Hey !
Nouveau chapitre traduit ! Les updates de cette fic' comme de l'autre seront plus fréquentes avec les vacances, alors restez informés ;)
Disclaimer : Les personnages et l'univers de Coco sont à Disney, et l'histoire est à Bookworm Gal. Je ne fais que la traduire !
Enjoy !
2. Estinto
« Cela ne change rien, » dit Imelda, brisant le silence après un moment. « Ça ne change pas ce qu'il s'est passé, ce que ta décision nous a fait traverser pendant des décennies. Ce que ça a fait à Coco. Tu as brisé le cœur de ta fille en choisissant de poursuivre la musique avec cet homme. Rien de ce qu'il s'est passé la nuit dernière ne peut défaire toutes ces années. C'est quand même arrivé. Ça ne change rien. »
Sans surprises, ses mots tranchants et amers tombèrent dans l'oreille d'un sourd. Héctor resta aussi immobile et sans vie qu'avant, brillant d'une lueur dorée qui promettait de l'enlever à n'importe quel instant. Elle pouvait presque croire que c'était en fait en train de se passer. Il semblait toujours être une coquille vide.
Mais elle pouvait prétendre qu'il pouvait l'entendre. Qu'elle pouvait lui dire à quel point exactement son choix avait blessé tout le monde. A quel point cela l'avait blessée, elle.
Pas qu'elle ait laissé cela la freiner. Elle n'avait pas pu prendre le temps de pleurer pour son cœur brisé quand elle avait admis qu'Héctor ne reviendrait jamais à la maison. Pas alors qu'Imelda avait une fille à nourrir et habiller et que même le mince apport d'argent venant de ses lettres avait disparu. Pas alors qu'autant de gens regardaient leur petite famille avec pitié, comme s'il s'agissait d'une petite chose brisée. Pas alors que sa colère et sa concentration têtue sur ses buts étaient plus faciles à gérer que sa peine.
Elle avait passé une demi-décennie à construire un commerce et à protéger sa famille d'être déchirée par la musique et l'ambition qu'elle causait. Imelda passa le reste de sa vie sans cet homme. Elle n'avait pas besoin d'un musicien qui les avait abandonnées. Et elle n'avait pas besoin des chansons qu'elle avait autrefois adoré et qui lui déchiraient maintenant le cœur. Elle s'était répétée cela chaque matin lorsqu'elle se réveillait seule jusqu'au jour de sa mort.
Et lorsqu'elle était morte et qu'elle l'avait finalement revu, une vie de douleur et de sentiments de trahison sortit en une tempête de fureur et de haine. Toutes ces années à lutter pour gagner assez d'argent dans les débuts de son affaire pour garder Coco nourrie, à rester debout toute la nuit pour finir une commande à temps, et à travailler jusqu'à ce que ses mains tremblent et que ses doigts lui fassent mal… Elle les déchaîna tout à la fois sur le squelette confus, le démontant verbalement avant de gronder qu'elle ne voulait plus jamais le revoir. S'il ne pouvait pas les supporter dans la vie, alors il n'avait pas le droit ne serait-ce que de s'approcher de sa famille dans la mort. Il fallut quelques autres rencontres similaires avant qu'Héctor ne réalise qu'elle ne le laisserait pas prononcer un mot et qu'elle ne lui pardonnerait jamais.
Elle avait vaguement remarqué, même à ce moment-là, qu'il semblait plus jeune que ce à quoi elle s'attendait. L'âge était un peu délicat à déterminer sur un squelette, mais elle pouvait se rendre compte qu'il était mort bien avant elle. Mais Imelda l'avait ignoré. Elle avait déjà imaginé des scénarios variés au fil des années sur ce qu'il faisait probablement après qu'Héctor les ait abandonnées. Cela ne fut pas dur d'ajuster ces théories. Peut-être qu'une nuit de boisson après une performance avec Ernesto avait mal tourné. Un empoisonnement à l'alcool ou un accident. Ou, dans les nuits où elle se sentait particulièrement contrariée et s'autorisait à s'apitoyer sur son sort, Imelda se demandait s'il était mort dans le lit d'une jeune señorita qu'il aurait charmé avec sa musique.
Mais ce n'était pas vrai, n'est-ce-pas ?
