« Drago… »

Dans un gémissement, Drago rabattit la couverture sur sa tête et repoussa les mains d'Astoria qui s'enroulaient autour de son torse, se glissant jusqu'à ses côtes.

« Laisse-moi dormir !

- Drago… »

Ce dernier mois avait été une vraie torture pour lui. Outre la libido excessive qu'elle avait développée et qui, au début, ne l'avait pas dérangé – loin de là d'ailleurs -, mais depuis qu'elle avait arrêté de travailler, elle l'épuisait.

« Drago…

- Je t'ai dit de me laisser tranq-

- J'ai perdu les eaux, Drago.

- Et alors ! Laisse-moi dor- Les eaux ?! »

Son cœur s'éveilla d'un seul coup, un flot de panique vrilla son crane Drago se redressa d'un coup, prêt à mettre son plan d'action - fignolé, répété, parfait – pour conduire sa femme à la clinique sorcière de Dunedin à exécution.

Et pourtant, une seule question surplombait la tempête que ces « eaux » avaient déclenché en lui : « Que dois-je faire ? ».

Juste avant que le rire d'Astoria ne brise le silence de leur chambre.

« Par Merlin, tu te moques encore de moi !

- Ce n'est pas de la moquerie, je te teste !

- Tu es au courant que moi, je travaille tout à l'heure ?

- Comment ça « moi » ?! Je te signale quand même que si je ne travaille pas, c'est parce que je porte ton fils ! Et je te signale également que je ne dors pas à cause de ton fils ! Alors il est de ton devoir de me divertir ! »

Las, Drago se frotta les yeux. Ses paupières étaient lourdes bien que son cœur ne se soit pas encore apaisé de la blague préférée de sa femme ces derniers jours. Une grosse journée l'attendait : la livraison des choux mordeurs de Chine, et la commande de venin d'Acromentule à envoyer à la Prusse. Vraiment, il avait besoin de sommeil.

Dans un soupir, il se glissa vers le ventre rebondit d'Astoria, souleva son tee-shirt et plaqua ses lèvres contre sa peau si étirée qu'elle paraissait plus fine qu'une feuille de brique.

« Mon fils, il faut vraiment que tu ais pitié de ton père et que tu laisses ta mère dormir. Je t'offrirais ce que tu veux en échange… Mais s'il te plait, je t'en supplie, laisses ta mère dormir ! »

En retour, une petite bosse déforma le ventre d'Astoria, juste à l'endroit où Drago s'était penché.

« Il semblerait que ni ton fils, ni sa mère ne soient d'accord avec ton programme. »

Il se laissa retomber sur le matelas avec un gémissement. Il n'était même pas né qu'il se liguait déjà avec sa mère contre lui. Les futures années promettaient d'être plus mouvementées que la finale de la Coupe du Monde de Quidditch.

« Je pensais au prénom…

- Astoria, je ne rigole pas ! J'ai vraiment besoin de sommeil !

- Mais il est peut-être temps qu'on lui trouve un prénom…

- Si c'est pour que tu me proposes des « Maori », non merci !

- Mais c'est très mignon ! Ça rappellerait la Nouvelle-Zélande ! Ou j'avais sinon pensé à Akahata. »

Drago tourna la tête vers Astoria.

« Tu es sérieuse ?

- Bien sûr ! ça signifie « Suprême ».

- Et pourquoi pas « Magnificient » pendant que tu y es ?

- Ce serait super mignon Magnifi-

- Non. Astoria, tu t'appelles « Astoria » et moi je suis « Drago » ! Tu ne penses pas qu'il est temps de ranger dans un placard ces stupides traditions et de commencer à donner des prénoms normaux à nos enfants ?

- Nos enfants ? Oh, Drago…

- Ne t'emballe pas, on n'arrive déjà pas à se mettre d'accord sur un prénom et sur lequel de nous deux restera à la maison pour s'occuper du petit…

- Je pensais qu'on était d'accord sur le fait que je resterais à la maison.

- Madame la Féministe, mon cul ouais.

- Je te rappelle quand même que toi, tu n'as pas le matériel pour nourrir notre enfant.

- Non, mais par contre il y a une création super qui existe depuis la nuit des temps et qui s'appelle un biberon !

- Un bébé a besoin de sa mère !

- Et de son père !

- Mais surtout de sa mè- Humpf ! »

Drago avait plaqué une main sur les lèvres d'Astoria pour étouffer ses protestations. C'était sans compter les dents qu'elle dégaina pour se libérer de son emprise. Juste avant de se pencher à son oreille.

« C'est moi qui porte le bébé, Drago. Je suis une femme enceinte. Tu dois assouvir le moindre de mes désirs !

- Tant que je peux voir mon fils grandir et ne pas l'affubler d'un prénom ridicule…

- Je te propose un deal. Je donne le prénom et tu restes à la maison ?

- Quoi ?! Non mais n'importe quoi ! Il n'est pas question que mon fils s'appelle « Suprême » !

- Et que penses-tu de Scorpius ?

- Drago Malefoy et son fils Scorpius Malefoy. Merveilleux.

- Scorpius comme Scorpion, Drago…

- Oui, merci, je ne suis pas idiot.

- Comme Scorpion, Drago… »

Comme Scorpion.

Il se tourna vers les deux yeux verts d'Astoria qui semblaient briller dans l'obscurité. Si belle… Leur fils promettait de devenir exceptionnel avec une mère comme la sienne.

Mais Drago éclata de rire.

« Mais enfin ! Scorpius ce serait vraiment très romantique !

- Tu parles de ma demande en mariage ?

- Bien sûr ! De quoi d'autre voulais-tu que je parle ?

- Tu as failli mourir Astoria, encore !

- Et toi, tu m'as sauvé, encore !

- Si j'avais su, j'aurais peut-être réfléchi plus longtemps !

- Mais Drago, c'est un prénom qui a une histoire, une jolie histoire…

- Est-ce que tu ne peux pas arrêter avec tes significations à la noix ? Est-ce qu'on ne peut pas lui donner un prénom normal ? Je ne sais pas moi… Justin ! ou… Finn !

- Si tu oses transmettre ton manque de gout à notre fils, je divorce ! »

Dans un hoquet outré, Drago repoussa sa femme sur le matelas – mais avec bien plus de douceur qu'il aimait jusqu'alors le faire. Astoria éclata de rire, tenta de le repousser mais, encombrée par son ventre devenu imposant, se retrouva vite dépassée sous les attaques du futur papa.

Et puis d'un seul coup, tous deux se figèrent.

« C'est quoi ça ?

- Je crois que j'ai vraiment perdu les eaux… »

o

Drago se pencha, insensible aux sanglots d'Astoria et à ses balbutiements incompréhensibles. La petite tête de son fils posé contre la gorge de sa mère était déformée par un cri faible et qu'il se surprit à trouver mignon.

Mignon comme ses petites joues rondes qui se teintaient progressivement de rose. Mignon comme les deux fentes de ses yeux, hermétiquement fermées. Mignon comme ses petites mains qui s'agitaient autour de son corps, se serrant en deux minuscules poings.

Mignon et adorable.

Jusqu'à ce que les deux fentes ne s'entrouvrent et que deux billes d'un bleu profond le fixe, comme s'il n'y avait que lui dans la pièce.

Son fils. Son fils.

Ses jambes commençaient à trembler dangereusement et pourtant, Drago resta penché devant cette petite frimousse surmontée d'une touffe de cheveux clairs et aux grands yeux bleus.

« Bonjour Scorpius… »