Bonjour à tous, nouveau chapitre du point de vue d'Arianne, on entre un peu plus dans le vif du sujet !
Chapitre 8. Le vie d'une super-héroïne… ou pas.
Je n'y crois pas. Elle me fait encore la tête. A-t-elle cru que nous étions encore dans la classe élémentaire de Madame Bernisson ? Peut-être faut-il que je vous explique. Les sorcies de sang-pur ne scolarisent évidemment pas leurs enfants dans les écoles moldus avant qu'ils entrent à Poudlard. Certaines familles s'en occupent elle-même, d'autres engagent un précepteur ou demandent à leurs elfes de maison. Et enfin, certains famille, comme la mienne et celle d'Alice, confient l'éducation de leurs enfants à un précepteur de groupe, l'équvalent d'une institutrice. Madame Bernisson accueillait cinq enfants chez elle, dont Alice et moi donc, et nous enseignait à lire, écrire, compter, et les bases de l'histoire de l'Angleterre magique et des familles de sang-pur, mais aussi des bases en potions, astronomie ou arithmancie.
Tout cela pour dire qu'Alice Fraser est beaucoup plus rancunière que je ne le pensais. J'imaginais pourtant bien la connaître, depuis le temps. Il faut croire que non. En fait, j'aurais du m'en douter. A une époque, elle était amie avec Dorcas Meadow. Et puis, chacun sait ce qui est arrivé, Dorcas est tombée dans les bras de Frank Londubat.
Depuis, Alice la déteste d'une haine si farouche, que je me demande même si elle n'a pas des envies de meurtre. Dorcas était blessée au début, et puis, elle s'est faite à l'idée et nous ignore toutes les trois. Comme si nous n'étions pas déjà assez isolées. Alice est parfois si imprévisible. Et sérieusement pas facile à vivre.
Je soupire en m'enfonçant un peu plus dans le canapé de la salle commune des Poufsouffles. Andy avait une ronde à faire, la joie d'être préfète, et du coup, je me retrouve toute seule. Enfin, toute seule, c'est un grand mot. Ted Tonks me fixe depuis vingt minutes, et ce n'est sûrement pas moi qui ferait le premier pas. Je fais semblant de me plonger dans un magazine, le regardant du coin de l'œil. Pathétique, n'est-ce pas ?
Voilà, il se décide à venir vers moi. Je m'en doutais. Quand je dis ça, on pourrait penser que j'ai un ego surdimensionné, mais je vous rassure, ce n'est pas le cas. Avec la sortie à Pré-au-lard, les vacances qui arrivent, et le souvenir du baiser manqué, j'étais quasiment persuadée qu'il trouverait une raison de réessayer. Et je ne suis pas sure de l'arrêter la seconde fois… Ted s'approche et se plante devant moi.
- Salut, ma belle, ça te dirait qu'on aille à Pré-au-lard ensemble, le week end prochain ?
Il me lance un regard charmeur, et j'aurais presque envie de fondre, si sa phrase de dragueur des bas étages n'était pas aussi ridicule.
- Je ne t'ai jamais autorisé à me donner du « ma belle », Ted, dis-je froidement.
Il s'assoit à côté de moi sur le canapé, et sourit à ma remarque. Je pose mon magazine et prend un coussin dans mes bras. Ridicule façon se sentir protégée, je me sens tellement mise à nue face à lui.
- Oh pardon, Arianne, je ne voulais pas te vexer.
- Essayes encore, et nous verrons, je propose.
- Chère Arianne, accepterais-tu de m'accompagner à Pré-au-lard le week end prochain ? me demande-t-il.
- C'est mieux.
Je marque un silence, avant de continuer.
- Si j'accepte, que se passera-t-il ? Tu essayeras encore de m'embrasser ?
- Je ne sais pas, tu le voudrais ? me demande Ted.
- Je ne sais pas.
Et c'est la plus stricte vérité, je n'ai aucune idée de la façon dont je veux que cette histoire continue, ou se termine. Je crois que j'aimerais bien embrasser un garçon, au moins un, avant d'être forcé de me marier à un inconnu. Enfin, dans la haute société sorcière, personne n'est vraiment inconnu, mais un mariage arrangé ne crée pas l'amour et l'entente entre deux personnes. Est-ce que j'ai envie de profiter avant cette fameuse union que je redoute tant ? Est-ce que j'aurais la force de refuser de me marier ?