Imelda se prit à attraper sa main dans les siennes. Quelque chose clochait, pourtant. Même si les morts étaient des squelettes marchants, il y avait toujours une chaleur en eux. Un souvenir de la vie, d'une certaine manière, qui restait avec eux même une fois que leurs cœurs s'étaient arrêtés et que leur peau avait disparu. Mais pas Héctor, pas en ce moment. C'était comme si elle tenait de vieux os secs, vides et sans vie.
Il l'avait quittée. Peu importe ce qui était arrivé d'autre, il avait quitté sa famille. Elle ne savait pas si elle pourrait jamais le pardonner de les avoir quittées, peu importe ses raisons de partir. Car cela signifierait le pardonner pour une vie seule alors qu'ils avaient promis d'être ensemble pour toujours en tant que mari et femme.
Mais Miguel avait dit qu'il était mort en essayant de rentrer à la maison. Qu'Ernesto l'avait assassiné. Et ensuite, l'homme avait admis avoir commis le crime, essayant d'assassiner Miguel pour garder ce secret. Imelda essayait encore de se faire à cette nouvelle connaissance.
Une colère ancienne et familière réapparut. Il avait finalement essayé de revenir à la maison, mais combien de temps cela avait-il pris ? Combien d'années Héctor avait-il passé à faire ses tournées avec Ernesto avant qu'il ne s'en lasse ? Il devait s'être amusé pendant un moment vu qu'il n'avait même pas pris la peine de continuer ces lettres après les premiers mois…
La réalisation la frappa abruptement, un choc glacé la submergeant comme une vague et éteignant la vieille colère. Les lettres s'étaient arrêtées si soudainement. Elles n'étaient pas devenues moins fréquentes ou plus courtes avant. Elles s'étaient juste arrêtées.
C'était seulement quelques mois après qu'il soit parti, très loin de la période qu'il avait mentionné, celle qu'Ernesto voulait passer en tournée. Cela avait fait mal qu'il les ait oubliées si vite, qu'il ait arrêté de se préoccuper de sa famille après une période aussi courte. Que ses promesses signifiaient si peu.
Elle aurait dû se poser des questions, mais la pitié et les rumeurs des gens de la ville avaient aidé à guider ses pensées vers la conclusion la plus raisonnable. Ils avaient décidé de ce qui devait être arrivé bien avant qu'Imelda n'abandonne l'espoir qu'il revienne. Il n'y avait qu'une seule explication logique sur pourquoi un jeune musicien loin de chez lui arrêterait d'envoyer des mots à sa famille. Pourquoi porter le fardeau d'une famille quand il pouvait poursuivre la célébrité sans eux ?
Elle ne se questionna pas trop car on aurait eu l'impression qu'elle s'inventait des fantaisies ou créait des excuses à un homme qui ne le méritait pas. Cela signifierait qu'elle était trop faible et stupide pour accepter la stricte vérité qui lui faisait face, qu'elle avait été abandonnée par un bon-à-rien de musicien qui avait choisi de chercher un meilleur avenir que celui qu'il pouvait avoir en restant dans leur ville avec une femme et un enfant. C'était ce que les ragots avaient établi depuis longtemps et les graines du doute étaient trop bien enracinées pour être déterrées. Et Imelda n'avait pas le temps de trop considérer le sujet elle avait encore un enfant à élever.
Mais ce n'était pas ce qui s'était passé, à l'époque, n'est-ce-pas ? Les lettres s'étaient totalement arrêtées, comme un couteau tranchant coupant toute communication. Les lettres ne s'étaient pas simplement arrêtées sans avertissements et sans raisons, n'est-ce-pas ? il n'avait pas arrêté de leur écrire juste pour pouvoir continuer la tournée pour quelques années de plus.
C'était arrivé à ce moment-là, n'est-ce-pas ? Seulement quelques mois après qu'ils soient partis, Héctor avait essayé de revenir à la maison. Il avait essayé de revenir à la maison et Ernesto l'avait tué pour cela.
