Orage
Mot proposé par: M3l
4 Juin 1996 - 20h45 - Hall d'entrée de Poudlard
Hermione piétinait depuis déjà cinq bonnes minutes, elle regarda sa montre pour la centième fois au moins et souffla d'agacement. Elle jeta un œil vers les escaliers puis retourna vers les portes menant à la grande salle.
- Mais que fait-il bon sang !
La ronde des préfets avait pour habitude de commencer à 20h30 pour s'assurer qu'aucun apprenti sorcier n'était en dehors des dortoirs. Mais aujourd'hui c'était l'exception qui confirmait la règle et Hermione fulminait seule dans le hall.
Quelques minutes supplémentaires et elle entendit enfin des pas venir dans sa direction. Lorsqu'elle se retourna ses poings se serrèrent pour faire blanchir ces jointures et sa mâchoire se contracta jusqu'à ce que ses dents frottent les unes contre les autres. Le sorcier qui s'avançait vers elle était loin de ressembler à Théodore Nott.
- Qu'est-ce que tu fais là? demanda-t-elle avec hargne.
- Pose pas de question et finissons-en rapidement, répondit Drago Malefoy sans même lui jeter un regard et en prenant déjà la direction de la grande salle.
Hermione resta bouche bée tout en le regardant passer devant elle. Comment pouvait-il oser lui parler de cette manière alors qu'il avait plus d'un quart d'heure de retard ? Elle attrapa la manche de son uniforme avant qu'il ne la fusille du regard en se retournant.
- Ne me touche pas !
- Tu te moques de moi j'espère, ça fait vingt minutes que...
- Ne me touche pas !
Le regard glacial qu'il lui lança la fit s'arrêter une nouvelle fois. Depuis tout jeune Malefoy avait ce pouvoir sur les autres, celui de magnétiser les gens d'un simple regard. Celui d'inspirer la peur à travers ses gestes, sans même ouvrir la bouche. Mais ce soir Hermione en avait décidé autrement, pour une fois elle ne se laisserait pas faire par le soi-disant Prince des Serpentard. Il avait beau être un Sang Pur cela ne lui donnait pas le droit de lui parler ainsi et encore moins de la regarder comme il le faisait actuellement, pour lui faire baisser le regard. Elle n'avait plus peur de lui.
- Où est Nott? s'énerva-t-elle.
- Malade.
- Et personne d'autre que toi ne pouvait prendre sa place ? Tout le monde sait que lorsqu'on fait nos rondes ensemble on finit par s'entretuer !
- Et bien aujourd'hui ne fera pas exception Granger !
Et pour accentuer ces mots une forte lumière blanche traversa les fenêtres du hall d'entrée suivit quelques secondes plus tard d'un bruit assourdissant. Hermione sursauta et ferma les yeux avant de les ré-ouvrir rapidement lorsqu'elle entendit Malefoy souffler d'exaspération. Un orage d'été était sur le point d'éclater juste au-dessus du château. Et la Gryffondor les détestait, encore plus que le préfet qui devait l'accompagner ce soir. Une chose était sûr, elle n'irait pas vérifier les extérieurs cette nuit.
Hermione ferma les yeux et inspira profondément avant de suivre "Monsieur Arrogant" qui avait déjà mis les pieds dans la grande salle. Ils firent le tour rapidement, il n'y avait pas âme qui vive à l'intérieur. La brune sursauta trois autres fois lorsque le tonnerre se fit de nouveau entendre. Le son se répercutait contre les pierres du château, faisant écho à chaque nouvel éclair qui illuminait le ciel. Elle se demanda même si des vibrations ne se faisaient pas ressentir lorsqu'elle s'appuya contre un des murs du troisième étage lors d'un nouveau grondement.
Drago riait dans la barbe qu'il n'avait pas. A chaque fois que le tonnerre se faisait entendre, il la voyait se tétaniser, se figer et rester quelques secondes sur place. Elle avait peur de l'orage, il avait vu dans l'ambre de ses yeux, l'angoisse. Une émotion qu'il connaissait plutôt bien avec son patriarche. Et lorsqu'il avisait qu'il ne restait que quelques semaines avant de retourner au Manoir, la panique s'infiltrait dans ses veines, dans ses pensées, dans chaque mouvement qu'il pouvait faire, dans chaque mot qu'il utilisait, dans chaque phrase qu'il posait sur le parchemin lorsqu'il écrivait à sa mère pour ne pas qu'elle s'inquiète. Tout était calculé et mesuré pour que Narcissa soit rassurée. Du plus profond de ses entrailles, il se serait damné pour elle, pour celle qui l'avait porté, pour celle qui lui avait donné naissance, pour celle qui l'aimait plus que tout, pour celle qui souffrait en silence et surtout pour celle qui mourait chaque jour un peu plus.
