Bonjour,
Voici un chapitre du point de vue de la seconde Héroïne de Collision : Arianne Macmillan
Chapitre 2. Le triple A de Poufsouffle
Le bruit des vaguelettes de la piscine atteint doucement mes oreilles, tandis que je feuillette distraitement le Witch Stars. Je m'accorde une pause bien mérité après avoir réalisé vingt longueurs dans la piscine, et fais une dizaine de pompes. Je m'entraîne pour postuler à l'équipe d'athlétisme de Poudlard, l'année prochaine, et mes parents me laissent tranquillement faire. Honnêtement, le Witch Star, c'est pas vraiment ce que j'aime lire d'habitude. Comme s'il était essentiel de savoir que Stubby Boardman, l'ancien chanteur des Croques-Mitaines, était actuellement entrain de se prélasser dans les Caraïbes. Je tourne la page de son magazine et tombe sur un article titrant « La Réputation à l'école : Comment la gérer ? ».
Encore un sujet futile, je sais gérer ma réputation. Rester avec mes deux meilleures amies de sang-pur, être discrète et secrète, ne parler à personne. Simple. Soupirant, je remonte mes lunettes de soleil, qui ont glissé sur le bout de son nez, et je m'étire les bras, savourant la chaleur du soleil sur sa peau.
- Mademoiselle Arianne, j'ai fais une orangeade, en voulez-vous un verre ? lance la voix aiguë d'Emy, l'elfe de maison de la famille Macmillan.
- Oui, volontiers, répondis-je.
Après une gorgée d'orangeade bien fraîche, je me lève et replonge dans l'eau. Le magazine m'ennuie trop, je préfère encore nager jusqu'à épuisement.
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L'homme me regarde avec des yeux rieurs et il m'adresse un petit clin d'œil quand je l'observe plus en détail. Ses cheveux châtains foncés sont ramenés du côté gauche de son visage, cachant la cicatrice qu'il a sous l'œil. Son nez est empâté, rougi par l'alcool et cassé par les bagarres. Enfin, ses lèvres fines, puis son long menton, garni d'une barbe mal rasée. Il porte une chemise blanche dont le col est relevé et un foulard vert bouteille autour du cou.
Le cadre est entouré de dorures et d'ornements recherchés. En bas, sous son visage, sont gravés les mots « Olivier Levasseur, dit La Buse, 1680 – 1730 ». Mon ancêtre, le fondateur de notre noble et grande famille. Un pirate, un Français, un sorcier terriblement doué en runes et en arithmancie, en témoigne la fameuse légende du cryptogramme qui donnerait l'emplacement de son trésor. Ce cryptogramme, je ne suis même pas certaine qu'il existe, en tout cas, il n'est plus en possession de ma famille depuis de nombreuses années. La devise de notre famille, « Mon trésor a qui saura le prendre », fait référence à la phrase lancée par Olivier Levasseur, alors qu'il montait sur l'échafaud.
J'avance un peu plus dans le couloir du domaine familiale et observe les autres tableaux de mes ancêtres, des hommes qui ont fondé ma famille. François Levasseur, le fils du fameux pirate, puis Cesaere Levasseur, son propre fils. On continue encore, avec Pétronille Levasseur, sa fille née en 1748, qui a épousé Léon Rosenbach. À partir d'elle, notre famille est donc devenue Rosenbach. Puis, en 1865, Hermione Rosenbach épouse William Macmillan, tandis que sa sœur décéde sans époux et sans héritier. Suivent ensuite Alastor Macmillan, né en 1889, Olivier Macmillan, né en 1915, et enfin Alexandre Macmillan, né en 1935, mon père. Le dernier tableau, celui à venir, qui n'est pas encore peint, me représentera, probablement avec mon époux.