Héctor ne les avait pas oubliées. Il n'avait pas arrêté de leur écrire ou de leur envoyer de l'argent ou de se préoccuper d'elles. Il n'avait même pas voulu rester pour la tournée entière. Il avait essayé de revenir plus tôt à la maison. Et Ernesto de la Cruz… Il…
Elle sentit quelque chose commencer à céder, surprenant Imelda et la faisant relâcher sa prise. Elle n'avait pas réalisé qu'elle avait commencé à serrer, que sa main s'était resserrée autour de la sienne comme réponse à ses pensées troublées. Imelda murmura rapidement de douces excuses, inquiète pendant un instant qu'elle ait réussi à accidentellement fêler ses métacarpes. Tout de lui semblait si fragile et cassable, même comparé à son état lorsqu'elle l'avait sorti avec Miguel du cénote, comme s'il était prêt à voler en éclats ou à s'effriter en poussière à la moindre erreur de sa part. Mais une brève inspection des os lui assura qu'elle s'était arrêtée à temps pour éviter de le blesser réellement.
Elle l'avait déjà assez blessé.
Imelda frotta son pouce sur ses poings, en s'assurant d'être douce cette fois. Miguel avait raison. Qu'elle puisse pardonner Héctor ou non, il ne méritait pas d'être oublié. Et pourtant, elle avait fait tout ce qui était dans son pouvoir pour l'effacer de tout souvenir. Pas de foto sur l'ofrenda, interdire à tout le monde de mentionner son nom, ne pas parler de l'homme… Elle voulait l'oublier, lui et comment son abandon avait blessé sa famille, faire oublier Coco pour qu'ils puissent tous guérir et avancer.
Mais ça n'avait pas aidé. Pas vraiment. Essayer d'oublier et ignorer Héctor n'avait pas stoppé la douleur ça l'avait juste enterrée un moment. Ça n'avait pas semblé rendre Coco plus heureuse elle s'accrochait obstinément à ses souvenirs malgré les efforts d'Imelda. Ça n'avait pas aidé Miguel ça lui avait seulement appris à cacher, mentir, et se faufiler car il ne pensait pas que sa famille le soutiendrait. Car suivre aveuglément et sans poser de questions ses décrets même après la mort d'Imelda signifiait que leur famille ne soutiendrait pas son amour de la musique et l'étoufferait.
Au bout du compte, essayer de l'oublier n'avait fait aucun bien à la famille. Et cela avait presque coûté à Héctor sa propre existence.
« Tu n'aurais jamais dû partir. Tu as quitté ta famille, » dit-elle, mais sans mordant dans ses mots. « Tu ne peux pas me rendre toutes ces années. Tu ne peux pas défaire toutes ces années sans toi. Toutes ces années à travailler dur pour garder un toit au-dessus de la tête de notre fille, et de la nourriture sur la table. Toutes ces années à forcer les gens à me prendre au sérieux alors même que j'étais une femme sans mari. Toutes ces années où je ne pouvais même pas penser à chanter sans… sans me souvenir de toi. Et cela faisait mal de se souvenir. »
Elle massa doucement ses poings, notant silencieusement les entailles et égratignures variées qui parcouraient ses os luminescents. Tout de lui hurlait une vie après la mort éprouvante. Même ses vêtements étaient pratiquement effilés. Le Dr. García avait raison. Il avait commencé à s'effacer bien avant tout cela.
Elle l'avait presque perdu. Elle avait essayé de nier et d'ignorer ce fait toute la matinée avec la même détermination qu'elle avait utilisé pour ignorer l'homme pendant si longtemps. Mais c'était dur de prétendre alors que ses os brillaient avec encore autant d'éclat et qu'il semblait totalement sans vie.
Il était mort quatre-vingt-seize ans auparavant, seul dans une ville étrangère. Imelda ne savait pas comment Ernesto l'avait assassiné, mais Héctor était mort sans sa famille. Il n'avait probablement personne l'attendant au Pays des Morts, d'ailleurs elle savait qu'il était devenu orphelin à un jeune âge, alors personne ne se serait rappelé ses parents. Héctor était mort seul et elle n'avait jamais réalisé ce qu'il s'était passé.
Elle l'avait perdu à la mort tout en croyant qu'elle l'avait perdu à la musique et à la chasse pour la célébrité. Et ce matin, alors qu'elle l'avait juste laissé revenir vers elle une fois de plus, la Dernière Mort l'avait presque dérobé.
Cela pouvait toujours arriver. La lumière n'avait pas disparu. Pas même un peu. Héctor restait à l'extrême limite. Son existence était en équilibre sur un fil de rasoir, prête à basculer à tout moment sans aucun avertissement. Et cela l'effrayait plus qu'elle ne voulait l'admettre.
