Chapitre Neuf
Le Rouge et le Noir
La Sombre Forteresse d'Elkhad était située au fin fond d'un étroit canyon, dont la forme sinueuse serpentait au travers d'un plateau où l'on ne distinguait guère de vie. L'obscurité était totale. La lune était masquée par d'épais nuages noirs qui semblaient se regrouper au-dessus de l'immense donjon. La seule source de lumière émanait de centaines, peut-être de milliers de torches, portées par une longue cohorte de nains et d'hommes, en marche vers le bastion du Dieu Sanglant.
Innar Denasio, capitaine du Gondor, héritier par sa mère du trône du Gondor, se sentait étonnamment calme, bien qu'il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il marchait à sa mort. Il arborait une armure faite d'un alliage de mythril et d'or ainsi qu'un bandeau bleu qui tenait fermement attachés ses cheveux noirs frisés. A sa droite, Elrohir et Loaven semblaient nettement moins détendus. Elrohir tripotait continuellement le pommeau de son sabre d'une main tremblotante. Daïn, quant à lui, tirait sur sa pipe avec une légère impatience.
- Après conscription, nous avons à peu près trois milles gardiens nains, épaulés par deux milles soldats du Gondor et du Rohan, déclara Gandalf le Blanc à l'attention d'Innar. Mille cent archers se tiendront sur trois rangs derrière eux.
- Très bien, répondit l'héritier. Avez-vous fait disposer la cavalerie à l'arrière, ainsi que je l'ai demandé ?
- Oui. Cinq cents cavaliers auxquels l'on doit ajouter moins d'une centaine de chevaliers de Fondcombe.
- C'est stupide, lança Elrohir. A quoi la cavalerie va-t-elle servir si elle est située derrière et non devant ?
- Je pense que vous n'allez pas tarder à le comprendre, rétorqua simplement Innar.
De léger bruits retentirent à moins d'un kilomètre devant, s'intensifiant au fur et à mesure que l'armée des peuples libres s'approchait de la Forteresse. Ils parvirent enfin à quelque cinq cents mètres des murailles d'Elkhad. La porte grande ouverte laissait passer des milliers d'elfes rouges, tel un flot de sang s'écoulant des entrailles de la terre.
- Près de dix mille, murmura Daïn, avec un mélange d'amusement et d'appréhension. Comme prévu. Ca nous laisse à peu près à égalité.
Les soldats elfes rouges étaient si silencieux et immobiles qu'on eu dit des statues. Leurs deux premiers rangs étaient composés de lanciers qui brandissaient des hallebardes de quelque trois mètres de long terminées par une lame pointue et acérée.
Alors, à pas lents et précis, le capitaine Innar s'avança, puis se tourna vers les siens. Il ôta du fourreau et brandit l'épée que lui avait offerte Elrohir quelques heures plus tôt, et de nombreux soldats poussèrent des murmures de stupeur en reconnaissant l'arme nommée Anduril, la flamme de l'Ouest, l'épée reforgée du légendaire roi Ellessar. Elle était identique à celle qui avait pourfendu tant d'Orcs en Minas Tirith et jusqu'au devant de la Porte Noire, à l'exception d'un morceau de tissu rouge qu'Innar avait attaché au-dessus de la garde. D'une voix grave et profonde, il entonna le chant des Peuples de l'Aube.
Arin and his men
Stole the souls from their bed
And bound them in them bones
The Earth is ours
And by our powers
Where we will, we'll fight
L'armée toute entière reprit à son tour :
Let's go, all together
Brand our colours high
Eldars, dwarves and humans,
Never shall we die
La dernière note fut ponctuée par un éclair qui zébra le ciel, bientôt accompagné par un bruit de tonnerre retentissant. D'autres éclairs claquèrent tout autour du Donjon. Innar plissa les yeux et vit une silhouette à son sommet. « Il préfère ne pas participer à la bataille… pensa-t-il. Tant pis pour lui. J'irais le chercher après avoir écrasé toutes ses forces »
Les elfes rouges se mirent soudain en branle, comme un seul homme. La première de ligne de piquiers abaissa ses lances et avança.
- Maintenant ! Cria Loaven.
