Point de vue d'Arianne

Chapitre 6. Premier rencard, premier baiser, premier amour… Qui sait ?

Je touille calmement la potion que nous avons préparé avec Ted. Il n'a pas essayé de me poser milles questions et d'obtenir milles réponses, cette fois-ci. Je suis plus tranquille ainsi. Je dois tout laisser tomber. Enfin, je crois. La clé d'un mariage arrangé, c'est de ne jamais tomber amoureuse, que ce soit de son mari ou d'un autre. C'est ce que ma grand-mère m'avait confié le jour de mes treize ans. Charmant, n'est-ce pas ?

- Bien, le cours est terminé, apportez-moi vos fioles.

Ted remplit consciensieusement une petite fiole en verre de notre liquide bleuté, et l'apporte à Slughorn. Ce qui me fait penser qu'il y a bientôt une soirée du club de Slugh. Je n'ai absolument pas envie d'y aller, si c'est pour me coltiner les Lestrange, Bellatrix, Chloé Joplin et toute la clique des étudiants parfaits, bien nés, complaisants et faussement distingués. Distingués, mes fesses ouais. A peine la soirée terminée, ils se dépêchent, il courrent jusqu'à la salle sur demande, et finissent de prendre la cuite qu'ils ont bien entamés pendant le repas. Les Serpentards ont au moins le mérite de ne pas agir de cette façon. J'imagine Bellatrix Black alcoolisée, et je rigole toute seule.

- Tu pensais à quoi ? me demande Ted.

- Quoi ?

- Tu rigolais toute seule ! dit-il.

Je me retourne pour vérifier que personne ne nous regarde ou nous écoute, et je chuchote.

- Je pensais à la princesse des serpents complétements bourrés, chuchoté-je.

Il me regarde sans comprendre. Avec Andy et Alice, on parle souvent des gens que l'on connaît en code. Surtout des sangs-purs de Serpentard. C'est plus prudent. Ted finit par saisir le sens de ma phrase et s'esclaffe.

- Au fait, ça te dirait de visiter les cuisines ce soir ? C'est à côté de la salle commune, me propose-t-il.

Pardon ? Il vient de me proposer un rendez-vous ou je rêve ? J'ai des fourmillements dans les mains et j'ai chaud aux joues. Ne me dites pas que je rougis, ce serait vraiment honteux et déplacé. C'est déjà inconvenant qu'il m'invite comme ça. Mais en même temps, est-ce que je m'en préoccupe ? Pourquoi est-ce que je lui ai dit qu'il pouvait continuer de me parler… Oh et puis, un tour aux cuisines, ça ne m'engage à rien, je sèche bien les cours parfois…

- D'accord.

Ted sourit, visiblement content de lui. Et moi, je suis perturbée, tracassée, angoissée, tout, sauf contente de moi.

xxx

Le reste de la journée passe un peu dans le brouillard, je suis légèrement – non, énormément anxieuse – à l'idée du rendez-vous de ce soir. Je ne sais pas pourquoi j'ai accepté, c'est une idée débile. Je dois vraiment avec un problème pour faire un truc aussi risqué. Je n'ose même pas en parler aux filles, je ne saurais pas comment leur dire. Alice me dira que c'est trop dangereux et Andy haussera les épaules. Oui, c'est audacieux, hasardeux, comme vous voulez, je le sais, j'en suis consciente. Mais, je n'arrive pas à me dire que je ne vais pas y aller. J'ai ma conscience d'un côté, et mon envie de l'autre. Je me sens tellement tiraillée.

- Mademoiselle Macmilla, concentrez-vous, me reprend le professeur Flitwick alors que je viens de mettre feu à mon parchemin par inadvertance.

Sans un mot, il éteint mes dégats d'un geste de sa baguette, il est très adepte des sortilèges informulés.

- Tu as l'air pensive, cet après-midi, remarque Alice, alors que nous sortons de la salle de sortilèges, tout va bien ?

- Oui, oui, répondis, je ne sais pas où j'avais la tête.

Et ce n'est, en quelque sorte, même pas un mensonge. Je ne sais vraiment pas où j'ai la tête.

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Alice et Andy dorment à poings fermés, et n'esquissent aucun mouvement quand je me lève et quitte la chambre en catimini. Je ne sais même pas pourquoi je ne leur ai rien dit. Je ne me sentais pas capable d'affronter toutes les questions qui seraient forcément venues sur le tapis. Je suis consciente du danger, enfin je crois. Mais je reste prudente. Et puis, on ne sort pas ensemble. Je vais aux cuisines avec mon partenaire de potion, c'est tout. En pleine nuit. Et il me plaît.

Je suis vraiment dans la…

- Désolée, j'ai du attendre que les filles s'endorment, dis-je en le rejoignant.