« Tu as fait une erreur, » dit-elle. « Et cette erreur nous a coûté tellement à tous les deux, idiota. Mais j'ai aussi fait des erreurs. » Imelda serra doucement sa main avant de relaxer sa prise une fois de plus. « Des erreurs qui nous ont amenés ici. Des erreurs qui ont provoqué ça. Tu t'es excusé. »
Elle s'interrompit brièvement, incapable de réprimer le souvenir de comment il avait clamé entière responsabilité pour ce qui était arrivé alors qu'il essayait de se remettre du bref chatoiement doré qui avait parcouru ses os et l'avait laissé à genoux. Pas de prétextes où même une demande de pardon. Seulement des excuses honnêtes. Il ne semblait même pas la blâmer pour la manière dont la lumière contre nature essayait de le submerger.
Il aurait dû la blâmer au moins un peu. Il aurait dû la haïr. Il était mourant car Imelda avait essayé d'effacer tout souvenir de lui. Et pourtant il disait simplement que c'était sa faute.
« Ce n'est pas facile de l'admettre, mais j'avais tort d'essayer de te faire être oublié. Je suis désolée, Héctor. »
Elle ferma brièvement les yeux, prenant une inspiration tremblante. Il ne pouvait pas l'entendre. Elle le savait. Héctor était trop loin, trop vide et immobile. Il était trop proche de la Dernière Mort.
Tu as intérêt à revenir, idiota. Tu as intérêt à nous revenir, » dit-elle. « Si tu n'entends jamais mes excuses… » Imelda ouvrit les yeux. « Tu dois te réveiller. Tu n'es pas autorisé à me quitter une seconde fois. Je ne te laisserais pas. »
Elle supplia silencieusement Coco de se rappeler son père. Et Miguel de trouver un moyen d'apprendre ces histoires pour qu'il puisse aussi se rappeler d'Héctor. Si Coco ne trouvait pas de moyens pour passer ses souvenirs à une famille qui ne voulait rien avoir à faire avec l'homme, alors il s'agissait juste d'une question de temps. A moins que quelqu'un d'autre ne se rappelle finalement d'Héctor, il serait rapidement oublié.
De sa main libre, Imelda pit brièvement son visage en coupe. Aussi brillante que pouvait l'être la lumière dorée à orangée, il y avait certains points qui luisaient encore plus. Chaque articulation de son corps, et ses marquages faciaux spécifiquement, brillaient avec une intensité presque aveuglante. Elle ne pouvait même pas dire de quelles couleurs ceux de ses pommettes étaient censés être. Et elle ne s'était jamais donné la chance de regarder son visage dans la mort pour mémoriser ces couleurs auparavant.
Et elle était passée si proche de ne jamais avoir cette chance. Il aurait pu disparaître ce matin. Il pouvait encore s'effriter en poussière en ce moment même. Elle lui avait fait ça. C'était sa faute.
Comment avait-elle pu être aussi aveugle ? Qu'est ce qui avait pu lui faire croire ne serait-ce qu'un instant, dans leurs moments ensembles, qu'Héctor abandonnerait sa famille, sans parler de le croire pendant quatre-vingt-seize ans ? C'était une partie de la raison pour laquelle cela faisait si mal peu importe ce que les chuchotements et les rumeurs à propos de musiciens voyageurs pouvaient suggérer, les quitter et ne jamais revenir ne lui ressemblait pas. Elle aurait dû réaliser que quelque chose n'allait pas. Elle aurait dû lui faire plus confiance. Pourquoi n'avait-elle pas compris que quelque chose devait lui être arrivé ?
Il était son mari. Elle le connaissait mieux que ça. Elle aimait Héctor. Elle aurait dû avoir plus foi en lui.
Mais à la place, elle avait laissé les murmures des voisins empoisonner ses pensées jusqu'à assumer le pire. Quel genre d'amour était-ce ?
Peut-être était-elle trop dure envers elle-même. Le recul pouvait jeter de dures ombres sur le passé. Il était facile de se réprimander pour ces choix, mais elle était alors plus jeune et n'avait aucun moyen d'apprendre la vérité. Comment aurait-elle pu découvrir ce qui était réellement arrivé à Héctor ? Pourquoi qui que ce soit aurait suspecté qu'Ernesto ait assassiné son meilleur ami, l'homme avec qui il avait grandit et qu'il avait traité comme un frère ? Elle ne devrait pas se blâmer de ne pas avoir su ou résolu cela lorsqu'elle était vivante.