Cela est dans longtemps, ou peut-être pas. Ce jour se rapproche de plus en plus, et bien trop vite à mes yeux. Je suis en septième année à l'école de sorcellerie de Poudlard, l'école la plus côtée d'Angleterre. Heureusement, mais parents ne font pas partis de ces fanatiques qui préfèrent envoyer leurs enfants à Durmstrang, histoire qu'ils apprennent la magie noire et les arts sombres.
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Je pousse doucement la porte de la verrière, et me retrouve entourée de rosiers uniques et colorés. Une explosion de roses, de mauves, de rouges et d'oranges, au fond de laquelle je distingue ma mère. Les parfums à la fois sucrés et capiteux de la roseraie m'enveloppent et me montent à la tête.
- Mère, dis-je en m'approchant discrètement, je vais partir.
- Arianne, ma chère, regarde cette rose. C'est un croisement sur lequel j'ai travaillé. N'est-elle pas magnifique ?
Ma mère se retourne vers moi et me transperce avec ses yeux bleus et froids, tenant un spécimen unique de rose couleur terre de sienne dans la main. Ses ongles sont parfaitement manucuré, grâce aux soins de notres elfe de maison, et on n'y aperçoit aucune trace de terre, alors qu'elle passe son temps dans la roseraie. Ma mère est toujours droite, soignée, avec une certaine classe.
- Elle l'est, mère.
- Bon, tu y vas alors ? Tâche de bien te tenir pour cette dernière année, de faire un peu moins de bêtises que les autres années et d'avoir tes ASPICS, termine-t-elle.
- Je ferais des efforts, mère, promis-je.
Ma famille est une issue d'une longue lignée de sorciers de sang-pur qui respecte les traditions. Bon, il ne faut pas croire toutes les rumeurs, je n'ai pas été élevée par des suprémascistes adeptes des « doloris » à la moindre tasse ébréchée. Nous sommes une famille de nobles distingués ! Nos relations sont polies et cordiales, mais cela s'arrête là, et nous ne passons pas notre temps à nous faire des calins et des bisous non plus.
Le soleil matinal de septembre passe à travers les nombreuses vitres de la verrières et nous entoure d'un halo presque féérique. Après avoir promis à ma mère que je serais sage et calme cette année, ce qui n'était qu'un vil mensonge, je retourne dans le manoir, retrouver mon père. Nous transplanons tous les deux jusqu'au quai 9 ¾, à la gare de King's Cross.
- N'oublie pas que c'est ta dernière année, et si tu veux toujours faire des études, il est important que tu aies un bon dossier scolaire ! Il serait donc temps d'arrêter de sècher les cours et de faire la fête, me prévient-il.
- Oui, père, admis-je.
Je crois que mes parents se sont passés le mot cette année et se sont donnés comme mission de me remettre dans le droit chemin. Je souris intérieurement et j'écoute attentivement les conseils de mon père.
- De toute façon, tu ne feras des études que si ton est mari est d'accord, ajoute-t-il.
- Mère et vous êtiez d'accord pour que je choississe mon mari, protesté-je.
- C'est toujours le cas, ma fille, me rassure-t-il. Si tu veux vraiment étudier, choisis un mari assez ouvert d'esprit pour l'accepter.
Mon père me sourit puis me dit au revoir. Je me retourne vers le quai et le Poudlard Express. Vieille locomotive rouge qui m'a accompagnée pendant déjà six années, qui a vu naître des amitiés, des histoires d'amour, des disputes et tant d'autres choses. Tout ce que l'on a la prétention de vivre, en tant qu'adolescents presque adultes, mais pas trop, au sein de Poudlard et en dehors. Toute cette vie qui commence, dont le chemin s'étend déjà sous nos pieds, et nous l'avons entamé… Je tire ma grosse malle en cuir veilli, qui appertenait autrefois à ma mère, et je monte dans le train. Je salue mon cousin Eddard Macmillan, qui rentre en deuxième année, et je continue mon chemin à la cherche d'un compartiment vide. C'est le grand départ, la dernière année, avant le grand saut dans la Vraie Vie, et je suis un peu émue, tout de même.