- Allons-y, répond-t-il en hochant la tête.

Nous sortons de la salle commune des Poufsouffles, et après quelques pas, il s'arrête devant un tableau représentant une coupe de fruit. Il gratte un peu la grosse poire juteuse du tableau, qui se transforme en poignée de porte. Et nous voilà dans les cuisines, l'antre des elfes de maison de Poudlard, là où tous nos plats sont préparés.

Ted me montre une petite table dans un coin, et je m'assois.

- Bonjour Monsieur Ted, que voulez-vous ?

- Deux bièraubeurres et deux morceaux de gâteaux, dit-il.

Je suis un peu embêtée qu'il ne me demande pas mon avis, mais en même temps, je trouve cela mignon qu'il prenne les devants.

- Tu as l'air d'être connu ici !

- Je viens souvent, m'apprend-t-il, avec Arthur et Betty.

A cette phrase, je me rend compte que j'ai un rencard avec un mec que je connais depuis six ans, du moins de vue, mais je ne connais rien de sa vie, de ses amis, et lui, encore moins de la mienne. L'elfe de maison nous apporte deux bouteilles de bièraubeurre et un gros gâteau au citron. Ted en coupe une part, et me la sert, avant de s'en couper une à lui aussi.

Je ne bois jamais de bièraubeurre, et j'hésite face à la bouteille. Quelle est la conduite à tenir ? Demander un jus de citrouille aux elfes de maison ou boire, directement au goulot, comme le fait Ted ? Je demande tout de même un verre à l'elfe de maison, qui me le sert avec une courbette. Je verse une petite dose du liquide dans le verre et goûte. Bon, c'est pas mauvais. Je remplis la moitié du verre.

Cachée dans les cuisines, je me sens à l'abri. Personne ne peut nous voir ou nous espionner. Il n'y a aucun risque que mes parents l'apprennent. Du moins, je l'espère. Et puis, Ted me raconte des blagues, des anecdotes de la salle commune des Gryffondors, dans laquelle il est déjà allé.

- Et du coup, il s'est prit les pieds dans le tapis et s'est étalé par terre.

Je rigole bêtement à l'histoire que me raconte Ted, sur une des fois où Weasley à voulu se révéler à Prewett. Oui, car apparemment il est assez mordu, et ça devient grave. Mais, il n'arrive jamais à lui faire comprendre ses sentiments.

- Et toi, alors tu n'as pas d'anecdotes à raconter ? me demande-t-il.

- Moins que toi, dis-je en souriant.

Il se penche vers moi, il s'approche, ses lèvres me sourient et…

- Non, Ted.

Je le repousse doucement mais fermement. J'ai peut-être accepté un rencard avec lui, enfin un rencard qui n'en était pas un au début, mais je ne suis pas prête à ça. Je n'ai encore embrassé personne… Et si je me trompais ? C'est important, les premières fois.

- Je ne te plaît pas ? Ou mon sang n'est pas assez pur ? me demande-t-il, soudain amer.

- Arrête avec ça, je ne serais pas là, aujourd'hui, si je pensais comme ça. Mais on ne se connaît pas assez et…

- On se connaît depuis qu'on a onze ans ! proteste-t-il.

- Mais on se découvre seulement maintenant, rétorqué-je. Je ne me sens pas prête.

- Bon, très bien.

Nous retournons à la salle commune, en silence. Je sais que je l'ai blessé, mais je ne veux pas me forcer. Je refuse d'aller trop loin et je refuse que l'on m'oblige à faire quelque chose que je n'ai pas décidé. Oui, c'est très paradoxale pour une fille qui risque de finir avec un mariage arrangé, mais cela me semble différent. J'ai accepté cette potentialité et j'essaye de la négocier du mieux que je peux. Avec Ted, je décide, je fais mes propres choix. Si j'ai une aventure avant mon mariage, ce sera uniquement parce que je l'aurais décidé et quand je l'aurais décidé. Pour le moment, je ne suis pas prête à l'embrasser, bien que je sois très tentée…

xxx

- Pas étonnant que tu sois en retard, tu étais où cette nuit ? me lance directement Andy, quand je me glisse à côté d'elle, en cours de sortilèges.

- Bonne question, inspecteur, dit alors Alice, en se retournant.

Pour la discrétion, on repassera. J'ai encore dans la gorge le goût d'un baiser avorté, que je ne sais pas si je déteste ou si je regrette, et je ne suis pas prête à en parler aux filles. Je me voile la face, d'un certain côté, en refusant de leur dire, mais il n'y a pas de règles de l'amitié qui m'oblige à leur parler, non ?

- Je n'arrivais pas à dormir, je suis allée lire dans la salle commune.