Mais il était difficile de croire à cela lorsqu'elle voyait Héctor bloqué à la limite de la Dernière Mort et qu'elle savait qu'elle l'avait mené à ce destin. Il lui était difficile de ne pas se blâmer pour la silhouette silencieuse et immobile sur son lit, ses os brillants, fragiles, et prêts à s'effriter en poussières à tout moment.
« Je n'ai jamais voulu te faire cela, » dit doucement Imelda, son pouce traçant les marques le long de ses pommettes. « Oh, Héctor… Que te fais-je donc traverser ? »
Ses réflexions de plus en plus malaisantes arrivèrent à une brusque halte à l'entente d'un son inattendu. Plus spécifiquement, un coup frappé à la porte principale.
Réprimant un bâillement, Miguel conclut, « Et ensuite ils ont touché mon torse avec le pétale de cempazúchitl et je suis réapparu sur le sol de la crypte. C'est là que j'ai attrapé la guitare et que j'ai couru à la maison. Tu sais ce qui est arrivé ensuite. »
Le visage ridé de Mamá Coco se tordit en une expression pensive avant qu'elle ne hoche lentement la tête. Ses yeux se fermèrent. Elle prenait clairement toute l'histoire au sérieux.
Il y avait des parties que Miguel ne voulait pas lui raconter. Comme lorsqu'il avait accusé Héctor d'être égoïste. Ou quand il avait hurlé sur Dante. Il n'était pas fier de ces moments. Mais il lui raconta.
Et il y avait des parties dont il avait essayé de minimiser l'importance autant que possible. La chose principale que Miguel avait essayé de minimiser le plus possible était l'état d'Héctor. Il avait mentionné Héctor être fatigué, mais il n'avait pas parlé de la manière dont la lumière dorée clignotait et luisait autour de ses articulations et de ses marquages faciaux et comment son corps était parcouru de violents spasmes à chaque épisode. Il ne parla pas d'à quel point Héctor était faible à la fin, incapable ne serait-ce que de maintenir sa tête, et sa main tremblant assez pour qu'Imelda aie besoin de l'aider à tenir le pétale. Miguel essaya d'éviter ces détails, mais il suspectait en avoir tout de même assez dit pour qu'elle comprenne le sérieux de la situation.
« Je n'ai pas fait exprès de l'oublier, » dit-elle doucement. « Je n'ai pas voulu oublier quoi que ce soit. Mais ça continue à disparaître… »
« Mais tu te souviens pour l'instant, » dit Miguel. « Et tu nous as raconté, alors nous pouvons aider en se souvenant pour toi. L'année prochaine, nous mettrons la foto sur l'ofrenda pour qu'il puisse nous visiter. A présent, même Abuelita sera d'accord. Tu l'as vue. Elle acceptera tout ce que tu veux. »
Il savait qu'Héctor irait bien. Miguel se rassura silencieusement sur cela. Peu importe à quel point il semblait faible et fatigué vers la fin. Mamá Coco se souvenait, et maintenant, le reste de la famille aussi. Héctor ne sera pas oublié. Il ne disparaîtra pas. Tout ira bien.
« Je ne veux pas l'oublier de nouveau, míjo, continua-t-elle.
Elle ouvrit les yeux et Miguel jura avoir vu un peu d'Héctor dans son regard… et beaucoup d'Imelda. Plus spécifiquement, il vit son tempérament impétueux danser dans les yeux de Mamá Coco.
« Et je ne veux pas qu'Ernesto s'en sorte avec ce qu'il a fait. Il doit y avoir quelque chose que nous puissions faire. »
« Les gens doivent connaître la vérité. Je ne sais juste pas comment leur dire, » dit Miguel, frottant ses yeux d'un air épuisé. « Comment peut-on se faire écouter des gens ? Personne ne veut penser qu'Ernesto de la Cruz pourrait être un fraudeur. Ou un meurtrier. »
Elle se pencha et prit doucement son visage entre ses mains. Miguel lui sourit. La colère envers Ernesto pouvait être l'influence de Mamá Imelda, mais le geste était identique à la manière dont Héctor avait fait la même chose il n'y a pas si longtemps. Le nombre de maniérismes qu'elle partageait avec ses parents était incroyable maintenant qu'elle pouvait se souvenir quelque peu et à présent qu'il savait quoi chercher.
