Chapitre 4 : Viens chez moi, j'habite chez Voldy.
Severus Rogue n'avait jamais été aussi seul que durant ce mois passé à cherche la solution au problème de Voldemort. Le secret imposé l'isolait, mais ce n'était pas la seule raison. Il fuyait les autres mangemorts comme la peste. Cet univers tout entier le répugnait. Tant d'opportunisme, de lâcheté et de recherche de la facilité… Et pire que tout, la perte de raison.
Pour ne pas les côtoyer, il prenait soin de faire le maximum par lui-même, s'imposant de longues heures de recherche, de lecture, et des interrogatoires plus ou moins éprouvants.
Telle une abeille, il butinait de but en but, récoltant des informations chaque fois désespérément inutiles ou incomplètes.
Le feu mêlant impatience et frustration qui lui brûlait les entrailles allait croissant alors que l'échéance approchait de son terme. Il ne pouvait s'en remettre qu'à lui-même, et pourtant, encore une fois il devait pâtir de l'incapacité d'un de ses subordonnés !
D'un geste rageur, Severus balaya la pile de rapports qu'il venait de consulter.
Rien ! Il n'y avait rien qui puisse l'aider dans tout ça ! Et il n'y avait personne vers qui il puisse se tourner.
Seul, il était seul, et dans deux jours, il serait mort.
Et tout ça… Tout ça aurait été pour rien.
La tête baissée, il serra les dents, luttant contre les larmes de rage qui se frayaient un chemin brûlant entre ses cils fermés. Un incapable ! Il ne valait décidément rien de mieux que les gens qu'il se permettait de mépriser. Et pire que tout, il était entrain de s'apitoyer sur son sort !
Prenant sur lui, il se força à écarter les doutes de son esprit. Il y avait forcement une solution, il le fallait.
Ne faire confiance à personne, et tout vérifier par soi-même, c'est comme ça qu'il avait obtenu des résultats. Il continuerait à adopter cette technique et finirait bien par trouver quelque chose.
Laissant derrière lui un tapis de parchemins, le mangemort attrapa sa cape, et la fit voltiger sur ses épaules.
Tous ces rapports de recherche, il les vérifierait par lui-même, dut-il y passer la nuit. Ménager sa peine ne servait à rien, si il devait mourir dans deux jours.
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-Oubliette !
Le regard de l'homme se fit vide un instant, avant de s'empreindre d'un sourire de professionnel.
-Puis-je vous aider ? demanda poliment le bibliothécaire alors qu'il retrouvait ses esprits.
-Non merci, je ne fais que regarder, répondit Rogue entamant sa déambulation dans les travées de la bibliothèque.
Le responsable ne lui avait rien apprit d'intéressant. Il n'avait jamais entendu parler de Horcruxes ou du syndrome de Memphis et il n'avait besoin de l'aide de personne pour trouver la section magie de l'esprit. Voilà des années qu'il n'avait pas mis les pieds ici, mais les heures qu'il y avait passé à étudier durant ses études à l'institut des maîtres es potion lui avaient permit de devenir suffisamment familier avec les lieux pour en avoir le plan imprimé dans les os. D'un geste nerveux, il remit en place le col bleu vif de sa cape. Il ne se sentait pas à l'aise au milieu de tant de personne, et surtout, vêtu dans des habits de couleur aussi vive.
L'impression d'attirer tous les regards associés aux désagréments d'une longue chevelure blonde n'était qu'un détail à côté de l'intérêt certain que procurait la potion de polynectar. Sous l'apparence d'un jeune étudiant, il pouvait ainsi vérifier de ses propres yeux qu'aucun détail n'avait été laissé de coté.
Avec un coup d'œil circulaire, il vérifia que personne de suspect ne se trouvait dans les parages. Une fois que ce fut fait, il commença son inspection.