Mais actuellement, la question n'est pas celle-là.
- Si j'accepte, il faudra être très discret. Je ne veux pas d'ennuis avec les Serpentards ou avec ma famille !
- Je connais un bar un peu à l'extérieur du centre où personne ne viendra nous chercher, explique-t-il.
- Ce n'est pas un mauvais plan ?
- Non, je te jure Arianne, me promet Ted.
Je le fixe, comme si j'allais réussir à comprendre ses pensées en regardant attentivement ses yeux. A quoi joue-t-il avec moi ? Lui qui semble si hargneux envers les sorciers de mon rang, de mon sang. Est-il réellement sincère ? Mon instinct me ferait penser que non, je ne peux pas lui faire confiance. Mais c'est ce même instinct de survie, de conservation, de tranquilité, qui m'a accompagné pendant toutes ces années, et qui a fait de moi la Arianne célabataire et renfermée, préférant rester seule que se marier, ayant peur des relations.
Au fond, ne suis-je pas comme toutes les filles ? N'ai-je pas envie de cœurs qui battent à l'unisson ? De baisers intenses et chauds ?
- Acceptes-tu ? insiste Ted.
La question de Ted me ramène brutalement à la réalité. Je me tourne vers lui et le détaille lentement. Il est beau, non pas de cette beauté racée et noble des sorciers de sangs-purs, mais d'une beauté imprévisible et non intentionnelle, avec son sourire, ses cheveux bruns en bataille…En fait, je suis juste entrain de me rendre compte que je trouve beau depuis déjà longtemps…
- Es-tu vraiment sérieux ?
- Quoi ? demande-t-il, surpris.
- Quand tu m'invites, quand tu essayes de m'embrasser, es-tu vraiment sérieux ?
Il semble réfléchir à la réponse appropriée, bouge sur son siège, repliant ses jambes sur le côté.
- Oui, je le suis. Tu me plais vraiment. J'ai passé tant de temps à te haïr, toi et tes copines, alors que je n'aspirais qu'à vous connaître. Avoir moins de rancœur me fait du bien et me libère. Je suis sérieux, tu me plais, conclue-t-il.
Je hoche la tête, ne sachant pas quoi répondre.
- D'accord, je veux bien y aller avec toi !
- Super ! s'exclame-t-il.
Il semble sincèrement content et je ne peux pas m'empêcher de lui sourire. Après quelques minutes où nous discutons de l'organisation, il part rejoindre Weasley. Il va vraiment falloir que j'en parle aux filles. Enfin, vu ce qu'il reste de notre amitié... Pour le moment, je vais aller à la bibliothèque, et si je peux croiser Alice, j'essayerais de lui proposer un calumet de la paix. Ou plutôt des révisions de la paix. Je sors de la salle commune perdue dans mes pensées et part en direction de la biliothèque.
- Impedimenta !
La voix de Bellatrix, la sœur d'Andromeda, m'interpelle alors que je monte les escaliers. La question, avec elle, ne sera jamais pourquoi elle attaque quelqu'un, mais qui attaque-t-elle ? Je presse le pas et, quand j'arrive sur le palier, j'aperçois Bellatrix et Rebecca qui se battent avec une autre fille.
En me décalant discrètement, je reconnais Betty Allen, l'amie de Ted. Elle est à terre, avec du sang sur le visage. Bellatrix semble enragée et s'acharne sur la sixième année. Mais qu'est-ce qu'elle a fait… La Gryffondor n'arrive même plus à se défendre, et essaye juste de protéger sa tête avec ses bras. Les Serpentards ne m'ont pas vu, mais je vois le sourire vicieux de Bellatrix comme si elle me regardait. Elle me file des frissons dans le dos, mais là, avec Allen en sang, allongé sur les pierres froides du couloir, je me sens coupable de ne faire que regarder. Alors, et pour la première fois depuis six ans, je décide de tenir tête à Bellatrix Black et à sa clique. J'ai beau être une sorcière de sang-pur et les connaître depuis l'enfance, je n'en suis pas moins différente d'elles. Après tout, je viens d'accepter un deuxième rendez-vous avec Ted, je ne suis plus à ça prêt.