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Mais qu'est-ce que je fais là… Quelqu'un peut-il m'expliquer comment Alice Fraser a réussi à me convaincre de venir réviser ? Oui, réviser, et à la bibliothèque en plus. On est en octobre, ce qui veut dire que les ASPICS sont encore loin… Vraiment loin. Alors qu'est-ce que je fais là, à gâcher mon précieux temps, assise sur une chaise inconfortable, entre des rayons de livres poussiéreux ? Je déteste travailler. Je déteste la bibliothèque. Je déteste réviser. Oui, j'ai menti à mes parents. Jetez moi la première pierre si vous ne l'avez jamais fait.
Andy dessine des petits voiliers et des soleils sur son parchemin, elle n'est pas plus motivée que moi. Bien sûr, Alice, elle, est plongée dans les corrigés des ASPICS de l'année passée. Comme si elle allait rater ses examens. C'est vraiment du domaine de l'improbable. Première de la classe depuis six ans, elle aura ses examens avec facilité, je n'en doute pas. Je soupire ostensiblement, mais ma tortionnaire reste de marbre.
La seule qui lève la tête, c'est Andy. Elle me sourit discrètement et se plonge à nouveau dans ses dessins. Mais oui, continue de gribouiller des bâteaux sur ta feuille et ignores-moi. J'ai vraiment mal choisi mes meilleures amies. Bon, d'un certain côté, je ne les ai pas choisi. Nous sommes dans le même dortoir, dans la même maison, depuis la première année et nos familles se connaissent bien. Toutes les trois de sang-pur, toujours ensemble, et ce n'est pas pour déplaire à nos familles. Aucun scandale, pas de relations douteuses, quelques mauvaises notes et des heures de retenues pour moi, mais rien de bien inquiétant pour nos familles traditionnalistes.
Je regarde mes amies, me disant qu'au final, j'ai de la chance de les avoir trouvé. Semblables et différentes à la fois, nous nous complétons et nous comprennons. Andromeda ressemble à sa sœur, Bellatrix, mais elle n'en a pas le caractère. Elle a les cheveux noirs et longs, sèche souvent les cours, désteste travailler, et c'est pour cela que l'on s'entend si bien. Mais surtout, elle ne partage pas les idées de valeurs du sang de sa sœur, et être à Poufsouffle, avec nous, lui permet de l'éviter facilement. Je crois qu'elle a peur de sa petite sœur et ça peut sembler fou, mais ça se comprend, quand on voit l'énergumène.
Alice, elle, a les cheveux châtains et fins, un visage rond et elle est la première de notre classe. Elle se plonge d'autant plus dans les livres et les révisions depuis le printemps dernier, quand Frank Londubat a commencé à sortir avec Dorcas Meadow, qui est à Serdaigle. Alors, si elle ne peut pas avoir Frank, elle peut avoir des meilleures notes que Dorcas. Voilà un peu son état d'esprit actuel. Aux Gryffondors le courage et la tête haute en toute circonstances, Alice, elle, s'enferme dans ses devoirs, ses parchemins et son mépris. Elle regarde Meadow et Londubat et se sent insultée, mise à l'écart, alors qu'elle ne s'est jamais révélée à son prince charmant. La plus part du temps, elle fait comme si de rien n'était, mais Andy et moi la connaissons trop bien pour la croire. C'est la principale raison qui nous a fait accepter cette séance de révisions en avance. Plus qu'en avance, je dirais même.
Et moi ? Oh moi, Arianne Macmillan, brune, yeux bleus, vie amoureuse inexistante. Il n'y a pas grand chose de plus à dire. Ah si, je suis beaucoup trop grande et beaucoup trop maigre. J'envie tellement la poitrine généreuse d'Andy ! Je soupire une seconde fois, avant de faire semblant de lire le manuel de potions qu'Alice m'a mis sous les yeux. Tortionnaire, je disais.