Comme rapporté, l'unique livre traitant du syndrome de Memphis ne faisait que décrire la maladie, exposant en détail la dégénérescence de la capacité à jeter des sorts du malade. Et outre l'absence de remède avéré, ce mal ne s'était développé que durant le premier millénaire de cette ère, et dans la région de Memphis, ville d'Egypte fuit depuis ce temps par le monde des sorciers.
Rogue reposa le livre, puis se massa le front. Il n'avançait pas, et déjà, il ne lui restait que quelques heures. Pour les horcruxes, il allait s'épargner la peine. Il avait déjà tous les renseignements nécessaires grâce aux parchemins de Petit-Cyprès. Impossible que Voldemort soit victime de ce genre de phénomène sans le savoir. Restait la possibilité qu'il souffre d'un désordre mental.
Rogue se permit un ricanement moqueur à la pensée de cet euphémisme. Voldemort était le désordre mental incarné, impossible de savoir par quel bout prendre le problème si là se trouvait la solution, et surtout… Comment aborder le sujet au près du maître sans courir vers une mort affreuse ?
Quoi qu'il en soit, il y avait beaucoup à faire sur le sujet. D'après ce qu'il savait déjà, il existait des centaines de cas traitant de la perte progressive de la maîtrise de la magie. A défaut de lui procurer la clef de cette énigme, ces recherches occuperaient les heures qui le séparaient de sa convocation auprès du seigneur des ténèbres. A cette pensée, son estomac se sera, et le souffle lui manqua. Le moment venu, que ferait-il ?
Qu'il était simple le temps où il ne jouait qu'avec les ingrédients, testant la meilleure combinaison possible pour une potion de qualité. Qu'il était bon le temps où il pouvait se contenter de haïr sans se soucier des conséquences. Qu'il était bon le temps où l'amertume masquait le goût de la peur.
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Le cerveau vide de toute pensée et de toute émotion, Severus Rogue avançait telle une ombre assommée par tant de lumière dans le couloir l'emmenant vers son destin. Il n'avait rien de satisfaisant à apporter au maître, et ce dernier ne raterait pas une occasion de le faire payer pour son incompétence. Il le savait, il n'avait jamais eu le droit à l'erreur.
Seul dans ses appartements, il avait attendu que les effets du polynectar se dissipent, puis la brûlure de la convocation, et jusqu'au dernier moment il avait parcourut ses notes à la recherche du détails omis. Mais pareille porte de secours n'existait pas, et si il devait affronter sa mort, il le ferait le regard droit.
Quand il se présenta devant Voldemort, ses mains ne tremblaient plus. La même mise en scène que la dernière fois l'attendait, un serpent aux dimensions de bazilic en plus.
-Qu'as-tu pour moi, l'interrogea le maître sans même prendre la peine de lui proposer un siège, la main posée de façon désinvolte sur la tête du reptile.
La pensée que Voldemort le considérait déjà comme un homme mort le transperça. Il savait qu'il ne pouvait pas mener à bien cette mission. Depuis le début, tout cela n'était qu'un jeu.
Voyant que la réponse ne venait pas, Voldemort plissa les yeux, scrutant le visage de son disciple.
-Serais-tu sur le point de me décevoir… ? S'amusa-t-il d'une voix d'enfant boudeur. Est-ce possible Severus ?
Rogue était piégé. Tout cela était-il prévu depuis longtemps ? Est-ce qu'il avait été joué depuis le début, tuant Dumbledore, accomplissant toutes ses missions au mieux, faisant toutes ces recherches pour rien ? Pour un fou cherchant à se divertir à ses dépends ?
Lentement, il recula d'un pas. Il ne pouvait pas y croire. Il pensait avoir au moins une chance de plaider pour une seconde chance, comme il avait vu tant de mangemort le faire auparavant, avec plus ou moins de succès.
Aux vues des circonstances, il ne s'abaisserait pas à ce comportement. Cette assurance à l'esprit, il redressa le menton, plantant son regard dans celui de Voldemort. S'il en était ainsi, avant de mourir, il lui montrerait toute l'étendue de ses pensées.