- Ah oui, tu lisais quoi ? me questionne Alice.

- Tu es quoi, là, Alice, une détective privée super classe qui espionne ses copines alors qu'elles ont juste une insomnie ? claqué-je un peu sèchement.

Alice me regarde froidement. Je crois que je l'ai vexé, mais tant pis. J'ai quand même le droit d'avoir des secrets ! C'est parfois si difficile d'avoir des relations avec Alice et Andy, on se connaît depuis si longtemps. Notre amitié existe parce qu'il ne pouvait pas en être autrement. Est-ce que ces filles me correspondent vraiment ? Sommes-nous amies parce que nos familles le veulent ? Non, je vais trop loin, je remets tout en cause, mais je les adore, c'est certain.

- Déjà sécher les cours c'était immature, mais découcher, encore plus, lance Alice.

- Ah oui, parce que baver sur le même mec depuis trois ans sans oser l'aborder, c'est pas immature peut-être ? rétorqué-je.

Le professeur Flitwick nous fait signe de nous taire, mais ça ne nous arrête pas.

- C'est petit, ça, Arianne, murmure Andy.

- Tu veux jouer à ce jeu là, Madame je n'aime personne, je préfère passer ma vie seule entourée de chats ! riposte Alice.

Une fille de Serdaigle se retourne et nous lance un regard mauvais, nous intimant au silence, tandis que le professeur de sortilèges continue son cours, avec un œil sur nous.

- Je n'ai jamais dit que je voulais des chats, grogné-je. Et ne pas vouloir se marier n'est pas un crime !

- Tout dépend du mari, se moque Andy.

Cette fois, le directeur des Serdaigles s'arrête de parler et nous fixe jusqu'à ce que nous baissions les yeux en silence.

- Vous me prenez la tête, sérieusement, terminé-je avant de me taire pour de bon.

Je reste silencieuse jusqu'à la fin du cours de sortilèges. Ted Tonks me rendra folle. Voilà qu'à cause de lui je m'engueule avec mes meilleures amies depuis que j'ai onze ans. Elles, je les connais vraiment depuis des années, pas comme lui.

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Je marche d'un pas rapide, énervée d'être en retard et énervée à cause de l'altercation de ce matin. Heureusement que l'entraînement me calmera. En chemin, je croise Ted, Arthur Weasley et Betty Allen qui chantonne une musique moldue. Il me regarde étrangement. Oh non, il est en colère lui aussi ! Ce n'est pas possible, tout le monde à décidé de me pourrir ma journée ?

Je sors dans le parc, affrontant la neige qui tombe depuis le début de la semaine. Le froid s'est bien installé sur Poudlard, pourtant le solstice d'hiver n'est pas encore passé. Vivement les vacances, ça c'est une idée plus réjouissante que des engueulades ou un baiser esquivé. Le vestiaire est déjà ouvert, et Parkinson se change. Elle me salue poliement quand j'entre, et je lui rend la pareille. Voilà, la tranquilité à l'état pur. Le self-control. Très bien.

Shelly Morton entre en sifflotant, contente d'elle pour une raison qui m'est inconnu. La Serpentard de service lui lance un regard mauvais. D'une originalité à toute épreuve. Je soupire en m'asseayant sur le banc. J'échange rapidement mon uniforme jaune et noire de Poufsouffle contre un jogging violet, un tee-shirt gris et un gilet noir. Je me lance un sort de chauffage et sort faire mes échauffements sur la piste.

- 1, 2, 3, partez.

Je cours la première, le témoin à la main. Je regarde seulement devant moi, plus rien d'autre ne m'importe. Mes pieds frappent la piste et s'élancent dans les airs en rythme, sans que je les contrôle. Je m'approche de Morton et elle démarre quand elle m'aperçoit. Je me cale sur son rythme, puis, arrivant à sa hauteur, je lui passe le témoin.

Je cours encore quelques mètres, puis je me calme et reprend mon souffle. Shelly Morton court rapidement, elle trace sur la piste, rejoignant la position de Rebecca Parkinson. Elle arrive à sa hauteur, Parkinson se met à courir, et Morton lui tend le témoin. La Serpentard semble l'éfleurer à peine, et…

- Tu l'as fait tomber ! s'écrie Parkinson.

- Non, c'est toi qui l'a fait tomber !

- On se calme les filles, qu'est-ce qui s'est passé ? questionne Pryce.

Ni Morton, ni Parkinson n'écoutent le professeur de sport.

- Tu as refusé de me toucher la main pour attraper le témoin ! Tout ça parce que mon sang est sensé être moins pur que le tien !

- Nous sommes une équipe, s'exclame Marlène McKinonn, tu dois attraper le témoin !

- Est-ce que c'est vrai, Parkinson ? demande Pryce.