A ce signal, chaque soldat passa son épée, marteau ou flèche, qu'ils avaient pris soin d'enduire d'un liquide inflammable, au travers de la flamme de leurs torches. Une vive lueur émana soudain de l'Armée des Peuples Libres. Il y eut une clameur, puis Innar abaissa son épée en criant :
- Tireeez !
Un millier de flèches enflammées prirent leur envol et touchèrent de plein fouet les rangs ennemis. Beaucoup d'elfes rouges virent leur armure prendre feu, et leur corps réduit en cendres en peu de temps. Changeant de stratégie, ils s'écartèrent, laissant le passage du centre libre. Des morts-vivants passèrent et se positionnèrent en rangs désordonnés devant eux. Innar compris aussitôt.
- Ils vont s'en servir comme boucliers… Sonnez la charge, ordonna-t-il au Roi Daïn.
Daïn hocha la tête, puis brandit son lourd marteau de guerre en hurlant :
- Chargez !
Dans un grondement terrifiant qui se reporta en écho contre les parois du canyon, hommes, nains et elfes se précipitèrent vers l'armée ennemie, Innar, Daïn, Elrohir et Gandalf en tête. Presque simultanément, une pluie intense commença à tomber, transformant la terre meuble en boue. Les deux armées se faisaient face, se rapprochant à toute vitesse. Le choc allait être terrible.
Du haut de sa tour, le Dieu du Sang Arin, maître des elfes rouges, se délectait de ce spectacle. Il aurait pu aider ses troupes, il aurait pu faire disparaître cette armée orgueilleuse comme le vent balaye une botte de foin, il aurait pu lui-même tuer ce jeune sot qui se prétendait héritier d'un royaume moribond. Mais il s'en était abstenu. Pour lui, il n'y avait nulle chose plus belle qu'une bataille sanglante, où les morts pleuvaient et où la violence était magnifiée. Il sourit en entendant soudain des pas derrière lui. Sans se retourner, il dit d'un ton très calme :
- Exactement dans les temps.
Il s'accouda contre l'un des créneaux et se tourna vers le nouvel arrivant. Face à lui se tenait Eljin, ses mains trempées du sang de cinquante Horfans.
- La mort n'est vraiment qu'un contretemps, pas vrai ? Demanda-t-il avec légèreté.
Eljin ne répondit pas. Le Seigneur du Sombre Trône s'approcha de lui nonchalamment et tendit sa main droite, paume ouverte. Son adversaire recula d'un pas et posa les deux mains sur le pommeau de Fratricide. Il la sortit dans un léger bruit de frottement métallique et la leva au-dessus de son visage. Arin porta les mains à ses épaules, et détacha sa cape. Puis il croisa les bras et, d'un même mouvement, dégaina deux lames recourbées et repoussa sa cape, révélant une armure d'un rouge éclatant, recouvertes de pointes acérées. Elle était couverte de taches d'un rouge plus sombre qui ressemblait à du sang.
- Je pensais bien que ça finirait comme ça, déclara Arin. En fait, je l'espérais.
- Tu parles trop, répliqua Eljin.
Arin se détourna et pouffa de rire. Il se passa une fraction de seconde puis, sans aucun signe avant-coureur, le Seigneur Sanglant se rua sur son adversaire, les deux lames en avant. Eljin contourna l'attaque de son mieux puis le repoussa d'un coup d'épaule.
Plus bas, l'affrontement tournait au massacre. Les corps sans vie s'accumulaient dans les deux camps, et les guerriers devaient presque escalader les monceaux de cadavres pour affronter l'armée ennemie. Des flots de sang inextinguibles vinrent se mêler à la boue. Innar se battait de toutes ses forces, plongé au cœur de la mêlée. Anduril tournoyait, fauchait, tranchait, sa lame pénétrant et sortant, couverte de sang sombre.
Alors que la bataille était déjà bien engagée, des rugissements retentirent à la sortie du canyon. Des centaines de Lakans chargeaient les armées des Peuples de l'Aube, qui se retrouvèrent prise en étau. Mais le roi Celeborn, posté à l'arrière avec la cavalerie, ordonna à ses hommes de faire volte-face. Ainsi, le jeune héritier avait vu juste en pensant que leurs ennemis tenteraient de les prendre ainsi au piège.
