finite Incantatem!

La force de l'ensorcellement résonne dans tous les objets de la salle. Neville, lui-même, perd pied et tombe sur ses fesses. Mais, une telle détermination n'était pas nécessaire : les choses mortes du va et vient commencent à s'éveiller.

Un enchantement puissant, dangereux, mais si facilement irréversible. La magie de Jedusor, conçue exprès pour éviter de tuer quelqu'un de si précieux à ses yeux, s'estompe d'un souffle. La jeune fille halète et frotte l'empreinte du coup porté par son cousin préféré.

Quelques larmes perlent aux coins de ses yeux et tombent aux pieds de Neville. Elle abaisse sa baguette, ébahie :

- Tom?

Elle cherche celui qui n'est plus, celui qui a succombé aux ténèbres.

- Tom!

Mais l'écho reste vide. Il n'y a plus rien à combattre.

- Myrtle… murmure-t-elle.

Son deuxième regard est douloureux : il y a un peu plus d'objets qu'auparavant dans la salle. « Combien de temps? se demande-t-elle. »

Elle chancèle et fait son premier pas dans le futur. Valérya se redresse et baisse son regard vers la mince couverture jaunie qui la recouvrait. Non loin se trouve un jeune homme qui la fixe avec attention.

Les lèvres entrouvertes, Neville scrute la créature avec attention. Ses traits lui semblent familiers, comme l'écho d'une vieille photographie. Ses yeux s'agrandissent d'horreur lorsqu'il découvre l'insigne d'un serpent sur sa robe. La rouquine abaisse sa baguette vers lui et il serre la sienne, mais elle est plus rapide :

- Sitis!

Une chaleur agréable chatouille son corps pour un moment. Le temps qu'il baisse les yeux sur son uniforme, il est complètement sec.

- Est-ce mieux ainsi? Tu avais l'air frigorifié.

Neville la regarde et bredouille un faible « merci ».

- C'est à moi de te remercier! proteste-t-elle avec un sourire triste. Valeureux Gryffondor.

Valeureux Gryffondor? Jamais un élève de la maison de Serpentard n'avait prononcé des mots si doux. Peut-être que l'époque d'où elle vient avait une plus grande ouverture d'esprit? Ses vêtements semblent vieux malgré le parfum fruité encore frais qui s'en dégage.

- Je… Qui es-tu? lui demande-t-il d'une voix plus assurée.

- Valérya Selwyn, lui répond-elle en lui tendant la main pour l'aider à se relever.

Il prend appui sur sa main chaude, pleine de force.

- Neville Londubat, fait l'autre une fois debout et en frottant la poussière hors de sa robe.

- Dis-moi, Neville… Suis-je toujours en 1942?

Il secoue la tête avec regret, lui offrant ce dont elle doutait déjà :

- Nous sommes en 1997.

- 55 ans! souffle-t-elle avec désespoir. Est-ce… Est-ce que la Chambre des secrets a été ouverte?

Neville fait signe que oui et Valérya porte ses mains à son visage, submergée par l'horreur.

- Deux fois, ajoute Neville. En 1943 et en 1993 par Tu-Sais-Qui.

- Tu-Sais-Qui?

- Lord Voldemort.

- Oh!

Ce nom lui semble familier d'une manière qui ne signale rien de bon. Les yeux de Valérya se remplissent d'eau.

- Est-ce… Est-ce qu'il y a eu des victimes?

- Mimi Geignarde, la première fois.

- Oh…

Cette fois, une véritable cascade secoue la Serpentard qui tombe à genoux.

- Myrtle… sanglote-t-elle. Pardon... J'ai essayé…

Neville prend ses mains entre les siennes et s'agenouille à sa hauteur.

- Elle est toujours dans le château.

Valérya se redresse au son de ces paroles cruelles.

- Où?

- Dans les toilettes des filles du deuxième étage. Hé! Attends!

Mais, Valérya court déjà vers les portes mystérieusement entrouvertes de la Salle du Va et Vient.

- Tu ne peux pas courir ainsi! couine-t-il en la rattrapant et en essayant de la raisonner. Tu fais trop de bruit! C'est la nuit ici! On va se faire prendre…

- Protego!

La talentueuse Selwyn avait levé sa baguette pour se protéger, elle et Neville, des nouveaux venus qui avaient tenté de les arrêter. Un bruit sourd indiqua que le sort avait rebondi.

- J'espère que vous avez une bonne explication Londubat! maugrée la directrice de Gryffondor en chemise de nuit accompagnée de Ronald Weasley qui se frottait le crâne et d'Hermione Granger, leurs bras croisés de mécontentement.

- Professeur McGonagall!

- Ça fait des heures que des Aurors et les préfets vous cherchent! s'indigne la directrice. Professeur Dumbledore craignait le pire! Qu'est-ce qui…

- Professeur Dumbledore? bredouille l'intruse en baisant sa garde. Il est encore ici?

- Je suis devenu directeur de Poudlard.

Comme d'habitude, il était apparu au moment importun.

- Monsieur, s'excusèrent les autres.

Valérya se noya dans une crise de nouveaux sanglots : le Dumbledore qu'elle avait sous les yeux était beaucoup plus vieux. Sa barbe était beaucoup plus longue et ses cheveux n'étaient plus qu'argentés.

- M… Monsieur…

Valérya porta une main à sa bouche. Terrassée par la situation, elle se laisse choir à genoux. À la grande surprise d'Hermione et de Ron, Neville glisse des doigts fermes et rassurants sur son épaule.

- Il… Il a tué Myrtle. Pardon, Professeur, je n'ai rien pu faire… Tom m'a ensorcelé… Je vous jure que j'ai essayé…

Le reste meurt dans sa gorge. Pendant que McGonagall, Ron et Hermione fouillent leurs souvenirs pour retracer l'élève, Dumbledore se penche à sa hauteur. L'homme appose une main tendre sur sa tête.

- Je me demandais où tu étais passée, Valérya Selwyn, murmure-t-il avec gravité.