Le Serpentard était toujours dans ses pensées lorsqu'ils descendirent enfin dans les cachots pour terminer leur ronde. L'orage grondait toujours à l'extérieur, le blond avait eu l'impression que celui-ci s'était éloigné, mais maintenant qu'il était revenu sur la terre ferme, il se rendait compte qu'au contraire il devait être tout proche de Poudlard.
Éclair.
Un, deux, trois, quat...
Éclair.
Un, deux, trois...
Éclair.
Un, deux...
Éclair.
Un, de...
Éclair.
Un...
Il était au-dessus de leur tête, c'est là qu'il se rendit compte que Granger ne le suivait plus, il se retourna et scruta le couloir mais ne vit personne. Où avait-elle bien pu passer ? Il sortit sa baguette et d'un "Lumos" éclaira les alentours. Puis il la vit enfin, dos au mur de sa salle commune, assise parterre, repliée sur elle-même, les jambes ramassées contre sa poitrine, la tête entre ses genoux, tétanisée.
Le Serpent s'approcha rapidement d'elle pour la faire se relever et enfin terminer cette torture. Quelle idée il avait eue d'accepter de prendre la place de son camarade malade. Nott lui serait redevable à vie à présent. Il était déjà très tard, on était presque le lendemain et cette... "née moldue" lui faisait perdre son temps à cause d'un petit orage.
- Relève-toi Granger, dit-il hargneusement.
- Je n'ai pas envie de me battre avec toi, alors relève-toi et finissons-en avec ce supplice.
- Laisse-moi Malefoy, murmura-t-elle.
- Tu vas pas me dire que t'as peur d'un petit orage de rien du tout ? se moqua-t-il.
Il rigola de plus belle, mais s'arrêta instantanément lorsque le hurlement de la jeune fille recouvrit le vacarme que produisit un nouvel éclair. Drago recula d'un pas, surpris qu'on puisse être aussi réactif à ce genre de phénomène météorologique. Elle avait relevé la tête au même moment que le cri avait franchi ses lèvres et toujours éclairé à l'aide de son bout de bois d'aubépine il pouvait voir à présent la peur transparaître dans ses yeux et une brillance qui portait à croire qu'elle allait se mettre à pleurer d'un moment à l'autre. Elle baissa de nouveau les yeux en croisant ceux de son ennemi.
Des sentiments contradictoires se mirent à parasiter l'esprit du jeune homme. Rire, l'aider, se moquer, la relever, l'enfoncer, lui parler, garder le silence, s'en aller, l'aider, l'humilier, s'agenouiller, la rabaisser, l'aider, l'insulter, l'aider, la gifler, l'aider, l'aider, l'aider...
Alors il s'approcha de nouveau, s'agenouilla et inspira une énième fois avant de lui relever la tête d'une pression de son index sous le menton. Leurs regards s'imbriquèrent et la Gryffondor trembla de nouveau et ferma les yeux lorsqu'un bruit résonna dans les cachots. Elle inspira et expira plusieurs fois avant que son homologue ne lui parle de nouveau.
- Granger regarde-moi, lui dit-il d'un ton autoritaire.
- Regarde-moi ! Ce n'est absolument rien, rien d'autre que le tonnerre. Alors s'il te plaît ouvre tes p… ouvre les yeux et regarde-moi Granger !
Son ton était sans appel, sévère et brutal, impitoyable. Mais certainement pas pour l'humilier d'avantage, s'il était tout proche d'elle c'était pour l'aider à combattre ce danger qui n'existait que dans ses cauchemars, ce danger qu'elle ne comprenait pas, cette phobie qui lui rendait la vie infernale. Elle n'était en règle générale pourtant pas craintive, mais lorsqu'un orage commençait à se faire entendre elle n'était plus elle-même. En pleine crise elle fermait fenêtre et porte et il lui arrivait très souvent de se cacher sous son lit ou dans un placard pour ne pas voir cette forte lumière blanche qui caractérise les éclairs. Certes depuis qu'elle avait appris à lancer "l'assurdiato" le bruit n'était plus un problème pour elle, mais lorsqu'elle était plus jeune elle devenait complètement hystérique au moindre bruit fort, tel qu'un grondement de moto en pleine rue ou encore une porte qui claque. Ses parents l'avaient même emmenée chez un psychologue pour comprendre cette phobie, et essayer de trouver pourquoi elle avait cette crainte si importante pour un simple phénomène naturel.
Alors après plusieurs secondes de tergiversation, elle ouvrit les yeux et fixa ceux en face d'elle aussi gris qu'un ciel orageux. Elle ne vit aucune émotion, la froideur de son regard lui fit avaler sa salive difficilement puis elle attendit, elle ne savait pas quoi, du réconfort, des menaces, des encouragements, des...