A son signal, cavaliers humains et elfes, l'arme hors du fourreau, se mirent au pas. Alors que les Lakans n'étaient plus qu'à quelques centaines de mètres, les cavaliers des Peuples de l'Aube forcèrent l'allure. D'un même mouvement, les deux vagues d'assaut qui se faisaient face lancèrent leurs montures au triple galop. Un terrible bruit de tonnerre secoua tout le canyon. Les Lakans ennemis montrèrent les crocs, de la bave coulant de leurs babines.
- Vos lances ! Hurla Celeborn en tentant de dominer le tumulte.
Les lanciers elfes, montés sur leurs puissants chevaux, dardèrent leurs javelots vers les cieux, puis, d'une forte impulsion, les lancèrent vers leurs ennemis. La plupart des cavaliers elfes étaient des soldats émérites et leurs tirs firent presque tous mouche, mais les Lakans, bêtes redoutables, furent peu nombreux à tomber, leur peau épaisse les protégeant des pointes des lances.
Ce fut comme si tout s'était passé au ralenti. Les deux armées s'entrechoquèrent de plein fouet, des armes et armures volèrent en éclats, des hurlements de douleur, d'agonie ou de fureur firent trembler la terre, des montures s'effondrèrent, blessées à mort. Celeborn détourna de justesse une lance pointée vers lui et frappa de la pointe de sa lame dans le cou de la femme elfe qui le chargeait.
Le duel s'éternisait au sommet du donjon. Ni Eljin ni Arin ne semblait pouvoir prendre le dessus sur l'autre. Il se battait tantôt de leurs lames aiguisées, tantôt de leurs mains nues, parfois à grand renfort de sortilèges qui firent s'effondrer des pans entiers de créneaux. Arin bloqua soudain la lame de son opposant et frappa du poing. Eljin tomba en arrière avec un râle de souffrance : des pointes de l'armure du Dieu Sanglant s'étaient brisés et enfoncées dans sa chair. Profitant de son avantage, Arin créa une énorme colonne de flammes qui balaya tout autour de lui. Eljin n'eut que le temps de créer une sorte de cocon de glace pour se protéger tandis qu'il se relevait tant bien que mal.
- C'est tout ? Clama-t-il avec un ton de fier dédain, bien que l'épuisement déforma sa voix.
Les lèvres d'Arin s'étirèrent en un léger sourire. Dans un mouvement si rapide que Eljin ne put le suivre des yeux, Arin le Rouge plongea sur lui, ses deux lames en avant. L'une d'elles fit sauter Fratricide des mains de son possesseur tandis que l'autre frôla son front, emportant une mèche de cheveux qui partit au vent. C'est à cet instant qu'Eljin comprit dans un frémissement qui n'avait rien à voir avec le froid environnant que depuis le début de leur affrontement, Arin ne s'était pas battu. Il s'amusait simplement, comme un chat joue avec une souris avant sa mise à mort…
Grâce à leurs armes enflammées, l'infanterie des Peuples de l'Aube causait énormément de pertes aux rangs ennemis. Après plus de deux heures de lutte acharnée, ils parvinrent finalement aux portes du donjon. Massives et taillées dans la roche, elles semblaient avoir été conçues pour résister aux plus puissantes armes de siège. Innar sentit soudain quelque chose s'animer en lui. Quelque chose… de très puissant. Il ordonna aux soldats autour de lui de s'écarter puis brandit son épée à deux mains vers le ciel zébré d'éclairs. La lame s'illumina d'une vive couleur flamboyante. Dans un vacarme effrayant, une fantastique onde d'énergie frappa l'entrée de la forteresse qui s'effondra, révélant des centaines d'elfes de sang, dernières forces d'élite avant l'ultime danger : Arin lui-même.