- Incarcerem ! Stupéfix ! Locomotor Mortis ! je crie.
Les deux Serpentards tombent à terre, et le regard sombre et maléfique de la cadette des Black me transperce le dos, quand j'attrape Betty Allen. Tant pis pour toi, Bellatrix Black, je n'ai pas peur de toi. Je n'ai presque pas peur de toi.
Allen est inconsciente et je la porte jusqu'à l'infirmerie, pliant un peu le dos sous son poids. Il faut dire qu'elle doit bien peser cinq ou six kilos de plus que moi. Je n'avais jamais remarqué avant aujourd'hui. J'ouvre la porte de l'infirmerie d'un coup de pied.
- Madame Pomfresh, Betty Allen a été agressé ! je m'écrie.
- Oh par Merlin ! Posez-là sur ce lit, dit-elle en me désignant un matelas à ma droite.
Je laisse doucement tomber Allen sur le lit, avant de me retourner vers l'infirmière qui s'active. Elle prépare une potion de cicatrisation, un anti-douleur et des pansements. Allen est toujours inconsciente, j'entends sa respiration saccadée. À la vue de son nez, je pense qu'il doit être cassé, ce qui explique ses difficultés à respirer. Madame Pomfresh lui nettoie le visage et applique la potion cicatrisante, une pâte épaisse d'un bleu fluo. Dans d'autres circonsatances, la vue de son visage avec ces couleurs me ferait rire.
Je sors dans le couloir et j'aperçois Shelly Morton, ma camarade d'athlétisme, et l'appelle.
- Tu peux aller chercher Tonks et Weasley ? Betty Allen est à l'infirmerie, je reste avec elle.
Morton grommelle, mais va tout de même chercher les amis de l'éclopée. Je retourne dans l'infirmerie et m'assoit à son chevet. Je ne sais même pas vraiment pourquoi je reste à côté d'elle alors que je ne la connais pas plus que ça. Si j'en crois les rumeurs, son frère a été assassiné cet été. Et voilà qu'elle se fait agresser par les filles de Serpentard. Je n'aurais jamais imaginé la vie d'un né moldu de cette façon, ou peut-être que si, mais je n'osais pas me l'avouer… Ce ne doit pas être la première fois que Bellatrix et Rebecca s'en prennent à elle. Cela me fait repenser à l'état dans lequel j'ai abandonné les deux filles. Andy va sûrement m'en vouloir… Mais elle comprendra que je n'avais pas le choix. Qu'aurait fait Bellatrix si personne ne l'avait arrêté ? Je n'ai même pas envie d'y penser. Elle n'aurait quand même pas lancé un Doloris en plein cœur de Poudlard ! Rien n'est moins sûr avec elle.
Je ne sais pas pourquoi mais je me sens responsable de ce qui lui arrive. Comme si le fait de rester discrète, d'être tout ce que l'on attend de moi en surface, en pensant l'exact inverse de ce que je dis en vérité, faisait de moi une coupable. Oui, une coupable, parce que je ne me révolte pas, je sacrifie mes opinions à ma tranquillité. Le Choixpeau ne s'est pas trompé en m'envoyant à Poufsouffle et les rumeurs doivent être vraies, je suis lâche. Tous les sorciers de sangs-purs qui, comme moi, ne protestent pas face aux actions extrémistes, sont quelque part coupables des malheurs qui arrivent aux sorciers nés-moldus.
- Betty !
Arthur Weasley entre en trombe dans l'infirmerie, manquant de renverser un chariot plein de fioles et bouteilles de potions. Madame Pomfresh, elle, manque de s'évanouir, surtout quand la suite de la clique débarque. Ted Tonks, suivi des jumeaux Prewett, de leur sœur et d'un grand gars à la peau noir dont j'ai oublié le nom.
- On se calme, s'il vous plaît, Mademoiselle Allen est toujours inconsciente, déclare l'infirmière.
Ted se tourne vers moi et me regarde comme s'il me voyait pour la première fois.
- Merci de l'avoir sauvé, murmure-t-il.