« Nous trouverons quelque chose, » lui assura Mamá Coco. « Même si j'oublie, je t'aiderais si je le peux. »
« Et si tu oublies, je jouerais ta chanson pour te faire te souvenir, » dit-il.
Lorsqu'il bailla, Mamá Coco lui jeta un regard entendu et dit, « Vas dormir, míjo. Ce n'est pas bon pour toi de rester éveillé aussi longtemps. »
« Sí, Mamá Coco. » Il se pencha et pressa un baiser rapide sur ses cheveux. « Et merci. »
Imelda se figea, son esprit se vidant brièvement. Il y avait quelqu'un à leur porte d'entrée. Pas à leur magasin, mais à la porte de leur maison. Elle ne pouvait pas l'ignorer.
Sa chambre était la plus proche, bien qu'Oscar et Felipe partagent une chambre à l'autre bout du vestibule (ils préféraient toujours cela à avoir des chambres séparées). Tous les autres avaient leurs chambres à l'étage du dessus, l'architecture au Pays des Morts s'orientant vers une expansion verticale. Ils n'entendraient pas frapper à la porte. Surtout s'ils suivaient son conseil de se reposer. Elle était la seule à aller ouvrir la porte.
Mais Imelda ne pouvait empêcher la peur lancinante qui la traversa à l'idée de quitter la pièce, même pour un instant. Elle ne pouvait pas faire ça. Et si elle sortait juste un instant et que c'était à ce moment-là que ça arrivait ? Et s'il était parti lorsqu'elle revenait ? Ça pouvait arriver à n'importe quel moment. Il n'y aurait aucun avertissement, pas alors qu'Héctor était aussi proche.
Elle ne voulait pas le laisser seul à cause de cette peur idiote et injustifiée qu'il disparaîtrait au moment où Imelda quitterait son chevet. Mais elle savait que cela ne changerait rien. S'il succombait finalement à la Dernière Mort, il n'y aurait rien à faire pour l'arrêter. Et pourtant, il lui semblait que la seule chose le faisant continuer à exister était le fait qu'elle soit avec lui.
Aussi longtemps qu'elle pouvait le voir, il ne partirait pas. Mais si elle ne pouvait pas le voir, elle ne saurait pas…
Une autre frappe ferme et professionnelle à la porte rappela à Imelda qu'elle ne pouvait pas ignorer le reste du monde. A contrecœur, elle reposa précautionneusement sa main sur son torse immobile et se leva lentement de sa chaise. S'éloigner du lit était encore plus difficile. Imelda devait forcer ses pieds à bouger.
Ce serait juste pour un instant. Juste assez longtemps pour chasser quiconque pensant que c'était un moment approprié pour rendre visite. Il ira bien, se rassura Imelda silencieusement. Héctor avait réussi à s'accrocher jusqu'à maintenant, même quand Imelda s'était agenouillée à ses côtés dans les coulisses et était complètement certaine qu'il serait parti avant que le soleil ne surgisse à l'horizon. Il pouvait tenir bon un instant de plus.
Elle repoussa ses doutes à propos de sortir brièvement de la pièce, refusant d'y prêter attention. Juste comme elle ignora la manière dont elle sentit quelque chose en elle la faire souffrir et se tordre dans sa cage thoracique vide.
Sachant qu'il était inutile d'essayer, Imelda dit tout de même, « Tiens bon, Héctor. Je vais revenir. Simplement… tiens bon. »
Jetant un dernier regard au squelette sans vie, elle se précipita vers la porte et dans les escaliers. La cage d'escaliers l'amena au petit salon décoré avec goût. On frappa une troisième fois avant qu'Imelda ne traverse la pièce et n'ouvre finalement la porte.
Imelda s'apprêta à leur ordonner de partir immédiatement. Elle n'avait pas de temps pour gérer cela. Mais cette réaction instinctive resta dans sa gorge alors qu'elle assimila correctement sa visiteuse. La jeune femme au visage amical et à l'uniforme de la Grande Gare Centrale de Marigold la fit pauser. Elle ne pouvait pas comprendre pourquoi un agent des départs était à sa porte.
« Puis-je… vous aider ? » demanda prudemment Imelda.
« Señora Imelda Rivera ? » demanda-t-elle.