A l'arrière, les choses ne se passaient pas aussi bien. Les lakans se montraient indiscutablement plus forts, bien que moins nombreux. Le Roi de la Lorien se fit soudain renversé par la charge féroce d'une des terribles bêtes. La monstrueuse créature dévora la monture de Celeborn tandis que celui-ci s'appuyait sur sa lance pour se remettre debout. Sa jambe droite le faisait souffrir atrocement. Ayant terminé son repas, le lakan se tourna vers le roi et un grognement lugubre retentit de sa gueule ensanglantée. Celeborn fit glisser sa main libre jusqu'au fourreau de sa dague. Sa prise était encore ferme mais sa chute et ses blessures l'avait affaibli, et un sa vue se brouillait. Le monstre s'approcha à pas de loup, la gueule ouverte. Soudain, un javelot siffla dans les airs et se planta dans son épaule, manquant sa tête de peu.
Se retournant de son mieux, Celeborn vit Elrohir, une épée d'elfe rouge à la main, courir vers lui. Le lakan fléchit soudain ses deux pattes avant, se préparant à bondir. Elrohir plongea également, poussant le roi pour l'écarter de la trajectoire de la bête. Le roi Celeborn sentit les terribles griffes le frôler. Il se releva, sa dague sortie du fourreau, tandis qu'Elrohir faisait de même. La bête se retrouva encerclée. Les deux elfes l'attaquèrent simultanément, mais leurs armes ne parvinrent qu'à laisser quelques éraflures sur le cuir du lakan, qui poussa un hurlement féroce.
- Ca se présente mal… Cria Elrohir pour couvrir le tumulte de la bataille.
Celeborn hocha la tête et relança son attaque. Il parvint à enfoncer sa dague près de la gorge de la monstrueuse bête, mais celle-ci, énervée par la blessure, frappa de ses deux pattes avant tout autour de lui. Le roi de la Lorien sentit avec douleur les os de son épaule se briser. Il chût dans un bruit métallique, presque assommé. Elrohir le rejoignit en courant et le releva d'une main ferme. Le lakan attaqua de nouveau, et le fils d'Elrond n'eut que le temps d'écarter Celeborn avant qu'une lourde patte griffue ne s'abatte sur lui. Elrohir fut frappé de plein fouet et les griffes tranchantes comme des rasoirs balafrèrent son torse. Un filet de sang coula aussitôt, tandis que l'elfe s'effondra au sol avec un cri de douleur.
Le lakan approcha son énorme gueule du corps faiblement animé d'Elrohir, et se prépara à dévorer sa proie, mais le roi de la Lorien détourna son attention en tirant une flèche qui transperça l'un de ses yeux. La bête, à moitié aveugle, poussa un grognement suraigu et mordit, griffa, sans parvenir à toucher les deux elfes. Finalement, épuisé, exsangue, le monstre s'effondra sur le flanc dans un dernier râle.
Arin et Eljin se battaient avec plus d'énergie que jamais, déployant toutes leurs techniques à l'épée ainsi que de nombreux sortilèges qui firent s'effondrer une large partie des créneaux. Le Dieu Sanglant était indiscutablement le plus rapide et disposait d'un pouvoir magique nettement supérieur, et la fatigue frappait Eljin plus sûrement que le fer.
On entendit soudain des cris et des bruits métalliques à l'étage inférieur. Eljin fut déconcentré un court instant, et aussitôt son adversaire le désarma à nouveau. Ils se précipitèrent l'un contre l'autre et roulèrent à terre. Eljin griffa le Dieu du Sang de ses ongles, balafrant son visage. Celui-ci se pencha et le mordit au cou, laissant une longue marque sanguinolente près de sa jugulaire. Il plaça ses mains autour du coup d'Eljin le Noir et serra. Celui-ci, suffoquant, tenta d'attraper son épée. Puis, tout à coup, le Seigneur des Elfes Rouges lâcha sa prise en poussant un hurlement déchirant.
Les deux ennemis se relevèrent presque simultanément. Un nouvel adversaire venait d'apparaître au sommet de la tour : Innar l'Héritier. Frappant de toute sa force, il avait grièvement blessé Arin le Rouge, le forçant à lâcher Eljin.
- Ne vas pas croire que j'ai fait ça pour t'aider, clama Innar à l'attention d'Eljin.
Celui-ci gardait sa main appuyée contre son cou, qui continuait de saigner abondamment.