Je lui souris, ne sachant pas quoi répondre. Même si ça n'avait pas été son amie, je l'aurais fait. Il fallait que je le fasse, que j'aille au-delà de moi-même, que j'assume mes convictions. J'ai pris un risque énorme, et je ne suis pas encore prête à prendre plus, j'espère que Ted le comprendra. J'ai déjà peur des retombées de cette bagarre entre élèves, qui est, au final, bien plus qu'une simple altercation.
- Oui, merci, vraiment, c'est super que tu aies été là, ajoute le garçon à la peau noir. Je suis Kingsley Shackelbolt, mais tu peux m'appeler King.
Il me tend la main pompeusement, et les jumeaux explosent de rire à le voir si sérieux. Je lui rend sa poignée de main.
- C'est normal. J'espère qu'elle se remettra vite, dis-je alors.
Je quitte l'infirmerie avec un dernier sourire pour Ted.
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- Mais tu es folle, Bella va nous assassiner ! s'écrie Andy.
- Mais je n'avais pas le choix ! Qu'est-ce que tu voulais que je fasse ? Que je passe mon chemin ?
- Tu aurais pu, marmonne Andy.
- Tu sais très bien que tu aurais réagi aussi, à sa place, dit alors Alice.
Mon action héroïque – selon ses propres mots - a poussé Alice à m'adresser à nouveau la parole. Dire que j'étais effrayée à l'idée des retombées de mon intervention, elles ne sont, pour le moment, que positives.
- Je n'aurais pas stupefixé ma sœur ! lance Andy, sur les nerfs.
- Ecoute, je suis désolée, j'espère que Bellatrix ne t'en voudra pas de ce que j'ai fait, mais il fallait que je le fasse. Allen était en sang, par terre, ce n'était pas juste que de partir sans agir, dis-je sans reprendre mon souffle.
Andy ne me répond pas, et se sert violemment une cuillière de purée aux marrons. Dans mon dos, je peux sentir les regards perçants des Serpentards me trancher en morceaux. Pour le moment, j'ai évité toute confrontation, et je ne sais pas ce qui se passera quand Bellatrix décidera de se venger. J'essaye de ne pas y penser. Allen est toujours à l'infirmerie, mais elle a repris connaissance. Contrairement aux verts et argents, les Gryffondors me saluent tous et me remercient. Solidarité gryfondorienne, il faut croire.
- Oui, au fond tu as raison, finit par lâcher Andy.
Victoire !
- Ah bah enfin, tu l'admets, s'exclame Alice. Il était temps. Bon, et toi, tu vas admettre la raison pour laquelle tu avais disparu du dortoir, l'autre soir ?
Mais elle n'abandonne jamais ? Quand je vois sa tenacité avec Frank Londubat, je ne devrais pas m'étonner qu'elle soit aussi têtue quand il s'agit de découvrir mes secrets.
- Oui, tu peux nous le dire Ariannne, je ne vois pas pourquoi tu as peur de nous parler, ironise Andy.
- Ted Tonks.
Voilà, je l'ai lâché.
- Quoi ? s'exclame Andy.
- Il m'avait invité ce soir-là, et je vais à Pré-au-lard avec lui samedi.
- Hiii, c'est super ! s'écrie Alice. Vous sortez ensemble ?
- Non… je marmonne.
Regard noir de la part d'Alice Fraser. Ce n'est même pas un mensonge en plus ! Si elle décide de devenir Auror, elle sera terrible pour faire avouer les criminels.
- Pas encore…
- C'est trop bien ! Je suis contente pour toi ! se réjouit Alice.
- Arianne, c'est imprudent, lâche Andy, la voix froide.
Je me retourne vers elle, pas vraiment étonnée de sa réaction, surtout après le discours qu'elle vient de faire sur sa sœur et mon inconscience. Elle a l'air déçu, ou je ne sais pas… Je ne saurais pas dire, mais ça n'augure rien de bon. Qu'est-ce que j'ai encore fait ?
- Je serais prudente, il connaît un bar à l'extérieur du centre où il n'y a jamais personne. On ira chacun de notre côté.
- Si tu le dis, répond Andy en haussant les épaules.
Alice continue de me féliciter et de faire des plans sur la comète, mais l'attitude d'Andy me perturbe. Pourquoi réagit-elle ainsi ?
Mais en fait, il y a autre chose qui me perturbe, je n'ai jamais eu de vrai rencard du style sortie à Pré-au-lard et aller boire un coup dans un bar…