Sans surprise, cette petite peste ignore le professeur et la situation s'envenime. Ce n'est qu'une journée banale à Poudlard en quelque sorte. Sauf que je me suis engueulée avec les filles et, ça, ce n'est pas habituel.

Morton et McKinonn retournent au vestiaire, énervées, et l'entraînement semble s'arrêter de lui-même. Moi qui avait envie de courir aujourd'hui !

- Heureusement que tu n'es pas comme elles, toi, Arianne, dit alors Parkinson.

Je ne l'écoute pas et m'élance sur la piste, sans lui répondre, et je cours, je cours, je me lance et j'oublie tout.

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Deux jours. Ce soir, ça fera deux jours qu'on se fait la gueule. Des paroles polis, des parchemins prêtés et des horaires de salle de bain respectées. A part ça, il n'y a rien entre nous trois. Alice et Andy se parlent, mais je n'ai pas l'impression qu'elles se parlent plus entre elles qu'à moi. Le midi, je mange aux cuisines. Au moins, c'est utile que Ted m'ait montré les lieux la veille de notre dispute.

Aujourd'hui, je sais que les filles sont à la biliothèque. C'est notre heure de révision hebdomadaire, et je vais aller les rejoindre. Je ne sais pas si je vais leur dire, je ne sais pas si j'ai quelque chose à raconter d'ailleurs. Mais je n'en peux plus de ce froid qui s'est installé entre nous.

Je passe la porte de la bilbiothèque et retire mon écharpe et mes gants. La bilbiothèque est toujours surchauffée. Je jette un coup d'œil circulaire, et je ne vois pas les filles. Perplexe, je traverse le couloir principal de la biliothèque et rejoint la salle de travail. Bingo ! Andy et Alice sont assises autour d'une table ronde, au fond à droite de la pièce. Il n'y a pas foule et le silence est agréable. Elles semblent réviser, chacune dans son coin.

Je m'approche d'un pas conquérant de la table. Avant de m'installer à côté d'elles, j'inspire un grand bol d'air, puis je me laisse tomber sur une chaise. Je sors de mon sac de cours un grimoire de métamorphose et commence à le feuilleter distraitement. Je ne vais quand même pas réviser sérieusement, il y a des limites à mes efforts de réconcilitation. Qui ne sont pas très fructueux d'ailleurs, car Andy a peine bougé et Alice m'a jetté un regard sombre avant de se replonger dans sa dissertation.

- C'est bien de faire un effort, dit Alice, mais ce n'est pas parce que tu fais semblant de réviser que je vais te pardonner de nous cacher la vérité.

Elle range son parchemin, ferme sa pochette d'un geste sec et se lève fièrement.

- Attention, Alice, lance une voix masculine.

Je me retourne, en même temps qu'Andy. Alice, qui ne regardait pas où elle allait, vient de percuter Frank Londubat. The Frank Londubat qui hante ses rêves, des plus romantiques aux plus torrides, depuis des années. Bref, c'est la honte intersidérale.

- Par… Pardon, j'étais discrète. Euh, distraite.

- Ce n'est rien, mais fais plus attention, la prochaine fois qu'on se croisera, lui lance Frank en souriant.

Elle va fondre, c'est obligé, elle va se liquéfier.

- Bien sûr, réussit-elle à articuler.

J'entends un rire étouffé à ma gauche, je me tourne et croise le regard d'Andy. Elle me regarde aussi et après un moment de flottement, nous explosons de rire toutes les deux.

Frank s'éloigne, rejoingnant Dorcas et ses amis. Gênée et en colère, Alice sort de la bilbiothèque, la tête baissée.

- Elle y a vraiment cru…

- De quoi tu parles ? demandé-je naturellement à Andy, en espérant qu'elle soit d'accord pour enterrer la hache de guerre.

Andy repose sa plume et son parchemin.

- Pour le bal, me répond-t-elle. Elle a vraiment cru que Frank la remarquerait. Elle lit trop de romans d'amour, et elle a dut se monter une histoire pas possible dans sa tête…

- Oui… murmuré-je sans trop savoir quoi répondre d'autre.

- C'est à cause nous, alors je ne sais pas, il faut qu'on fasse quelque chose !

- Qu'on l'aide à séduire Frank ? proposé-je.

Andy hoche la tête, silencieusement.

- Oui, admet Andy, je suis d'accord, on va l'aider !

- Super !

Je parle un peu fort et les quelques occupants de la salle de travail se retournent vers nous. Andy me sourit, avant de rire franchement. Deux jours, et ça m'avait tellement manqué.

Je m'en veux de ne pas oser leur raconter le baiser manqué de Ted, ma honte et mes questions. Je ne suis pas ce genre de fille.

Mais quel genre de fille je suis ?