- Pas de risque, répondit-il d'une voix éreintée, tout en récupérant son arme au sol.
Le Seigneur Sanglant s'appuya sur la dernière lame qui lui restait. A cet instant, quelque chose sembla… remuer sous la peau du Dieu. Un instant après, une vive lumière rouge s'embrasa, aveuglant Eljin et Innar. Arin cria de tous ses poumons, puis son cri se transforma en un hurlement rauque. La lumière disparut aussi vite qu'elle était apparue. Arin venait de révéler sa forme divine.
Sa peau s'était couverte d'écailles brunes, ses yeux rouges semblaient s'être mués en deux horribles flammes, tandis que deux ailes de plumes avaient jailli du haut de son dos. Elles étaient d'une couleur blanche grisâtre, comme couvertes d'une sorte de poussière ou de moisissure. Il était beaucoup plus grand, également, et dépassait ses deux adversaires de plus de deux têtes, bien qu'il se tenait légèrement voûté. Enfin, deux longues cornes avaient poussé sur le crâne du Dieu du Sang. Il leva les yeux au ciel et poussa un hurlement terrifiant.
Eljin ne perdit pas à un instant. Il lança son épée à Innar, qui la réceptionna in extremis, puis créa un bouclier fait d'énergie magique et contourna Arin. L'héritier du Gondor se mit en position de combat, attendant que le Dieu monstrueux se détourne pour l'attaquer.
Le donjon tout entier se mit tout à coup à trembler. Des fissures apparurent qui s'élargirent rapidement. Les nuages s'étirèrent en un large tourbillon qui se mit à tourner de plus en plus vite. Le vent se leva en violentes rafales.
- Il va créer une tornade ! Hurla Eljin.
Innar ne l'entendit presque pas dans le terrible vacarme.
Tentant le tout pour le tout, Eljin lança quelques sorts de glace vers Arin. Celui-ci créa une énorme sphère de flammes et la projeta contre l'elfe, qui la bloqua en faisant apparaître sphère identique, plus petite. Les deux sortilèges explosèrent simultanément, dans un déluge de feu et de lumière. Le Dieu du Sang se jeta contre Eljin le Noir et ils tombèrent à la renverse. Ses griffes difformes lacérèrent l'armure de cuir de son opposant. Il y eut un bruit semblable à un craquement d'os et Arin se raidit. Dans le tumulte, Innar s'était glissé dans le dos Dieu Sanglant et l'avait transpercé à l'aide de Fratricide.
Des éclairs jaillirent de la large blessure. Ils parcoururent le long de la lame et frappèrent les poings serrés de l'héritier. Celui-ci cria de douleur. L'épée toute entière s'était mise à vibrer, de plus en plus fort, en émettant un bruit suraigu. Eljin parvint à se dégager de l'emprise du mourant et s'écarta en boitant. La lame éclata soudain dans un vacarme assourdissant et une lueur éblouissante.
Lorsque Eljin put de nouveau voir, Arin avait disparu, la lame Fratricide était en morceaux et Innar étaient à genoux, ses mains couvertes de sang crispées contre le cœur, comme sous l'emprise d'une vive douleur. D'autres soldats firent leur apparition. L'un d'entre eux reconnut Eljin et alerta les autres. Deux d'entre eux dardèrent leurs épées vers lui tandis qu'un autre le saisissait aux épaules pour le forcer à se lever. Un autre homme, habillé d'une large toge blanche, pénétra à son tour sur les lieux. Il posa une main douce sur la poitrine du jeune Innar et marmonna quelques paroles. L'héritier ôta ses mains et, tournant le visage vers l'autre, murmura dans un sourire :
- Merci, Gandalf.
- Monseigneur, s'exclama l'un des soldats. Qu'est-ce qu'on fait de lui ?
Innar jeta un coup d'œil à l'elfe puis répondit en tentant de reprendre son souffle :
- Emmenez-le.
Il s'efforça de ne pas prêter attention au regard d'Eljin le Noir.
- Alors… Dit Gandalf. C'est terminé ?
- Non, répondit Innar en regardant ses hommes emmener l'elfe. Maintenant, tout peut commencer.