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Mes dix doigts touchent la piste et je respire calmement. Les pieds dans les startings-blocks, les cheveux attachés, les muscles étirés, je suis prête. Il fait encore beau et le soleil d'octobre illumine la piste. Au signal du sifflet, je m'élance. Mes pieds foulent la piste, et j'ai la sensation de voler, de m'envoler loin des carcans, des classements, des études… Les voix d'Alice et d'Andromeda retentissent dans le stade, amplifiées par l'usage de la magie. Leurs encouragements me font chaud au cœur.
Je cours, je cours, rien ne m'arrête. Mes pieds s'envolent, survolent la piste, et quand je passe la ligne d'arrivée, je me rends compte que je suis la deuxième. Durant tout l'été, je me suis entraînée chaque jour, avec une assiduité qui m'a surprise. Mes parents m'ont regardé faire d'un œil distrait, mais aujourd'hui, je peux leur prouver à tous que j'ai eu raison de le faire. J'ai parcouru les cent mètres qui me séparaient de la ligne d'arrivée, et je l'ai fait plus rapidement que jamais.
Marlene MacKinonn, une sixième année de Gryffondor, est devant moi. Je souris, deuxième c'est pas mal, ça veut dire que je suis sélectionnée. Pryce, le coach d'athlétisme de l'école, annonce les résultats quelques secondes après la courses, alors que je suis entrain de m'étirer.
- Les sélectionnées pour l'équipe féminine d'athlétisme de Poudlard sont Marlene MacKinonn, Arianne MacMillan, Shelly Morton et Rebecca Parkinson.
Des sifflements et des huées arrivent des gradins des Serpentards. Bien sûr, il y a plus important que d'acclamer leur sélectionnée, il faut houspiller la née-moldue Shelly Morton ! Ces serpents ne nous surprendront jamais, ils restent tellement prévisibles et fidèles à eux-même. Un peu trop constants pour leur propre bien. L'épreuve de relais risque d'être folklorique s'ils sont incapables de se contenir. J'espère juste que Rebecca Parkinson est moins idiote que ses camarades. Je crois que je n'ai jamais autant rêvé de toute ma vie en pensant cela.
L'annonce terminée, nous retournons au vestiaire et j'échange ma tenue de sport pour l'uniforme de l'école.
- Félicitation, les filles, j'espère que ça se passera bien pour nous, cette année ! s'exclame Marlene MacKinonn.
Je lui souris poliement, Shelly Morton lui répond, et Rebecca Parkinson l'ignore. Ces comportements parlent beaucoup pour chacune d'entre nous. Pryce aura à faire avec nous. Pour l'épreuve du relais, nous nous devons d'être unies, et ce n'est pas si tôt que ce sera le cas.
Andromeda et Alice m'attendent dehors et je les rejoins rapidement, je n'ai aucune envie de rester dans le vestiaire avec Parkinson, et puis la Gryffondor défendra Morton si elle a des ennuis. C'est le concept de base, fuir. Andromeda, Alice et moi sommes d'accord sur ce point. Mieux vaut passer inaperçues et ignorer les conflits entre sangs-purs vantards et nés-moldus bagarreurs. C'est la clé de la liberté, le secret de notre tranquilité. Et je ne pense pas que nous soyons les seule à agir ainsi. Tous le monde ne s'appelle pas Prewett, Mackinonn ou Weasley.
- Bravo Arianne, me lance Alice, c'est super que tu sois sélectionnée, en plus ça peut te donner des points en plus pour les ASPICS.
- Merci, Alice, répondis-je en riant.
Andromeda lève les yeux au ciel et me sourit. Je n'ose pas répondre ironiquement à Alice, mais si elle pouvait arrêter de penser aux ASPICS cinq minutes, ce serait formidable. Décidemment, Alice Fraser est irrécupérable. Amoureuse éperdue d'un homme qui n'a pas l'air de s'intéresser à elle et obsédée par les examens de fin d'année, qu'il ya peu de chance qu'elle rate, vraiment, oui, elle est irrécupérable.
