Chapitre 3

Des bruits inquiétants, une absence de choix, de la culpabilité… Des sons et des sentiments familiers résonnent aux oreilles de Drago. Il ouvre les yeux, mais ce n'est pas lui qui gémit. C'est plutôt la « nouvelle » Serpentard qui affronte son univers de cauchemars.

Drago se redresse en position assise sur son lit et observe le dos de la créature qui semble soudainement si fragile. Il hésite, puis chausse ses souliers et s'avance vers sa voisine. Il pose une main tendre sur son épaule. Il serre doucement.

À en croire son toucher magique, elle cesse immédiatement de pleurer et commence à respirer d'une manière moins saccadée.

- Ça fait au moins une heure qu'elle tremble comme ça.

Drago sursaute si fort qu'il ne sait par quel miracle sa main ne bouge pas d'un poil.

- Mimi, fait-il en portant sa main libre à son cœur pour effacer le douloureux pincement de peur.

Le fantôme cesse d'être un spectateur de la scène et devient acteur en flottant vers la droite de Drago.

- J'étais venue vérifier comment tu allais après cette attaque dans la salle de bain, mais je ne pensais pas également retrouver une vieille amie.

La pression des doigts du blondinet s'annule et la torture recommence.

- Tom… Non… 1942… 1997… Non, Myrtle! Abraxas…

- Je pense que tu ferais mieux de la réveiller.

Drago hoche la tête. Il frotte doucement, avec des mouvements circulaires, le dos de Valérya. C'est une technique d'enfant gâté qu'utilise sa mère pour le réveiller et qui donne une sensation de massage. Drago espère qu'elle se réveillera de bonne humeur, comme est censé promettre ce procédé. En tout cas, il sait que ça fonctionne sur lui.

Une brume blanche répand ses écumes de froideur vers Valérya. Mimi Geignarde chuchote quelques anti-sorts à son malheur :

- Ce n'est pas de ta faute.

Une touche finale et accidentelle : de l'eau glacée effleure ses traits et l'endormie se réveille en sursaut.

D'abord, elle voit Drago au travers d'un drap blanc très mince. Ensuite, elle réalise qu'il s'agit d'un fantôme. Puis, elle réussit à sentir une petite joie chaude gonfler dans son cœur pour la première fois en 1997.

- Myrtle…

- Ce n'est pas de ta faute, réplique à nouveau l'autre.

Le regard plein de larmes de Myrtle est penché sur elle.

- Tu n'y es pour rien. Je sais que c'est Tom Jedusor qui a fait ça. S'il te plait, cesse de te blâmer : tu as fait tout ce que tu as pu. J'avais deviné qu'il t'était arrivé quelque chose parce que tu as voulu l'empêcher de me faire du mal.

Celle qui ressent de la culpabilité ne peut empêcher les larmes de couler sur ses joues.

- Je…

- J'ai essayé de te chercher Valérya, la coupe Mimi afin de l'empêcher de se réapproprier le blâme. Je t'ai cherchée longtemps, mais je n'arrivais pas à te trouver. Je sentais toujours ta présence ici, dans le château, mais tu étais introuvable! Mais, je savais qu'en tant que spectre éternellement coincé sur Terre, j'allais avoir l'occasion de te revoir un jour.

- J'étais dans la Salle sur Demande.

- Voilà qui explique tout.

Les deux amies se font de maigres sourires et Valérya essuie ses larmes du revers de la main. Si seulement elle pouvait la serrer dans ses bras…

- Tu peux joindre la guerre, Val. Ton savoir sur lui peut augmenter les chances de ceux qui se battent contre lui. Tu ne peux pas revenir en arrière, mais tu peux faire une différence dans ce nouveau futur. Tu peux empêcher de nombreuses morts.

- C'est ce que Dumbledore m'a dit aussi. Mais, Myrtle, pour moi, c'était hier. Moins de 24 heures se sont écoulées depuis que je l'ai vu la dernière fois… Et avant de commencer à agir, je préfère découvrir ce qui reste de mon époque, de mes amis… Je veux digérer tout ça, tu comprends?

- Ton meilleur ami… était Voldemort? les interrompt Drago, abasourdi.

Valérya, le regard distant, hoche tristement la tête pendant que Mimi répond à sa place :

- Valérya était son point faible, c'est pour ça qu'il l'a ensorcelé! Il ne voulait pas qu'elle interfère dans ses idéaux, mais il ne pouvait se résigner à lui faire du tort puisqu'elle était très chère à ses yeux. Ils étaient si proches, malgré leurs différences.

C'est une première pour Drago qui n'a jamais vu le Seigneur des Ténèbres manifester la moindre affection sauf pour sa tante Bellatrix. Mimi semble sur le point de dire autre chose, mais un regard de la part de Valérya, suivi d'un « c'est pas le moment », la fait taire.

- Qu'est-ce qui n'est pas le moment? les presse-t-il.

- J'ai beaucoup de secrets, prononce Valérya d'une voix douce, et je ne tiens pas à ce qu'ils soient dévoilés. Du moins, pas pour le moment… Pas tous en même temps…

Et ils se noient dans un long silence inconfortable, chacun voulant éviter de vomir ses discrétions. C'est trop lourd, même pour un fantôme. Sous prétexte qu'ils ont encore besoin de sommeil et pour éviter de lever le voile sur le mystère par trop de bavardage, Myrtle Elizabeth Warren aussi connue sous le nom de Mimi Geignarde s'éclipse juste après que Valérya et Drago lui promirent de passer la voir dès qu'ils en auraient la chance.

Draco, après avoir regardé partir son alliée, murmure un « bonne nuit, bon matin » comique, puis se recouche pour éviter de prononcer une bêtise. Il sombre rapidement dans un sommeil magique.

Valérya, les yeux toujours grands ouverts une heure plus tard, devine les lignes qui définissent la silhouette de Malfoy. Le dragon ronronne, bredouille un souvenir d'une respiration plus douce entre ses lèvres entrouvertes.

« Si fragile, si déterminé, un instinct de survie plus fort que tout, pense-t-elle après quelques heures de connaissance. Des cicatrices de grafignures sous la peau de son avant-bras gauche, un mal d'être évidant. Une automutilation répétitive à un seul endroit, quelque chose qu'il ne veut pas… Une grande tolérance à la douleur, un talentueux Occlumens, ce Malfoy est une véritable bombe de puissance quand il le veut. »

La flamme d'un symbole, un dernier écho grogne contre la pénombre lunaire:

- Potter a gagné, murmure l'endormi avec assurance.

Puis, contre l'oreiller, un sec signe de tête vers le futur.