-Eh bien ! Vas-tu parler ? Où bien avouer ton échec est une chose dont tu es incapable… ?
Il y avait trop de satisfaction dans ce ton.
-N'aurais-tu pas compris l'évidence…
Rogue écarquilla les yeux alors qu'une pensée lui venait soudainement.
-Vous saviez… Souffla-t-il finalement. Vous connaissez la cause de votre problème depuis le début.
-Et comment l'ignorerais-je ? Oublierais-tu à qui tu parles ? Mais toi… Le sais-tu ?
-Des horcruxes… Rogue ne put empêcher l'horreur de pointer dans sa voix. Mais par bonheur, son interlocuteur ne sembla pas le noter, trop occupé à charmer son serpent, un sourire gravé sur ses lèvres.
-Je réitère donc ma question : qu'as-tu pour moi ?
Serrant les dents, le professeur de potion baissa les yeux, le temps de prendre sur lui et d'afficher une attitude paisible et indifférente. Le maître s'était joué de lui, et il était tombé dans le panneau. Il se devait d'en payer les conséquences. Mais pourquoi tout cela ? Pourquoi lui confier une tache de confiance dans pareilles conditions ? Résolument, il balaya toutes ces questions, il avait un serpent à amadouer.
-Les documents sur le sujet sont très rares, toutefois la légende de la collection Cyprès s'est révélée véridique.
-Je sais déjà tout cela, viens-en au fait.
-Deux parchemins traitent des Horcruxes. Les risques d'une telle pratique sont détaillés clairement, mais nulle part il n'est fait état d'une solution.
-En plus d'être venu les mains vides, n'aurais-tu rien à me dire… ?
-En ayant su dès le début de quoi il s'agissait, j'aurais pu faire beaucoup mieux.
-Ne t'oublie pas, Severus. Je donne les instructions, et tu exécutes, si je juge que les résultats ne sont pas suffisants, c'est qu'ils ne le sont pas. Hors je souhaitais une solution à mon problème, tu n'en as pas, que dois-je en déduire ?
La question était rhétorique.
-Tout ce que je peux vous proposer, c'est une piste de recherche.
-Une piste de recherche ?! Il va falloir faire mieux que ça.
-Laissez-moi suffisamment de temps et je mettrais au point un remède.
-Je ne sais ce qui est le mieux… Jouer avec ton orgueil, ou avec ta vie. Les deux en même temps, je suppose, quand on voit où ça te mène. Faire des affirmations qui ne te mèneront nulle part…
-Si il y a un moyen, je le trouverais, gronda Rogue, plus touché qu'il ne se permettait de le montrer. Vous savez que je suis le mieux placé pour cela.
-Je vais te laisser une chance, Severus, parce que je sais que tu as les connaissances nécessaires et que tu connais la marche à suivre. Toutefois, pour m'assurer que tu y mets bien toute ta volonté…
Le maître des ténèbres autoproclamé marqua un temps d'arrêt alors qu'il tournait légèrement la tête vers une portion de la pièce que Rogue ne pouvait voir d'où il était.
Radieuse, Bellatrix s'avança vers Voldemort. Elle semblait trop heureuse pour que ce soit bon signe. Un sourire trop large pour signifier un bonheur sain, elle se tourna vers Rogue.
-Tu travailleras sous les ordres de Bellatrix, la tenant au courant de tout, et n'agissant qu'avec son aval. Est-ce que c'est comprit ?
Rogue acquiesça difficilement. Jamais ordre ne lui en avait autant coûté que celui-ci.
-On dirait que nous allons enfin refaire équipe… Susurra la femme.
-Sauf ordre contraire de Bellatrix, je désire que tu te concentres sur cette tache. Et trouve-toi un remplaçant digne de ce nom. Je ne souhaite pas que la confection de potion souffre de tes autres missions, et Draco ne semble pas à la hauteur dans ce rôle.