- Nous devons être stratégique pour les ASPICS, ajoute Alice
- Andy, sauve moi ! m'exclamé-je.
- Commence par arrêter de m'appeler Andy et peut-être que je jetterais un coup d'œil à ton cas, en encore, ce n'est pas sûr, loin de là, rétorque-t-elle.
- Mais Andy…
- Les prénoms longs, c'est très beau, et je pense que prononcer mon nom entier ne devrait pas trop te fatiguer, Arianne. Tu vois, moi, j'arrive à prononcer ton nom qui fait pourtant sept lettres, se moque-t-elle.
- Je suis sûre que tu donneras à tes enfants des vieux noms du style Callidora et Théobald, dis-je, bougonne.
- Nymphadora, pour une fille, ça pourrait être pas mal, déclare Andy, pensive. Ou Cassandra.
- Trouves toi un mari déjà, lance Alice. Ou épouse celui que tes parents ont choisi pour toi.
Nous marchons vers le château, pendant qu'Andy liste les raisons qui font qu'elle n'épousera jamais un Lestrange. A son grand désarroi, ses parents ont proposé des fiancailles entre les jumeaux Lestrange, et leurs deux filles aînées.
- En voilà une qui n'a pas tes scrupules.
Bellatrix Black appoche, accompagnée des fameux jumeaux. Lorsqu'elles sont côte à côte, leurs ressemblances sont encore plus frappantes, tout autant que leurs différences. Andy salue poliement sa petite sœur, et celle-ci lui répond sur le même ton. Ni l'une ni l'autre n'a de reproches à faire l'autre, et pourtant, j'ai comme l'impression que Bellatrix rêverait de prendre sa sœur en mauvaise posture et de devenir la première dans le cœur de ses parents. Cette fille me fait froid dans le dos, elle a un sourire carnassier, comme si elle était prête à vous dévorer.
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- We all live in our yellow submarine, yellow submarine, yellow submarine, and our friends are all on board…
Avant même de les croiser, je reconnais la voix de Ted Tonks, qui est en septième année dans ma maison et ses deux amis de Gryffondor, Allen et Weasley. Betty Allen, une Gryffondor de sixième année, a perdu son frère cet été, probablement assassiné par nos cousins, voisins ou amis d'enfance. Ni Andy, ni Alice, ni moi n'en avions entendu parler avant la publication de la Gazette du Sorcier, mais nous n'avons aucun doute sur le commanditaire. Je crois que cette fille ne s'est pas retrouvée à Gryffondor pour rien, il faut énormément de courage pour revenir à Poudlard après cela et affronter les Serpentards insultants et les autres élèves, faussement compatissants. Ces derniers temps, elle reste tout de même dans son coin, avec Weasley et Tonks. Je la comprends parfaitement.
Je salue Tonks d'un léger signe de tête. Tonks ne nous a jamais adressé la parole plus que nécessaire. Il a été mon partenaire de potions depuis les BUSES, et à part des échanges courtois et touillages de mixtures communes, nous n'avons pas été plus loin. Ce n'est pas plus mal, cela nous évite à toutes les trois d'avoir à nous justifier face à nos familles ou à nos chers camarades de Serpentards. Surtout pour Andy. Ce n'est vraiment pas simple d'avoir comme petite sœur la future favorite du harem de mages noirs que se prépare Vous-Savez-Qui. Enfin, moi, je ne sais pas, je ne le connais pas ce fameux mage noir, et s'il ne veut pas dire son nom, c'est peut-être parce qu'il n'est pas si pur que ça ! Bellatrix me tuerait si elle m'entendait, mais le penser me fait tant de bien. Avec les filles, nous évitons le plus possible d'en parler, on n'est jamais à l'abri d'une oreille mal avisée, et à Poudlard plus qu'ailleurs, les murs ont des oreilles.
