Réponses aux reviews :

Emylou : Alors tout d'abord merci pour la review ! Et tu as bien deviné, évidemment ils vont se revoir (et ça va faire des étincelles) mais il faudra être patiente ^^ Je vais developper leur relation assez longtemps mais t'inquiète ;)

Bonne lecture à tous !


Chapitre 2 : Réveil

Deux semaines plus tard, Eren n'avait toujours pas quitté son appartement. Il quittait son lit uniquement quand il devait aller aux toilettes et pour manger quand il sentait qu'il ne pouvait vraiment plus attendre. Bref, pour ses besoins vitaux.

Il était rentré dans une de ses "phases" comme Mikasa les appelaient. Eren pouvait parler mais était totalement incapable d'avoir une conversation. Il ne se rappelait jamais bien de ces périodes. Il était comme un somnambule, ou plutôt une coquille vide.

Sachant qu'il n'y avait rien d'autre à faire et bien que cela lui brisait le cœur, Mikasa attendait. Elle attendait que ça passe, qu'on lui rende son petit frère.

Elle avait pris soin de lui. Elle l'avait aidé à se laver au bout d'une semaine parce que lui n'y pensait pas.

Elle avait rempli le frigo de plats préparés et les placards de nouilles instantanées pour donner accès à son frère à de la nourriture rapide, sachant que sinon il n'allait tout simplement rien manger. Elle lui préparait des repas chaque soir et les laissait sur sa table de nuit. Et chaque matin elle les retrouvait intacts.

Elle le laissait tranquille mais gardait toujours un œil ouvert. Elle ne dormait très peu et guettait le moindre bruit venant de sa chambre.

Elle avait aussi raté son rendez-vous avec son copain. Elle lui avait menti en lui disant qu'elle ne se sentait pas bien car son frère passait avant tout. Avant elle.

Cela avait commencé il y a plus de deux ans, peu après le décès de leur mère. Depuis, Eren avait eu de temps en temps des périodes où il allait moins bien que les autres mais aucune d'entre elles n'avait duré aussi longtemps ou ne l'avait laissé dans un tel état.

Mikasa appela Armin au bout de la deuxième semaine.

"Salut ! Comment tu vas ?" La voix enjouée mais fatiguée de son meilleur ami lui répondit presqu'aussitôt. Elle le connaissait depuis tellement longtemps. Il était comme un deuxième frère pour elle.

"Je pense que je pourrais aller mieux mais je suis surtout très inquiète pour Eren. Il ne va pas bien du tout depuis qu'on lui a parlé il y a deux semaines. J'ai peur qu'on y soit allé un peu fort. Je t'en avais déjà parlé la dernière fois quand on est allé boire un verre et je t'avais dis que ça passerais sans doute. Mais là, c'est beaucoup trop long."

"Mikasa." La voix d'Armin se fit plus ferme. "Tu sais très bien qu'il avait besoin qu'on le secoue. Il agit de plus en plus bizarrement depuis… depuis la mort de votre mère, sans parler de ce qu'il s'est passé avec son p… avec Grisha.", termina-t-il.

"Je sais bien. Mais il n'est pas sorti depuis quinze jours, QUINZE jours Armin ! Il reste dans sa chambre et dans le noir sans rien faire toute la journée et ça sent la weed à plein nez … Je ne sais plus quoi faire. Il a l'air d'un mort, je t'assure. Il faut que tu viennes."

"J'arrive dès que je peux. Je pars tout de suite, je viens de finir ma journée. Je suis là dans vingt minutes."

"Merci Armin." Mikasa raccrocha, le cœur un peu plus léger. Elle alla ensuite dans la chambre de son frère. Elle ouvrit les volets et la fenêtre, malgré les faibles protestations du plus jeune. Il ne pouvait pas faire grand chose d'autre dans l'état où il était de toute façon.

Eren dormait tranquillement quand tout à coup une lumière vive le tira de son sommeil. Puis un courant d'air suivit.

On était au milieu du mois de novembre et il faisait froid. Sa couette lui fut brutalement arrachée et il gémit. "Laisse-moi." Il sentit des bras le soulever et le transporter sous la douche. Il se débattit faiblement mais il n'avait pas mangé depuis presque trois jours. Il se sentait fatigué et il avait juste besoin de dormir encore un peu.

Un filet d'eau froide lui coula sur la tête, qui se transforma rapidement en torrent. Mikasa lui tenait la tête pour pas qu'il n'avale de l'eau. Elle entreprit de le déshabiller doucement et prit un gant de toilette. Pendant qu'elle lavait son petit frère elle chantonna doucement, comme le faisait leur mère quand ils étaient petits. Eren ne put retenir ses larmes. Il espérait seulement que le peu d'eau qui coulait sur son visage pouvait les masquer.