- Je veux que tu te lèves maintenant, ce n'est pas une demande c'est un ordre et n'ose même pas me désobéir. Fais-le, sans poser de question pour une fois. Tu es une Gryffondor il me semble. C'est le courage qui vous incarne. Alors prouve le moi !
Sa voix avait été froide et autoritaire, comme toujours, mais ce soir-là elle l'écouta et se releva avec son aide, le Serpentard lui avait tendu la main. Elle n'osa pas croiser son regard de nouveau, préférant fixer le bout de ses chaussures et le remercier d'un simple murmure.
Eclair.
Un...
Hermione sursauta une nouvelle fois et s'agrippa au bras du Serpentard.
Eclair.
Un, de...
Elle empoigna des deux mains son avant-bras et son biceps avec plus de force, mais il la laissa faire.
Eclair.
Un, deux...
Toujours accrochée à son bras elle tourna sa tête et son front se posa sur son épaule à lui. Drago inspira longuement mais ne dit toujours rien.
Eclair.
Un, deux, trois...
Les doigts de la jeune fille commencèrent à se décrisper. Elle décolla son visage de son épaule et le jeune homme lui fit redresser la tête comme un peu plus tôt. Ils se fixèrent mais ne dirent toujours rien.
Eclair.
Un, deux, trois, qua...
L'orage s'éloigna enfin. Hermione s'éloigna aussi. Drago s'éloigna pour de bon. Mais leurs regards restèrent encrés encore un moment avant que la Gryffondor tressaillit de nouveau, poussa un petit cri avant de mettre sa main sur sa bouche.
Ding, ding, ding, ding, ding, ding, ding, ding, ding, ding, ding, ding.
Malefoy explosa de rire et Hermione en fut confuse. C'était la première fois qu'elle le voyait si naturel, son masque avait disparu, pas de froideur, juste un adolescent de seize ans hilare. Il s'arrêta néanmoins en constatant qu'elle le fixait avec surprise, il haussa un sourcil et lui ordonna d'arrêter de le regarder ainsi.
- Si on m'avait dit que je te verrai un jour sourire, ou même plutôt rire, j'aurais ri au nez et à la barbe de celui-ci.
- Et moi si on m'avait dit que la Miss-je-sais-tout avait peur des orages...
- Je t'interdis d'en parler Malefoy ! le menaça-t-elle en levant sa baguette vers lui.
- Tu oses me provoquer avec ta baguette Granger ? Dois-je te rappeler qui t'a fait sortir de ton espèce de transe à cause de ta peur des orages ? Alors je te saurais gré d'éviter de pointer ta baguette sur moi. Sur ce...
Il s'éloigna dans l'optique de rentrer dans sa salle commune. On était « demain », l'horloge de l'école venait de sonner minuit, leur ronde était terminée pour ce soir. Au moment de prononcer le mot de passe Hermione l'interpela avant qu'elle ne quitte les cachots pour elle-même, aller se coucher.
- Malefoy !
Il se retourna avec un nouveau souffle d'agacement, puis attendit qu'elle se décide à parler.
- je... t.. re...
- Pardon ?
Elle avait parlé tellement faiblement qu'il n'avait rien saisi de ce qu'elle avait dit.
- Merci pour... pour tout à l'heure, répéta-t-elle les yeux baissés sur le sol de pierres.
Drago haussa les sourcils et resta médusé, deux fois en moins dix minutes. C'était à noter dans les annales.
- Si on m'avait dit un jour que je passerais les premières minutes de mon seizième anniversaire avec ma pire ennemie et qu'en plus elle me remercierait... Jamais je n'y aurais cru ! plaisanta-t-il le sourire aux lèvres.
- Ne t'y habitue pas trop Malefoy, tu risques de redescendre très rapidement de ton petit nuage.
- Tu m'es redevable dorénavant Granger, lui lança-t-il avec un sourire en coin.
- Dans tes rêves "Monsieur l'Arrogant", le taquina-t-elle en s'éloignant des cachots.
Le Serpentard ricana et secoua la tête en la regardant partir, cette Gryffondor avait vraiment le sang chaud comparé à lui. Elle était si sanguine qu'elle en était troublante par moments. Il se retourna...
- Et bon anniversaire Malefoy !
Les deux sorciers se retournèrent d'un quart de tour, l'acier rencontra l'ambre durant une seconde et demie, Hermione sourit, Drago inclina la tête pour la remercier puis le lien fut coupé et chacun regagna sa propre salle commune.
La nuit risquait d'être tumultueuse, mais pas à cause de l'orage...
En espérant que ce petit OS vous aura plus! :)