Je continue ma route en direction de la Grande Salle. Une préparation psychologique étant nécessaire avant de me confronter à Alice Fraser et ses remontrances, je prends donc le temps de respirer avant de passer la porte. Je me dirige calmement vers la table des Poufousffles et je vois d'ici le sourire sadique d'Andy. Parfois, elle ressemble beaucoup trop à sa sœur.
- Où tu étais ? On avait deux heures de sortilèges et une heure de runes ce matin ! s'écrie Alice en me voyant.
- Je suis au courant Alice, mais j'étais fatiguée après l'entraînement d'athlétisme d'hier soir, me justifié-je assez inutilement.
Etre sélectionnée, ce n'est pas tout. Je m'entraîne maintenant un soir sur deux. Mais je ne regrette pas, j'ai sauté sur l'occasion dès qu'une équipe féminine s'est ouverte au sein du club sportif de l'école. Courir me fait tellement de bien.
- Mais tu ne peux pas sècher les cours comme ça, alors que les épreuves d'ASPICS sont à la fin de l'année ! me reproque Alice.
- Ne t'inquiète pas, j'aurais mes examens, et puis de toute façon, on se mariera après Poudlard alors quel intérêt d'avoir des bonnes notes.
- Ton côté révolutionnaire m'effraye parfois, commente Andy.
Je lui réponds d'un sourire avant de servir une part de tarte aux poireaux. Alice soupire et marmonne dans son coin je-ne-sais-quoi sur mon inconscience et ma bêtise.
- Vous voulez aller à cette fête d'Halloween ? finit-elle par demander, une fois ses grommellements terminés.
Comme si je n'avais que ça à faire, me mêler à la foule des fêtards stupides qui ingurgitent des litres d'alcool en pensant que cela les rendra plus spirituel ou plus beau. Comme si je n'avais que ça de me trouver un déguisement stupide de zombies, fantômes ou spectres.
- Oui ! s'exclame Andy. Alice, nous allons faire en sorte que Frank te remarque à cette soirée, il nous faut un super costume ! Tu vas lui en mettre plein la vue.
- Mais enfin, Andromeda, il sort avec Dorcas, dit alors Alice, sur le ton de la femme qui s'adresse à une gamine de trois ans.
Trois ans d'âge mentale, c'est probable. Quelle idée Andy nous sort là ! Je refuse de me rendre à cette mascarade de bal, où les conventions sociales en vigueur à Poudlard sont encore plus importantes que pendant la semaine. De plus, c'est clairement une soirée illégale, organisée par je-ne-sais quel Gryffondor déluré et Andy est préfète. Le fait qu'elle soit préfète est moins une blague quand on sait que Tonks est celui des garçons de notre année. Il est probable qu'Alice aurait fait une préfète idéale, mais nous ne le saurons jamais, Dumbledore ayant du boire trop de bièraubeurre, le jour de la nommination des préfets, lors de notre cinquième année.
- Je sais bien, mais un couple, ça se brise ! rétorque Andy.
Est-ce qu'elle vient vraiment de dire cela ou les champignons de sa soupe sont hallucinogènes ?
- Mais en quoi est-ce que je pourrais me déguiser pour qu'il me remarque ? questionne Alice.
Alice n'a l'air aussi choquée que moi par la proposition un peu folle d'Andy, et je crois que mon avis n'entre pas en compte dans cette organisation. Ainsi, j'irais à la soirée avec mes amies, sous peine de me retrouver toute seule au dortoir. Moi qui voulait vraiment essayer de rester sage cette année. Oui, je sais, c'était hilarant.
- En Helga Poufsouffle, propose Andy.
- Oui, bien sûr, rien de plus sexy qu'une cuisinière ayant de l'embonpoint, claqué-je. Puisque, visiblement, nous allons aller à cette soirée, je vais partager mes idées en dame blanche !