Mikasa remarquait bien les qui agitaient doucement les épaules de son frère. Elle continua de le laver sans les relever. Lorsqu'elle eut fini elle prit des vêtements propres et l'habilla.

Il était tellement faible qu'il ne pouvait presque pas marcher seul. Mikasa, le cœur lourd, l'aida à s'assoir devant la table et lui fit un bouillon de viande chaud. Il ne pouvait rien avaler de solide tout de suite mais du bouillon lui ferait du bien.

Eren prit la tasse chaude entre ses mains. L'odeur qui s'en échappait avait quelque chose d'extrêmement réconfortant. Soudain, il entendit la porte s'ouvrir. Il tourna la tête et vit Armin dans l'embrasure.

Lorsque ce dernier l'aperçut, il ne put retenir un léger cri de surprise. Il porta la main à sa bouche en essayant de l'étouffer, en vain.

Eren avait maigri terriblement. Mais ce qui choqua le plus le petit blond était les yeux de son meilleur ami. Ses beaux yeux verts étincelants de malice et de joie qui lui étaient si caractéristiques semblaient maintenant ternes et foncés. Ces yeux que tout le monde lui enviait, dont tout le monde tombait sous leur charme… Ils avaient perdu de leur âme.

Eren sentit le regard chargé de pitié de son meilleur ami et détourna la tête. Il avait honte. Il s'était laissé aller à un point que jamais il n'aurait pensé atteindre un jour. Il était devenu une loque. L'ombre de lui-même.

Armin s'éclaircit la gorge et jeta un coup d'œil à Mikasa avant de commencer à parler.

"Eren, comment vas-tu ? Je suis désolé de ma réaction. Je ne m'attendais tout simplement pas à te voir aussi … malade ?" Sa fin de phrase était plus qu'incertaine, mais il se reprit et continua. "Je suis venu dès que Mikasa m'a appelé, je suis désolé de ne pas être passé plus tôt. Je me rends maintenant compte que mon travail, aussi intéressant qu'il puisse être, ne doit pas empiéter à ce point sur ma vie. Excuse-moi d'être un ami aussi nul."

Eren le regarda sans rien dire. Ce n'était pas lui l'ami nul, bien au contraire. Eren était le seul fautif, c'était lui qui inquiétait sa famille. C'était lui qui ne pouvait rien faire seul. C'était lui qui avait l'air d'un zombie. Il pressa ses yeux contre la paume de ses mains et murmura. "C'est moi qui suis désolé. Désolé d'être une grosse merde. Désolé de vous empêcher d'avancer. Désol—"

Il fut interrompu par un bruit soudain qui le fit sursauter. Mikasa avait frappé son poing sur la table. "Arrête de t'apitoyer sur ton sort. Tu es plus fort que ça Eren, je le sais. On a parlé avec Armin et je pense que tu devrais aller voir à la clinique où il fait son stage. Il est dans le service psychiatrique et m'a parlé d'un programme pour les jeunes en difficulté. Je pense que ça pourrait t'aider."

Eren réfléchit un instant. Armin, ce brillant petit enfoiré, ne s'était pas contenté de réussir sa première année de médecine en tant que major de promo. Il avait également décroché une bourse et une place dans un programme d'excellence qui lui assurait des stages et des cours de haut niveau dans l'établissement le plus réputé de la ville : la clinique du Mur Rose.

C'était une clinique très chère et Eren savait bien qu'il n'avait absolument pas les moyens de la payer ... Et puis même s'il les avait, qu'est ce qu'il irai faire dans une clinique ? Il fallait juste qu'il ralentisse un peu sur la beuh et mange plus.

"Je pense que tu as besoin d'aide psychologique Eren. Tu vas mal, c'est évident et pas que physiquement. C'est un très bon programme Eren. Cela fonctionne avec des réunions collectives et individuelles, avec des psychiatres ou des psychologues en fonction du niveau d'aide dont tu as besoin. La plupart des jeunes ont notre âge et on reçoit plein de personnes différentes. Je n'ai pas le droit d'en dire plus et je ne travaille pas directement avec ce groupe là, mais j'ai entendu qu'ils avaient de très bon résultats."

Armin avait toujours une façon de présenter les choses à la fois rassurante mais ferme. Toutefois Eren ne voulait pas se rendre aussi facilement !