-Il apprendra, maître, il a toujours été l'un de mes meilleurs élèves.
-L'enseignement dispensé à Poudlard ne faisait référence que pour les vieux fous. Maintenant tu peux disposer, et ne me déçois plus.
-Vous pouvez être sur que l'occasion ne se présentera pas, maître, lui assura Bellatrix en jaugeant Rogue avec un petit sourire en coin.
- Cette avertissement est aussi valable pour toi, Bella.
La réprimande sembla toucher la femme comme un coup de fouet. Immédiatement elle courba l'échine et s'effondra en multiples promesses indéfectibles.
Préférant ne pas être témoin de cette scène gênante, Rogue s'accroupit un instant en signe d'assentiment, puis se releva et s'éloigna.
Il lui fallait comprendre au plus vite à quel jeu il avait accepté de prendre part. Le deviner à partir des règles ne serait pas facile, mais au moins, sa place était assurée pour un petit bout de temps maintenant.
Une fois sorti, il prit le temps de réfléchir tout en attendant Bellatrix. Il avait vraiment de quoi se demander pourquoi il était encore vivant. Pour servir de jouet ? Il ne savait même pas si Voldemort avait effectivement poussé la folie jusqu'à diviser son âme grâce aux horcruxes, ou s'il souhaitait simplement le garder loin des affaires importantes en inventant une mission. Mais dans ce dernier cas, pourquoi ne pas le tuer tout simplement ? S'il était devenu dangereux aux yeux du maître, pourquoi ne pas se débarrasser de lui ?
Non, se rassura-t-il, Voldemort avait besoin de lui, mais il comptait bien lui faire payer son insubordination. Il était allé trop loin en voulant bien faire, et maintenant cela se retournait contre lui. S'il en était ainsi, il allait redresser le cap, et regagner la pleine confiance du maître, tout comme lors de la première guerre, quand il se tenait juste derrière lui, dans l'ombre.
Alors qu'il était parvenu à sa conclusion, un courant d'air l'informa de l'arrivée de Bellatrix. Avec une sérénité retrouvée et affichée, il lui fit face, lui laissant l'honneur d'ouvrir les hostilités.
-Nous allons faire simple, et bref… Ton pseudo statut de héro ayant défait Dumbledore te confère le droit de vivre pour l'instant, mais le maître ne te souhaite pas dans ses pattes. Alors tu vas bien gentiment faire semblant de t'acquitter de cette fausse mission, me remettre des rapports distrayant régulièrement, et tout le monde sera content ! Dans les faits, tu te contenteras de réaliser tes petites mixtures, après tout, c'est ce que tu fais le mieux et qui peut servir le plus à notre cause. Sois heureux, tu seras même utile.
Elle arborait son air supérieur de circonstance, savourant sa situation, inconsciente de sa propre infériorité effective, si ce n'était être en première ligne, à coté du bétail facilement remplaçable. Louée soit sa folie, elle la rendait aveugle à ce que son esprit perturbé ne pourrait supporter. Fort de sa nouvelle sérénité, Rogue ne releva pas.
-Soit… Dans ce cas, nous n'avons plus rien à nous dire. Je t'enverrai mes rapports toutes les semaines si ça te convient.
Il prit garde d'abaisser sa voix suffisamment pour la faire passer sans difficulté pour abattue.
-Rédiges-les avec précision… Et méfies-toi, je ferais des visites surprises pour m'assurer de ton plein investissement. Du moins… Quand je n'aurais pas mieux à faire.
Elle éclata d'un rire de joie hystérique.
Apparemment, elle goûtait sa victoire.
Avec juste un hochement de tête austère, Severus la salua avant de partir. Déjà concentré sur ce qu'il allait faire, il n'eut aucun mal à courber le dos et paraître vaincu.
Si c'est ça qu'elle voulait pour le laisser libre d'agir, alors ce n'était pas cher payé. Qu'elle prenne sa part, il avait autre chose à faire.
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