« Sí. »
L'agent se déplaça légèrement, attirant brièvement l'attention d'Imelda sur le paquet de tissu bleu et jaune dans ses bras. Il semblait étonnamment similaire aux robes qu'ils avaient utilisées pour se glisser à l'Aurore Spectaculaire.
« Je suis désolée de vous déranger comme cela, Señora. Je sais que vous et votre famille avez eu une nuit agitée. J'ai réussi à voir la partie importante de la diffusion de l'Aurore Spectaculaire après mon travail et ma visite rapide pour voir ma famille. » Elle baissa la tête dans son embarras. « Je suis désolée. Je ne gère pas très bien cela. Laissez-moi recommencer. Mon nom est Helena López et je travaille à la Grande Gare Centrale de Marigold. Principalement dans les arrivées durant l'année, mais je m'occupe des départs pendant le Día de Muertos. »
« Etes-vous ici à propos de Miguel ? » demanda Imelda. C'était la seule raison sensée de sa présence ici. « Il a réussi à rentrer, si c'est ce que vous voulez savoir. »
L'agent secoua rapidement la tête et dit, « Non, ce n'est pas ça. Bien que je sois heureuse de l'entendre. La diffusion s'est arrêtée peu après qu'Ernesto de la Cruz ait fait connaissance avec cette cloche. Alors je savais que le garçon avait survécu à sa chute, mais pas grand-chose de ce qui est arrivé par la suite. Mais je suis là pour une autre raison. » Elle remonta brièvement le paquet de tissu dans ses bras. « Je suis là pour rendre une propriété que nous avons confisqué la nuit dernière. »
Puis elle secoua abruptement la tête de nouveau, son sourire enjoué disparaissant un instant. Helena fixa une Imelda de plus en plus confuse.
« En fait, c'est plus une excuse qu'autre chose. Je sentais que j'avais besoin d'une excuse pour venir. J'ai d'abord vérifié à Shantytown, mais personne ne l'a vu depuis la nuit dernière. Et vu que je suis un peu trop curieuse pour mon propre bien et que j'ai fait quelques recherches il y a plusieurs décennies, je vous ai reconnue sur la scène et j'ai réalisé qu'il y avait un endroit de plus à vérifier. »
« Je… je ne comprends pas, » dit Imelda.
Helena sourit nerveusement et dit, « Je cherchais Héctor. Après avoir vu son état apparent la nuit dernière, et ce que tout le monde a entendu le garçon et de la Cruz dire pendant la diffusion, j'étais inquiète pour lui. »
Imelda cilla, surprise, incapable de penser pendant un instant. Puis elle commença à véritablement intégrer les mots.
« Entrez, je vous en prie. »
A/N :
« Estinto » signifie littéralement éteindre. On l'écrit sur les partitions pour indiquer que le style de cette section devrait être aussi doux que possible, sans vie et à peine audible.
A propos de Mamá Coco et du fait qu'ils ont pu ramener sa mémoire avec une chanson, j'ai trouvé une théorie plausible. Pseudodémence dépressive est un syndrome vu chez les personnes âgées où ils montrent des symptômes de démence mais dont la cause est la dépression. Des personnes âgées avec des symptômes cognitifs prédominants comme une perte de mémoire, et un manque de précisions, ainsi qu'un ralentissement prédominent des mouvements et un discours réduit ou ralenti, ont parfois était mal diagnostiqués de démence alors que des recherches plus poussées ont montré qu'ils souffraient d'un épisode majeur de dépression. Et au contraire de la démence, la pseudodémence dépressive peut être inversée.
Cela ne prend pas trop d'imagination d'extrapoler comment une vieille femme qui a attendu toute sa vie que son père revienne tandis que sa mère faisait tout ce qui était possible pour effacer toute trace de lui, et ayant la musique (quelque chose qui lui rappelait de moments heureux avec ses parents) bannie de sa vie, et ayant réussi à survivre non seulement à sa mère et à ses oncles, mais aussi son mari, sa belle-sœur, et même une de ses filles pourrait finir en dépression. Ramener la musique dans sa vie et lui autoriser à parler de son père après tout ce temps pourrait théoriquement lui faire du bien.
Au sujet d'Helena López, j'ai emprunté le nom et quelques autres infos de im-fairly-whitty sur Tumblr. Elle est la femme qui a fait passer Héctor au scan dans le film.