"Mais je ne suis pas fou ! Je veux dire… Je ne vais pas aller en hôpital psychiatrique. Sans vouloir te vexer Armin, je sais que tu veux faire psychiatre, mais ils sont tous tarés là bas. Je ne vais pas y aller."

"Haha Eren, je t'assure qu'ils sont très normaux." Armin rigola doucement. "A part quelques cas isolés. C'est un groupe avec des problèmes certes mais les cas les plus graves, ceux que tu appelles les 'tarés' ne peuvent pas être traités avec des thérapies de groupe. La personne la plus étrange que tu risques de croiser c'est la psy qui anime les séances." Armin avait ajouté la dernière phrase en gloussant.

"Mais je n'ai pas besoin d'aide. Les périodes basses passent toutes seules. Je sais que là ça n'a pas l'air super mais je vous assure que je vais aller mieux," promit Eren avec un sourire rassurant qui ressemblait plus à une grimace avec ses joues creuses.

"Eren, intervint Mikasa. Tu dois te battre mais tu ne peux pas le faire tout seul. Alors met ta fierté de coté et accepte l'aide que l'on t'offre parce que tout le monde sait dans cette pièce que tu en as plus que besoin. Alors admet-le."

Il y eut un blanc, puis Eren soupira. Il n'allait jamais au grand jamais avoir la paix s'il n'acceptait pas au moins d'y "réfléchir". "Bien, Bien ! Je vais le faire. Armin, donne-moi la carte de cette psychologue et je l'appellerai demain."

Armin la lui tendit. C'était en fait un bout de papier avec un numéro et un nom gribouillés dessus : Hanji Zoë. Mais quel genre de docteur n'a même pas de carte de visite, se demanda Eren.

Armin le regarda avec insistance. "Tu peux l'appeler maintenant, elle est encore au travail."

"Tu ne me fais pas confiance ?" Demanda Eren, avec une expression peinée sur le visage

"J'ai appris à me méfier des promesses des gens qui vont mal, Eren. J'aimerais vraiment te faire confiance mais pour l'instant je ne peux pas." Son visage avait pris une expression neutre qu'Eren ne lui reconnaissait pas. "Appelle-la devant moi Eren. S'il-te-plait", ajouta-t-il.

Eren composa donc le numéro, parvenant difficilement à déchiffrer l'écriture brouillonne de ce docteur Zoë. Celle-ci décrocha à la troisième sonnerie.

"Salut, c'est Hanji. Que puis-je faire pour vous ?" Demanda une voix haut perché

"Heu bonjour docteur Zoë,..." commença Eren avant qu'un cri perçant vienne l'interrompre. Il écarta vivement le téléphone de son oreille.

"- HAAAA ! Non mon dieu, ne m'appelle pas comme ça c'est trop bizarre ! Appelle-moi juste Hanji, tout le monde m'appelle Hanji. "

Une autre voix lointaine se mêlait dans le combiné.

"Hé Oh ! La binoclarde, viens par ici" Entendit Eren.

"Chuuut, je suis au téléphone le nain !" répondit Hanji d'un son étouffé. "Enfin bref, désolée pour cette interruption. Je disais donc ne m'appelle pas docteur ou autre. Juste Hanji comme tout le monde, à part grincheux là-bas", ajouta-t-elle. "Qu'est ce que je peux faire pour toi ?

- Bonjour je suis Eren Jaeger, un ami m'a donné votre numéro en disant que j'avais besoin d'aide et m'a forcé à vous appeler.

Autant être direct, pensa-t-il.

- Tu es l'ami d'Armin Arlet, c'est bien ça ? Je suis contente que tu l'aies fait. Il avait l'air inquiet pour toi, le pauvre petit champignon."

Eren couvrit le micro avec sa main avant de regarder son ami avec perplexité "Champignon ? C'est qui cette folle ?"

Armin rougit aussitôt à la mention du surnom mais Eren ne le remarqua pas, trop occupé à répondre à la femme au bout du fil.

" Oui, oui c'est bien ça. Je suis sur qu'il a exagéré mon cas en vous en parlant. Je ne vais pas si mal mais pour le rassurer j'ai dû lui promettre de vous appeler pour un rendez-vous."

"Ok super, on verra demain si tu es aussi en forme que te le prétends. Si je te dis 17h30, c'est bon pour toi ?"

"Oui, je me débrouillerais", répondit Eren. De toute façon, il avait perdu son travail quelque part au cours de ces deux dernières semaines et il n'avait rien à faire.

"Parfait. Une fois arrivé à la clinique, va à l'accueil et demande où est mon bureau. Si tu as de la chance, une infirmière t'accompagnera ou sinon t'indiquera clairement où c'est, enfin mieux que moi. Sur ce, je te laisse. Ouch, on m'appelle ! A demain Eren."