- Super idée ! Tout en blanc comme ça, tu seras très virginal, mariée, et Frank ne pourra que tomber sous ton charme ! s'exclame Andy.
Mon idée ayant l'air de plaire à Alice et à Andy, je retourne à mon repas et découpe minutieusement mes poireaux.
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- Je pars à l'entraînement de Quidditich, à tout à l'heure les filles !
Son balai sous le bras, Andy me fait un signe de la main avant de traverser le passage secret qui permet de sortir de la salle commune des Poufsouffles.
- Je monte me coucher, je suis fatiguée, déclare Alice.
- Bonne nuit, alors.
Andy, puis Alice qui m'abandonne également, rejoignant les bras de Morphée. Je me retrouve enfin seule, et je dois avouer que ça fait du bien. J'adore Andy et Alice, j'aime passer du temps avec elles et on se comprend, mais parfois la solitude a du bon. Accompagnée d'un bon livre pour m'évader, rien de mieux pour une bonne soirée.
- Arianne ?
Je pense qu'il doit s'agir d'une mauvaise blague. A peine plongée dans mon roman d'aventure, ravie d'être seule, voilà que Ted Tonks, mon binôme de potions, m'aborde. Il s'assoit sur le canapé en velours noir, à côté de moi.
- Où en es-tu pour le devoir sur le polynectar ? m'interroge-t-il.
- Eh bien, j'ai emprunté les Potions de Grand Pouvoir à la bilbiothèque, donc je vais recopier les ingrédients et la recette, pour commencer.
- Tu pourras me le prêter ? me demande Ted.
- Oui, si tu veux, répondis-je.
Voyant qu'il a envie de discuter, je marque ma page et pose mon livre sur l'accoudoir. Nous ne discutons que rarement, mais après tout, il n'y a personne dans la salle commune à cette heure, donc pourquoi pas.
- Tu vas aller à la soirée d'Halloween ? me questionne Ted.
- Je pense que oui, Andromeda et Alice vont y aller aussi. Vas-tu y aller, toi ? demandé-je.
- Oh oui, c'est certain. Je suis en pleine recherche pour mon déguisement, m'explique-t-il.
- Bonne chance alors !
- Tu as trouvé le tien ? m'interroge-t-il.
- Pas encore, mais j'ai le temps d'y réfléchir, dis-je.
- J'ai hâte de voir comment tu seras déguisée. Je suis content de discuter avec toi, nous ne parlons jamais, déclare-t-il.
- En cours de potions, nous parlons, dis-je en détournant le regard.
- Tu sais très bien ce que je veux dire, Arianne.
Bien sûr que je vois ce qu'il veut dire, mais comment lui expliquer que je suis issue d'une famille de sang-pur tranditionnaliste, qui peut accepter mes mauvaises notes et mes retenues, du moment que mes fréquentations restent respectables à leurs yeux ? Comment lui expliquer que ma meilleure amie est l'aînée de la famille Black, ce qui fait d'elle un très bon parti dans l'aristocratie des sangs-purs et qu'elle ne peut pas se permettre des amitiés malvenues, si elle veut pouvoir choisir son futur mari ?
D'ailleurs, Andy espère épouser un de ses amis d'enfance qui étudie à Durmstrang, ils en ont déjà parlé à leurs parents respectifs. Amis, mais non amoureux, ils pensent pouvoir ainsi supporter un mariage ensemble plutôt qu'avec des inconnus. Elle préférerait l'épouser lui plutôt qu'un des frères Lestrange, ce que je comprend.
Alors, je détourne les yeux et je ne dis rien quand Tonks se lève pour retourner dans son dortoir, sans rien dire non plus. Il est probablement vexé, mais ça fait longtemps que j'ai arrêté de m'en vouloir pour cela. La paix sociale, la tranquillité, je ne veux rien d'autre.