Eren raccrocha, perplexe. Il jeta un regard interrogateur à son meilleur ami. Celui-ci secoua la tête en haussant les épaules, l'air de dire à la fois "je t'avais prévenu" et "j'y peux rien, elle est toujours comme ça".

"Elle m'a donné rendez-vous à 17h30 demain à la clinique. C'est plutôt rapide."

"Oui, elle est très occupée mais je lui ai dis que tu avais vraiment besoin d'aide. Je suis désolé mais je dois y aller." Il regarda l'heure puis soupira. "Désolé. Mais, Eren, comme demain je commence à 18 heures, je pourrais venir avant et t'emmener à ton rendez-vous. Comme ça, tu n'auras pas à prendre le bus."

Eren hocha la tête, fatigué, et enlaça son meilleur ami. Il le remercia et regarda sa sœur ouvrir la porte, faire la bise au petit blond et fermer à clé ensuite. Un silence pesant s'installa entre eux.

Eren observa Mikasa pendant un moment, songeur. Ses yeux noirs en amande étaient cachés pars ses cheveux coupés au carré, d'un doux et brillant noir de jais. Il était incroyablement fier de sa sœur, de sa force de caractère. Elle était très forte depuis que la famille d'Eren l'avait recueillie. Elle avait toujours protégé son frère adoptif ainsi qu'Armin des brutes au cours de leur scolarité, du primaire jusqu'au lycée. Elle a toujours su ce qu'elle voulait faire de sa vie et se donnait les moyens pour réussir.

Mikasa Ackerman voulait être ingénieur depuis l'âge de 7 ans. Elle n'avait jamais abandonné l'idée qu'un jour elle serait responsable de gros projets et qu'elle commanderait des équipes. Sa sœur était brillante, belle, persévérante et ambitieuse. Oui, Eren était fier d'elle mais il s'en voulait car il n'était pas tout ça. Elle se ralentissait pour rester avec lui, il le savait. Même si elle ne l'admettrait jamais, il restait un boulet pendant ses études.

Mikasa regardait Eren bizarrement et ce dernier s'aperçut qu'il avait sans doute fixé sa sœur un peu trop longtemps. Il décida pour une fois d'exprimer ses pensées à voix haute.

"Tu sais Mika, je ne te le dis presque jamais mais je t'assure que je suis vraiment fier de toi. Tu es la personne la plus forte que je connaisse. Tu m'as toujours soutenu, tu t'es battue pour moi. Alors merci. Merci d'être une super sœur." Il s'était approché d'elle au fur et à mesure de ses paroles. Lorsqu'il eut terminé, il l'enlaça.

"Tu es fort aussi, Eren. Après tout, c'est bien toi qui m'a dit qu'il fallait se battre. Que si on se battait on pouvait gagner ou perdre, mais qu'on ne pouvait pas triompher sans combattre. Tu avais 8 ans quand tu m'as dit ça, mais je ne l'ai jamais oublié."

Eren regarda sa sœur avec des yeux ronds, la stupeur peinte sur son visage. Il n'avait pas oublié ce jour non plus, comment aurait-il pu ? Mais il ne savait pas que Mikasa avait gardé en mémoire ses paroles et qu'elles l'avaient aidée.

Son cœur devenait un peu moins lourd. Mikasa le rassit sur sa chaise et lui prépara encore une fois une soupe avec des légumes cette fois-ci. Puis elle l'aida à se coucher avant de retourner vers le canapé.

Une fois seul dans sa chambre Eren pensa encore une fois à toute sa vie. Il avait l'impression que demain ne servirait à rien, que jamais rien ne changerait et que de parler avec une inconnue de ses problèmes n'allait absolument pas les résoudre. Il soupira. Il n'avait pas vraiment envie de dormir. Sa sœur et son meilleur ami l'avaient sorti de sa torpeur mais maintenant il était tout seul dans l'obscurité et avait encore une fois peur du sommeil.

Il se tourna et se retourna durant une heure dans son lit, puis une fois sûr que Mikasa s'était endormie, il passa un bras sous son lit. Il en sortit un pot de taille moyenne. Eren jura silencieusement. Comme il n'était pas sorti depuis deux semaines, il était presque vide. Il roula son stick avec ce qui lui restait et ajouta le minimum de tabac avant de tirer une latte.

Après avoir fini, il cacha à nouveau le pot sous son lit et alla jeter son tonc par la fenêtre.

Il respira un grand coup. C'était bon, il pouvait dormir.